Voir iiifra, chap. iv
assez résistant ; sur l'autre il est mou, le pied y enfonce. Tout n'est pas sable dans le Kara-Koum ; il y a aussi des étendues de quelques kilomètres carrés, ordinairement rondes ou ovoïdes, un peu plus basses que les sables et couvertes d'argile. On les appelle takijrs, et elles sont généralement dénuées de végétation, car, l'argile étant imperméable, l'eau séjourne sur le sol après les pluies ou la fonte des neiges, et s'évapore vite. Il y a partout des efflorescences de sel ; quelques plantes salines se montrent çà et là.
Au sud du Kara-Koum, le terrain commence à s'élever un peu vers les montagnes du Kopet-Dagh ; on trouve des sols fertiles composés de loess ; la végétation herbacée apparaît et, là où des rivières descendent des montagnes, des oasis se sont établies. C'est le groupe d'Akbal-ïekke et d'Atek. Mais l'étendue des oasis est minime, vu la petite quantité d'eau. Sur plus de 500 kilomètres, le long du chemin de fer Transcaspien, il y a en tout 27 grandes sources. Cette eau est entièrement absorbée par l'irrigation des champs et des jardins. Aux bords du Tedjen et du Mourghab la région des steppes herbeuses est plus vaste, et ces deux rivières ont une quantité d'eau permettant d'irriguer une étendue bien plus considérable.
De l'autre côté de l'Amou-Daria s'étend le désert de Kysil-Koum (sables rouges), qui va jusqu'au Zarafchan et au Syr-Daria, avec une superficie de près de 350.000 kilomètres carrés. Il est plus varié que le Kara- Koum ; de petites chaînes de montagnes le traversent.
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et les steppes herbeuses y ont une étendue plus considérable. Cependant on y rencontre des barkhanes sur des centaines de kilomètres carrés. Pendant l'expédition de Khiva, les troupes russes eurent à traverser une de ces régions appelées Adam-Krylgan et y perdirent des milliers de chameaux. Quelques-uns de ces barkhanes ont une hauteur de 30 à 50 mètres. Entre Karakoul et Oustyk sur l'Amou-Daria, des villages et des champs ont été récemment envahis par les sables.
Une partie du Kysil-Koum a attiré l'attention dans ces dernières années, c'est la Golodnaia Step, littéralement Steppe de la faim, le long du chemin de fer de Tachkent au Ferghana, près de la rive gauche du Syr- Daria. Elle a une étendue de 10.000 kilomètres avec une pente très faible et un sol argileux ou argilo-sableux. Au printemps le sol se couvre de végétation, en particulier de gigantesques ombeUifères ; en été tout est brûlé. Cette région a un grand avenir, son irrigation par les eaux du Syr-Daria étant facile.
Près de Khodjent, la Steppe de la faim donne accès à la belle vallée ou mieux à la petite plaine de Ferghana^ dont l'étendue est de près de 34.000 kilomètres carrés, l'altitude de 3 à SOO mètres, la forme ovale, allongée de l'est à l'ouest, et plus étroite à l'ouest. Hors cette « porte », le Ferghana est tout entouré de hautes montagnes couvertes de neige, qui, par la quantité d'eau qu'elles donnent, en font la partie la plus florissante du Turkestan, le centre de la culture cotonnière. Le Kara- Daria venant de l'est, et le Naryn, venant du nord-est,
s'unissent presque au milieu du Ferghana, en formant le fleuve appelé Syr-Daria. Au milieu du pays, le long de la rive gauche du fleuve, il y a cependant une étendue de près de 250.000 hectares de steppes à peu près désertes, qu'il est actuellement question d'irriguer par les eaux du Naryn.
A l'est et au sud, les plaines du Turkestan sont bornées par des montagnes qui appartiennent, d'après les savants les plus autorisés, aux systèmes du Tian- Chan,duPamiro-Alaï et de l'Hindou-Kouch-Kopet-Dagh.
L'étendue la plus considérable du Tian-Chan se trouve dans la province de Sémirietchensk et, à l'est de celle-ci, dans l'empire chinois. Le Turkestan ne confine qu'à la partie sud de ces montagnes. La chaîne la plus considérable de cette région est celle du Ferghana.
Le système du Pamiro-Alaï est plus élevé dans le Turkestan proprement dit, et son importance y est bien plus considérable. Entre Samarcande et le Ferghana oriental, nous trouvons d'abord, en venant du nord, la chaîne de l'Alaï, qui bifurque vers l'Ouest, sur le méridien de Kokand. La chaîne septentrionale est appelée chaîne du Turkestan, et la chaîne méridionale, chaîne de Zarafchan. Entre les deux coule le Zarafchan. La chaîne de Hissar se détache de celle de Zarafchan, un peu à l'ouest de Kokand.
