‹ Le typhus exanthématiqueChapitre 43 sur 73 · ACER ES · texte numérisé non relu

ACER ES

l’eau physiologique chlorée, méthode qui reste le traitement fondamental.

De tout ce qui précède il résulte que pour instituer un bon traitement cardiotonique 1l faut examiner soigneusement le rythme chaque jour, pendant tout le courant de la maladie, c’est à dire pendant la phase infectieuse et la phase toxique, et faire une courbe du pouls, en la comparant quotidiennement, même deux fois par jour, à celle de la température.

Dans la plupart des cas les premiers phénomènes d'insuffisance cardiaque sont précédés par une certaine baisse de la tension, sans qu'il existe la moindre discordance entre le rythme et la température. Mais on ne peut pas dire que cette hypotension précoce annonce la faiblesse du myocarde, car elle est due, au moins en grande partie, à un phénomène vasculaire, Il y a beaucoup de cas qui évoluent avec hypotension sans grande accélération du rythme, Ces cas ne sont pas justiciables du traitement à la strophantine, qui n’élève presque pas la tension.

Nous devons dire aussi quelques mots sur l'arythmie extrasystolique qui accompagne très souvent dans le typhus laccélération du pouls. Elle commence avec laccélération, mais on constate souvent des extrasystoles avant qu’il se produise la première dissociation entre Je pouls et la température. Elle demande bien entendu un traitement plus énergique, c’est à dire la répétition plus fréquente des injections, sans pourtant dépasser la dose maxima de :/, de mgr. par jour. D’un autre côté, nous commençons Île traitement à la strophantine même dans les cas ou il n’y a pas d'accélération notable, si le rythme présente des extrasystoles.

L’arythmie extrasystolique est plus rapidement influencée par la strophantine que laccélération du rythme. C’est l’arythmie qui disparaît en première ligne, ensuite l'accélération du rythme. Après la première injection de 2 ou 3 dixièmes de milligrammes on ne constate qu’un ralentissement très léger ou même aucune modification et ce n’est généralement qu’après 3 à 4 injections qu’on assiste à une influence sur l'accélération,

Par contre, nous avons vu dans quelques cas une seule injection de la même dose de strophantine faisant disparaître en une demi-heure les extrasystoles. Mais elles reviennent quelquefois plusieurs heures après pour disparaître définitivement après 3 à 4 injections. (Fig. 48, 49 et 50).

Nous devous dire, pourtant que dans la majorité des cas l'influence sur l'arvthime ne se manifeste qu'après Paccumulation de plusieurs doses.

Nous insistons sur le fait qu’on doit autant que possible commencer le traitement cardiotonique dès les premiers signes

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Fig. 48. Tachyarythmie avant l'injection. (Temp. 35665—396).

d'insuffisance myocardique. Nous pouvons dire que de nos malades traités de cette manière nous n'avons perdu aucun par le cœur, Mais cela n’est pas toujours possible, car on à souvent envoyé dans notre service des exanthématiques en état très avancé de faiblesse du myocarde. [is avaient un rythme très acceléré, quelquefois un pouls incomptable et beaucoup d’extrasystoles. Il faut instituer alors le plus tôt possible le traitement à la strophantine, en répétant très souvent Îles injections, mais en général sans dépasser {rois quarts de milli: grammes de str. cristaliisée en 24 heures. Nous sommes arrivés plusieurs fois dans des cas destspérés à un milligramme en

24 heures en injections de 2 à 3 dixièmes, sans aucun acci-

Fie, 49, Tachycardie sans extrasystoles après 3 injections de strophantine. (Temp. 385—396),

dent, mais Si on suit exactement notre méthode, en commençant

l'ig. 50, Même malade après 7 injections de {strophantine. (Temp. 40—40%.

le traitement dès les début de l'insuffisance dû myocarde, est inutile d'atteindre cette dose.

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Ces cas désespérés prouvent d’une manière péremptoire l’efficacité de la strophantine. Nous possédons un grand nombre d'observations de ce genre ; nous en avons publié quelques-unes à la Société du front Russo-Roumain. On voit au bout de 24 ou 48 heures, après 4 à 6 injections l’arythmie disparaître et le rythme se ralentir ; il revenait à la normale quelques jours plus tard.

Nous décrirons à titre d'exemple l’histoire d’un de nos cas, un médécin, âgé de 52 ans qui est arrivé dans le service le 8-ème jour de la maladie. Il avait un pouls à peine sensibie, à 180, avec 40 extrasysiles à la minute et un état général:très grave. Nous commençons le traitement à la strophantine à la dose de 3 injections par jour de 2 dixièmes de milligrames.

