ÉNÉAL0GIÉ DE PARALLÉLIPIPÈDE
Sir Edgard Lindsay appartenait à une famille considérable ; c'était un jeune homme doux^ modeste et d'une rare distinction; avec un peu plus de fortune^ il eût fait assurément grande figure dans le monde. Mais sir Edgard n'était pas très-riche. Son père ne lui avait laissé^ en mourant^ qu'une gentilhommière démantelée et un nom inscrit honorablement au baronnetage du Royaume-Uni.
C'est en Angleterre^ surtout^ que les réputations se font vite. La gloire anglaise a toujours je ne sais quel faux air d'engouement. A Londres^ la vogue naît par surprise et s'épanouit du soir au matin^ comme un champignon de couche. Peut-être à cause de cela^ l'Anglais regarde avec une certaine défiance mêlée de dédain quelques-uns des sentiers mal fré-
quentés qui conduisent au temple de la gloire : la littérature^ par exemple^ sorlout cette littérature qui se produit par la voix des journaux et des recueils périodiques.
n faut Tavouer^ le journaliste de Londres est à peine gentleman; il occupe^ à peu de chose près^ cette position subalterne du poète librettiste en Italie. Tel lord épousera volontiers une danseuse de seccmd rang^ ou une cantatrice légèrement dépréciée, mais Sa Seigneurie ne donnera pas le doigt à un folliculaire. En France, au contraire. Mécène, marquis ou banquier, invite les gens de lettres à sa table et I n'épouse pas souvent les actrices.
On pourrait presque dire, qu'audeià du détroit, tenir une plume est métier de femme, car cette défiance méprisante qui étou£fe les premiers vagissements du poète, s'évanouit, dès qu'une fille d'Apollon accorde son luth inconnu. Tout livre qui porte sur sa couverture le nom d'tme fenune éveille chaz nos voisins une curiosité soudaine. Pour peu que la fauvette nouvelle ait dans le gosier deux ou trois notes passables, la bienveillance devient tout de suite entraînement : la fièvre commence; Londres se détermine flegmatiquement à être fou de la muse ; les honunes-afBches portent son nom radieux sur leur
dos^ et les confiseurs mettent leurs pralines sous le patronage de sa renommée.
Quelquefois méme^ et c'est Tapogée de4a Vogue^ la muse devient^ à soninsa^ marraine d'une jument savante du Ratiy's new amphithecUre, qui est le cirque olympique de Londres.
Sir Edgard était modeste^ nous Tavons dit^ mais il était poête^ et^ par conséquent^ il avait soif de succès. Pour cela un peu/un peu pour la raison qui engageait autrefois les grands seigneurs à jeter sur leurs épaules un manteau couleur de muraille quand ils couraient les aventures de nuit^ sir Edgard avait mis ses premières poésies sous le nom fantastique de lady Desdemone Bridgeton. Depuis quatre jours^ il savait qu'une femme^ une véritable fenmie portait ce nom de lady Bridgeton; cette femme se parait de sa gloire à lui^ et respirait sans façon Tencens qui brûlait pour l'auteur de David Rizzio. D l'avait aperçue; elle était belle comme l'Amour; sans la besogne terrible que lui avait donnée bien inutilement son duel avec Christian Mac-Âulay^ sir Edgard n'eût point attendu quatre jours pour avoir le mot de cette énigme bizarre.
Mais enfin^ il allait voir lady Bridgeton^ son charmant sosie I Edgard n'avait nul parti pris sur la con-
duite à tenir dans cette entrevue: il se sentait fort à Taise; tous les avi^tages étaient de son côté. En sonune^ il penchait pour la clémence.
Jane parut en toilette de ville, simple, mais d'une élégance exquise; Edgard s'avoua involontûrement que son pseudonyme n'était point trop mal porté. U se disait, car les poètes euxHOoèmes raillent cette pauvre poésie :
— ^Jamais tache d'encre n'a souillé ces jolis doigts roses, et tous ceux qui connaissent les montagnardes du Parnasse verraient bien qu'elle n'est pas de ce pays-là!
Jane lui fit en rentrant un salut gracieux.
— Sir Edgard, dit-elle tout de suite, et comme si elle eût voulu prévenir une première question, j'aurais eu dès hier lé plaisir de vous voir, sans le misérable incident qui vous a privé de votre liberté pour une nuit.
