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CHAPITRE II

SYMPTOMATOLOGIE GÉNÉRALE

Nous decrirons dans un premier chapitre la symptomatologie générale de la maladie; nous prendrons ensuite chaque symptôme ou groupe de symptômes en particulier et nous les étudierons séparément, Nous ne tiendrons compte, ni dans la description clinique, ni dans Îa classification des formes, des données des travaux autérieurs, que nous regrettons d’ailleurs de ne pas avoir à notre disposition à lassy: la description qui S’ensuit, comme d’ailleurs presque toutes les questions traitées dans ce livre, est le résultat exclusif de l’étude clinique et des recherches de laboratoire faites sur à peu près 600 cas de typhus, que nous avons eu l'occasion de soigner depuis le mois de Février 1916 jusqu'au premier Avril 1918 (1)

(1) Ces recherches furent publiées en partie et en résumé dans une série de communications faites devant la Societé Medico-chirurgicale du front Russo-Roumain de lassy, dans la Presse Medicale, dans les Annales de Médecine, à la Societé Médicale des hôpitaux de Paris dans les Archives des maladies du coeur, des vaisseaux et du sang, ou dans des brochures à part.

D. Daniélepolu — Le liquide céptalo-rachidien dans le typhus exanthématique, Societé médico-chir. du Front Russo-Roumain de lassy, 15 Mars 1917 et Annales de Médecine, Paris, 1917.

D. Daniélopolu.— Traitement de l’insuffisance myocardique au cours du typhus à l’aide de la strophantine, même Societé, 29 Mars 1917.

D. Daniélopolu. — Complications à streptocoques dans le typhus exanth., même Societé, 5 Avril 1917 et Presse Médicale, Paris, 1917.

D. Daniélopolu.— Traitement dutyphus exanth. à l'hôpital Brancovan, même Societé, 19 Avril 1917.

Physionomie générale. Le typhus exanthématique est une

infection fébrile à evolution thermique fixe, du moins en pleine épidemie. Son début est assez rapide, accompagné de fatigue générale, de douleurs dans les muscles, une sensation spéciale de pression, de constriction à la tête, quelquefois de Ja rachialoie. La température monte assez rapidement, étant précédée où non de frisson initial. Quelques jours après, la fioure du malade devient vullueuse, en même temps qu'apparait un symptôme important: l'injection des conjonctives. Vers le 5-ème —6-ème jour débute l’exanthème, se montrant les premiers jours sous l'aspect de tâches lenticulaires qui disparaissent à la pression; elles se transforment ensuite en taches pétéchiales exanthématiques. Les premières taches apparaissent sur le thorax et l'abdomen. Dans beaucoup de cas nous avons

D. Daniélopolu.— Le sang et les organes hematopoiétiques dans Île typhus exanthématique, même Societé, 24 Mai 1917 et Archives dès maladies du coeur, Février 1918.

D. Daniélopolu et D. Simici. — Pression artérielle et phénomenès d'insuffisance surrénale dans le typhus exanth, même Societé, Juin 1917 et Archives des maladies du coeur, 1917.

D. Daniélopolu. — Troubles cardio-vasculaires sans le typh. exant. Archives des Maladies du coeur, Décembre 1917.

D. Daniélopolu.— Nouvelles recherches sur le liquide céph.-rach. dans le typhus exanth. Soc. med.-chir. du front Russo-Roumain. Juin 1917 et Annales de Medécine, 1918.

D, Daniélopolu.-- Les septicémies à streptocoque dans le typhus exanth., même Societé, Juin 1917.

D. Daniélopolu.— Traitement antitoxique du typhus exanth. par les injections intraveineuses d’eau physiologique chlorée., même Societé, Juin 1917, brochure Odessa, /mprimerie technique 1917, Societé médicale des hopitaux de Paris 1917.

D. Daniélopolu.— Diagrostic differentiel du typhus exanth., de la fièvre typhoide et des infections associées, Societé du Front Russo- Roumain de Iassy 1917.