Le soir, après la troisième injection, le rythme était tombé à 140 avec 4 extrasystoles par minute. Le lendemain matin 140 regulier, de lendemain soir 128 régulier. Il était au-dessous de 120 et sans extrasystoles le surlendemain. Il faut noter que la température s'était maintenue au même niveau tous ces trois jours et que par conséquent le ralentissement du rythme ne pouvait être dû qu’à la strophantine.

Nous devons ajouter qu'il ne faut pas abandoner la strophantine après quelques injections, même si on a l'impression que les premières doses n’ont pas agi. Il arrive, en effet, presque toujours un moment où par l’accumulation de plusieurs doses, on remarque l’effet du médicament sur l’état du cœur ; d’un autre côté, il est inutile de changer le traitement, car, à notre avis, si la strophantine reste dans un cas sans action, aucun autre cardiotonique ne peut agir. On peut d’un autre côté continuer le traitement à petites doses pendant longtemps sans craindre les accidents. Nous possédons de nombreuses observations où nous avons fait le traitement pendant plus de deux semaines sans aucun accident. Malgré l’accumulation des doses, la strophantine à petites doses souvent répetées, n'arrive jamais à donner les accidents mortels que nous connaissons avec la dose d’un milligramme à [a fois.

Nous possédons des observations de typhus où, n’obtenant aucune action sur le rythme par la digitale, nous nous sommes

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vus obligés de recourir à la strophantine, traitement qui ne tarda pas à montrer ses effets.

Nous donnons à titre d'exemple les tracés d’un de nos malades (fig. 51) chez lequel malgré, la digitaline administrée à la dose de 50 gouttes en 48 heures, les phénomènes cardiaques ne firent que s’accentuer. Le pouls monta de 128 à 170 et était arythmique. Quelques jours de traitement par la strophantine améliora vite son état, en régulari-

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sant le pouls eten le ralentissant. Il faut noter que la température s’est maintenue pendant cet intervalle au même niveau.

Dans nos premières recherches sur le traitement à la strophantine nous n’employions que de très petites doses, au-dessous d'un quart de milligramme à la fois, chez les malades qui avaient récemment pris de la digitale, Nos recherches ultérieures nous ont prouvé que la dose d’un quart de milligramme est très bien supportée et ne donne aucun acci-

dent même chez ces malades. La strophantine n’est, en effet, toxique, après la digitale qu'à une dose supérieure, Un des avantages de cette méthode réside aussi dans le fait qu’elle peut être employée sans aucun risque même chez ces malades.

Nous possédons aussi des observations (fig. 52) où le camphre s’est montré inéfficace pour prévenir ou guérir l’insuffisance myocardique et où nous avons dû recourir à la strophantine.

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Différents auteurs, van de Velden, Stone, Liebermeister, affirment dans des travanx antérieurs n’avoir obtenu aucun résultat avec la strophantine dans la myocardite infectieuse. Mais d’un côté leurs recherches sont basées sur un trop petit nombre de cas, de l’autre la plupart du temps on a employé le traitement à la strophantine trop tard, à un moment où les phénomènes myocardiques étaient tres avancés.

Si, en effet, nous avons eu beaucoup de malades dont l’état myocardique était très grave. et qui se sont amélioré et ont guéri par la strophantine, nous pouvons dire que la meilleure ct la plus sûre manière d'employer ce traitement au cours d’une infection est de le commencer le plus tôt posible, dès les premiers phénomènes d’insuffisance myocardique.

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Nous avons dit au commencement que la strophantine à la dose d’un milligramme peut être dangereuse chez les néphrétiques. Or, dans le typhus il existe presque toujours certains phénomènes rénaux : albumine à l’état de traces jusqu’à 0,25 cter. par litre, cylindres granuleux et epithéliaux, très souvent des hématies, rarement une hématurie macroscopique. Mais ces phénomènes rénaux disparaissent vite dans la convalescence. Malgré que la plus grande partie de nos malades traités par la strophantine présentaient ces phénomènes rénaux, nous n’avons jamais eu d'accidents à enregistrer. Pour plus de prudence nous n'avons employé au début de nos recherches que des doses inférieurs à ?/,, de mgr. chez les exanthématiques anciens brightiques. Notre expérience ultérieure nous démontra l'inocuité complète même chez ces malades de la dose de 2 à 3 dixièmes de milligrammes à la fois, 2 à 3 fois par jour (1).

En dehors du typhus exanthématique, nous avons eu des résultats très évidents avec la strophantine dans l’insuffisance myocardique survenue au cours d’autres infections, la pneumonie, la scarlatine, la fièvre typhoïde. La grande épidémie de fièvre typhoïde survenue pendant l’été 1917 nous a donné l’occasion de constater l’utilité de ce médicament dans l'insuffisance cardiaque des typhiques (2).

(1; Nous employons aussi couramment chez les cardiaques présentant des lés:ons avancées des teins, la dose d’un quart de milligrame répetée 2 à 3 fois par jour sans avoir jamais eu à enregistrer d’accidents.