— Permettez-moi d'abord, Milady, interrompit Edgard, de vous offrir mille grâces...
Jane l'arrêta. Elle souriait encore, mais ses yeux étaient baissés,et ses joues se couvraient d'un incarnat plus vif.
—Épargnez-moi, Monsieur, murmura-t-elle ; il me
serait pénible de penser que vous manquez de générosité.
Edgard se mordit la lèvre. On ne voulait pas de sa clémence^ ou plutôt on exigeait bien davantage.
— ^Nous nous expliquerons^ sir Edgard Lindsay^ poursuivit Jane avec une dignité sérieuse et presque hautaine. Vous êtes mon créancier^ vous m'accorderez du temps^ s'il vous platt^ et je promets de vous payer fidèlement le solde de notre compte.
— Madame... balbutia Edgard.
— Parlons de choses plus graves^ je vous prie^ interrompit Jane; la folie que j'ai faite me regarde; ce qui est de votre compétence^ c'est le tort que je puis vous avoir causé...
— Âh ! Milady, s'écria le jeune homme; vous avez donné une réalité incomparable à ma fiction^ qui serait éternellement restée dans les nuages de la fantaisie! L'auréole de votre beauté illumine mon pauvre David Rizziol
Jane fronça le sourcil* ' — ^Âimez-vous mieux votre tragédie que votre fiancée? demanda-t-elle brusquement.
—Ma fiancée ? répéta Edgard étonné.
—Je vous disais que nous allions parler de dioses
plusvgraves; je tiens ma {uromesse..* Miss Davids<m devait vous envoyer chez moi^ hier au soir.
— ^Yous connaissez donc miss Davidson^ Milady ? demanda Edgard vivement.
— Je suis son amie^ répondit Jane^ sa meilleure amie^ et c'est à ce titre que je voulais vous entretenir... Asseyez-vous, sir Edgard, reprit-elle d'un ton de familière bonté, là, près de moi, et causons comme si nous étions de vieilles connaissances.
Edgard obéit. Jane continua, en retrouvant son beau sourire :
—Il faut (pie vous soyez son mari. Monsieur, car elle vous aime. Et il faut que vous la rendiez la plus heureuse des femmes !
— Oh! s'écria Edgard, qui baisa la main de son homonyme, si cela dépend de moi. . .
— Distinguons, répliqua Jane; pour ce qui est de la rendre heureuse après le mariage, cela dépend assurément de vous, et de vous seul. Hais quant au mariage lui-même, je ne vous cache pas qu'il dépend un peu de moi.
-»I1 se pourrait ?•..
— Je travaille de mon mieux à le rendre possible.
— AhMIilady! s'écria le jeune homme avec e£Eutton, ma reconnaissance.
— ^Pennettez^ sîp Edgard. Je compte vous mettre à même de me prouver votre reconnaissance.
— Que ce soit à Finstant !
— ^Permettez! Chacun a ses petits intérêts^ vous savez... Et si, pendant que je m'efforce pour vous^ pendant que je veille autour de votre bonheur comme une fée bienfaisante^ vous^ Sir Edgard^ aveuglément et sans lÉivoir^ vous travaillez de votre côté pour me ravir ma dernière espérance. . .
— ^Moi^ Madame ! balbutia le jeune homme étonné.
—•Si vous me poursuivez le jour et la nuit^ Monsieur^ continua Jane en s'animant^ si vous vous acharnez à faire de moi la plus infortunée créature qui soit au monde...
— ^Haîs^ Madame^ sur mon honneur!
— Sr Edgard Lindsay^ prononça Jane lentement^ il n'est donc pas vrai que vous veuillîez vous battre avec M. Christian Mac-Aulay ?
— Si fait^ pardieu! s'écria le jeune homme^ incapable de dissimuler sur ce point.
— ^Vous l'avouez?
— Pour cela, oui^ Madame I J'irai au bout du monde^ s'il le faut, pour me battre avec M. Christian Mac-Aulay 1
['allais cependant vous prier.., commença Jane.
—Ne priez pas. Madame, ce serait inutile ; je suis déjà la fable de Londres ! Cette histoire-là^ pour cesser d^être ridicule, a besoin d'un dénoûment tragique.
— ^Monsieur Lindsay, dit Jane^ je veux qu'elle se dénoue pacifiquement.
— ^MHady...
