XVII
La lionne du ravin d’el-Archioua.
Depuis la mort du lion. d’el-Archioua (en juillet 1844), sa veuve ayant émigré, les environs de Guelma étaient devenus tranquilles.
, Dans le courant du mois de novembre 1846, cette lionne revint, suivie d’un nouvel époux et de deux lionceaux. .* ' . . ' t
C’était chaque jour une hécatombe de bœufs et de chevaux pour l’alimentation des grands parents et l’instruction de leurs petits.
Après plusieurs plaintes de la part des gens du pays , je me rendis à el-Archioua le 24 novembre.
La lionne et sa suite avaient disparu depuis la veille.
Je rayonnai pendant plusieurs jours dans les environs sans rencontrer une seule trace , et revins le 3 décembre chez le cheik Seliman-ben-Saïd, dont, le douar était situé au centre du pays. - •
J’appris en arrivant qu’un cavalier des Ouled-Neïl était venu me prévenir que la lionne avait tué un cheval dans ces parages.
Je me hâtai de rejoindre ce cavalier, qui m’indiqua de loin la place où le meurtre avait eu lieu.
' Arrivé en eet endroit, je trouvai une mare de sang et les traces du cheval, que la lionne avait traîné sous bois après l’avoir abattu.
Je mis pied à terre, et, laissant ma monture entre les mains de l’Arabe afin qu’il la ramenât , je suivis la traînée jusqu’au fond du ravin , où je trouvai la victime encore intacte.
Après m’être établi à quatre ou cinq pas du cadavre, j’attendis.
La nuit du 3 au k fut sans résultat.
Lè lendemain , vers les six heures du soir, l’approche de la lionne me fut annoncée par la fuite précipitée des petits animaux qui rôdaient autour de moi.
Le ravin étant très-encaissé et couvert, je ne vis la lionne que lorsqu’elle arriva près de sa proie
Les lionceaux la suivaient à quelques pas.
L’un d’eux ayant passé devant sa mère et s’étant approché du cheval, celle-ci bondit sur lui, le terrassa d’un coup de patte et l’obligea à disparaître sous bois.
La lionne m’avait aperçu.
Disparaissant, de son côté, à la suite de ses lionceaux, elle se mit à tourner autour du lentisque que j’occupais, montrant de temps en temps sa tête derrière une broussaille pour chercher à me voir, mais la retirant dès que j’ajustais.
Un instant elle disparut tout à fait.
N’entendant plus aucun bruit, je commençais à croire qu’elle avait pris le parti de s’éloigner, lorsque, jetant un coup d’œil sur ma gauche, je la vis à quelques pas de moi, allongée comme une couleuvre, la tête sur les deux pattes, les yeux fixés sur mes yeux. >
Il n’y avait pas un instant à perdre. ' • :
Je l’ajustai au milieu du front et je pressai la détente.
La lionne fît en. l’air un bond de quatre ou cinq pieds, et retomba morte sur le cheval."
J’attendis jusqu’à quatre heures du malin sans que les lionceaux reparussent.
Le lendemain, lorsque je revins, accompagné d’une foule d’Arabes , pour enlever le coTps de la lionne, il nous fut impossible de détacher ses dents et ses griffes du cadavre de l’animal.
H fallut couper les chairs et emporter la lionne avec ce qu’elle avait saisi en rendant le dernier soupir.
Que ceux qui désirent se vouer à la chasse du lion fassent leur profit de cette nouvelle observation.
„ Pour ce qui me concerne, j’avoue en toute humilité que ce fait, joint aux précédents, me donna beaucoup à réfléchir. ' : ' ■ ^
Après avoir accompagné cette lionne à Guelma, je revins à la montagne pour rechercher sa famille.
Mais le lion avait sans doute déguerpi, emmenant scs petits, car je dus rentrer au bout de quelques jours sans avoir pu le joindre.