CHAPITRE V
Traits généraux de la végétation des pays arides. Étude de la flore du pays. Prédominance de la flore des déserts. — Zone de lœss. Les montagnes. Peu d'espèces d'arbres. Végétation des oasis. — Revenus insignifiants des forêts. Les forêts de déserts. Les forêts de montagnes. Cueillette des noix. Les forêts plantées d'Aman-Koutan et d'Aktach. — Observations pluviométriques. Protection contre les torrents. Arbres fruitiers sauvages.
L'étendue du pays et les différences d'altitudes donnent des conditions très variées pour la végétation. Cette variété est due surtout aux montagnes. Sauf quelques exceptions, Taridité est la condition qui prévaut ; il n'y a que très peu de régions possédant une végétation luxuriante, des forêts à arbres touffus et serrés. Les parties du pays qui ont des précipitations abondantes les reçoivent sous la forme de neige ; elles sont si élevées que nulle végétation n'y croît, sauf peut-être quelques lichens.
On peut admettre en thèse générale que, plus le climat est sec, ou mieux, plus le sol est sec, moins la végétation est dense, plus les racines des plantes sont traçantes. C'est ce qu'on observe dans les forêts du Turkestan, et aussi dans les champs qui ne sont pas irri-
gués. Ces derniers sont clairsemés. Quand il y a assez de pluie, les céréales tallent du pied, de même que les arbres. Cette disposition des racines leur permet de pomper une grande quantité de l'eau atmosphérique.
De môme, dans le Kopet-Dagh, les plantes peuvent absorber beaucoup d'humidité, grâce à la nature du terrain : sables, marnes ou schistes argileux en décomposition.
On pourrait profiter de ces conditions de la végétation des pays arides pour planter des vergers qui ne seraient pas irrigués artificiellement. On pourrait même pratiquer la greffe sur des arbres sauvages, car le Turkestan abonde en forêts ou plutôt en bouquets d'arbres fruitiers. Le Gouvernement, en les affermant pour de longues périodes, intéresserait les fermiers à la culture des fruits. Actuellement c'est le pâturage qui est l'ennemi de ces arbres fruitiers, d'ailleurs très espacés.
Les sables sont plus favorables aux arbres que le loess et l'argile, les racines s'y étalant très facilement. Les neuf dixièmes des forêts du Turkestan croissent sur des sables. Plusieurs essais ont été tentés pour les arbres fruitiers, notamment dans les environs de Krasnovodsk ainsi que dans la presqu'île d'Apchéron près de Bakou. L'installation de stations d'expérimentation au milieu des sables pourrait être utile.
La flore du Turkestan a été étudiée depuis assez longtemps, mais surtout depuis une quarantaine d'années, par des hommes tels que P. P. Semenow-Thianchansky, Borstchew, Severtsof, Fedchenko, Krasnow,
Lipsky, Korsjinsky, Litwinof, Capus, Paulsen, Sapojnikof. Elle appartient à la catégorie des flores subtropicales, mais l'aridité du climat en exclut quantité de plantes de pays humides.
On peut partager le Turkestan en deux régions florales, celle des déserts et steppes, et celle des montagnes. Celle-ci comprend la zone de la base des montagnes, oii la végétation difFère peu de celle des steppes ; et, plus haut, la zone des forêts ou plutôt des bouquets d'arbres, assez isolés; enfin, par delà la limite de croissance des arbres, une zone alpine, qui comprend non seulement les hautes montagnes, mais aussi les hauts plateaux, comme le Pamir.
On a trouvé en tout près de 350 espèces de plantes dont un dixième d'arbres et arbustes ; ce n'est pas beaucoup pour un pays si vaste et de topographie si mouvementée. Le Caucase, bien plus petit cependant, en contient beaucoup plus que le Turkestan. Les arbres à larges feuilles sont assez rares; le climat en est cause. L'arbre à feuilles étroites domine ; on en voit qui n'ont pas de feuilles du tout, ce sont les jeunes branches qui font office de feuilles. Il n'y a ni pins, ni mélèzes, ni chênes, ni tilleuls, ni hêtres, ni arbres et arbustes à larges feuilles toujours vertes ; le noyer, les pistachiers et les abricotiers sauvages sont répandus sur de grands espaces.