D. Daniélopolu.— Nouveaux 30 cas de formes hypertoxiques de typhus traitées par la méthode antitoxique, Societé du Front Russo- Roumain de lassy. Février 1918.

D. Daniélopolu ef D. Simici.— Les phénoménes vasculaires dans le tvphus exanthématique, brochure, lassy.

vu l’exanthème apparaître en premier lieu au niveau de la région de l’omoplate. La fièvre se maintient en plateau, oscillant autour de 40° pendant une dixaine de jours, présentant ou non une rémission matinale ; commience à descendre le 12-ème où le 13-ème, arrivant au dessous de 379 le 13-ème ou le 16-ème. On observe quelquefois une courte période d’amphibole les derniers jours, mais la température ne tombe presque jamais au dessous de 37° avant le 15-ème jour, du moins dans les cas qu'on observe en pleine épidemie.

D'autre fois, la courbe thernique descend au dessous de la normale d’une manière plus brusque, dans l’espace de 24 ou 48 heures.

L’injection des conjonctives et la vasodilatation de la figure persistent pendant toute la période fébrile; elle diminue ou même disparait à la fin de la seconde semaine dans les formes légères, elle persiste souvent après la déférvescence dans les formes graves L’exanthème se généralise de plus en plus à la fin de la ‘première et au courant dela seconde semaine fébrile ; il suit une évolution semblable à celle de le vasodilation, variant d’un cas à lPautre d’après la virulence du typhus.

Ce sont là les seules caractères communs que nous pouvons décrire à toutes les formes de typhus. Tous les autres symptômes diffèrent tellement d’une forme à l’autre, qu’une description d'ensemble ne conviendrait plus à tous les cas de typhus. Aussi, nous décrirons d’emblée la symptomatologie de chaque forme en particulier. Nos recherches cliniques et microscopiques nous ont conduits à proposer la classification suivante des différentes formes de typhus. Nous distinguons la forme légère, Va forme moyenne et la forme hypertoxique.

Dans la forme légère l'infection évolue sans phénomènes allarmants. Vers la fin de la première semaine, ou au commencement de la seconde, le malade est abattu, fatigué, il a la figure congestionnée et les conjonctives injectées. Ces symptômes s’accentuent légèrement dans le courant de la seconde semaine, mais le malade conserve pendant toute la maladie ses facultés intellectuelles. Il ma pas le délire ou l’a très léger, il

reconnaît les personnes qui le soignent; l’état de prostration n’est jamais très intense. L’insomnie des premiers jours disparaît pendant la seconde semaine, le malade n’est pas agité et se repose assez bien la nuit. La langue reste humide pendant toute la maladie, mais est souvent saburrale, L’exanthème n’est g'énéralement pas très pronnoncé, il disparait assez vite déjà pendant la période fébrile et il n’en reste la plupart du temps aucune trace après la défervescence. Il ne prend dans tous les cas jamais le caractère hémorragique intense et persistant que nous décrirons plus bas dans les formes hypertoxiques. L’injection des conjonctives disparait vers la fin de la seconde semaine; la vasodilation de la figure n’est pas très intense et a aussi une courte durée.

Ce qui frappe dans la forme iégère c’est le retour brusque à la santé sitôt que la température tombe. Déjà le 13î"e ou le 14ème jour ou assiste à une certaine amélioration de l’état général; une fois la défervescence produite, tout l’aspect change, le malade se sent un autre être, il reste encore asthénique pendant quelques jours, mais la convalescence est de courte durée.

Mais les choses ne se passent pas ainsi dans les formes que nous allons décrire plus bas.

Dans la forme moyenne l'état général se maintient assez bon pendant les premiers jours fébriles. Le malade se plaint seulement d’insomnies, d’un certain degré de fatigue et de douleurs dans les membres.