— Je le veux ! Et Je vous fais observa que j'aurais pu prendre -votre parole avant de vous donner la liberté. Est-ce à un gentilhomme comme vous de me faire regretter ma confiance ?
.^dgard baissa la tête.
Jane continua, et sa douce voix prit, malgré elle, des inflexions menaçantes.
— Je suis votre alliée en ce moment, dit-elle; je ne vous conseille pas de me déclarer la guerre!
— Mais enfin, demanda Edgard avec impatience, quel intérêt si puissant?...
— ^Vous êtes indiscret. Monsieur! interrompit Jane, qui fronça le sourcil.
Edgard frappa du pied et fit un geste de colère en murmurant :
—Je ne voulais pas deviner! Ah! Milady, une femme comme vous, aimer un homme comme lui!
Jane se redressa, et prit ce petit air de reine qui lui allait si bien.
— Sir Edgard, dit-elle, je tiens M. Mac-Auiay pour un galant homme. Je vous défends de le calomnier devant moi.
Edgard s'inclina et se tut. Jane lui gardait rancune.
— Nous ne sommes pas ici pour discuter à notre aise. Monsieur, reprit-elle; permettez-moi de vous rappeler au vrai de la situation : il faut que nous nous entendions à Tinstantméme ou jamais. Voulezvous me promettre, sur Thonneur, de ne pas vous battre avec Mac-Aulay ?
Edgard Ouvrait la bouche pour répondre négativement.
— Réfléchissez avant de me refuser, dit Jane.
—Croyez, Madame, que je suis désolé... murmura le jeune baronnet.
— ^Prenez garde. Monsieur, interrom[ût Jane, qui se leva toute pâle; une fois la lutte engagée, je serai sans pitié!
— ^Miss Davidson l annonça en ce moment Trilby.
— ^Amy ! fit Edgard en tressaillant.
—Décidez vous-même ^ acheva Jane d^une voix
contenue, mais pleine de résolution^ si vous voulez,
oui ou non, qu'elle soit votre femme.
Edgard hésita. On entendait le pas léger d'Amy dans la chambre voisine.
— Madame^ s'écria le jeune baronnet^ j'ignore si vous avez le pouvoir d'exécuter vos promesseç et vos menaces : mais je Taime tant ! Dès qu'il s'agit d'elle^ je ne sais plus résister. Je cède^ Madame; je vous promets sur mon honneur . . .
— ^Taiit mieux pour vous^ sir Edgard^ dit Jane en lui coupant la parole^ tant mieux pour elle et tant mieux pour moi !
Elle lui donna une bonne poignée de main pour sceller le contrat^ et s'élança au-devant d'Â.my ({ui entrait.
Edgard restait tout pensif auprès de la cheminée^ tandis qu'Amy et Jane s'embrassaient comme deut sœurs.
—Gomment l s'écria miss Davidson en apercevant son fiancé^ il est ici! Moi qui venais vous dire.<.
—Vous veniez me dire, chère enfant, que M. Lind« say avait disparu comme un feu follet ; que vous l'aviez cherché en vain hier au soir; qu'il était fntrouvable!... Sir Edgard, s'interrompit-elle en élevant les jolis doigts d'Âmy jusqu'aux lèvres du baronnet, nous vous octroyons la permission de baiser respectueusement notre main*
— Bon Dm, chère mignonne, reprit-elle avec pétulance en se tournant vers Âmy, si vous saviez comme hier est loin déjà ! Dqpois bi&r, n5us nous sommes battu en vaillant chevalier, nous avons été en prison, nous avons recouvré noti*e liberté, nous sommes réconcilié avec notre ennemi mortel, et nous ne songeons plus qu'à aimer à deux genoux miss Amy Davidson, laquelle nous le rend bien, je Tespère.
Elle était entre les deux jeunes gens, et son regard brillant de gaieté les interrogeait tour à tour.
— ^Est-ce que tout cela vous parait bien lugubre? demanda-telle.
— Les obstacles restent les mêmes, murmura Edgard.
— Ehl dit Jane, je me moque des obstacles 1 Voyons, Amy, venez à mon secours.
— ^Mon père est plus coiffé que jamais de ce llac* Aulay! soupira miss Davidson, « — Quand je vous dis£Ûs... commença Edgard.
