‹ Le Turkestan RusseChapitre 34 sur 87 · Voir pi. vria : Types Sartes, et vu 6 ; Ichaï-khane · texte numérisé non relu

Voir pi. vria : Types Sartes, et vu 6 ; Ichaï-khane

On voit que, dans toutes les provinces, les Russes forment une très petite minorité de la population; ce n'est que dans la province Transcaspienne qu'il y en a près de 10 p. 100. Mais la population de cette province est généralement peu dense; la garnison compose une assez grande partie de la population russe.

Parmi les autres races du Turkestan, il faut surtout mentionner les Juifs, qu'on appelle généralement Boukliares, pour les distinguer des Juifs russes que Ton trouve dans les villes. Ces Juifs Boukliares habitent le pays depuis longtemps. Certains historiens croient môme qu'il faut y voir des descendants des tribus d'Israël amenées en captivité dans l'Assyrie. C'est une population très belle et très intelligente. Jusqu'à ces dernières années, Boukhara et Samarcande étaient les villes oii il y en avait le plus. Dans le khanat de Boukhara, ils sont soumis encore à un régime oppressif. Ils paient des impôts plus considérables que les autres et doivent se distinguer par le costume. Ils n'ont pas le droit de porter des turbans et des ceintures et ceignent des cordes autour des reins. Malgré ces avanies ils ont amassé de grandes fortunes. Les plus riches d'entre eux ont émigré dans la province de Ferghana où ils font de très belles affaires, surtout dans le commerce du coton. La maison de commerce la plus importante de Kokand est juive.

La majorité des habitants sédentaires du Turkestan parlent des langues turco-tatares. Mais le sang indigène est fortement mélangé de sang iranien. Les anciens

habitants ont adopté les lanj^ues de leurs conquérants et se sont mêlés à eux. C'est le cas pour les Sartes et Uzbegs, ou ceux que l'on nomme ainsi.

Quant aux pays turcomans, le mélange des races s'est fait d'une autre manière. Ici il n'y a pas eu de conquête, mais de continuelles expéditions de pillage des Turcomans dans les provinces limitrophes, dont ils enlevaient les femmes; ces alliances ont produit ciiez les Turcomans une riche transfusion de sang iranien, et une amélioration de la race, généralement forte et belle.

Les Kirghiz sont des Turco-tatares k peu près purs.

Pour les khanats vassaux, nous n'avons aucune donnée exacte sur les races et les langues. Dans le khanat de Khiva, on distingue la population depuis longtemps sédentaire qui s'appelle généralement Uzbeg, d'après la nationalité des derniers conquérants, et des nomades, ou des sédentaires de fraîche date, qui sont Turcomans.

Quant au khanat de Boukhara, la majorité de la population s'y dit Uzbeg, mais elle est considérablement mélangée de Tadjiks, surtout dans les montagnes. La population de race iranienne la plus pure habite les vallées les plus inaccessibles à l'est du khanat.

Dans la province de Samarcande, les Uzbegs dominent; puis viennent les Tadjiks et les Galtchas. Dans le Ferghana, au contraire, les Sartes sont en faible majorité, puis viennent les Uzbegs et les Kirghiz. Il faut remarquer que la démarcation entre Sartes et Uzbegs est, en général, peu accusée; les uns et les autres parlent une langue turco-tatare, mais ont passablement

TUnCOJlAXE-TEKKE. EX COSTUME DE FÊTE

A. WoEiKOF. — Twkestan russe.

de sang iranien. Dans la province Transcaspienne, les Turcomans sont en majorité.

Quant aux nomades Kirgliiz et Turcomans, ils subissent moins l'influence du Chariat; le droit coutumier (Adat) prévaut chez eux. Ils ne se conforment généralement pas aux règles du Coran pour le carême, les prières, etc. ; les Kirghiz surtout. Les Turcomans sont devenus un peu plus musulmans ces derniers temps. Un des faits les plus frappants sous ce rapport, c'est que les femmes commencent à se cacher le visage, quoiqu'elles ne portent pas encore les voiles de crin en usage chez les femmes de la population sédentaire. Quant aux femmes Kirghiz, elles ne se voilent jamais, toute la population y est accoutumée. Les femmes des Kirghiz ont beaucoup plus de liberté que celles des peuples sédentaires. Elles prennent part à la conversation des hommes, et font de grandes tournées à cheval à travers la steppe. Ce sont elles qui prennent soin du bétail. Si un Kirghiz a plusieurs femmes, c'est la plus ancienne qui est la maîtresse de maison et distribue le travail aux autres.

