‹ Le Turkestan RusseChapitre 24 sur 87 · OCÉANS · texte numérisé non relu

OCÉANS

CaSO» . . . .

Mg SO* ....

NaCl

P. 100 relatif.

Pour mille de sels

L'Aral, plus encore que la Caspienne, est riche en sulfates et pauvre en chlorures, en comparaison des eaux de l'Océan.

M. Berg a constaté que la salinité de l'Aral diminue généralement; en effet en 1873 on a trouvé 12,36 pour mille de sels et en 1900, à peu près au même endroit, 10,61. M. Berg a parfaitement raison d'attribuer ce fait à l'augmentation d'eau constatée dans l'Aral. J'ai déjà

1. Les trois premiers ctiiffres de cliaque colonne donnent les pourcentages relatifs, c'est-à-dire la quantité de cliaque sel dans 100 parties de sels et les derniers chiffres le pour mille de tous les sels dans les eaux des lacs et des mers dont il est question.

dit que, entre 1875 et 1880, on avait constaté une baisse depuis les levés de Boutakof aux environs de 1830. M. Berg a trouvé un niveau d'eau plus élevé que celui de Boutakof. Selon des renseignements oraux, l'élévation du niveau de l'eau commença probablement vers 1885, et en 1887 une des îles du lac fut pour la première fois partiellement submergée. Elle était habitée, et on y cultivait entre autres des melons d'eau. En 1899, File était tellement marécageuse qu'elle était devenue inhabitable.

M. Berg calcule que le poids de tous les sels contenus dans l'eau de l'Aral est de 10.854 millions de tonnes métriques. Si l'on admet un poids spécifique de 2,38, ces sels donneraient une couche de 72 millimètres d'épaisseur.

M. Berg s'est occupé de la faible salinité de l'Aral. Celle-ci donne matière à réflexion. Dans un pays très aride, où l'évaporation est énorme, où les petits lacs de la plaine sont généralement saturés de sel ou se dessèchent entièrement à la fin de l'été, le grand lac Aral a une teneur en sel qui n'est que le tiers de celle des Océans.

Pour expliquer cette faible salinité, M. Berg a dû recourir à la môme hypothèse que le géologue américain Russell. Supposons un lac entièrement à sec, au fond duquel les sels déposés se soient recouverts d'une couche d'argile imperméable à l'eau ; si, quelque temps après, l'eau revient dans le lac, elle ne dissoudra pas les sels déposés au fond, et ne contiendra que ceux

apportés par ses tributaires. Ainsi s'expliquerait aussi, d'après lui, la salure insignifiante du Lob-Nor, situé dans la partie la plus sèche de l'Asie centrale.

Suivant M. Berg, la faible teneur en sels de l'Aral peut provenir aussi de ce qu'il était auparavant un lac d'eau douce, déversant ses eaux dans la Caspienne. Cela est encore plus probable pour l'Issyk-Koul, dont l'eau est à peine saumâtre. Ce grand lac avait anciennement un émissaire, la rivière Tchou, qui se trouve près de la rive nord-ouest du lac.

Si l'eau de l'Aral s'élevait de 4 mètres seulement au-dessus du niveau de l'année 1900, ses eaux se déverseraient dans la dépression du Sary-Kamych ; et si la crue continuait longtemps, la dépression serait remplie et l'eau coulerait dans la Caspienne.

Les golfes orientaux de l'Aral sont plus salés que la masse de ses eaux; et quand le niveau des eaux baisse, ces golfes se séparent du reste du lac, se dessèchent, et leur fond peut se couvrir de dépôts apportés par le vent.

Il est important de constater que M. Berg trouva sur les rives de l'Aral des Tamarix et des Saksaoul dont la partie inférieure baignait dans l'eau. Ces arbres ne prospèrent ordinairement que dans des sols secs.

M. Berg a retrouvé le repère établi par le général Tillo à Kara-Tamak sur la rive nord-ouest de FAral en 1874, et constaté que l'eau s'était élevée de 1™,21. Ce chiffre est inférieur à l'élévation de l'eau depuis 1885, car, de 1874 à 1884, l'eau avait certainement baissé.

