Erysipèle
L’erysipèle se rencontre assez souvent dans la convalescence du typhus exanthématique, Nous en avons eu 19 cas, ce qui représente une proportion de 3.1°/, de la totalité d'exanthématiques (608) que nous avons soignés.
Nous avons signalé cette complication dans une comunication faite devant la Société du front Russo-Roumain de Jassy () et plusieurs confrères ont confirmé ensuite nos constatations.
Il commence rarement à la fin de la période febrile, la plupart du temps la première ou la seconde semaine d’apyrexie, mais quelquefois plus tard. Il débute presque toujours autour des narines et s’étend ensuite à la face, au cuir chevelu, quelquefois aussi à la peau du cou. La région présente les caractères classiques de lerysipèle: ses limites sont nettes, la région est douloureuse, etc. Son début s'accompagne la plupart du temps d’une ascension thermique, précédée ou
(1) Daniélopolu. — Soc. du front Russo-Roumain de Di 5 Avril, 1917 et Presse Médicale No. 39, 1917.
interrompue quelquefois de: frissons. Mais nous avons vu aussi des cas d’erysipèle sans température. La fièvre dure en général quelques jours et tombe.
Nous avons vu une seule fois l’erysipèle. débuter autour du conduit auditif externe, chez un malade qui présentait du même côté une otorrhée. Le pus auriculaire contenait entre autres microbes le streptocoque.
L’erysipèle accompagne quelquefois l’otite et la parotidite. Il est souvent suivi d’abcès sous-cutanés de la figure, la plupart du temps d’abcès palpébraux, ou de phlegmons du cuir chevelu. |
L’erysipèle est toujours accompagné d’une hausse de la leucocytose et d’un changement de la formule leucocytaire. La courbe leucocytaire commence a monter dès le premier jour et arrive à son maximum après 2 à 3 jours. La formule leucocytaire est représentée par de la polynucléose.
Le pronostic de l’érysipèle post-exanthématique est en général bénin. Il guérit toujours, sauf dans les cas où il n’est qu’une des manifestations d’une septicémie streptococique, comme cela est arrivé dans deux de nos cas.
Le mécanisme de production de lérysipèle est le même que celui de toutes les autres complications inflammatoires des organes qui avoisinent les cavités bucco-naso-pharyngées; il n’est que le résultat de l’exaltation de virulence du streptocoque dans ces cavités. Son début constant autour des narines démontre d’une manière évidente qu’il s’agit d’une infection streptococcique d’origine nasale. La seule observation où il a débuté autour du conduit auditif externe vient à lappui de notre manière de voir: il s'agissait d’une otorrhée dont le pus contenait, en dehors d’autres microbes, le streptocoque.
Dès nos premières publications sur cette question nous avons insisté sur le fait que l’érysipèle dans le typhus exanthématique est d’origine nasale, qu'il n’est qu’une des nombreuses complications à streptocoque qu’on trouve dans la convalescence de cette infection, Dans une seconde comunica-
tion (1) nous avons insisté sur le fait que, sans nier la contagiosité de l’érysipèle post-exanthématique, sa fréquence ne peut pas être expliquée par une contagion d’un malade à l’autre. Tous les caractères, cliniques, ainsi que la coexistence d’autres complications streptocociques, démontrent d’une mamière évidente qu’il ne s’agit pas d’une infection d’origine extérieure.
Dans les phlegmons du cuir chevelu et dans les abcès palpébraux qui se forment quelquefois après l’érysipèle, on trouve la plupart du temps le streptocoque à l’état de pureté. Pour les abcès polpébraux, ce fait signalé par nous dans notre première comunication, fût ensuite confirmé par M. M. Dantrelle et Leonida.
Nous voulons encore insister sur le fait que les phleomons sous-cutanés spontanés ou provoqués par des injections, dont nous parlerons dans un paragraphe spécial et qui contiennent le streptocoque, prenent souvent un caractère érysipélateux : le phlegmon est souvent entouré d’une plaque de lymphangite érysipélateuse qui n’est certainement pas sans corrélation avec la nature streptococcique de la suppuration.
Quant au traitement, nous insistons de nouveau sur la nécessité de désinfecter soigneusement le nez des exanthématiques comme traitement préventif, Au point de vue du traitement curatif nous avons employé le badigeonage à la teinture d’iode.
5° Phlegmon amygdalien. Phlesmon sous-lingual,
Nous n’avons observé le phleomon amygdalien que dans 2 cas. Il débute dans la convalescence du typhus, est accompagné de beaucoup de fièvre et de douleurs trés violentes; il présente tous les symptômes habituels de l’amygdalite phlegmoneuse. La température tombe et les douleurs cessent après l’ouverture spontané ou après l’opération.
(1) Daniélopolu. —- Soc. du front Russo-Roumain, Juin, 1917.
La seule fois où nous avons examiné le pus de l’abcès amygdalien, nous avons trouvé le streptocoque. Dans ce cas d’ailleurs, le phlegmon amygdalien fût le point du départ d’une septieémie généralisée à streptocoque et protée qui détermina de nombreuses localisations et qui se termina par Îa mort.
Le phlegmon sous-lingual n’est pas non plus fréquent. Il est en général très grave. Nous n’avons eu que deux cas. Dans les deux il s'agissait de formes sérieuses de typhus exanthématique. Chez le premier, L. D. de 44 ans, le malade fit une tuméfaction sous-linguale très volumineuse, qui empêchait le malade de parler. En quelques heures l’oedème gagna le cou et le malade est mort en 12 heures avec des phénomènes d’oedème de la glotte.
Le deuxième cas eût une volution plus lente, l’oedème s’est limité à la région souslinguale et s’est terminé en quelques jours par la guérison.
Le mécanisme de production du phlegmon amygdalien et de l’abcès sous-lingual est le même : infection d’origine buccopharyngé.
La porte d'entrée de l'infection linguale ne manque pas: nous avons dit que la langue dans les formes sérieuses est très sèche, que la muqueuse fait une carapace solide, l'organe saigne à cause des nombreuses plaies qui se forment, surtout sur les bordes de l’organe : ces plaies sont autant de portes. d’entrée aux infections d’origine buccale.