À la fin de la première semaine l’asthénie s’accentue et le malade est terrassé. Il se plaint moins des douleurs musculaires, car la perception commence à être abolie. Le malade devient moins tranquille, il a le délire, quelquefois assez violent. L'état d’agitation est presque continuel, interrompu seulement de temps en temps par des périodes de calme, pendant lesquelles Le sujet semble anéanti. A cette phase d’excitation nerveuse Suit pendant la seconde semaine une autre de dépression; le délire et l'agitation sont moins intenses, entrecoupés par des périodes de plus en plus longues de calme,

mais les facultés intellectuelles se voilent, le malade se rend de moins en moins compte de ce qui l’entoure, la stupeur s’accentue., C’est le véritable état typhique qui, comme nous le verrons surtout dans les formes hypertoxiques, n’est dans aucune infection aussi caractéristique que dans le typhus. Mais l’inconscience n’est pas complète, le malade est encore capable de répondre si on insiste, ou du moins de comprendre certaines questions qu’on lui pose. Il n’y a pas, ou presque pas, de carphologie, la respiration n’est pas très fréquente, les pupilles sont normales. Les extrémités ne se refroidissent pas et conservent leur couleur habituelle. Ce sont là des symptômes qui par leur absence différencient la forme moyenne de la forme hypertoxique.

Quant à l’exanthème, il est souvent plus intense que dans la forme légère, mais prend très rarement l’aspect hémorragique pronnoncé de la forme grave. On le reconnait encore après la défervescence, mais les élements ne grandissent pas, l’intensité de l’exanthème n’augmente plus pendant l’apyrexie, comme cela arrive dans cette dernière forme.

La Jaïgue se déssèche quelquefois à un certain moment dans la forme moyenne, mais la plupart du temps elle reste humide et les dents ne se recouvrent pas de fuliginosités. La température tombe normalement le 15°"° jour, mais on ne constate pas comme dans la forme légère cette grande aimélioration subite qui caractérise la crise, ce changement profond de l’état général se produisant en l’espace de 24 heures.

On observe pourtant un certain degré de modification dans l’état du ‘sujet qui coincide avec la défervescence: le malade se réveille, reconnaît son entourage, commence à parler et à répoodre plus facilement aux questions, l’état général devient de jour en jour meilleur; tandis que dans la forme légère le changement est très rapide, se faisant en 24 heures, cette amélioration met quelques jours pour se produire dans la forme moyenne. Le malade ne recouvre complètement la conscience qu'assez tard dans l’apyrexie. La convalvscence est beaucoup plus longue que dans la forme légère. Le malade

se sent pendant assez longtemps très asthénique et ne peut se lever du lit et marcher que plusieurs semaines après la défervescence. Des médecins que nous avons soignés dans notre service se plaignaient encore quelques mois après leur typhus d’une asthénie très intense accompagnée de douleurs dans les membres inférieurs. Les malades gardent quelquefois un certain embarras de la parole, qui est tremblotante, un aspect caractéristique dela figure, des tremblements dans Îles extremités et certains troubles de la mémoire qui confèrent au malade un vague aspect de paralytique général. Ces phénomènes ne tardent pas à disparaître au bout d’une à deux semaines.

Il existe par conséquent après la défervescence dans la forme moyenne une phase pendant laquelle Ie malade présente certains phénomènes d’ordre toxique, malgré que le sujet est complètement apyrétique, phase qui n'existe pas dans la forme légère. Nous verrons plus bas que cette phase toxique apyrétique coïncide avec certaines modifications de la leucocytose sanguine qui démontrent le rôle que joue lintoxication de lorganisme dans le typhus exanthématique.

Il résulte de ce qui précède qu’il importe beaucoup au point de vue pronostique de bien étudier les changements qui se produisent au moment de la défervescence. Un grand changement en bien d’un jour à l’autre, au moment de la chute de la température, indique une forme légère et une convalescence courte; une amélioration médiocre, mais sensible, nous fait poser aussi un assez bon pronostic, mais annonce une longue convalescence, Nous verrons enfin plus bas que si la défervescence n’amène aucune amélioration, ou est au contraire accompagnée d’une aggravation de l’état général, on est conduit à poser un pronostic presque toujours mortel. C’est le cas des formes hypertoxiques que nous decrirons maintenant.

