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Où le conduit cette discussion? Rien n’est plus curieux que de suivre page par page le développement de sa pensée : « Dans quelques cas, un malade peut guérir après avoir eu une cavité ulcéreuse. On trouve, en effet, à l’autopsie de sujets morts d’autres maladies, des cavités anfractueuses tapissées par une membrane demicartilagineuse, et tout à fait semblable à celle qui tapisse les ulcères ancieris du poumon. Ceux de ces sujets qui avaient été interrogés avec soin rapportaient tous l’origine de leur catarrhe à une maladie grave qu’ils avaient éprouvée à une époque antérieure, et qui avait présenté des symptômes de la phtisie pulmonaire, et souvent de telle manière qu'on avait considéré dans le temps ces malades comme des poitrinaires désespérés. D’un autre côté, chez les phtisiques dont la maladie a duré extrêmement longtemps, on trouve assez communément quelques-unes de ces cavités vides ou à ‘peu près de matière tuberculeuse, ou entièrement tapissées par une meémbrane demi-cartilagineuse. La formation de celle-ci est un effort de la nature médicatrice (nous dirions aujour- | d'hui : réparation fibreuse). Elle constitue une sorte de ‘cicatrice interne analogue aux fistules et dont l’existence n’a pas plus d’inconvénients pour la santé que beaucoup d’entre elles. Tous les sujets, dont j’ai parlé ci-dessus, étaient morts de maladie qu’on ne pouvait nullement lui attribuer... Plus encore, des malades chez qui la phtisie vient à se changer en catarrhe chronique restent souvent pectoriloques toute leur vie et, à l’ouverture, on trouve des cavités (nous dirions aujourd'hui : stabilisation). La guérison d’une caverne à l’autre pôle peut se faire par une cicatrice plus où moins parfaite, un froncement à la surface du poumon (nous dirions état-séquelle ou parfois tuberculose abortive). »
Laënnec ajoute : « Ces faits rendent parfaitement compte de la marche en quelque sorté intermittente de certaines phtüisies (le langage moderne parlé de poussées évolutives) et des guérisons extraordinaires qui ont lieu dans d’autres. Il existé d’autre part des guérisons momentanées dues au ramollissement consécutif de tuber-
cules qui étaient encore crus à l’époque de la guérison du premier (ici nous parlerions de rechutes). »
Ici, Laënnec développe audacieusement sa thèse : « Si°
l’on réfléchit, écrit-il, que le développement des tuber-
cules dans le poumon parait être ordinairement le résultat d’une diathèse générale (nous disons le terrain), on sera sans doute porté à croire que la guérison la plus parfaite de la phtisie pulmonaire ne peut être que momentanée. Il n’en reste pas moins constant que dans beaucoup de cas (il ne dit plus : chez quelques malades),
on peut concevoir l'espérance d’une guérison réelle ou
au moins d’une suspension dans les accidents qui en est presque l’équivalent, puisque le malade peut être rendu à un état de santé assez parfait pour remplir toutes les fonctions de la vie civile (ce que l’on niera complètement par la suite). Quoique l’on puisse prononcer avec certitude qu’un malade pectoriloque a une excavation ulcéreuse, on pourrait quelquefois se tromper en assurant qu’il succombera », affirmation dont la radiologie nous fera sourire plus tard, lorsque, dans l’heure des premiers enthousiasmes, elle nous imposera la fallacieuse exigence du test cherché dans le nettoyage radiologique.
Laënnec conclut : « En résumé, ces cas sont très nombreux (il ne dit même plus dans beaucoup de cas). La guérison, dans les.cas de phtisie où l'organe n’a pas été entièrement envahi, ne présente aucun caractère d’impossibilité, ni sous le rapport de la nature du mal, ni sous celui de l'organe affecté. »
Ainsi Laënnec, qui a tout prévu, a dit que la tuberculose pouvait fréquemment guérir. Il a décrit d’autre part ces états intermédiaires si curieux qu’on appelle la stabilisation et, malgré la persistance de lésions, correspondent en fait à une guérison clinique satisfaisante.
‘Pourquoi ces conceptions si sages et si vraies ont-elles
été complètement oubliées par ses successeurs ?
C’est que les successeurs de Laënnec enferment la tuberculose dans un schéma sans souplesse. La maladie, pour eux, évolue en trois périodes et la dernière est celle
où la caverne vient nécessairement creuser le poumon.
L'apparition de cette fon est donc un signe terminal et constant, et se place par conséquent aux antipodes de la guérison, Cette doctrine s’est imposée longtemps, puisque, naguère encore, on attribuait aux cavernes la responsabilité de symptômes graves qui tiennent yniquement en réalité à la multiplicité progressive des foyers infectants et à la déchéance complète de lorganisme épuisé. Mais par une sorte de romantisme pathologique, on concevait que la tuberculose avait toujours ainsi une évolution défavorable. Elle tuait plus ou moins vite, elle tuait tous ceux qu’elle avait frappés; elle était même, selon Bernheim, « la plus meurtrière des maladies infectieuses ».
Tout changea brusquement, lorsque Grancher vint écrire qu’elle était la plus curable des maladies chroniques. On sait la grave erreur sur laquelle ce phtisiologue fonda cette assertion stupéfiante. Attaché uniquement à l'étude des nuances de l’auscultation, il avait donné le nom de maladie à des états cicatriciels abortifs, et par définition hors du cadre de la pathologie évolutive. Ce retour à la notion de curabilité ne fut donc pas pris au sérieux, ou bien il ne servit qu'à permettre une nouvelle erreur : à cette époque, les vaccins, les tuberculines, d’autres médications faisaient leur apparition dans la thérapeutique. On admit donc que la-tuberculose était curable, mais à la condition de la considérer dans la forme dont avait parlé Grancher. On eut ainsi de beaux succes avec des tuberculoses abortives sur des sujets qui
mavaient qu'un tort, celui de ne pas être des malades.
Vint une quatrième époque : on ne tarda pas à s’aper-” cevoir de l’erreur précédente, mais on tomba presque aussitôt dans uné autre que Laënnec —— elle n’était donc pas nouvelle — avait déjà reprochée, du reste, à Broussais, celle de la tuberculose curable à son début. La médecine, pensa-t-on, dispose de traitements qui peuvent être toujours efficaces, mais leur succès dépend strictement de la date de leur application. Nous pouvons découvrir la tuberculose dès son premier stade, et dans ce cas, nous devons obligatoirement la guérir. Dans le cas con-