‹ Le tueur de tigresChapitre 2 sur 18 · MISS JANE · texte numérisé non relu

MISS JANE

n y avait une belle ferme entre Asbborn etTideswell, dans le comté de Derby; les prairies^ tondues par ces bestiaux géants qui sont la gloire et la richesse de r Angleterre^ descendaient du pied des montagnes jusqu'au cours paisible de la Derwent. La ferme appartenait à Saunders, de itewcastle^ novateur en fait de charrues^ lauréat pour les moutons et les bœufs dans une foule de concours^ et célèbre par toutes les foires du Derbyshire pour la pesanteur de son gourdin.

Une ferme du centre en Angleterre vaut mieux qu'un de nos manoirs de Bretagne ou même de Normandie. H y avait des pauvres gens qui donnaient à Saunders le titre de squire^ et tout le monde appelait sa nièce : miss Jane.

Miss Jane était la coqueluche des dandys campagnards à dix lieues à la ronde; die avait un piano dans sa chambrette^ meublée de neuf^ et on lui faisait venir de la musique de Londres. Miss Jane allait h la promenade sur un poney de Clare qui était un bijou; elle avait été deux fois reine des bouquets à la fête de Chapel-in-Frith^ dans la montagne.

L^oncle Saunders disait que miss Jane épouserait un fermier comme lui^ ou qu'on verrait bien ! Quand il parlait des jeunes squires du voisinage dont les trotteurs suivaient de trop près^ à son gré^ le poney de miss Jane^ il avait toujours un regard pour son gourdin fidèle.

n adorait miss Jane^ et miss Jane^ en conscience^ le méritait de tous points. C'était la fée rieuse des vertes prairies de la Derwent; c'était la belle reine des fêtes villageoises^ et il n'y avait point de bonne gaieté sans elle.

En vérité, miss Jane, pour garder sa vertu, n'avait pas besoin du patriarcal gourdin de son oncle. Les jeunes squires perdaient leur peine à soupirer pour l'amour d'elle. Toujours irlerte, toujours joyeuse, miss Jane s'éveillait en chantant, le matin, et s'endormait le soir dans un sourire.

A deux lieues d'Âshbom, sur un petit affluent de

la Trente s'élevait un riant cottage dont les murailles blanches se cachaient derrière un bouquet de grands chênes. Un vieillard vivait, seul dans cette retraite. Cétait un singulier persoutiage y qui n'entretenait guère de relations avec ses voisias et qui consacrait toutes ses ressources à Téducation d'un sien neveu^ voyageant sur le continent. Le bonhomme mourut; le cottage resta solitaire durant quelques semaines^ puis on vit les persiennes vertes se rouvrir^ et Ton parla du nouveau propriétaire : le neveu^ un beau jeune homme qui déjà songeait à vendre Fhéritage du vieil oncle.

Il se nommait Christian, le neveu^ Christian tout court. Il avait un fringant cheval noir qui faisait Tadmiration des jeunes squires^ et dès Tabord^ ce bel animal prit la manie de suivre la piste du poney de miss Jane. Saunders de Newcastle fit plus d'une fois la grimace en serrant le manche de son gourdin. Les fillettes du pays lançaient à miss Jane des regards sournois et demandaient où s'était enfui son sourire.

On avait eu déjà le temps d'oublier sa chanson.

Pauvre miss Jane! des yeux jaloux l'avaient vue pleurer sous les saules^ au bord de la Derwent.

Un soir^ avant de se coucher^ elle embrassa l'on-

» LE IDBUR

«le Saunders plus teodrement quu de coutume; l'oncle Saunders la trouva toute pâle et se dit,: « Demain, je l'interrogerai. »

Depuis deux grandes semaines, l'oncle Saunders de jour en jour à l'interroger.

igna sa chambre, et son piano l'esla ouva que, la v^e, Christian avait )t rbéritage de son oncle, pour la somme de trois mille guinées. Le lendemain, il était trop tard pour interroger miss Jane; sa chambre était vide, ainsi que le gentil cottage caché parmi les grands chênes.

Le vieux Saunders prit le deuil tout comme Douglas la Main de fer, quand sa fille, Anne-Marie, s'enfuit avec le lord des lies.

