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CHAPITRE XVI

Les eaux blanches et noires. — Les Kériz. — Les irrigations par les rivières. En quoi la province Transcaspienne diffère des autres provinces. Grandeur des canaux et constructions primitives. — Irrigation par bassins et irrigation régulière. Les anciens usages pour la distribution des eaux. Pourquoi ils fonctionnent mal actuellement. Quantité des terres irriguées. Les rizières. — L'irrigation parles eaux troubles et par les eaux claires. Les dernières provoquent l'accumulation des sels dans les terres.

Le climat aride du Turkestan a nécessité Firrigation artificielle depuis que des agriculteurs se sont établis dans les plaines et les vallées peu élevées du pays. Les indigènes divisent les eaux servant à l'irrigation en ak-sou (eaux blanches) — celles qui proviennent des rivières et ruisseaux et apportent un limon fertilisateur, et en kara-sou (rivières noires) — celles qui n'ont pas de limon, les eaux de puits et de kériz, claires et moins bonnes pour les terres. L'eau des puits est, de plus, souvent saumatre. Les puits ne jouent nulle part un grand rôle dans le Turkestan.

Les kériz sont des sources souterraines captées à l'aide de puits, et conduites par des galeries souterraines vers les terres à irriguer. Les foreurs de kériz

sont tous Persans, principalement de la province de Khorassan. Ils sont extrêmement habiles dans leur métier, difficile et quelquefois dang^ereux. Les kériz n'existent au Turkestan que dans la province Transcaspienne; ils sont nombreux surtout dans un chapelet d'oasis (Atek et Akhal-Tekke) parallèle au Kopet- Dagh. Nul doute que leau ne vienne de ces montagnes. C'est une preuve déplus de l'existence de nappes phréatiques dans les montagnes. En tout cas, puits et kériz ne donnent que peu d'eau pour les irrigations.

Par les eaux de rivières (eaux blanches ak-soii), le Turkestan proprement dit se distingue nettement de la province Transcaspienne. Dans le Turkestan, les eaux proviennent en grande partie de la fonte des neiges des hautes montagnes et des glaciers. Il en est ainsi dans tout le bassin hydrographique des deux seuls affluents de l'Aral, l'Amou et le Syr-Daria. Situation très avantageuse, car plus la saison est chaude, plus les cultures ont besoin d'eau, plus aussi il y a d'eau dans les rivières. C'est pour la même raison que, dans l'Inde, on a pu se passer de barrages et de retenues d'eau, et pratiquer ce que l'on nomme l'irrigation par les rivières.

Autre est la situation de la province Transcaspienne. Les eaux descendent de montagnes bien moins élevées; les deux rivières principales, le Tedjen (nommé Héri- Roud dans sa partie supérieure, oh il irrigue la grande oasis de Hérat), et le Mourghab viennent des montagnes de l'Afghanistan, et ont leur crue principale en avril et mai. Dès le mois de juin, les eaux sont basses; aussi

a-t-on depuis longtemps construit des barrages. La destruction du barrage de Sultan-bend par l'armée de l'Émir de Boukbara, en 1784, acheva la ruine du vieux Merv. La carte d'un système d'irrigation (voir, ci-dessous,

Fig. 8. — La rivière Sokh (partie méridionale du district de Kokand) et les canaux d'irrigation qui en dérivent.

le système d'irrigation dérivé du Sokh, rivière de la partie sud du district de Kokand) ressemble à un tronc d'arbre avec ses racines : le tronc est représenté par la rivière, et les racines par les canaux qui en dérivent. Les principaux systèmes d'irrigation sont très anciens ; le plus souvent on ne sait quand ils ont été construits.

A. WoEiKOF. — Le Turkestan Russe.

Plusieurs des canaux du Ferghana font exception ; ainsi le Yangi-aryk, dans le district de Namangan, n'a que quatre-vingt-dix ans d'existence, l'Andijan-saï a été construit par le dernier souverain de Kokand, Khoudoïar-khan. Les canaux empruntés au Zarafchan ont une grande importance. De Pendjekent à la frontière du Boukhara il y en a 84; le Dargom et le Narpaï ne le cèdent pas aux grands canaux du Ferghana.

Généralement aucune digue n'élève le niveau de l'eau à la tête du canal ; tout au plus y a-t-il un épi, et cela même est rare. Le chapitre x montre ce que sont les têtes des plus grands canaux du Ferghana, canaux empruntés au Kara-Daria ; la plupart des canaux du pays ne sont pas dans un meilleur état. Quelques canaux des environs de Tachkent et ceux du Zarafchan, en amont de Samarcande, font exception ; on y trouve des régulateurs en béton, que l'on ferme à l'aide de portes en tôle. Le système d'irrigation le mieux construit de tout le Turkestan est celui du domaine impérial du Mourghab (V. chap. xiii.). S'il y a des systèmes d'irrigation mieux aménagés que ceux du Ferghana, en revanche il y en a beaucoup de pires, surtout dans les khanats de Boukhara et de Khiva.

Le courant dans les canaux est rapide pendant les crues ; il change souvent de direction, crève les digues, s'il y en a, inonde certains champs et en laisse d'autres sans eau. Il n'y a pas de régulateurs dans les canaux des indigènes. Quand il est nécessaire d'arrêter le cours des eaux dans les grands canaux et leurs dérivations

principales, on le fait à l'aide de deux appareils très primitifs. L'un, appelé sipai, est surtout employé au Ferghana^; l'autre, appelé A;am-/5»o?/m, dans l'oasis de Khiva et la province Transcaspienne. L'un et l'autre sont d'un maniement très pénible, et il serait grand temps de renoncer à ces méthodes trop rudimentaires.

Si on y recourt néanmoins, c'est que les canaux sont entretenus par des corvées ou prestations en nature, avec quelques sommes payées par les paysans pour l'achat du bois d œuvre, les salaires des ingénieurs et des employés, etc. Ces sommes sont insuffisantes et les canaux en souffrent.

Les chemins sont entretenus de la même manière, principalement par des prestations en nature et un très modique budget. Aussi laissent-ils beaucoup à désirer.

L'administration ne compte pas le prix des journées de travail. Toute réforme nécessiterait des dépenses considérables, auxquelles les budgets locaux ne sont pas en mesure de faire face.

Dans l'oasis de Khiva, et dans les systèmes d'irrigation dérivés de l'A mou moyen, l'eau des canaux est audessous du niveau des cultures, et est élevée au moyen de tchigirs (norias). Récemment, on a commencé à l'élever au moyen de machines à vapeur et de moteurs à pétrole.

Il y a deux systèmes d'irrigation employés au

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