Au premier printemps, après les pluies ou la fonte des neiges, la végétation est assez luxuriante, mais cette verdure et ces fleurs ne durent guère ; seules, peuvent
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prospérer les plantes qui supportent la chaleur et la sécheresse.
Les déserts argileux occupent une grande partie du plateau d'Oust-Ourt, de grandes étendues le long du Syr-Daria, la Steppe de la faim (Golodnaïa Step) et la steppe de Kysil-Koum. Dans ces déserts croissent surtout des absinthes [Artemisia) ; la couleur verte prévaut au printemps, mais, quand arrivent les chaleurs, d'autres couleurs prennent le dessus ; vers l'automne le rose, le rouge sang et le violet dominent.
La flore la plus caractéristique, dans le Turkestan, est celle des sables. Elle présente des formes extrêmement originales, et ne ressemble à nulle autre. En voyageant sur le chemin de fer Transcaspien, on la voit des fenêtres du wagon, notamment dans la partie orientale de la province Transcaspienne. Elle est à son apogée en avril et en mai; plus tard elle disparaît presque, du moins la flore herbacée.
J'ai parlé déjà de cette flore dans le chapitre iv, et donné des photographies qui en montrent les principaux aspects.
Il faut signaler surtout le Saksaoul, l'arbre le plus important des sables, qui donne un bois de chauffage d'une qualité exceptionnelle. Il est très lourd, extrêmement dur, difficile à scier, mais se casse facilement. On a dressé récemment le relevé des quantités de bois que contiennent les forêts de Saksaoul ; la moyenne est de 112 mètres cubes par hectare, dont les 2/3 de bois mort.
A. — CLAIRIÈRE PRÈS d"aRSLANBOB DISTRICT l'aNDIJAX (fERGHANA)
B. — FORÊT DE NOYERS, DISTRICT d'ANHIJA.X (FERGHANA)
A. WuF.iKOF. — Turkestan russe.
Les déserts et steppes de loess occupent une zone assez étendue à la base des montagnes du Turkestan. Cette zone est plus humide; sa végétation, plus riche, ressemble davantage à celle des pays européens. Elle rappelle même un peu celle des steppes à terre noire [Tchernoziom) du sud de la Russie d'Europe. Il y a entre autres une Stipa et une orge sauvage [Hordeiim spontaneiim) qui fournit une nourriture excellente pour le bétail ; elle atteint une hauteur de 1 mètre et talle beaucoup du pied. Elle croît très vite : à la mi-mai elle a déjà des grains mûrs.
Cette végétation appelée Badkhys est très répandue dans le Kara-Koum et la frontière afghane, au pied des montagnes du Paropamise. Une flore du môme genre se trouve dans la zone inférieure des montagnes du système du Pamiro-Alaï, ainsi que dans le sud du khanat de Boukhara. Les bords des rivières et des ruisseaux qui atteignent la steppe ou le désert ont une flore beaucoup plus belle, grâce à l'humidité du sol. Ce sont surtout diff'érentes espèces de peupliers, de saules, de tamaris [Populus diversifolia, Salix, Tamarix) ; beaucoup de Djida [Eleagmis hortensis). Cet arbre a des feuilles qui ressemblent à celles de l'olivier et de petits fruits qui se rapprochent des dattes; les nomades en mangent quelquefois. On y voit aussi le Tchi [Lasiagrostis splendens). La racine des Glycirrhiza donne la réglisse, si répandue dans la pharmacie, et qui sert à des usages variés. J'en ai vu beaucoup près de l'Amou- Daria dans le voisinage de Tchardjouï.
A. WoEiKOF. — Le Taïkcslan Russe. 5
Une autre plante très utile est le Kendyr [Apocinium sibiricum), qui donne un fil très résistant; on en fait surtout des filets pour la pêche. Les filets ordinaires de chanvre servent deux à trois mois, les filets de Kendyr plus de cinq mois.