Jane lui écrivit de Londres pour lui dire que Christian l'épouserait. Christian l'avait promis. L'oncle Saunders vit sur le papier de la lettre des tacbes rondes et boursouflées. Il ne se souvenait point d'avoir jamais pleuré, même quand mistress Saunders, sa femme, s'en était allée dans un meilleur monde, n froissa la lettre et ouvrit ses yeux tout grands, parce qu'il sentait des larmes brûler au dedans de ses paupières. 11 descendit à la prairie; il regarda SCS bœufs et vit bien qu'il ne les aimait plus.

Quand il rentra^ la maison lui sembla changée; il y avait partout trop de place. Jane^ IMngrateenfant^ * avait laissé le vide derrière elle.

Saunders partit pour Londres, son gourdin sous le bras. Il revint une semaine après et fit condamner la porte de la belle petite chambre de Jane. Il caressa ses bœufs de bon cœur et dit : « Voilà de vrais n amis! »

Aussi le fermier Saunders en menaii-il une paire de temps à autre à Tabattoir.

Personne ne lui parla de miss Jane^ à cause du gourdin.

Christian et miss Jane couraient cependant le continent. Ils s'aimaient à la folie tous les deux, et leur voyage n'était qu'une longue suite d'enchantements. Christian n'aurait pas mieux demandé que d'épouser Jane^ mais le moyen? Il fut convenu qu'on passerait à Gi'etna-Green au retour.

Le forgercm de Gretna-Green vivait encore.

Ceci une fois établi^ on n'y pensa plus guère et l'on ne s'occupa qu'à mener bonne vie à Paris^ à Naples^ à Vienne, partout où la bonne vie se mène.

Quand ils eurent dépensé deux mille cinq cents guinées, Jane, qui devenait raisonnable, dit : a II est

24 LE TUEUit

temps de partir pour Gretna-Green, car nous n'avons • pas trop pour faire la route. »

Cinq œnts guinées. pour se rendre des bords du Rhin à la frontière d'Ecosse^ cela semble suffisant au premier aspect; cependant miss Jane et Christian ne purent jamais aller que jusqu'à Londres. Jane était lasse en arrivant; Christian lui accorda quelques jours de repos. 11 rencontra dans Saint-James- Park un compagnon de voyage qui le mena au club. On joua; Christian gagna^ et Tidée lui vint de refaire un peu sa fortune avant d'aller à Gretna-Green.

Jane était toujours de l'avis de Christian^ quand il ne doutait de rien. On loua la maison d'occasion que Tom Borne était chargé de faire valoir. Christian perdit le lendemain; le surlendemain^ il apprit Tart dangereux et facile de signer des lettres de change. La guerre qu'il engagea contre le sort fut courte et dépourvue d'incidents brillants; sa décadence dura six semaines^ pendant lesquelles il perdit son terrain pied à pied dans la maison de Tom Borne.

La veille du jour où nous rencontrons miss Jane et Christian^ ces deux parfaits amants^ jouant de leur reste^ étaient allés respirer l'air pur sous les beaux ombrages de Richmund; le nom de Gretna-Green avait encore été prononcé^ mais avec mélancolie et

comme on parle des Eldorados fabuleux. Au retour^ sur le paquebot, pour la première fois depuis son départ de la ferme, miss Jane avait éprouvé un véritable serrement de cœur qui n'avait point trait au souvenir de son brave oncle Saunders. La cause innocente de ce premier chagrin de miss Jane était la vignette anglaise^ miss Amy Davidson^ avec sa radieuse chevelure blonde et ses dix mille livres sterling de revenus en expectative. Glristian^ dans le monologue obligé qui précède tout { uicide^ nous a dit quelques mots de miss Jane; mais Christian peut paraître un juge partial^ et nous éprou 'ons le besoin d'affirmer sérieusement, que miss Jaie valait son pesant d'or. *

C'était une fille honnête, malgré sa faute, et profondément dévouée, malgré son ingratitude apparente envers le fermier Saunders. Elle avait été égarée par sa jeunesse et entraînée par la vaillance même de sa nature. Ce petit grain de romanesque folie qui existe à un moment donné dans l'imagination de toutes les jeunes Anglaises avait fait le reste. Ce qui entourait miss Jane, là-bas^ dans le comté de Derby, lui plaisait, sauf les jeunes squires. Les jeunes squires l'impatientaient à tel point que Christian lui était apparu comme un héros de poôme

se LE TUEUR

épique : elle Tavait aimé de toute la haine enfantine qu^elle prodiguait à ses fastidieux persécuteurs.