Une large vallée, l'Alaï, oii coule, du nord-est au sudouest, une rivière considérable, prenant sa source dans le Pamir, et appelée Kysyl-sou, puis Sourkh-ab et enfin
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Vakcli, sépare les chaînes Alaï-Hissar, au nord-ouest, de la chaîne de Pierre-le-Grand, au sud-est ; la partie est de cette dernière porte le nom de Trans-Alaï, au sud court la chaîne parallèle du Darvaz.
Fig. 1. — Croquis schématique des chaînes du Pamiro-Alaï.
L'Alaï est célèbre par ses pâturages. Il a une étendue de plus de 2. 000 kilomètres carrés et une hauteur de 2.500 à 3.400 mètres.
La chaîne du Turkestan a des pics de plus de 5.000 mètres de hauteur; la limite des neiges est à peu près à 4.000 mètres. La chaîne de TAlaï s'élève en moyenne à 4.500 mètres et ses pics en atteignent jusqu'à 6. 000. Ses cols aussi sont très élevés. Le plus célèbre
est celui de Terek-Davan, qui joint le Ferghana oriental à Kacligar; ce fut, depuis une haute antiquité, le passage des marchands et des conquérants. Il est à 4.000 mètres d'altitude.
La chaîne de Hissar s'étend sur une longueur de plus de 400 kilomètres, si l'on comprend sous ce nom son prolongement jusqu'à Karchi, au sud de Boukhara. Ses pics les plus élevés atteignent 5.500 mètres, et ceux de la chaîne de Zarafchan ont la môme hauteur.
La chaîne de Pierre-le-Grand a une altitude moyenne de 5.000 mètres dans sa partie orientale, et le pic Mous- Djila s'élève à près de 6.700 mètres. Une masse énorme de neiges et de glaces couvre la partie orientale de ces montagnes.
La chaîne du Darvaz s'allonge sur plus de 200 kilomètres et contient des pics de plus de 5.500 mètres.
La chaîne du Trans-Alaï est plus élevée encore. Sur de grandes étendues on a des hauteurs de plus de 5.000 mètres, et le point culminant, le pic Kaufmann, passait pour s'élever, il y a quelques années, à un peu plus de 7.000 mètres. Actuellement, on lui en attribue 7.800; s'il n'y a pas erreur, ce pic dépasserait tous ceux de l'Amérique et ne serait qu'à 1.000 mètres au-dessous des plus hauts sommets de l'Himalaya et du Karakoroum. La planche i donne deux vues des pics neigeux et des glaciers du Ferghana oriental.
L'Alaï est le gradin inférieur du plateau du Pamir, situé au nœud des plus hautes montagnes de la terre. On discute encore sur l'origine du mot, et l'ancienne
Cliohi- W. N. Taganzrr.
A. — GLACIER DE KEREÏ (iJlSTIUCT d"aNDI.JAX. FERGHANa)
Cliché W. ^. Tai:.iiize 'IC BAOUBACH-ATA IDISTRICT d'aNBIJAX. FERGHAXa)
A. WoEiKOF. — Turkestan russe.
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étymologie, qui le faisait venir du persan bam-i-dounia (le toit du monde), ne paraît plus en faveur. Il s'étend du 37° au 39° latitude nord et du 72° au 7o° latitude est de Greenwich. Entre le col de Kysil-Yart, dans le Trans-Alaï, et l'Hindou-Kouch, la longueur de l'Alaï est de 280 kilomètres et sa superficie de 57.000 kilomètres carrés, dont 38.000 appartenant à la Russie, non comprises les vallées profondes de Rochan et de Chougnan.
Ce sont de larges vallées, à pentes douces, de 3.000 à 4.000 mètres de hauteur, séparées par des chaînes s'élevant généralement de 900 à 2.400 mètres au-dessus.
Au sud du Pamir, hors du territoire russe, se trouve l'Hindou-Kouch, dont le pic culminant, le Mir, atteint plus de 7.700 mètres.
A l'ouest, sur la rive droite du Vakch et du Pendj, s'élève la chaîne de Vakhan ou de Nicolas II, avec un pic de 7.000 mètres.
Le système de montagnes le plus méridional du Turkestan, celui du Kopet-Dagh, a une longueur de 2.500 kilomètres, et sa hauteur augmente énormément de l'ouest à l'est; la partie orientale est hors des confins de la Russie.
