Voir supra chap. x. p
Turkestan, l'un appelé en Egypte irrigation par bassins : on entoure le champ d'un mur de quelques centimètres de hauteur, on y conduit l'eau, qui couvre tout le champ d'une nappe continue. C'est le système pratiqué partout pour les rizières, le riz étant une plante de marais. Dans la province Transcaspienne, il domine aussi pour les autres cultures. Gaspillage nuisible, surtout dans cette région pauvre d'eau. De plus, si le sol est argileux, il se forme des marais salants; on est obligé d'abandonner les terres submergées, et d'en cultiver d'autres, en creusant de nouveaux canaux.
L'autre système, appelé en Egypte irrigation régulière, est surtout pratiqué dans le Ferghana. Les champs sont divisés en plates-bandes, entre lesquelles on fait circuler l'eau. Ce système est beaucoup plus rationnel et économise incomparablement plus d'eau que l'irrigation par bassins.
Dans les temps qui suivirent immédiatement la conquête du pays, l'administration russe ne changea rien à tout ce qui touchait l'irrigation, et elle fit bien. D'après les lois actuelles du Turkestan, les aryk-aksakals, nommés par les chefs de districts, ont pour première charge de veiller à la distribution de l'eau, principalement entre les villages. Ils sont aidés par des )?îirabs, fonctionnaires élus.
L'organisation primitive suffisait à peu près tant que dominait l'ancien système économique.
Aujourd'hui il est autrement : l'accroissement de la population, les chemins de fer, le renchérissement
des denrées, l'acquisition des richesses par quelquesuns des cultivateurs , qui ont ainsi les moyens d'obtenir les bonnes grâces des agents préposés à la distribution de l'eau, tout cela a introduit beaucoup de désordre. Si les riches reçoivent, par la faveur des fonctionnaires indigènes, plus d'eau qu'il ne leur en est dû, les autres ont recours à la violence, des rixes sanglantes s'ensuivent, quelquefois des meurtres. Les Sartes sont très pacifiques, les crimes sont rares parmi eux ; mais quand on les prive de l'eau à laquelle ils ont droit, quand la faim les menace, les plus traitables perdent patience.
Les cultures de riz et de coton américain ont beaucoup contribué à détruire l'ordre qui régnait autrefois dans la distribution de l'eau. La culture du coton américain ne date que de trente ans, et il y en a à peine quinze qu'elle a pris une grande extension. La culture du riz , d'après les anciennes coutumes, ne devait occuper que les terres marécageuses, et les rizières ne recevoir d'eau des canaux d'irrigation qu'après les autres cultures. Les parents des Khans et des grands dignitaires, les Begs (chefs de districts) s'arrogeaient bien le droit de cultiver le riz sur d'autres terres, mais ces cultures n'étaient pas étendues.
Après la conquête russe, l'administration supérieure laissant aller les choses et se fiant à la coutume, qu'elle ne connaissait du reste pas, la culture du riz se développa considérablement. Dans le Ferghana, il y a près de 60.000 hectares de rizières. L'augmentation
des rizières fut sensible surtout dans le district de Samarcande , où commencent les grands canaux empruntés au Zarafchan.
En 1869, il y avait 11.000 hectares de rizières dans les districts de Samarcande et de Katta-Kourgan ; en 1875, 20.000 hectares, en 1900, dans le seul district de Samarcande, 43.000 hectares.
Il y aurait un moyen de mettre ordre à l'extension excessive des rizières, ce serait de renoncer nettement à l'ancienne coutume qui ne permet pas de séparer l'eau de la terre. Il faut que les impôts payés par les terres soient en proportion de l'eau qu'elles reçoivent par les canaux. On verra que, si ce système est appliqué, l'étendue des rizières diminuera ; on ne les cultivera plus guère que dans les terres naturellement marécageuses qui ne reçoivent que peu ou pas d'eau des canaux d'irrigation.
Le riz est une nourriture fort saine, et il serait regrettable que son prix continuât à augmenter. Mais si le Turkestan n'en pouvait fournir la quantité nécessaire à ses habitants, il y a deux provinces voisines, celles de Ghilan et de Masandaran en Perse, sur la côte méridionale de la Caspienne, qui pourraient suppléer cette lacune. Ce pays est très humide et pluvieux. De nombreuses rivières venant de la haute chaîne de TElbours l'arrosent abondamment. Le chemin de fer Transcaspien pourrait favoriser l'introduction du riz persan au Turkestan si l'on abaissait les tarifs de transport.
Une loi sur les eaux et leur utilisation, loi claire.
bien définie, est absolument nécessaire, et cela dans un bref délai. Autrement le chaos actuel ne fera qu'empirer. On ne connaît que très approximativement la quantité de terres irriguées dans le Turkestan. Pour le territoire russe on arrive aux chiffres suivants ' :
PROVINCES MILLIERS d'hECTARES
Ferghana 920
Syr-Daria 700
Samarcande 530
Transcaspienne 1H0
Total 2.310
Pour les khanats vassaux nous manquons absolument de chiffres précis. Le prince Masalsky admet les quantités suivantes pour le khanat de Boukhara : irrigation dérivée du Zarafchan : 400.000 déciatines, du Kachka- Daria : 500.000, du Sourkhan, du Rafirnagan et du Vakch : 300.000; pour les autres régions, en particulier pour la rive droite de l'Amou moyen : 400.000 déciatines, soit, en tout, 1.600.000 déciatines ou 1.750. OOOhectares. Ces chiffres me paraissent exagérés, vu le misérable état d'une grande partie des systèmes d'irrigation du khanat.
Je fais aussi le calcul suivant. La population du khanat est d'un quart plus élevée que celle du Ferghana, soit deux millions et demi contre deux. Or on sait que, nulle part dans le Turkestan, il n'y a autant de champs cultivés sans irrigation artificielle que dans les