Conune on le voit^ le gourdin de Saunders ne se trompait point trop quand il se sentait attiré vers les épaules des jeunes squires.

Jane s^était enfuie de la ferme par la crainte exagérée qu'elle avait de son oncle. Dans le premier moment^ elle ne croyait faire qu'une trèsHïourte absence^ le temps de se marier à la mode écossaise et (ie revenir solliciter son pardon humblement.

Les choses avaient tourné d'une autre manière, et peut-être miss Jane n'avait -elle point résisté comme elle l'aurait pu; mais le tourbillon l'avait prise irrésistiblement; Christian à ces premières heures d'amour, était pour elle un dieu. Suivre en tout la volonté de Chric.'dan, c'était la loi, et comme Christian lui donp:;ât le paradis sur terre, demander davantage lu' aùt paru démence ou ingratitude.

Le temps n'avait point affaibli la tendresse que miss Jane portait à Christian. Nous aurons peint d'un mot cette tendresse excessive, quand nous aurons dit que miss Jane ne s*était jamais avoué qu'elle était supérieure en tout à son amant.

Et voilà que tout à coup, à l'aspect de cette blonde fille du conmnodore, elle avait surpris dans

les yeux de son Christian une ambition sinon un amour^ un regret sinon un désir. Elle fut jalouse ; son cœur se révolta contre cette inconnue qui^ sans même le vouloir^ lui prenait son bonheur. Dès ce premier moment elle détesta miss Amy Davidson du fond de Tàme.

Et pendant toute la matinée du lendemain^ rembarquons bien ce fsût^ le nom de Gretna-Green ne fut pas prononcé par miss Jane^ qui avait son idée pourtant, et qui n'eût certes point pris le courage d'affronter son parent de Bond-Street, si la pensée de Gretna-Green ne Teût soutenue.

Il fallait en finir^ à cette heure ou jamais. Jane le sentait^ et Jane aimait comme au premier jour.

— Savez-vous ce que c'est qu'un excentrique^ vous? demanda brusquement le commodore à Tom Bonie, qui allait commencer l'explication des lieux.

Tom Borne le regarda de travers et le commodore fut enchanté.

—Je vous demande, répéta-t-tt avec complaisance^ si vous savez ce que c'est qu'un excentrique, vous ?

— Non^ répondit Tom.

Le commodore fourra ses doigts dans l'entournure de son gilet.

—Eh bien! dit-il en avançant le cou, regardez*

moi^ vous saurez ce que c'est qu'un excentrique!

— ^Alors^ vous êtes un excentrique^ Milord? dit Tom Borne d'un air à la fois humble et narquois.

— ^Manifestement ! répliqua le commodore, qui se redressa de son haut.

— ^Peste ! fit Tom Borne^ incapable de brider son insolence^ c'est curieux à voir un excentrique !

Le Commodore se frottai les mains et murmura :

— Hé^ hé!... hé^ hé! nous ne faisons rien comme les autres ! ^

Puis il ajouta en regardant Tom par-dessus l'épaule.

— L'homme^ j'étais l'ami de Courtenay.

— Pas possible, Milord !

—Est-ce que vous l'avez connu? demanda vivement M. Davidson.

— J'ai connu un Gurtney, repartit Tom, qui portait du charbon sous Blackfriars.

—Je dis : Ck)urtenay ! sir William Gourlenay ! le lion des lions ! s'écria le commodore «n s'échauffant.

— Mon père, interrompit Âmy, qui se tenait le plus loin possible de Christian, vous oubliez que nous sommes ici pour voir l'appartement.

Elle semblait craindre que sa voix n'arrivât jusqu'au jeune honune^ dont la plume courait et grin-

çait sur le papier j mais celui-ci n'avait garde d'entendre; il était tout entier et de bonne foi à sa suprême affaire.