C’est la forme hypertoxique qui est la plus intéressante, car c’est dans ces cas qu’on rencontre la plus souvent et au plus haut degré les symptômes et les signes les plus caracté-

ristiques du typhus. La forme h»pertoxique de typhus s’accompagne d’un cortège de phénomènes qui lui donnent un aspect plus dramatique que celui de la forme moyenne. Il est difficile de reconnaître dès les premiers jours de la maladie une forme légère d’une autre grave, car les differents symptômes qui caractérisent cette dernière n’apparaissent, ou ne sont assez accusés, que pendant la seconde semaine ou dans certains cas seulement après la défervescence, Nous rencontrons aussi dans la forme hypertoxique les phénomènes décrits dans la forme moyenne, mais ils sont beaucoup plus intenses et plus précoces. Il existe, en outre, dans les cas que nous étudions maintenant, certains symptômes qui manquent dans les autres formes et qui ont une valeur pronostique capitale. Tout comme dans les formes moyennes, le malade passe dans la forme hypertoxique par deux phases, l’une d’excitation, l'autre de dépression nerveuse. L’agitation du malade est quelquefois très intense, le délire et souvent furieux, le malade veut quitter le lit et lutte avec les infirmiers pour s'enfuir. Les périodes de calme sont plus rares dans la forme hypertoxique, le délire et l’agitation sont presque continuellement très intenses. Mais, petit à petit, la prostration auogmente, l’état de stupeur typhique s’accuse d’une manière beaucoup plus précoce que dans les formes moyennes. Plongé dans un état de prostration de plus en plus profonde, le malade semble complètement indifférent à tout ce qui se passe autour de lui, ne répond plus aux questions et ne reconnaît pas l’entourage. Il exécute encore certains mouvements qu’on lui commande, sort la langue si on le lui demande avec insistance, mais la garde pendante dehors durant plusieurs secondes. La langue s’agitte sans cesse, tant qu’elle reste dehors, et les lèvres présentent un tremblement continuel. Quelquefois le sujet ne fait qu’ouvrir la bouche, essayant en vain de tirer la langue, sèche et racornie, couverte de croûtes et de mucosités épaisses, n’y arrivant pas, malgré tous ses efforts, comme si l’organe était trop court, ou qu’il était fixé au plancher buccal, La langue devient, en effet, sèche

beaucoup plus vite dans la forme hypertoxique, elle prend une couleur rouge-noirâtre et se couvre de croûtes et de mucosités épaisses. La muqueuse se racornit, et forme comme une carapace solide qui empêche les libres mouvements de l'organe.

Le malade éssaie de temps en temps d’articuler quelques mots, mais la langue et les lèvres sont prises d’un tremblement et d’une agitation continuelle, les muscles de la face se contractent d’une manière désordonnée et la parole reste inintelligible.

L’insensibilité et l’inconscience du malade deviennent de plus en plus complète pendant et surtout à la fin de la seconde semaine et le sujet passe dans un état presque comateux. Mais, malgré cet état de stupeur, il garde encore un certain degré d’agitation et a de temps en temps le délire, qui est naturellement moins violent que dans la première période. Le malade n’a plus la force de s’enfuir et est plus facile à contenir dans son lit. On constate, en outre, certains symptômes d’une plus grande gravité : le malade présente de la carphologie, fait des mouvements desordonnés avec ses bras, comme s’il voulait attrapper un objet immaginaire qu’il voit devant lui; il a des contractions fibrillaires des muscles, des soubresauts des tendons, des grimaces dans le visage et quelquefois des grincements des dents et du trismus. A ces symptômes s'ajoutent, chez quelques-uns des malades, un cettain degré de raideur de la nuque et très rarement un léger Kernig. On remarque quelquefois les pupilles très contractées ou de l’régalité pupillaire.