La région des steppes montagneuses n'est pas aussi étendue que celle des déserts, mais elle occupe des hauteurs très diverses, depuis le pied des montagnes jusqu'à 2.400 ou môme 2.700 mètres au-dessus du niveau de la mer. Quelquefois elle confine immédiatement à la zone alpine. Cependant elle possède quelques arbres très espacés : ce sont particulièrement des genévriers [Jimiperus excelsà), des pistachiers, etc. On trouve cette flore surtout dans les montagnes de la province Transcaspienne, ainsi que dans le Kopet-Dagh. Dans ce dernier pays il y a cependant de petites étendues couvertes d'une flore beaucoup plus riche et plus variée, généralement dans des gorges profondes, bien abritées contre les froids. On y trouve des figuiers, des barbaris, des Celtis aiistralis, des ormes, des grenadiers et quelques noyers et platanes isolés.
Dans le bassin du Zarafchan, cette flore se rencontre vers 1800 mètres et quelquefois plus haut encore. Là aussi il y a quelques ormes, des pistachiers et même des amandiers. La flore du Boukhara montagneux ressemble beaucoup à celle décrite plus haut, mais elle est généralement plus riche. Elle comprend surtout des arbustes. Le platane s'y rencontre spécialement.
Les montagnes du Ferghana oriental possèdent de vraies forêts de noyers; dans les parties supérieures pousse un sapin appelé Picea schrcnkiana ; récemment on y a même trouvé le coudrier jusqu'alors inconnu dans ce pays. Le noyer surtout est remarquable, il atteint des dimensions considérables ; le gouvernement en tire de beaux revenus en affermant la cueillette des noix, et en vendant les excroissances des noyers, que Tébénisterie paye très cher.
La zone des hautes montagnes s'étend entre 2.600 et 4.500 mètres, c'est-à-dire presque la hauteur du Mont Blanc. Le chmat y est humide, par suite de la fonte des neiges; on y voit des prairies qui rappellent les prairies des Alpes et du Caucase; mais à côté, oh. l'eau de neige est moins abondante, la végétation est assez pauvre.
A sa limite supérieure, la végétation se trouve dans des conditions différentes. Elle n'a qu'un mois et demi pour former des feuilles, des fleurs et des graines, et, même alors, reste exposée aux gelées nocturnes.
Une région de végétation très remarquable est la haute et large vallée del'Alaï, longue de près de 160 kilomètres, et visitée tous les étés par le bétail nombreux des Kirghiz. Les pâturages de cette vallée sont célèbres, et le bétail y engraisse très vite.
Les genévriers croissent même à la frontière de TAlaï, jusqu'à 3.500 mètres, mais là seulement où des rochers offrent une protection contre les vents très forts des hauteurs. Les arbres sont tout petits et rabou-
gris ; ils ne s'élèvent qu'à un demi-mètre au-dessus du sol et toutes les branches sont du côté opposé au vent.
Au-dessus de l'Alaï se dresse le plateau du Pamir. C'est une steppe à végétation très pauvre, qui monte jusqu'à une hauteur de 4,000 mètres.
Dans les oasis irriguées les plantes sont entièrement différentes de celles des déserts. Outre les graminées et les plantes oléagineuses, il faut mentionner la grande quantité d'arbres que l'on trouve dans les oasis. Le Ferghana, par exemple, comme l'Angleterre, est un pays sans forets, mais très riche en arbres ; il s'en trouve non seulement le long des canaux, mais aussi dans de petits bois irrigués, surtout une variété de peuplier ressemblant au peuplier pyramidal. Le peuplier sert de bois de chauffage, de bois de construction et de bois d'œuvre.
Après le peuplier, c'est le saule qui est le plus cultivé. Dans les jardins, parfois le long des routes, devant les bazars, on voit souvent une espèce d'orme, le Karagatch, cultivé pour sa beauté et son ombrage.
Les villes russes du Turkestan ont presque toutes de nombreux jardins publics et privés et de belles avenues plantées d'arbres : c'est le cas même pour de petites villes comme Och. Samarcande surtout se distingue par la quantité et la beauté de ses arbres. Il y a quelques exceptions, qui s'expliquent par la présence à fleur de sol d'eaux généralement salées. D'où la végétation de Kokand et l'aspect tout à fait misérable des arbres de la Nouvelle Boukhara.