La partie ouest de ces montagnes n'est pas très élevée ; la chaîne des Grands Balkhans, au nord du chemin de fer Transcaspien, a un pic de 1.635 mètres seulement, et celle des Petits Balkhans, au sud, un de 780 mètres.
Plus à l'est, nous trouvons la chaîne du Kopet-Dagh, à la frontière de la province persane de Khorassan. Elle
s'allonge sur une étendue de plus de 400 kilomètres jusqu'à la station de Douchak, la plus méridionale du chemin de fer. Ses sommets s'élèvent jusqu'à 3,000 mètres dans la province Transcaspienne; ils n'ont pas de neiges permanentes.
On voit que les chaînes de montagnes orientées de l'est à l'ouest sont longues. Je n'ai pas mentionné leur prolongation, bien loin dans le désert, où elles sont réduites à des collines. Le climat du désert, avec ses variations brusques de température et l'absence presque complète de végétation, favorise la décomposition, l'effritement des montagnes. S'il en résulte des sables, le vent en forme des barkhanes (dunes continentales) ; réduites en particules plus fines encore ^ elles sont emportées au loin sous forme de lœss.
Parmi ces montagnes, il faut mentionner la chaîne qui s'élève au nord de Petro-Alexandrovsk, portant le nom de Sultan-Ouiz-Dagh, et, un peu à l'ouest, de Cheïkh-Djeili. C'est là que se trouve le dernier seuil rocheux que traverse l'Amou-Daria. Mais à l'ouest encore, dans le klianat de Khiva, il y a des collines dans la direction de cette chaîne.
Les matériaux qui donnent les barkhanes, quand ils sont d'origine purement continentale, sont généralement empruntés aux grès à assises horizontales, très répandus dans le désert et son voisinage.
Les Balkhans sont certainement le prolongement des montagnes du Caucase, et la partie de la Caspienne qui les sépare est un affaissement, un graben, entre la
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péninsule d'Apchéron, près de Bakou, et la rive nord du golfe de Krasnovodsk.
Cette partie de la Caspienne est peu profonde et sépare nettement les deux bassins profonds du milieu et du sud du lac.
En somme, les déserts, les steppes très sèches, ne fournissant que de maigres pâturages, et les hautes montagnes occupent de beaucoup la partie la plus considérable du Turkestan russe ; les oasis, où est concentrée la majeure partie de la population, couvrent moins de 15 p. 100 delà surface totale du pays. L'extension des oasis est avant tout une question d'eau. Or les deux principaux tributaires de l'Aral déversent dans ce lac une immense quantité d'eau, qui s'évapore sans profit pour l'homme, et pourrait être exploitée pour l'irrigation de nouveaux terrains.
Dans la région inférieure des montagnes et dans les vallées, on trouve de grands amas de loess, sorte d'argile sableuse, riche en calcaire et donnant un sol très fertile. Les principales oasis sont établies sur du loess. Les paysans connaissent si bien sa fertilité que, quand les terres sont épuisées, ils les fertilisent en y répandant les matériaux d'anciens murs de clôture, des débris de maisons, voire du loess emprunté aux collines environnantes.
L'origine du loess, dont les couches les plus épaisses et les plus étendues se trouvent dans le nord de la Chine, a fait et fait encore l'objet de controverses très vives. Richthofen, àla suitede son mémorable voyage en Chine,
se prononça pour l'origine aérienne ou éolienne du loess. C'est, d'après lui, de la poussière apportée des déserts et fixée par la végétation des steppes voisines. Le nord et le nord-ouest de la Chine sont soumis à des vents du nord-ouest presque constants pendant huit mois de Tannée (de la mi-septembre à la mi-mai), qui apportent la poussière des déserts de la Mongolie. Le ciel a peu de nuages, et cependant l'horizon est rarement clair ; il est presque toujours voilé par une espèce de brouillard, qui est de la poussière plus ou moins élevée, plus ou moins éloignée. Les voyageurs qui ont visité l'Asie Centrale, Prjevalsky et Potanin par exemple, mentionnent cette poussière et l'atmosphère trouble qui en résulte. Il en est de môme dans le Turkestan. Aussi la théorie de Richthofen me paraît-elle la plus vraisemblable.
Il faut remarquer que le climat du Turkestan est si sec que l'influence du vent y domine, sauf dans les régions de hautes montagnes. Dans les pays plus humides, au contraire, c'est l'eau qui exerce l'action la plus marquée.