La respiration devient fréquente, mais ce phénomène s’accentue beaucoup surtout au moment où les symptômes nerveux augmentent d'intensité. La respiration devient bruyante et courte, le nombre des mouvements respiratoires dépassent souvent 30, dans certains cas 50 et même 60 à la minute.

Ce phénomène d’ordre purement bulbaire s'accompagne souvent de éroubles de la déclutition et de hoquet. Ce dernier Symptôme est d’un très mauvais pronostic. Il commence

par accès entrecoupés de périodes de calme, mais ne tarde pas à devenir continu et dure dans la plupart des cas assez longtemps, quelques jours, même plus d’une semaine. Le malade a souvent de la rétention ou de l’incontinence de l'urine et des matières fécales. Les extremités présentent aussi certaines modifications importantes au point de vue du pronostic, que nous avons réunies sous le nom de syndrome des extrémités. Elles coinmencent à se cyanoser quelquefois très tôt, pendant la seconde semaine, dans les formes hypertoxiques. Les ongles sont violets-noirs, mais les extrémités continuent à être chaudes. Plus tard, et surtout le 15è"° jour, à l’approche de la déférvescence, les extrémités commencent à se refroidir, en même temps que la cyanose augmente. Ce phénomène est plus précoce et plus accusé aux membres inférieurs, Nous avons vu des cas où les pieds ètaient d’un violet foncé et les jambes présentaient des marbrures violacées, sans qu'il s’agisse d’une oblitération artérielle.

La vasoditatation est la plupart du temps plus intense dans ies formes hypertoxiques: la figure est dès le commencement très vultueuse et la vasodilatation s'étend souvent à ia peau du cou et de la partie antérieure du thorax ; quelquefois elle se généralise. Le malade sent la tête éclater; un de nos malades nous racontait que pendant plusieurs jours il n’a pu reposer la tête sur l’oreiller : il restait jour et nuit assis sur la bord du lit. L’exanthème s’accentue de plus en plus et ses éléments, loin de disparaître pendant la période fébrile, comme dans les formes légères, ne font que s’agrandir et devenir plus évidents. Ce fait se passe dans la généralité des cas, mais il y a certainement des exceptions, des formes hypertoxiques avec un exanthème léger ou moyen.

Tous les phènomènes décrits plus haut ne font que s’accenteur à mesure que le malade approche de la défervescence. Mais, fait important à retenir, car il caractérise la forme hypertoxique et nous aide à faire le pronostic, /a défervescence wamène aucune amélioration dans l’état du malade. Les phénomènes toxiques s’accentuent, au contraire, après la chutte

de la température et jusqu'à la mort, qui se produit quelquefois après une semaine d’apyrexie.

Dans certains cas même l’état du malade, assez sérieux pendant la période fébrile, ne devient très allarmant qu'après la défervescence. C’est dire que, contrairement à ce qui se passe dans les autres infections et dans les formes légères de typhus, il ne faut pas s'attendre dans les formes graves à ce que les phénomènes toxiques cessent avec la chutte de Ia température ; ils ne font au contraire que s’aggraver pendant l’apyrexie. La langue reste sèche, les extremités se refroidissent et se cyanosent. Le hoquet et les troubles de la déglutition persistent ou s’accentuent, la respiration devient de plus en plus fréquente. Le malade à quelquefois des mouvements convulsifs, souvent limités à un seul côté, des grincements des dents, du trismus.

