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B. — DÉFJLÉ DE BOLS-GALA (PORTES DE FER) KHANAT DE BOUKHARA

A. WuF.iKoi-. — Turkesta

très clairsemés et de petite taille ; un seul est un peu plus grand ; c'est un arbre sacré, auquel sont suspendus nombre de lambeaux d'étoffes.

A 20 kilomètres au sud du col d'Ak-Rabat se trouve le défilé, célèbre dans l'histoire du pays, de Bous-Gala ou Derbent {Portes de Fer) (pi. xvi b). Le chemin le contourne en montant beaucoup. Mon compagnon y entra et prit plusieurs photographies ; le passage est assez facile, et le lieu ne lui offrit pas l'aspect effrayant décrit par I. W. Mouchketof, peut-être parce qu'il était près de midi, et que le soleil y pénétrait. Trois kilomètres plus loin, le défilé rejoint la route; au delà s'ouvre un nouveau défilé, qui finit à la station de Derbent, et que mon compagnon visita aussi. Il est plus large que le premier, mais très difficile à traverser à cause de grosses pierres qui l'obstruent et d'un ruisseau d'eau salée.

Sur une distance de plus de 150 kilomètres, de Gouzar à Chirabad, je ne vis pas un seul véhicule à roues; chameaux et chevaux prenaient la fuite à la vue de notre chaise de poste.

Les 45 kilomètres entre Chirabad et Termez sont en plaine, et en plaine très sèche. La rivière voisine, le Chirabad-Daria, n'a que peu d'eau, et on traverse des salants ou des déserts de sable jusqu'aux rives deTAmou- .Daria. Mais l'aspect de la région va changer. Un homme entreprenant et connaissant bien le pays, le lieutenantcolonel Ananief, a obtenu de l'Émir de Boukhara la concession de 75.000 hectares de terres, avec la permission de disposer de l'eau du Sourkhan, qui se jette dans

TAmou-Daria près de Termez. Il ne paiera rien pendant les sept premières années, puis 100,000 roubles (262.000 francs) par an. J'eus la bonne fortune de faire le voyage de Termez à Tchardjouï avec l'ingénieur qui venait d'organiser la concession Ananief. Selon lui, l'irrigation était facile, et la pente du terrain idéale.

Les routes de plaine sont extrêmement poussiéreuses en été, et boueuses après les pluies ou la fonte des neiges en hiver.

Plusieurs anciennes routes de caravanes, les plus longues, ont été rendues inutiles par les chemins de fer; mais il en reste assez encore, même dans les parties les plus peuplées du pays. Avant l'ouverture du chemin de fer d'Orenbourg à Tachkent, le centre principal des routes de caravanes était à Tachkent; il est maintenant à Vieille-Boukhara, la capitale, et à Karchi, la seconde ville du khanat de Boukhara. On voit quelquefois des files de plus de cent chameaux, précédés par le karavanbachi (chef de caravane) à âne. Le commerce avec les régions limitrophes de la Perse (province de Khorassan), de l'Afghanistan et de la Chine (Kachgarie) se fait aussi par des caravanes.

En 1908, nous avons les chiffres suivants pour le commerce de ces pays avec le Turkestan par leurs frontières.

MILLIONS DE FRANCS Importation. Exportation.

Perse 14,7 16,1

Afghanistan 7,7 8,0

Chine 19,4 18,1

L'importation en Russie est facilitée par des droits de douane très bas, bien inférieurs à ceux que l'on exige des marchandises importées par les ports de mer et les frontières d'Europe. La différence est énorme pour les produits manufacturés et le coton. Aussi ces pays importent-ils une certaine quantité de textiles, surtout des cotonnades d'origine chinoise, appelées hiaz.

L'importation du coton de Perse (province de Khorassan), d'Afghanistan et de Kachgarie augmente d'année en année.

La Russie en reçoit aussi d'autres produits bruts, des laines, des peaux, du froment, des graines oléagineuses.

Quant à l'exportation, elle consiste surtout en textiles et en objets métalliques. Tout le nord de l'Afghanistan importe beaucoup plus de produits manufacturés russes qu'anglais et indiens : le mauvais état des chemins en effet rend long et cher le transport de la frontière de l'Inde aux provinces du Turkestan afghan et à la région de Hérat, tandis que le chemin de fer Transcaspien n'en est pas éloigné.

Quant à la Kachgarie, le marché russe est encore plus important pour elle, la distance qui la sépare des ports de la Chine étant énorme, et les transports très onéreux.

La consommation du thé tient une place capitale dans la vie des indigènes du Turkestan. Ils prennent du thé vert sans sucre, comme les Chinois, les Japonais, les Coréens et les Persans. Pendant des siècles, le thé fut transporté de Chine en Kachgarie, et de là, par de

hautes montagnes, dans le Ferghana. Le développement de la culture du thé dans l'Inde britannique, surtout dans la vallée de Kangra, dans l'Himalaya nord- ouest, vers la moitié du xix* siècle, imprima au commerce du thé une autre direction ; il arriva de l'Inde par la Perse et surtout par l'Afghanistan. Pendant plus d'un quart de siëcle, la conquête russe ne changea rien à cet état de choses. Le khanat de Boukhara était en dehors des frontières de douane, et le thé indien continuait à pénétrer par là dans le territoire russe.

En 1892, la ligne douanière russe fut reportée à la frontière du Boukhara et de l'Afghanistan, de manière à inclure le premier de ces khanats dans la ligne des douanes russes ; en même temps un tarif de faveur fut établi pour le thé vert importé par le port de Batoum à Test de la mer Noire, à destination du Turkestan. Il paie un droit de 12 roubles par poud (1 fr. 92 par kilogramme), tandis que le thé noir consommé par la population russe paie 25 roubles par poud (4 francs par kilogramme) aux ports de la Sibérie Orientale ou à la frontière de terre avec la Chine, et 28 roubles par poud (4 fr. 48 par kilogramme) à la frontière européenne de terre et de mer. Les Russes paient donc, sur la qualité de thé qu'ils préfèrent, un droit plus que double des indigènes du Turkestan. Au temps oii fut établi ce tarif, le chemin de fer Transcaspien n'arrivait que jusqu'à Samarcande ; Tachkent et le Ferghana n'étaient pas encore desservis. On installa une douane intérieure à Samarcande, les marchands de thé

en gros s'y établirent et le commerce du thé vert s'y concentra. Plus tard, le chemin de fer atteignit Tachkent et le Ferghana ; on ouvrit des bureaux de douanes à Kokand et à Tachkent ; mais le pli était pris, et la plus grande quantité de thé vert continua à arriver à Samarcande; on y paie le droit de douane, et le thé est transféré dans des paquets de papier, enveloppés de feuilles de plomb, puis dans des caisses de bois.

Près de 5.000 tonnes métriques de thé passent par la douane de Samarcande, dont 4/5 de thé vert.

La loi douanière de 1894 a beaucoup réduit le commerce direct du Turkestan avec l'Inde. Le thé de l'Inde et de Ceylan est acheté par des marchands russes et dirigé sur Batoum.

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