CHAPITRE XIX
LA CULTURE COTONNIÈRE
Importance de Tindustrie cotonnière en Russie. Avantage d'avoir du colon indigène. — Origine de ia culture cotonnière au Turkestan. Intioduclion des espèces américaines. Premiers essais infructueux. Les Upland et leur succès. Développement rapide de leur culture. Les aléas de la culture cotonnière. — Variation des prix sous l'influence de la récolte aux États-Unis, ttudes des stations d'expériences agricoles. Sélection de variétés hâtives et productives. Dangers des gelées d'automne. — De quelle manière la production du coton peut-elle augmenter ? Les engrais. Utilisation des tourteaux comme engrais ou comme nourriture des bestiaux. — Les disettes temporaires d'eau et leur influence sur les rendements moyens. Dangers d'une irrigation trop copieuse. Extension des cultures cotonnières et renchérissement des céréales et des fourrages. Les régions où de grandes irrigations nouvelles sont possibles. Leur importance pour le coton. — Les nouvelles colonies russes.
Jusqu'au commencement du xx* siècle, le Turkestan était un peu « Cendrillon » pour le g-ouvernement et encore plus pour le public russe. On s'intéressait peu à cette possession éloignée, dont la conquête avait coûté si peu de sang et d'argent, les hommes estimant surtout ce qui leur coûte cher. Encore en 1885, un publiciste de talent, Eugène Markow, qui avait beaucoup lu et beaucoup voyagé, pubhait une série d'articles sur nos « acquisitions en terre glaise » ; c'est le Turkestan qu'il entendait par là.
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Si l'opinion a changé, si le pays attire de plus en plus l'attention de la presse et du public, si TÉtat ne lésine pas sur les études et les expériences nécessaires pour le mettre en valeur, si d'importantes mesures législatives sont en préparation, c'est presque exclusivement au coton que le Turkestan en est redevable. Tout le monde sait maintenant que nous avons là des terres qui produisent beaucoup de coton, et qui, avec des irrigations plus étendues, pourront nous dispenser d'en acheter à l'étranger. Les fabriques russes travaillent 360.000 tonnes métriques de coton, qui représentent 715 miUions de francs. La moitié vient des possessions russes, plus des 2/5 du Turkestan. L'industrie cotonniëre est la plus importante des industries russes; au commencement du siècle, nous comptions 730 fabriques, avec 400.000 ouvriers, une force motrice de 280.000 chevaux-vapeur, et une production totale de 1 milliard 370 millions de francs.
La culture du coton est venue au Turkestan de l'Inde, par la Perse et l'Afghanistan. Avant la conquête russe, on ne cultivait que l'espèce Gossipiian herbaceum, élevée dans l'Inde, et qui donne une fibre courte, grossière, difficile à détacher de la gousse. Elle servait à faire des tissus de qualité assez inférieure. Peu à peu, on commença à exporter le coton en Russie par caravanes, généralement par le chemin d'Orenbourg. Mais ce commerce ne prit une certaine extension qu'en 18G3- 1865, vers la fin de la guerre de Sécession, au moment où le coton décupla de valeur. La conquête russe
trouva la culture et le commerce du coton en déclin, les fabriques russes préférant s'approvisionner aux États- Unis.
L'administration duTurkestan s'intéressa à la culture du coton et surtout à l'introduction d'espèces meilleures que celles cultivées dans le pays. Mais on commença par viser trop haut : les premiers essais furent faits avec le coton de première qualité, appelé Sea-Island. On y dépensa beaucoup de temps et d'argent, et le résultat fut absolment nul.
Vers 1880 on introduisit les variétés Upland [Gossipium hirsutum) les plus cultivées en Amérique ; plusieurs réussirent assez bien. Jusque-là, le gouvernement avait tout fait; ni les indigènes, ni les marchands et fabricants russes ne se préoccupaient beaucoup de la culture du coton dans le Turkestan. Mais quand ils connurent les bons résultats donnés par les Upland, ils s'y intéressèrent et s'employèrent activement à en répandre la culture. La maison qui y contribua le plus fut la grande manufacture de Yaroslavl. Elle acheta des terres dans le Ferghana et s'y livra à la culture du coton ; de plus, elle donna des graines assorties aux cultivateurs indigènes, gratis au commencement, à un prix modique ensuite, à condition d'en obtenir le coton, soit à un prix déterminé, soit au prix du jour de la livraison. La grande culture ne réussit pas, mais la culture des variétés américaines se répandit vite parmi les paysans Sartes. Le nombre d'hectares semés de ces cotons fut de 330 en 1884, de 1.100 en 1885, de 13.000
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en 1886, de 40.000 en 1888 et de 64.000 en 1890. (Voir les pi. XIV et xv).
C'est le Ferghana qui devint le pays du coton par excellence. Ici, comme dans le sud-est des États-Unis, le coton est roi [Cotton is King). Aussi le cliapitre que j'ai consacré au Ferghana (voir supra, pages 133-151) donne-t-il des renseignements sur la culture cotonnière et les industries qui s'y rattachent.
On voit bien la prédominance du Ferghana dans le tableau suivant' :
MILLIERS d'hEGT.\RES CULTIVÉS EN COTON