-v-Quand vous me disiez! quand vous me disiez I fit Jane en colère; moi, je vous dis que vous êtes des trembleursl Tout ceci me regarde autant que vous, je pense, et vous pouvez bien vous fier à moi. Alta« qœr de front nudntenant Tengou^oient du com-
modore^ ce serait peine perdue : Il faut de la diplomatie.
— C'est loog, la diplomatie I dit Edgard.
— ^Et pendant cela^ reprit Amy, si Ton allait me marier?
— ^Yous vous en apercevriez^ belle ingénue^ prononça Jane solennellement^ et^ alors^ il serait temps de résister^ de pleurer^ de pâlir, d'employer enfin toutes nos ressources, à joous autres femmes. Hais, ea attradant, aimez-vous tant que vous pourrez: espérez, ayez confiance; je suis sur la brèche et j'ai mon dess^.
Un coup magistral fut frappé à la porte de la rue.
-—Ce doit être mon père! s'écria miss Davidson ; j'avais oublié de vous annoncer sa visite.
Jane se tourna vers Edgard et lui fit un signe d'intelligence.
-—Le Commodore, dit-elle en riant, vient offrir ses hommages à l'illustre auteur de David Rizzio: cela ne vous regarde pas du tout.
— Je me retire, Milady.
Jane lui montra la porte du jardin.
—Par cette voie^ s'il vous plaît. U est utile pour
nos petits projets que le commodoie vous croie toujours en prison. Adieu^ sir Edgard, et souvenezvous de votre promesse.
— Que me dit-on? que me dit-on? bavardait le Commodore dans Tantichambre ; ma fille est chez lady Desdemone? Jolie taille de tigre^ mon filsl Quel ftge? Dix-sept ans. Quel poids? Cinquante-neuf livres. Parfait! .
n entra fort affairé^ en continuant tout d'une haleine :
— Milady^ je dépose mon respect à vos pieds. Ha fille^ je suis heureux et flatté de vous voir ici ; vous ne pouvez que vous former en fréquentant une ' personne qui sait faire les tragédies.
Le Commodore fit une pause; Jane restait en admiration devant lui. Le commodore était en effet superbe; il portait sur la téte^ au lieu de chapeau, une casquette collante de forme oblongue, et ressemblant à ces moitiés d'œufs durs que l'on sert sur de Toseille; son paletot ouvert laissait voir une casaque de soie dont la coupe dessinait sa taille maigre et osseuse ; ses jambes decerf avaientpour vêtement une culotte juste, boutonnant à la hauteur du genou, sur laquelle remontaient des bottes molles. Une longue cravache et des éperons de course complétaient œ
costume^ sous lequel Robert Davidson brillait d'un
lustre tout nouveau.
— Je vous prie humblement de m'oKCuser^ Milady^ reprit^l en cherchant de VoAl une glace, si je me présente à vous en tenue de sporting-geutleman. Nous avons un petit steeple-chase, là-bas, à Croydon, et je me suis engagé à monter moî-méme Parallé" lipipêdej mon excellent coureur.
Jane ne put que s'incliner en souriant.
— J'ai assez l'habitude du monde, continua Robert Davidson, pour savoir que l'usage n'est pas de faire visite dans cette toilette, mais l'usage et moi nous sommes brouillés mortellement; je ne fais rien comme les autres ! Connaissez-vous Parallélipipéde, Milady? Non? Voulez-vQus faire sa connaissance) Vous n'avez pas le temps?Ce sera pour une autre fois. Je puis vous exposer en deux mots sa généalogie : il est par Hypothenuse et par Prismatic ; Prismatic était par Synecdoche et Polygone; Polygone était par Equation et Logarithme; Logarithme était par Problème, et...
—Mais c'est un cheval savant I s'écria Jane en riant aux éclats.
--Et mère inconnue, je dois l'avouer, ajouta le Commodore d'un air un peu confus. Tout porte à
croire^ cependant que Problème n'avait pas pu se commettre avec une jument du commun. Milady^ je serais le plus heureux des hommes si vous vouliez tnen accepter ma voiture pour suivre la course.
— Ce serait pour moi une véritable partie de plaisir^ Mylord^ répondit Jane; seulement...
Le Commodore neTécoutait pas; il était parvenu à se poser en face d'une glace ^ il avait rejeté les revers de son twine^ et se contemplait lui-même avec un contentement naïf.