— ^Laissez^ Hiss! dit le commodore solennellement; vous voyez bien que je parle de Ck)urtenay... le successeur légitime de Brununel^ ajouta-t-il en se tournant vers Tom Borne^ qui donnait de sourdes marques d'impatience. Je pense que vous avez connu Brummel^ mon garçon ?

— ^Non, Milord.

— Brummel, dit M. Davidson avec un geste confidentiel^ était le seul homme^ ici-bas^ qui sût mettre décemment sa chemise.

— Oh! fit Amy scandalisée^ mon père!

— Laissez^ Miss ! vous savez bien que je suis un original... Mon garçon^ les gens qui ne sont pas au fait parlent à tort et à travers de la cravate de Brummel. C'était pour la chemise qu'il avait une incontestable supériorité. Courtenay, lui^ ne savait pas mettre sa chemise^ mais il mangeait facilement cinquante douzaines d'huîtres sans boire.

— Voyez-vous ça ! dit Tom Borne ; sans boire !

Christian poussa un gros soupir. Il avait achevi

<a lettre de faire part et se mit à la plier.

-<-Moi^ qui vous parle^ continuait le conunodore

j'avais le gantier de Courtenay> j'avais le tailleur de Courteiiay. C'est un fait! J'avais son bottier^ sou sellier^ son tapissief^ son bijoutier^ et même soo pharmacien. Miss Davidson, vous pouvez vous dispenser d'écouter cela. Ah 1 ah ! l'homme, vous verrez, je ne fais rien comme les autres! Pour revenir à Courtenay, mort sur la brèche, pardieu ! en tenant contre Waterford le pari de manger soixante-quin:^ douzaines d'huîtres vertes.

Tom Borne ouvrit de grands yeux, et le Commodore ôta son chapeau avec un religieux respect pour ajouter d'un ton grave et pénétré :

— Mort à la soixante-treizième douzaine !

Christian venait de mettre un beau cachet ée cire noire à sa lettre. Miss Amy, qui était sur des épines, toucha le bras de son père.

—Je vous en prie , Monsieur, murmura-t-elle , ayez égard à la position de ce jeune gentleman...

Christian écoutait, cette fois. H comprit parfaitement qu'on parlait de lui. Pendant que le Commodore assurait son binocle sur son nez étroit pour it considérer, Christian se retourna tout doucement, et son regard croisa celui de la blonde Amy. Il tressaillit et baissa les yeux d'un air confus, tandis que la jeune fille se glissait derrière son père.

— Je ne vois pas pourquoi noire présence gênerait le gentleman, dit Robert Davidson à haute et intelligible voix; mais puisque vous êtes pressée. Miss, examinons la chambre.

— Milord, s'écria Tom aussitôt, prenez la peine de voir. C'est carré... Joli papier... bonne cheminée... vue agréable sur le square!...

—Je ferai changer tout cela, grommelait Robert Davidson; mon intdligence travaille.

— Votre Seigneurie fera ce qu'elle voudra... mais demain la chambre aura un tout autre aspect, parce qu'on aura balayé ce jeune monsieur et ses vieux meubles.

Amy jeta sur Tom Borne un regard de véritable indignation. Le pauvre Christian courba la tête pour cacher la rougeur de son front.

— Avez-vous entendu le capitaine Drayton parler sur le paupérisme à la Chambre des communes?

demanda le conunodore, qui prit tout à coup une pose d'orateur et se mit à déclamer. La misère. Messieurs! la misère estl'hydre aux cent têtes!... ou bien, comme dit lady Bridgeton dans son dernier dithyran^e : La misère est la plaie incurable et sai- 'gnante... Connaissez-vous lady Bridgeton?

at LE TUEUR

—Pas du tout^ Milord^ répliqua Tom qui haussa, ma foi^ les épaules.

— Lady Desdemone Bridgeton^ continua le cornmodore en appuyant sur chaque syllabe de ce nom véritablement fashionable^ Fauteur de David RizziOf la tragédie à la mode. C'est tout simplement une femme de génie^ mon bon. Je donnerais à Tin-, stant même cent guinées pour avoir l'avantage de lui être présenté... Bien^Missl fort bien! s'interrompit-il en se tournant vers sa fille qm cherchait à l'entraîner. Je crois que je n'ai rien dit de choquant. Quant à faire quoi que ce soit au monde comme les autres^ cela m'est impossible^ et vous le savez bien. Je vais de ce pas chez Carter essayer un attelage éton-

Dant> tout pareil à celui du comte deChesterfield

Yenez^ Miss L'homme> je retiens cette maison..