Groupant ce que nous savons du niveau de l'Aral

pendant un peu plus d'un siècle, M. Berg arrive aux conclusions suivantes :

Vers 1785 : maximum.

Vers 1825 : minimum.

De 1835 à 1850 : hautes eaux.

En 1860 : faible maximum?'

De 1860 à 1880 : basses eaux.

Depuis 1885 : le niveau des eaux monte.

Suivent quelques renseignements sur d'autres lacs, à l'ouest, au nord et à l'est de l'Aral.

La Caspienne : 1809 à 1814 maximum.

1844-45 : minimum.

Depuis 1866 : crue.

1878-79 : maximum.

Depuis 1890, Teau du grand lac Balkhach est en crue; il a inondé une grande partie de ses rives.

De môme pour le lac Ala-Koul, voisin du Balkhach (1894).

En 1900, l'Achi-Koul, dans la partie inférieure du Tchou, se remplit d'eau.

En 1890, l'eau du lac Tchatyr-Koul, dans le Tian- Chan, est en crue.

Depuis 1890 : crue des lacs situés à la limite des districts de Karkaralinsk et de Semipalatinsk, et du lac Tchany, le plus grand de la Sibérie occidentale.

Depuis 1884 ou 1887 : crue des lacs du district d'Omsk.

Le lac Topolny, dans le district de Barnaoul, est à

I. L'auteur met un ? Il ne me paraît pas que l'existence de ce maximum soit probable.

sec de 1880 à 1890; depuis il est en crue ; en 1898, le niveau avait beaucoup monté.

Il faut remarquer que ces lacs des steppes Kirghiz et de la Sibérie occidentale sont fort peu profonds, et ont des rives basses : toute crue inonde une grande étendue des rives et augmente la surface du lac ; une baisse de l'eau laisse une grande partie de sa surface à sec.

Depuis 1897 le lac salé d'Ourmia, dans le nord-ouest de la Perse est en crue *, depuis 1894 la Mer Morte ; en 1900-1901 le Lob-Nor, selon Sven Hedin, avait beaucoup plus d'eau qu'auparavant.

M. Berg s'arrête à la conclusion suivante sur les lacs du Turkestan et de la Sibérie occidentale :

Maximum un peu après 1840.

Minimum en 1854.

Crue de 1834 à 1860 en Sibérie, vers 1860 dans le Turkestan.

Baisse des eaux après 1870.

Minimum vers 1885.

Crue depuis cette date.

Quand M. Berg commença son exploration de l'Aral, il espérait trouver des terrasses au-dessus du niveau actuel, c'est-à-dire des témoins d'une élévation de Peau dans une période géologique récente. On sait que les géologues américains Gilbert et Russell en trouvèrent plusieurs dans les bassins des lacs Bonneville et Lahon-

1. Je dois ajouter que le lac Goktcha est en crue depuis plusieurs années.

tan*. Mais il n'en découvrit pas: cela s'explique par le fait que, si l'eau de l'Aral s'était élevée de 4 mètres audessus du niveau de 1900, elle se serait écoulée dans la dépression du Sary-Kamych. Il trouva des fossiles aralo-caspiens jusqu'à cette hauteur seulement. A son avis, corroboré par d'autres savants, tous les soi-disant fossiles aralo-caspiens trouvés à une altitude supérieure datent d'époques géologiques plus anciennes. M. Androusow n'admet pas non plus l'existence de fossiles aralo-caspiens près de l'embouchure de la Kama (160 mètres au-dessus de l'océan), et pense que les fossiles trouvés dans cette localité sont d'âge méotique. Les fossiles aralo-caspiens se rencontrent au bord de la Volga entre Kamychin et Saratof, mais non au delà vers le nord. Les terrasses des monts Balkhans contenant des fossiles aralo-caspiens sont à la même altitude. Mouchketof n'en trouva pas non plus au-dessus ' de 50 mètres d'altitude, dans la steppe qui s'étend entre la Volga et le Don.

