LE DESSECHEMENT DE L ASIE CENTRALE
butaires sont sujettes à une oscillation importante : très élevées vers le milieu du dernier siècle, elles ont diminué considérablement jusqu'en 1885, date d'une grande crue qui paraît n'être pas encore à son terme. Nous ne savons si cette oscillation est périodique ou non ; pour être plus ou moins fixé sur sa périodicité, il faut attendre jusqu'à la fin du xx° siècle, deux périodes au moins étant nécessaires pour l'établir.
Le prince Kropotkin pense que la sécheresse a été la cause première des grandes incursions de nomades dans l'Asie occidentale et l'Europe centrale et méridionale. Cette opinion n'est pas nouvelle ; elle remonte au moins à Gibbon, c'est-à-dire à la fin du xviii" siècle, et probablement plus haut encore. La sécheresse, selon ces auteurs, forçait les nomades à quitter leur pays pour chercher de nouveaux pâturages. Quand les hordes étaient très nombreuses, elles mettaient en branle des peuples qui s'occupaient déjà d'agriculture; exemple les Huns entraînant les Germains et les Slaves.
Mais est-il nécessaire de recourir à cette explication, quand on en a une plus simple?
Depuis des temps très anciens, dans l'Asie occidentale, de 25° à 45" de latitude nord, et de la Méditerranée et de la mer Rouge jusqu'au Pamir, il y a eu des oasis à irrigation artificielle, et, à côté de ces oasis, dans les steppes et les déserts, des nomades. Les agriculteurs et les nomades étaient en relations constantes, commerciales et guerrières.
Les nomades achetaient des produits manufacturés,
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des céréales, des fruits, et vendaient des animaux (surtout des moutons), des feutres, des tapis, etc. Mais les nomades ne se bornaient pas à ce commerce : ils trouvaient plus avantageux de prendre sans rien donner en échange; de là des razzias plus ou moins graves. Les peuples agricoles, de leur côté, faisaient des incursions dans les pays des nomades, pour les punir et leur enlever leur bétail.
Mais plus à l'est, surtout en Mongolie, il y avait des steppes herbeuses habitées par des nomades, qui, vivant plus loin des peuples civilisés, avaient moins de relations avec eux.
Pour leur bétail qui se multipliait ils n'avaient pas de débouchés. Les pâturages ne lui suffisaient plus, et il fallait en chercher de nouveaux. Quand les nomades en quête de pâturages étaient multitude, quand ils avaient à leur tête un chef de génie, un Attila ou un Gengis-Khan, une grande migration de peuples s'ensuivait.
Depuis le xv* siècle, la Mongolie n'est plus la magna offlcina geritium de jadis. La conquête de la Chine par les Mongols a entraîné des relations commerciales constantes entre les deux pays; le thé en briques surtout est devenu une nécessité pour les Mongols. Puis, leur conversion au bouddhisme et le fait que le tiers ou le quart au moins des hommes sont des lamas, c'est-à-dire des moines, a enrayé l'augmentation de la population. Quant au bétail, il a trouvé un marché en Chine et plus tard en Sibérie.