CHAPITRE XVIII
Cultures principales. Instruments. Tableaux statistiques. Prix des terres. — Limites des cultures en hauteur. Le froment et le riz. Le coton. Les plantes oléagineuses. — Les animaux domestiques des sédentaires et des nomades.
On remarque une très grande différence dans les divers systèmes d'agriculture du Turkestan, différence qui dépend surtout de la présence ou de l'absence d'irrigation artificielle. Là où elle existe depuis longtemps et où les canaux sont en bon état, l'économie rurale esttrës intensive : on produit beaucoup sur un petit espace. Puis il y a toute une gradation d'extensivité, jusqu'à celle des nomades, qui trouvent très peu de nourriture pour le bétail sur d'immenses espaces. Quant à la rotation des cultures, elle est aussi très différente. Dans le voisinage des villes fonctionne ce qu'on appelle en Europe le système libre : la rotation ne se fait pas d'après des règles fixes, mais dépend de l'état du marché.
Il faut mentionner ici une forme particulière de rotation des cultures, celle qui se fait entre les arbres cultivés comme bois de chauffage ou de construction, et
d'autres cultures. Ce sont surtout des peupliers et des saules qu'on élève de cette manière. Grâce à la chaleur, qui dure sept mois de l'année, et à une irrigation abondante, les arbres croissent très vite ; en douze ou quinze ans on a du bois de construction.
Il faut distinguer la culture des champs et celle des potagers ; les premiers n'ont pas de haies; au contraire, les potagers et les jardins sont toujours entourés de murs en loess ou en terre glaise ; on y cultive une quantité de plantes potagères, des melons, des vignes, des arbres de diverses espèces, et souvent de la luzerne.
Quand il y a assez d'eau, surtout près des villes, on fait fréquemment deux récoltes par an, quelquefois même trois. Très souvent on commence par le froment d'hiver; ensuite on sème du coton et du sorgho, puis de l'orge ; enfin, dans la même année, des pois [mach) et, le printemps suivant, du millet ou du froment d'été. Après quelques années de luzerne, on sème principalement du lin, du coton, des melons et quelquefois du sorgho. Généralement le coton alterne avec des plantes sarclées; toutefois, quand les prix du coton augmentent, on le sème plusieurs années de suite.
Le riz est souvent semé dans les champs marécageux qui ne sont propres à aucune autre culture. Quelquefois — dans le district de Samarcande par exemple, où le Zarafchan donne beaucoup d'eau — après quelques années de riz, on laisse reposer la terre ; puis on sème d'autres céréales, et de nouveau du riz.
Les instruments de culture sont assez primitifs, bien
que très appropriés aux conditions du sol et du climat. Ainsi rinslrunicnt universel du pays, le kelmen (une espèce de houe) , est fort bien adapté à l'agriculture locale. Les artisans aussi ont des instruments originaux, et remarquablement appropriés à la nature du pays. Le charpentier indigène, par exemple, travaille avec une hache permettant de ne pas plier l'échiné, ce qui serait désagréable et dangereux par les chaleurs qui durent plusieurs mois de l'année; de cette manière le sang ne monte pas à la tête.
De même le maréchal ferrant, qui pourrait souffrir encore plus de la chaleur, s'arrange de manière à exécuter presque tout son travail assis au bord d'une fosse, au centre de laquelle se trouve l'enclume. Le travail des tisserands et autres artisans aussi est bien organisé. Les tailleurs se servent déjà beaucoup de la machine à coudre et y trouvent un grand avantage.
Les tableaux et graphiques suivants font voir la distribution des cultures en pour mille de la surface cultivée, puis les pour mille des terres irriguées, de celles qui sont cultivées sans irrigation, enfin de celles qui ne sont pas cultivées; un autre tableau donne le pour mille des principales cultures. Enfin un dernier tableau représente la surface cultivée en milliers d'hectares et la récolte en milliers de tonnes métriques.