— Et vous n'en serez pas fâché^ Milord^ dit Tom qui se frotta les mains.

Amy glissa un regard de compassion vers Christian^ toujours knmobile comme une statue. On allait le chasser. C'était un bien beau jeune homme^ et il avait décoché de si galantes œillades à miss Âmy sur le- bateau de Richmund!

La blonde Amy suivit à regret son père qui disait sur le carré à Tom Borne :

— ^Vous verreZj mon cher garçon^ je meublerai tout cela comme Thôtel du duc de Buccleuch^ dans Pimlico. C'est chez moi un parti pris de n'imiter personne.

La voix de tête de Robert Davidson se perdit dans ^^scalier^ et Christian put entendre bientôt sa voiture rouler sur le pavé du square.

n se leva lentement et resta planté devant la table, en homme écrasé par ses réflexions.

— Elle m'a reconnu ! pensa-t-il tout haut; j'en suis sûr. Et dans quel état me suis-je montré à ses yeux ? Ce scélérat de Tom faisait les honneurs de ma misère avec un aplomb!...

Il secoua la tôte et repoussa son siège d'un vigtmreux coup de pied.

—Après tout, que m'importe cela? dit-il en pienant sur la table sa lettre cachetée de noir.

Il la contempla durant une seconde, puis un sourire vint errer autour de ses lèvres.

— Non ! fit-il, c'est qu'il n'y a pas à dire, elle est décidément charmante, cette jeune fille... charmante!... Et ce Commodore vous a une sainte odeur de livres sterling. Voilà qui ferait un vrai beaupère!

—Ah çà, j'étouffe, moi 1 s'interrompil-il en défaî-

34 tE TUEUR

sant le nœud de sa ci^avate ; ce boi:bomme est venu gâter ma dernière heure.

— ^Brummel ! prononça-t-il avec envie, Courtenày! des heureux! Quand je pense que je n'étais bon qu'à cela sur la terre, moi, avoir beaucoup d'argent et le dépenser grand train. C'était une vocation irrésistible!

n avança la main vers les pistolets et les arma l'un après l'autre. Il mit la lettre à l'adresse de Jane en évidence sur le coin de lia tabte. H était un peu pâle, mais son regard brillait.

Comme il serrait la crosse de son pistolet pour le porter à son front, un bruit se fit du côté de la porte.

— ^Encore toi, maître maraud! s'écria Christian avec colère, en voyant Tom Borne sur le seml.

— ^Je viens vous annoncer une autre visite, dit Tom qui le regardait effrontément.

Christian avait fait disparaître les pistolets sons les revers de sa redingote.

— Je ne reçois pas, répliqua-t-il.

—Oh ! fit Tom Borne, sans perdre son intolérable sourire, ces messieurs se passeront de votre permission. Ce sont des recors. Us viennent chercher votre mobilier, dûment saisi à la requête de MM. Carter,

DE TIGRES. ns

marchand de chevaux; Lewia^ tailleur; Filowfiki, bottier; Staunton^ gantier^ et oonaorts.

Christian reprit son siège.

—C'est pourtant vrai^ murmura-t-il^ j'ai eu des voitures^ des cheTanx...

Il regarda ses fieés mai chaussés en achevant d'un accent mâanccrikpie :

—Et des bottes !

Trois ou quatre visages de mauvus augure parurent à la porte.

— ^Faites vite! leur dit Chiîstian, j'ai besoin d'être seul,

Tom Borne et les recors se mirent à rire* • — Ha foi, dit le principal recors^ qui avait inventorié le mobilier d'un coup d'œil^ ça ne peut pas être bien long.

— ^Pouvez-vous emporter cela tout de suite ? d^

manda Christian.

— Si vous y consentez?

— ^J'y consens.

Tom Borne^ nature obligeante^ aida les recors à déménager la chambre. Chaque fois qu'on enlevait un meuble> Christian se disait philosophiquement : Je n'en ai plus besoin.

Il était accoudé sur la table ; un recors le pria de

Page 1