J'ai mentionné la rareté des forêts. Celles-ci, je l'ai dit, se trouvent soit dans la plaine, soit dans des régions montagneuses assez élevées. Cependant, s'il n'y a guère de forêts dans la partie inférieure des montagnes, il y pousse des arbres plus ou moins isolés qui pourraient être d'une grande utilité. D'après les lois existantes, les terres forestières appartiennent à l'État, et jusqu'à présent on a très peu fait pour leur conservation et leur plantation. Il y a ici un cercle vicieux. Quand le ministre de l'Agriculture^ qui a la charge des forêts, propose une augmentation de crédit, ce crédit n'est généralement pas accepté par le ministre des Finances, sous prétexte que les forêts ne donnent pas de revenus. Mais, d'autre part, les forêts ne peuvent donner de revenus, tant qu'il n'y a pas plus de monde pour les garder. Les zones de contrôle des gardes-forestiers sont si vastes qu'elles ne peuvent être visitées en moins de deux jours. Naturellement, les braconniers opèrent fructueusement. De plus, le voisinage est plein de nomades, dont le bétail nuit beaucoup aux arbres. Ce régime de défaveur pèse sur toutes les forêts russes, moins cependant dans la Russie d'Europe que dans le Turkestan. Les forestiers sont réduits au rôle de comptables, passant leur temps à affermer les petites enclaves de champs et de prairies des forêts et à dresser des procès-verbaux de contraventions.
Enfin, les gardes-forestiers sont non seulement trop peu nombreux, mais si mal payés qu'il est difficile de les recruter parmi les gens honnêtes. En général, le salaire est de 20 roubles (53 fr.) par mois, et le garde
doit avoir un cheval. Naturellement il y a beaucoup de malversations et les gardes n'acceptent leur fonction que pour s'enrichir aux dépens de l'État.
Dans le chapitre sur les sables j'ai mentionné les forêts des déserts et des steppes. Dans ces forêts le Saksaoul est le seul arbre qui donne des revenus, grâce à la qualité excellente de son bois ; il est souvent nécessaire néanmoins de ne pas s'arrêter à la phase du Saksaoul, mais de laisser la végétation naturelle suivre son évolution jusqu'aux plantes herbacées. Les forêts des steppes et des déserts sont plutôt un moyen de lutte contre les sables qu'une source de revenus.
Ce qui est fâcheux, c'est l'extrême lenteur avec laquelle les commissions agraires procèdent à la distribution des terres forestières aux nomades, et la facilité avec laquelle elles leur donnent tout ce qu'ils désirent. Bien souvent on a accordé des terres forestières aux nomades sans même consulter les administrations des domaines. Celles-ci ont protesté, mais après le fait accompli. Il existe ainsi de grandes étendues de forêts qui se trouvent actuellement dans une position équivoque, partagées entre l'administration des domaines et les nomades ou anciens nomades.
Parfois, pour donner raison aux forestiers, les commissions agraires ont appelé forêts tous les petits bosquets isolés, et laissé aux nomades ce qui se trouve entre eux. Naturellement, dans ces terrains qui sont de vraies mosaïques, les arbres ne peuvent être protégés contre la dent des bestiaux
Jusqu'à présent les forets des montagnes ne donnent de revenus que dans une petite partie du Ferji^hana, où les pluies et neiges sont abondantes et où il y a de belles forêts de noyers (pi. \ib). D'une manière générale, le Turkestan est riche en arbres à noix, noyers et pistachiers surtout.
Jusqu'à présent il n'y a que deux grandes forêts plantées dans tout le pays ; je les ai visitées toutes deux. L'une, celle d'Aman-Koutan, se trouve sur la route de poste entre Samarcande et Termez, près de la frontière du khanat de Boukhara, et occupe le versant nord-ouest des montagnes jusqu'au col de Takta-Karatcha. Elle contient surtout des ailanthes, des acacias blancs, des chênes et des noyers. La forêt couvre près de 2.200 hectares. On a commencé les plantations en 1886, d'après le système du général Korolkof : on creuse des fossés horizontaux et on plante les arbres sur les talus qui séparent ces fossés. Des plantations de ce genre sont surtout destinées à prévenir les ravages des torrents. Tant que les arbres sont petits et que leurs racines ne peuvent pas retenir les terrains, ce sont les talus et les fossés qui arrêtent le ruissellement des eaux. Peu à peu les talus deviennent moins hauts, les fossés se comblent, et cela dure une vingtaine d'années au plus. A ce moment, les arbres sont assez grands et leurs racines assez profondes pour opposer une barrière à l'envahissement des eaux. Les arbres ont assez bien pris dans celte forêt, pas tous cependant ; les rangées d'arbres offrent quantité de lacunes. Cette forêt, plantée à une
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exposition nord-ouest, n'a pas grand intérêt pour la protection contre les torrents. Elle a d'assez beaux arbres. La plantation continue. On y avait travaillé en 1911 et 1912.