Voici les conclusions de M. Berg sur l'histoire ancienne de l'Aral :

Son niveau ne peut dépasser de 80 mètres celui de la Caspienne sans qu'il y ait écoulement vers cette mer.

La communication avec la Caspienne s'est certainement faite par la dépression de l'Ousboï. Le Sary-Kamych aussi a été uni à l'Aral, par l'Aiboughir, à une époque où

1. Les géologues ont nommé Bonne ville l'ancien lac qui englobait le Grand Lac Salé d'Utah et une grande partie de cet État, et Lahontan celui qui occupait une partie considérable de l'Etat de Nevada.

le niveau des eaux était plus élevé qu'actuellement. Ce sont les dépôts de l'Amou qui ont séparé en deux l'ancien bassin unique de l'Aral-Sary-Kamych.

M. Ber^ croit que, dans les conditions climatériques actuelles, une période humide peut amener la formation d'un nouveau bras de l'Amou s'écoulant vers la Caspienne, comme du xin^ au xvi^ siècle si l'on en croit plusieurs auteurs. Mais le fait est loin d'être certain.

M. Berg a de plus trouvé des traces d'un niveau de l'Aral inférieur au niveau de 1885.

De tout cela il résulte que les eaux de l'Aral ont subi des oscillations considérables dans une période récente.

La Caspienne forme la limite du Turkestan sur une étendue de plus de 800 kilomètres et le lac n'y reçoit qu'un tributaire, l'Atrek, qui sépare la Russie et la Perse, et vient des montagnes du Kopet-Dagh.

La salinité de la Caspienne est faible ; dans le nord elle est au-dessous de 1 p. 100; dans la plus grande partie du bassin, de 1,2 p. 100 et, vers le bord oriental, de 1,4 p. 100. Dans quelques baies, près de la côte, elle est plus considérable, surtout dans le golfe de Kara- Bougaz, qui a une étendue de 18.000 kilomètres carrés, et ne communique avec le reste du lac que par un détroit de moins de oOO mètres de large. L'évaporation étant beaucoup plus grande dans le golfe que dans la mer, il y a un courant continu, dans le détroit, de l'ouest à l'est, c'est-à-dire de la mer vers le golfe. La vitesse moyenne du courant est de 5°", 5 par seconde, et la quantité

d'eau qui entre dans le golfe est de 645 mètres cubes par seconde.

L'eau de la Caspienne étant beaucoup plus riebe en sulfates que Teau des Océans, l'évaporation porte la salinité dans le golfe à 16,3 p. 100; en été le point de concentration est atteint et le sulfate de soude se dépose au fond. Des études ont montré que ce dépôt occupe plus de 3.000 kilomètres carrés, et que son épaisseur est de plus de 2 mètres.

Depuis longtemps on n'avait publié de cbiffres sur le niveau de la Caspienne. M. J. de Schokalsky vient de combler cette lacune en calculant les moyennes d'après les journaux d'observation qui se trouvent à la Direction de l'bydrograpliie'. Ce qui est important, c'est que ces calculs reposent sur des observations faites non seulement à Bakou, sur la côte occidentale de la Caspienne, mais aussi à Kououli, sur la côte orientale.

Dans la période commune à ces deux stations, il faut surtout remarquer la baisse des eaux depuis 1909. Le mois de décembre 1912 a eu la moyenne la plus basse de tous les mois d'observation; il a donné une différence de — 556 millimètres à Bakou et de — 488 à Kououli.

Le tableau suivant donne en millimètres la différence de niveau entre les moyennes annuelles et la moyenne de la période s'étendant de 1887 à 1909 pour Bakou, et de 1901 à 1909 pour Kououli :

i . Cette étude a été publiée dans les Annales de Géofjraphie, sous le titre « Une dénivellation récente et brusque du niveau de la mer Caspienne » (xxiii, 15 mars 1914, p. 151-159).

ANNÉES

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