La figure reste souvent vuliueuse après la défervescence et la vasodilation de la peau du cou et du thorax ne fait que s’accentuer. Il est très curieux de voir dans certains cas une figure vultueuse, les conjonctives très injectées, donnant l’impression d'une forte fièvre et accompagnées en realité d’hypothermie. L'exanthème devient nettement hémorragique dans ces formes, déjà les derniers jours fébriles, mais ce phénomene s'accentue encore plus après la défervescence. On peut dire que tout exanthème est hémorragique, car après le stade lenticulaire, les tâches ne disparaissent pas à la pression, ce qui correspond à une lésion spéciale des capillaires cutanés et à des extravasats sanguins sur lesquels nous ne pouvons pas insister ici plus longuement. Mais, tandis que dans les formes légères, toute trace d’exanthème, du moins visible à l'oeil nu, disparaît pendant la période fébrile, les tâches ne font qu'augmenter at quelquefois confluer dans les formes hypertoxiques, devenir franchement hémorragiques et ressem. biant à de petites taches de purpura. Ce changement se produit à la fin de la période febrile et surtout pendant l'apyrexie. C'est cet aspect que nous appelons partout dans ce livre exanthème hémorragique. On nous a souvent envoyé

dans le service des malades qui avaient fait toute leur période fébrile dans un autre hôpital et qui sont arrivés chez nous dans le coma; la persistance et l'intensité de l'exanthème, à côté d'autres symptômes, nous a beaucoup servi pour poser le diagnostic rétrospectif. Nous avons souvent noté de grandes suf fusions sanguines sous-cutanées et sous-conjonctivales dans cette période. Le phéaomène concorde avec les suffusions hémorrasiques qu’on trouve dans les muscles, surtout de l’abdomen et du thorax, à l’autopsie des exanthématiques morts à cette période de la maladie.

Si nous résumons la description que nous avons faite plus haut des différentes formes de typhus, nous pouvons dire :

La forme légère se caractérise par le peu d'intensité des phénomènes toxiques, le retour brusque à la santé qui accompagne la défervescence et le manque de phase toxique post-febrile.

La forme moyenne présente certains phénomènes toxiques nerveux ou autres, mais la défervescence amène toujours une certaine amélioration; la phase toxique post-fébrile existe, mais elle S'atténue de plus en plus jusqu'à La guérison du malade.

La forme hypertoxique, enfin, se caractérise par lintensité des phénomènes toxiques, l'apparition de certains sicnes qui n'existent que dans cette forme et l'accentuation de ces phénomènes après la défervescence et jusqu'à La mort. Mais dans certains cas on n'a pas l'occasion d'assister à cette dernière phase, car le malade meurt quelquefois en pleine période fébrile.

La description que nous avons faite plus haut, et que nous compléterons dans le chapitres ultérieurs, nous donne une idée des differentes formes de typhus. Mais elle est peut-être un peu trop schématique. On trouve, en effet, à côté des cas qui présentent au complet tous les symptômes décrits plus haut, d’autres dans lesquels certains signes manquent complètement ou sont peu accusés.

Il arrive quelquefois, par exemple, que la phase d’excitation

Su

manque dans la forme hypertoxique et que la maladie se caractérise dejà dans la première semaine par un état de dépression qui ne fait que s’accentuer les jours suivants.

Il y a, d’un autre côté, des cas qui forment la transition entre la forme lécère et la forme moyenne, entre celle-ci et la forme hypertoxique. Mais, après avoir soigné un certain nombre d’exanthématiques, on se rend compte de l'importance pronostique de chaque symptôme, de chaque signe. Malgré cela, il est quelquefois assez difficile de formuler un pronostic, et il est arrivé à tous les médécins de voir un exanthématique qu'on. considérait à première vue comme perdu, revenir et guérir.

Mais d’autres sigaes, tirés de l’état et la marche de la leucocytose sanguine, des modifications du liquide céphalo-rachidien et de la pression artérielle (1) sont d’un très precieux secours pour poser le pronostic. On se trompe quelquefois quand on ne tient compte que des phénomènes cliniques décrits plus haut, mais lerreur est beaucoup plus rare si on y ajoute ces derniers signes.

Dans la description faite plus haut nous n’avons pas parlé de l’état du coeur dans les différentes formes de typhus exanthématique ; nous avons laissé de côté ce symptôme, car, si les phénomènes cardiaques apparaissent plus souvent dans Îles

(1) Daniélopolu. — Traitement de l’insuffisance myocardique dans le typhus par la o.-strophantine cristallisée, Societé du front russo-Romain de [assy, mars 1917.