Une autre foret, dans le district de Tachkent, à près de 55 kilomètres au nord-est de cette ville, s'appelle Aktach. On y a commencé la plantation plus tard qu'à Aman-Koutan ; le système est le même, et la distance verticale entre les rangs est de trois sagènes (6™, 3) ; il est assez difficile de comprendre pourquoi les distances entre les rangs des arbres dépendent de la hauteur. Les plantations de cette espèce, quand les pentes sont douces, ont l'inconvénient d'être trop espacées pour pouvoir s'enchevêtrer ; il reste toujours de grands interstices par où l'eau peut ruisseler. Les arbres plantés sont très variés : il y a des noyers, des amandiers de montagne, des pistachiers, des karagatcli, des chênes, des pruniers sauvages, et, dans les vallées, des saules. On a commencé la plantation aux environs de 1890. Jusqu'en 1904 on faisait des plantations tous les ans, puis, la guerre ayant réduit les crédits, on les a cessées jusqu'en 1910.
Les terrasses occupent 625 hectares et une longueur totale de 560 kilomètres ; cette forêt est plantée près de la partie supérieure d'un système d'irrigation très important pour le district de Tachkent. Ces plantations ont déjà eu un effet très appréciable. Ainsi, le 3 mai 1907, par une averse qui a donné 68 millimètres en une heure et quart, il ne s'est pas produit de ravinement torrentiel aux endroits boisés, tandis que, à côté, il y a eu des
dégâts importants. La somme totale dépensée pour cette plantation est de 557 000 francs, et les dépenses continuent.
Il faut remarquer que les forêts de montagnes destinées à protéger des cultures, des fourrages et des ouvrages d'irrigation contre les torrents, ont un rôle des plus utiles même sans produire aucun revenu.
A Aktach, on a planté beaucoup d'arbres à noix ; il est probable qu'avec le temps on arrivera à affermer les cueillettes comme dans le Fergbana. A Aktach, la moyenne des précipitations pour 5 années atteint 853 millimètres. C'est plus du double de Tachkent et de Samarcande, et plus du sextuple de la plaine du Turkestan. Malheureusement on a fait le calcul d'après les mois du vieux style (calendrier julien), en sorte que les moyennes mensuelles ne sont pas comparables à celles calculées d'après les mois du nouveau style (calendrier grégorien) en usage dans les autres stations météorologiques- de la Russie.
Je donne les moyennes des mois extrêmes :
Mars donne 96 millimètres, autant et plus qu'il ne tombe pendant toute l'année dans la plaine, et août un millimètre seulement. Les pluies du printemps sont assez abondantes pour permettre la culture des céréales sans irrigation artificielle.
Bien qu'il pleuve peu au Turkestan, les averses font quelquefois de grands dégâts, surtout dans le voisinage des montagnes. Ainsi un ingénieur très compétent, M. Tikhonof, a fait des observations à Bakharden sur le
LE TDRKESTAN RUSSE
chemin de fer Transcaspien. Tout ce qui entoure la station est un désert ; mais, en raison du voisinage des montagnes, la voie est parfois coupée par les torrents, et les rails couverts d'une grande quantité de pierres. Quand les dégâts sont réparés, vient une commission qui conclut à l'élargissement des ponts, ce qui cause de grandes dépenses, mais n'assure pas contre les dégâts postérieurs. Les terrassements et plantations d'arbres auraient coûté moins et servi davantage.
J'ai mentionné les bouquets d'arbres à fruits oléagineux (noix, pistaches, etc.) ; dans les forêts des montagnes du Turkestan, il y a aussi beaucoup d'arbres à fruits doux ou acides : pruniers, cerisiers, pommiers, etc. Il serait intéressant d'étudier jusqu'à quel point ces arbres pourraient être utilisés pour des vergers, et si Ton ne pourrait pas greffer de bonnes variétés de fruitiers sur ces sauvageons.
J'ai traité cette question plus haut; j'y reviendrai dans le chapitre xx : les Vergers et les Vignobles.