ENTRE LES STATIONS DE FARAB ET DE KHODJA-DAVLET
(Chemin de fer Transcaspien.)
airUé W. A. l'alelzky.
B. — ACACIA DES SABLES {AmmodenclroH Conolb/i) (Chemin de fer Transcaspien.)
A. WoEiKOF. — Turkcslan russe.
A. — SAKSAOUL [Haloxylon ammodendron), près he uepetek (Cheniiu lie fer Transcaspieu.)
LlaheW A Pal. Uk\
B. — TCHERKEZ [Salsolci Richteri), près de farab (Chemin de fer Transcaspieu.)
Planche IV.
A WoEiKOF. — Turkeslan russe.
Ciiclié W. A. Paletzky.
A. — KAXDY.M (Calligonum capul inorhiiim], près de repetek (Clieniin de for Traiiscaspien.)
Cli^ 11.' w . A. l'al.'l/.ky.
AKSAouL (Haloj-ylon a /iimoi/eiulronj, PiŒs de uei'etek (Clieniin de iVr'Ti'aiisoaspieii.)
Planche V.
A. WoEiKOF. — Turkeslan russe.
se priva ainsi de revenus, sans parvenir, pour cela, à empêcher les déprédations.
Maintenant, grâce aux travaux de Paletzky, on ramasse le bois mort, et on coupe les arbres à l'âge de cinquante ans environ, quand ils repoussent du pied.
Les plus grandes quantités de Saksaoul se trouvent dans le district de Perovsk, province du Syr-Daria ; pendant l'hiver 1911-12, on en a vendu pour 430 000 roubles (1 600 000 francs) dans les forets de ce district.
Il y en a beaucoup dans le Kara-Koum, et cela est aisé à expliquer : jusqu'à la conquête russe, les nomades mêmes ne se hasardaient pas souvent dans ces parages, infestés par des brigands turcomans, de sorte que les arbres purent croître et atteindre un grand âge.
Quand on sème ou plante des arbres dans les sables, il faut songer non pas d'abord à recueillir les bénéfices de la vente du bois, mais surtout à défendre les ouvrages de l'homme : champs, jardins, habitations, chemins de fer. A cet effet, il vaut mieux, quand les sables sont encore peu fixés, ne pas s'arrêter à la phase de croissance du Saksaoul, mais laisser l'évolution continuer, jusqu'à la steppe herbeuse.
M. Paletzky a un aide excellent en la personne de M. A.W. Androssow, fixé à Farab, chargé du musée, et de plus, voyageant tous les ans dans différentes parties du pays pour établir des collections de plantes et de semences. Il a étudié dans une école forestière peu importante, mais a acquis depuis de bonnes connaissances en botanique et découvert beaucoup de plantes
nouvelles. Quelques jours avant ma visite, Paletzky et Androssow eurent une grande joie. L'inspecteur général des chemins de fer, l'ingénieur Gortchakof visita le musée de Farab, et en fut si content qu'il ordonna de l'agrandir en lui adjoignant trois chambres occupées par une forge : « On peut avoir des forges partout, dit-il, mais il n'y a qu'un musée pareil, et il est très à l'étroit ».
Le succès de M. Paletzky, qui a réussi à fixer les sables, à les rendre parfaitement inoffensifs pour le chemin de fer, et cela dans une des régions les plus chaudes et les plus sèches du Turkestan, où il ne tombe pas 165 millimètres de pluie par an, montre ce que Ton peut faire et obtenir. C'est l'homme et son bétail qui sont les ennemis les plus acharnés de la végétation des sables, et c'est la végétation seule qui permet de les fixer.
On a vu, par ce qui précède, que non seulement le succès a été complet, mais que les dépenses sont faibles, comparées à l'importance des résultats, surtout si on a la patience d'attendre. Ce qui est avant tout nécessaire, c'est une étude approfondie de la nature.
L'année dernière, on a fait un pas de plus dans cette voie.
La Société Géographique de Russie, sur l'initiative de MM. J. de Schokalsky et Doubiansky, a fondé une station pour l'étude scientifique des sables ; elle se trouve à la station Repetek du chemin de fer Transcaspien, à 60 kilomètres à l'ouest de Tchardjouï. Elle a été ouverte en juin 1912. Quelques jours après je la visitai en compa-
gnie de M. Doubiansky. Un botaniste très au courant de la flore du Turkestan, M. Smirnow, y resta pendant deux mois et demi à étudier la flore et la faune et à faire des observations météorologiques très complètes. Elles ont été continuées depuis par un autre observateur. Les premiers jours ont fourni un fait intéressant. On avait posé des thermomètres à la surface du sol, au sommet et au pied d'un barkhane. Le jour de notre arrivée, le premier donna pour température minima 20", le second 12°. C'est que l'air froid, par les nuits calmes et claires, descend dans les vallées et les creux, remplacé par un air moins froid qui n'a pas touché la surface du sol. Les collines sont donc moins refroidies la nuit et de grand matin que les vallées.
Il faut faire peu à peu, pour les autres déserts de sable du Turkestan, ce que M. Paletzky a fait entre Farab et Khodja-Davlet et en d'autres parties du chemin de fer Transcaspien. Et on obtiendra soit d'excellent bois de chauffage de Saksaoul, si l'on s'arrête à cette phase de l'évolution des plantes des sables, soit des pâturages, si on laisse l'évolution s'achever.
Il y a plus : à mesure que les sables seront fixés, couverts d'une végétation, si rare soit-elle, le danger des tempêtes de sable [garmsil] pour les oasis diminuera.
Ce n'est pas l'air chaud et sec qui est dangereux, ce sont les grains de sable, échauffés par le soleil. Plus la limite du désert sera loin des cultures, moins celles-ci seront en danger. Des observations nombreuses ont
montré l'influence de la végétation sur la force du vent. La végétation des déserts, même la moins exposée aux déprédations de l'homme et à la dent des bestiaux, ne peut jamais être épaisse. Elle protège donc moins contre la force du vent qu'une végétation en sol humide. Elle protège cependant en empêchant le vent d'enlever le sable et de le porter au loin. Quant au sable enlevé aux surfaces nues, il ne peut longtemps séjourner dans l'air au-dessus de la végétation qui retarde les courants, et tombe peu à peu à terre.
Je n'espère pas de ces mesures un effet rapide ; il faut bien des années pour fixer les sables et pour reculer la limite du désert. Mais il s'agit de commencer; le succès, si lent qu'il doive être, est assuré.