‹ Le Turkestan RusseChapitre 54 sur 87 · STATIONS PREMIÈRE GELÉE DERNIÈRE GELÉE · texte numérisé non relu

STATIONS PREMIÈRE GELÉE DERNIÈRE GELÉE

Askhabad 4 novembre. 17 mars.

Baïram-Ali 21 octobre. 20 —

Kerki 29 — 15 —

Golodnaïa Slep 16 — 2 avril.

Tachkent 22 — 28 mars.

Andijan 26 — 25 —

La dernière gelée au printemps est importante ; car les semailles doivent être ajournées tant que l'on peut

i. Climal des régions colonnières du Turkestan. Saint-Pétersbourg, l'Jl2 [R],

LA CULTURE COTONNIÈRE

craindre les gelées, dût la plante être moins avancée en automne. On voit qu'Askhabad se trouve, sous ce rapport, dans les meilleures conditions ; malheureusement la contrée dispose d'une quantité d'eau si faible qu'elle compte à peine comme région cotonnière. Puis vient Kerki, sur le cours moyen de l'Amou-Daria. Mais il n'y a pas de doute que la région à l'est de Kerki, c'est-à-dire la plaine de Chirabad et les vallées des trois tributaires de l'Amou : le Sourkhan, le Kafîrnagan et le Vakch, ne doivent avoir des gelées encore plus tardives en automne, étant protégées par des chaînes de montagnes contre les vents du nord. Cette région est la meilleure pour la culture du coton.

La Golodnaïa Step, près du cours moyen du Syr- Daria, est même plus sujette aux gelées que Tachkent, qui est un peu plus protégée contre les vents froids. Cette différence cependant peut aussi tenir à des causes tout à fait locales : à Tachkent, les observations sont faites au sommet d'une colline ; position favorable, car les premières gelées d'automne arrivent par un temps calme, alors que l'air le plus froid se concentre dans les vallées. A Andijan, les première gelées sont presque aussi tardives qu'à Kerki.

Les stations d'expérience ont fait de bonne besogne mais elles sont rares. Il y a beaucoup à faire encore sous ce rapport.

Puis la plus grande prudence est nécessaire dans l'application des résultats, dont il faut être très sûr.

Avant tout il faut distinguer entre Russes et indigènes.

Pour les premiers, la chose est relativement facile ; il n'y a pas la difficulté des langues, et les colons russes comprennent sans peine l'utilité des outils nouveaux et des méthodes nouvelles. Dans la culture cotonnière, ils ont tout à apprendre et rien à oublier.

Pour les indigènes, le cas est différent. 11 y a, en premier lieu, l'inconvénient de la langue parlée, puis la routine. Il ne faut pas exagérer les difficultés, mais elles sont grandes.

La quantité de coton récolté au Turkestan peut augmenter de beaucoup et couvrir à peu près la consommation de nos fabriques. Pas entièrement pourtant, car il nous faudra toujours une petite quantité de Sea-lsiand et une quantité plus grande des variétés du Delta égyptien, que le Turkestan ne peut produire à cause de son climat sec. Mais il est possible que la production des qualités moyennes augmente tellement, que la Russie exporte soit du coton brut, soit des étoffes de coton*, en important une petite quantité du coton le plus fin. La production du coton peut s'accroître de différentes manières :

D'abord par l'augmentation du rendement. Actuellement au Ferghana, le rendement moyen du coton est de trois quintaux métriques environ par hectare ; il est un peu supérieur à celui des autres provinces du Turkestan, ainsi qu'à celui des États-Unis, mais de beaucoup inférieur à celui du Delta égyptien.

1. Ou plutôt qu'elle en exporte plus qu'elle n'en importe, car l'exportation des cotonnades pour les pays d'Asie, depuis la Perse jusqu'à la Chine, existe depuis longtemps.

LA CULTURE COTONNIKRE

Le rendement peut être beaucoup augmenté par plusieurs moyens. Le Sarte du Ferghana est, en général, bon cultivateur, il se sert admirablement de sa houe [ketmen] pour ameublir la terre et la débarrasser des mauvaises herbes. Il utilise les engrais animaux autant qu'il lui est possible, et comprend bien la valeur du loess comme engrais. Dans l'oasis de Khiva, on fait généralement des composts qui servent au même usage.