—J'espère que mon costume est du goût de ces dames? reprit-il en mettant la cravache sur'la hanche: toque bleu de ciel^ casaque pourpre^ ceinture orange frangée d'or et... et...
Malgré l'audace de son excentricité^ il n'osa pas prononcer le mot : culotte^ qui est shocking au premier chef; mais il frappa sur sa cuisse^ salua et acheva :
—Vert de mer, conrnie vous voyez î
— ^Tout cela est charmant^ Milord, dit Jane.
—Mon Dieu^ Madame^ aux dernières courses d^pson^Mae-Auiay avait copié ce costume.
— ^D'avance... murmura la blonde Âmy.
—Ne vous comparez pas à Mac-Âulay^ Hilord 1 s'écria Jane.
Le Commodore fit le gros dos et répéta :
— Ken comme les autres I neuf des pieds à la tête I il n'y a encore eu queMac-Âulay à porter des éperons comme ceux-ci. Et la vis de ceux de Mac^Âulay tourne à gauche^ tandis que les miens vont à droite, n ne sait pas celai... Vous a*t-on dit^ Madame^ ajouta-t-il en se rapprochant^ que je cherchais quelqu'un pour avoir un duel à l'arquebuse)
Il se pencha tout à coup à l'ordlle de Jane et poursuivit d'un ton insinuant :
— ^Ma fille n'est pas sans intelligence^ au fond ; si vous pouvi^ seulement lui apprendre à faire quelques poésies légères et insignifiantes?
—On peut essayer, Milord, répliqua Jane.
Robert Davidson posa la main sur son cœur.
— Ceux qui parlent comme tout le monde, commença-t-il, vous diraient que vous êtes une enchanteresse. Moi, je vous dis... je me borne à vous dire que vous possédez un philtre!... Venez, miss Davidson, puisque milady ne daigne pas nous honorer de sa compagme.
Il jeta un dernier regard au miroir et prit la main de sa fille.
—Vous serait-il agréable, demanda-il au moment de passer le seuil^ de connaître dans ses plus intimes
défaiîs ce combat extraordinaire dont j'ai été Tinsrtigaleur et le témoin? Mais j'oublie que Mao-Aulay a le malheur de vous déplaire.
Il quitta la main d'Âmy et se précipita vers Jane.
—Chut! chut! fit-il en roulant ses yeux; on ne peut pas parler mariage devant cette petite fille. Je reviendrai après la course et Tamour me prêtera ses ailes.
— Ah! Hilord^ fit Jane langoureusement^ vous êtes unique au monde pour trouver de ces délicieuses fadeurs !
— ^Fadeurs! diable! fadeurs! répéta le commodore triomphant; vous avez entendu ma fille?
Jane embrassa miss Davidson et lui serra la main en disant :
— ^Âdieu^ chère enfant^ et bon courage !
— ^Ne faisons pas attendre Parallélipipède^ Uilord^ aiouta-t-elle tout haut.
Xe commodore sortit d^un air afiairé comme il était entré. Pendant qu'il traversait l'antichambre^ on put l'entendre déclamer :
— Ah ! Misi^^ ah ! Miss^ si j'étais le père^ le fils ou l'époux d'un auteur de tragédies ! .. .
Jane regarda la pendule, qui marquait trois heures, et un nuage d'inquiétude vint assombrir son front;
elle reprit sa place au coin de la cheminée, et se mît à compter les minutes. C'était l^eure à laquelle' Christian venait d'ordinaire. Et Christian aujourd'hui ne venait pas.
Deux ou trois fois^ pendant que Jane suivait d'un œil attristé la marche des aiguilles sur le cadran^ les figures curieuses de M. Carter et de M. Levais se montrèrent aux fenêtres de la galerie. Mais Jane était tout entière à sa préoccupation et ne les voyait pas.
•—Est-il venu hier pour la dernière fois? se disaitelle.
Les minutes passaient. Tout à coup^ un bruit de voiture se fit dans la rue^ et Jane se leva radieuse.
— Dieu soH loué ! s'écria-trolle^ c'est lui !
Elle courut à sa glace et passa la main dans ses cheveux. Tout à l'heure, le miroir lui souriait; maintenant, elle avait peur de n'être pas assez belle. C'était lui, c'était Christian ! Le cœur de Jane battmt
mme à l'heure du premier rendez-vous.