L'étranger qui se trouve sous la tente [Yourte] est sous la protection de son hôte. Les habitations d'hiver sont le plus souvent en terre glaise, très étroites, et l'air y est très mauvais. On les trouve généralement au pied des montagnes et au bord des rivières, en des endroits protégés contre les vents violents, et où le bétail peut trouver quelque nourriture.

Les Kirghiz sont tous mahométans sunnites, mais

A. WoEiKoi-. — Le Turkestau Russe. 9

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assez peu religieux et dénués du fanatisme des habitants sédentaires. Ils ont conservé beaucoup de leurs anciennes croyances païennes.

La religion musulmane donne droit à quatre femmes, mais les gens riches peuvent seuls se permettre ce luxe, toute femme devant être achetée à ses parents. Ils donnent quelquefois jusqu'à 300 têtes de bétail pour une femme. Un proverbe du pays dit : « Si un Sarte s'enrichit, il bâtit une maison, si un Kirghiz s'enrichit, il achète une femme. »

La vie au grand air, les grands changements de température ont rendu ces nomades forts, endurants, et d'une très grande acuité de sens. Cependant ils ne vivent pas longtemps ; les vieillards, assez rares parmi eux, sont très vénérés. Ils sont fort hospitaliers et extrêmement curieux de nouvelles ; une nouvelle de quelque importance est-elle rapportée à des Kirghiz, l'un d'eux enfourche son cheval et court la communiquer aux voisins, sûr d'être bien reçu, fêté et choyé.

Les Turcomans habitent non seulement les provinces russes, mais encore le khanat de Khiva et celui de Boukhara,

Ils sont encore divisés en peuplades diverses, dont les plus importantes sont les Tekke, qui habitent les oasis de Tedjen et de Merv. Ceux de Merv se divisent en Tokhtamychs et Otamychs. Nommons encore les Saryks, qui habitent les oasis en amont de Merv, les Salores, mentionnés déjà par les auteurs arabes du VIII® siècle et habitant près de la frontière afghane ; enfin

les Jomoudes, qui habitent près de l'Atrek, à la frontière de la Perse.

Les Russes et surtout les officiers, qui forment l'administration des districts, distinguent soigneusement les Sartes, Tadjiks et Uzbegs d'un côté, et les Turcomans de l'autre. Les premiers ont les défauts des populations conquises et maltraitées par les conquérants; le peu de résistance opposé par eux à la conquête russe, la fuite de leurs armées nombreuses devant de petits détachements ont fait une fâcheuse réputation à la population du Turkestan proprement dit.

Quant aux Turcomans, ils méritent beaucoup de sympathie ; ils ont opposé une résistance énergique aux troupes russes, puis, voyant la soumission inéluctable, l'ont faite sans arrière-pensée, et ont entièrement renoncé à leurs habitudes de brigandage. Ils ont quelque chose de fier dans leur maintien qui les distingue des Sartes. On voit que ce sont des hommes libres. La conquête russe leur a donné beaucoup d'avantages.

On a très peu de données sur le mouvement de la population. Le recensement de 1897 se tait sur ce point, mais j'ai trouvé quelques données dans les derniers rapports des gouverneurs. Ainsi pour le Ferghana en l'année 1909, on signale, parmi les Grecs orthodoxes, 1 870 naissances et 917 décès ; les premiers formeraient le 6.4 p. 100 de la population, et les derniers le 3 p. 100. Cette natalité est excessive, et il est probable que le nombre des orthodoxes habitant la

province dépasse les chiffres officiels. Une natalité aussi forte est peu probable, d'autant qu'une assez grande partie de la population russe est composée de soldats célibataires. Le nombre des naissances est très supérieur à celui des décès, comme dans les colonies d'outre-mer les plus florissantes, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Pour la province de Syr-Daria, et pour la même année, nous avons les chiffres suivants : Orthodoxes : 5 010 naissances et 2 567 décès, Musulmans : 54 641 naissances et 36 253 décès. Ici aussi, chez les orthodoxes, le nombre des décès relativement aux naissances est faible.

Je n'ai pas calculé le tant pour mille de la population orthodoxe, dont le nombre n'est pas bien connu. Pour les Musulmans, on peut dire qu'il y a 31 naissances et 2i décès pour 1 000 habitants. Encore peut-on se demander s'il faut ajouter foi à ces nombres, les registres de l'état civil étant mal tenus chez les Musulmans.

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