Voir chap. m
2. I. W. Mouchkelof, Le Turkestan, v. I, Saint-Pctersbourg, 1886 [R].
LE DESSÈCHEMENT DE L ASIE CENTRALE lil
tent (les troubles et diminuent continuellement euxmêmes, par suite de la diminution des névés et des glaciers des montagnes. Quelques anciens tributaires des deux fleuves ont cessé de leur apporter leurs eaux, comme le Tchou et le Sarisou pour le S} r, le Zarafchan et le Kaclika-Daria pour l'Amou. »
Remarquons, à propos de ce passage, que les deux anciens tributaires du S} r n'y arrivent plus depuis une époque préhistorique. Quant au Zarafchan et au Kachka- Daria, ils sont employés à l'irrigation; si les canaux ne fonctionnaient pas, leurs eaux arriveraient certainement à l'Amou. Mouchketof continue :
« Tout cela prouve clairement que le bassin touranien se dessèche lentement, mais continuellement, qu'il devient plus pauvre en eau; à mesure qu'il a moins d'eau, il devient la proie du vent, qui accumule des sables mouvants et convertit le pays en désert, »
Il se trouve que la région que Mouchketof cite comme menacée au -premier chef, celle entre Farab et Khodja- Davlet, est justement celle où l'on a réussi à fixer les sables et à écarter tout danger pour le chemin de fer.
J'ai montré, dans le chapitre iv, comment cela s'est fait. Dans la même région, mais à une certaine distance du chemin de fer, les sables continuent à envahir les oasis. C'est la contrée voisine de Karakoul, où on élève la race de moutons donnant les « astrakhans », auxquels la mode assure un prix si élevé. Ces bêtes sont la cause principale de l'envahissement des sables ; elles détruisent en paissant la végétation, qui seule pourrait lutter
contre Tavancée des sables. Le long du chemin de fer, au contraire, Thomme protège la végétation naturelle, et l'aide par des semis et plantations.
Mouchketof visita le pays de 1874 à 1881, pendant des années où l'Aral baissait et oii ses tributaires lui apportaient moins d'eau qu'auparavant^; de la diminution des neiges et des eaux depuis quelques années il conclut à une décrue s'étendant sur tous les siècles qui nous séparent de la dernière période glaciaire.
Mouchketof signale la diminution des névés et glaciers dans les montagnes du Turkestan. Elle fut réelle au moment de ses voyages et quelques années après, mais aujourd'hui la situation a changé. C'est ainsi qu'un de nos rares alpinistes, M. N, PoggenpohI, voulant passer du lac Grand Karakoul, dans le Pamir occidental, aux sources du Mouksou, eut à traverser une chaîne haute et peu connue, qui réunit la chaîne du Trans-Alaï, près du pic Kaufmann, à celle de Pierre le Grand". C'était en 1907. Il y a quatre cols, dont les deux septentrionaux étaient encore accessibles aux moutons quinze années auparavant ; depuis, les Kirghiz ne purent y faire passer leur bétail. M. PoggenpohI passa par le second de ces cols, situé à 4.834 mètres et y trouva un épais névé avec beaucoup de crevasses.
J'ai montré, dans le chapitre vi, que l'Amou-Daria a plus d'eau dans ces dernières années que vers 1875, et, dans le chapitre vu, que les eaux de l'Aral et de ses tri-