Daniélopolu.— Le liquide céphalo-rachidien dans le typhus exanthématique, 15 Mars 1917, même Société et Annales de Médecine, Paris.

Daniélopolu. —Le sang et les organes hématopoïetiques dans le typhus, même Société et Archives Ces maladies du Coeur, Paris.

Daniélopolu.— Traitement du typhus exanth. à l’hôpital Brancovan, même Société.

Daniléopolu et Simici. - La pression artérielle et les phénom. d'insuffisance surrénale dans le typhus exanthématique, même Socié é et Arch. mal. coeur.

Daniélopolu. — Nouvelles recherches sur le liquide céphalo-rachidien

dans le typhus exanthé natique, même Socié & et Annales de Médecine. Paris.

formes hypertoxiques, elles peuvent exister aussi dans les formes légères et les formes moyennes. Nous voulons dire qu’on ne peut pas faire de l’état cardiaque, plus précisément myocardique, du malade un caractère de telle ou telle forme. Le lecteur trouvera la question du çoeur daus le typhus exanthématique étudiée eu détail dans un chapitre ultérieur.

Nous décrirons maitenant deux variantes des formes décrites plus haut, la forme foudroyante et la forme abortive.

La forme foudroyante est une variante de la forme hypertoxique. Elle se caractérise par une évolution très rapide: la mort Se produitidu Crau l0"tSjour.

Son début est | même que dans tout typaus exinth£matique. Mais les phénomènes toxiques sont beaucoup plus précoces, beaucoup plus intenses. Ce sunt spécialement les phénomènes nerveux qui présentent le plus d'intensité et qui emportent d’ailleurs le malade. Certains des symptômes décrits dans la forme hypertoxique manquent dans la forme foudroyante: ce sont ceux qui apparaissent dans la forme hypertoxique à la fin de la seconde semaine et au commencement de lapyrexie et qui n'ont pas le temps de se produire dans la forme foudroyante, qui emporte si vite le malade.

Nous n’observons pas dans cette dernière forme l’aspect hémorragique intense de l’exanthè ne, qui, comme nous l’avons dit plus haut, apparaît vers la fin de la période fébrile ou même dans l'apyrexie ; le syndrôme des extremités n'arrive quel: quefois pas jusqu’à la phase de cyanose froide. Nous verons enfin dans les chapitres ultérieurs que certaines modifications de la leucocytose sanguine ne sont pas aussi pronnoncées, ou peuvent même manquer, dans la forme foudroyante.

La forme abortive se caracterise par une évolution plus courte que dans les différentes formes de typhus que nous avons décrites jusqu’à présent. Elle s2 rencontre plus souvent chez les enfants ou les adolescents, ou chez l'adulte au commencement ou à la fin de l’épidemie, ou dans les foyers de typhus endémique.

Le début est en général moins rapide, et la température n’atteint pas des degrés très élevés; elle n’arrive que très rarement à 40° L’exanthème existe, mais il est quelquefois réduit à une éruotion de taches lenticulaires aparaissant sur le thorax et l’abdomen et quelques taches exanthématiques les jours suivants. La température commence à tomber déjà après 35 à 7 jours et ja défervescence se produit en 6 à 10 jours. L'état général du malade reste excelent pendant toute la maladie, la langue est bonne, le sujet n’a pas de phénomènes nerveux.

On trouvera à la fin de ce volume l'observation d’un cas de ce genre.

Telle est la symptomatologie générale du typhus exanthématique dans chaque forme, d’après le degré de virulence de la maladie. Le lecteur trouvera à la fin de ce volume un exemple de chaque forme de typhus, avec tous le caractères cliniques et les signes que nous avons pu établir à la suite de nos recherches de laboratoire. Nous procéderons maintenant à l'étude détaillé de chaque symptôme principal ou de chaque groupe de symptômes que nous n’avons fait que signaler dans. la description générale qui précéde.

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