Mais la culture cotonnière et l'exportation des graines de coton appauvrissent certainement les terres, et il serait à désirer que les tourteaux servissent de nourriture aux bestiaux, ou d'engrais, au lieu d'être exportés. Il paraît que cela commence à se faire, au Ferghana du moins.

Une bonne sélection des graines est d'une importance capitale. Sous ce rapport on en est à peine, au Turkestan, aux premiers essais.

Le manque d'eau diminue beaucoup le rendement de certaines années et influe ainsi sur la moyenne. Cette disette d'eau dépend du mauvais état des systèmes d'irrigation. On en souffre surtout pendant les années riches en neiges, car leur fonte provoque de grandes crues, au cours desquelles les canaux principaux se creusent de nouveaux lits et laissent à sec une partie des terres qu'ils arrosent généralement.

Bien souvent aussi la récolte est diminuée par une irrigation trop abondante, qui favorise la formation de feuilles, mais non de graines et de fibres. On a remarqué en Egypte que les années où la crue du Nil était forte, et où les fellahs disposaient d'autant d'eau qu'ils

voulaient, la récolte du coton était plus faible que les années où une crue moindre obligeait à rationner strictement l'eau. Mais, en Egypte au moins, les gelées ne sont pas à craindre ; au Turkestan, au contraire, une irrigation trop abondante, non seulement diminue la quantité des fibres, mais retarde la maturité et augmente le danger des gelées d'automne.

La production du coton peut augmenter, et par un rendement plus intense, et par une extension de la culture cotonniëre. Mais il y a un danger à cette dernière : la diminution de la surface des cultures des céréales et des plantes fourragères augmente le prix des céréales et des fourrages, et toute extension de la culture cotonnière devrait être accompagnée d'une extension des lignes de chemins de fer qui unissent les districts cotonniers à des régions riches en céréales et en fourrages. Dans le chapitre xxi, j'ai indiqué les lignes qui seraient le plus utiles sous ce rapport.

Si la diminution de l'espace alloué aux céréales et aux fourrages n'est pas sans danger, on pourrait restreindre le terrain occupé par les plantes oléagineuses, et remplacer les autres huiles par de l'huile de coton.

Mais ce qui augmenterait surtout la culture cotonnière, c'est l'extension des irrigations.

Plusieurs millions d'hectares sont susceptibles d'irrigation, comme je le montre dans le chapitre xxiii. Je n'y ai mentionné que les projets d'irrigation les plus vastes, qui mèneraient à une colonisation russe.

Les colons russes, ayant des machines perfectionnées,

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A. — JEUNE COTON (FIN MAl), A KOUSKOYE- SELO DISTRICT DE MARGUILAN. FERGHANA

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B. — COTON EX FLEUR (FIN AOÙT), PRÈS DE kulvANb

A. WoEiKOF. — Turkeslan russe.

LA CULTURE COTONNIÉRE 265

pourraient cultiver plus de terres que les indigènes avec leur houe. La culture du coton y gagnerait plus que les autres, car souvent les indigènes n'osent étendre leurs cultures cotonnières, de peur d'avoir à dépenser beaucoup pour la main-d'œuvre nécessaire. De plus, les colons russes abandonneraient certainement aux indigènes leur culture favorite, celle du riz.

Il y a beaucoup d'autres régions — petites à elles seules, mais dont l'ensemble couvrirait bien quelques dizaines de milliers d'hectares — où la construction de nouveaux ouvrages d'irrigation entraînerait un développement de la culture du coton.

L'avenir de la culture cotonnière au Turkestan est très beau, mais je ne me flatte pas de l'espérance de le voir se réaliser bientôt. Car le gouvernement ne veut ou ne peut pas entreprendre ces grands travaux ; quant à l'initiative individuelle, la bureaucratie sait lui créer des obstacles. Cela est d'autant plus facile qu'il s'agit de grands projets, qui ne peuvent être arrêtés à la légère ; on discute et on dispute, on nomme commission sur commission, des années se passent; les auteurs des projets d'irrigation perdent patience, et, s'ils sont capitalistes, les bonnes affaires ne manquant pas en Russie, ils trouvent un autre emploi de leur

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