(2, Nous avons eu de même l’occasion dernièrement de l’exr:rimentes avec succès dans l'insuffisance myocardiau2 ae la grippe

actuelle.

Ce traitement convient d’ailleurs dans les accidents cardiaques qui peuvent survenir à l’occasion des complications du typhus exanthématique, la pneumonie, l’érisypèle, l’otite post-exanthématiques. Nous en donnerons quelques exemples.

Le malade J, H. fait des phénomènes d'insuffisance myocardique légère pendant la période fébrile, qui disparaissent rapidement à la

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Fig. 53.

suite du traitement à la strophantine. Une semaine après la défervescence commence une pneumonie; 24 heures après son début le rythme monte à 172 et devient irrégulier. Six injections de strophantine régularisent le rythme et font revenir le pouls à 120—128 (fig. 53).

Le malade F. C. fait de l’insuffisance myocardique pendant la période fébrile qui disparaît à la suite du traitement à la strophantine. Le

22-ème Jour, à l’occasion d’une otite, le rythme remonte en 24 heures de 96 à 132 et devient irrégulier: 2 injections de strophantine le font redescendre à 120 et 96 (fig. 54).

Le traitement à la strophantine à dose fractionnée, d’après la méthode que nos avons indiquée, fût employée pendant cette épidémie par différents praticiens.

Le Prof. D. lonesco confirme l’action énergique de ce traitement

dans plusieurs cas de typhus. (Soc. du front russo-roumain, 19 Avril 1917).

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«En ce qui concerne la strophantine, je suis un partisan convaincu de son emploi. C’est un médicament extrêmement précieux, qui, employé judicieusement, m’a dejà rendu les plus grands services. La strophantine est le tonique cardio-vasculaire le plus puissant que nous possédions à l’heure actuelle».

«Il ressort donc qu’entre ces deux substances, c’est la strophantine qui .est plutôt indiquée dans les cas où il faut agir vite et qu'il faut la préférer aux diverses préparations de digitale».

Le Dr. Simici, dans «Action comparée de la digitale, de la strophantne, de l’huile camphrée et de la strychnine dans l'insuffisance myocardique ces exanthématiques», Soc. du front-russo-roumain, 1917, p. 451, arrive après des recherches très minutieuses aux mêmes résultats: supériorité de la strophantine à petites doses, d’après la méthode que nous avons indiquée, sur tous les autres cardiotoniques.

Ce même auteur a obtenu dernièrement des résultats très évidents avec la même méthode dans Pinsuffisance myocardique de la fièvre typhoïde et de la grippe.

Le Dr. C. Alexandresco, dans «L’eau physiologique chlorée dans le traitement des formes graves de typhus exanthématique», lassy, 1918, obtient dans 32 cas de typhus à insuffisance myocardique les mêmes bons résultats. |

Les Dr, Vignal et Theodoresco, dans, «Traitement antitoxique (méthode Danielopolu) des formes graves de typhus exanthématique», lassy, 1918, emploient comme adjuvant du traitement antitoxique la strophantine chez les exanthématiques à phénomènes d’insuffisance myocardique.

Le Dr, Cociu, nous communique lobservation d’un exanthèmatique chez lequel l’état d'insuffisance très grave du myocarde disparût rapidement à la suite des infections d’ouabaïne d’Arnauld à la dose d’un quart de milligramme répété trois fois par jour. Le lecteur trouvera cette observation à la tin du volume.

Traitement de l’hypotension artérielle, Nous avons vu dans un chapitre antérieur que l’hypotension artérielle est indépendante de l’état du myocarde. Si, en effet, des phénomènes d'insuffisance du myocarde concordent la plupart du temps avec un Certain degré d’hypotension, les observations sont nombreuses où la tension et très diminuée sans que le myocarde soit insuffisant. L'hypotension artérielle dépend de l’état des vaisseaux périphériques: c’est la vasodilatation d’une part, l’insuffisance surrénale de l’autre qui sont les deux facteurs principaux de cet état d’hypotonie vasculaire qui commande l’hypotension.

Quel est le traitement le plus indiqué de ces troubles? C’est la question que nous nous sommes posée dans des recherches entreprises pendant cette épidémie en collaboration avec Mr. Simici Nous avons étudié dans beaucoup de cas de typhus exanthématique de différents âges, dans la forme légère comme

dans la forme grave, l'action des différents médicaments cardio-vasculaires sur la tension artérielle,

Une erreur qu’on voit soutenir par la plupart des praticiens et qu'on trouve aussi dans certains traités classiques est l’action, hypertensive des médicaments du groupe de la digitale Nombreux sont les praticiens qui, voyant dans une maladie infectieuse un pouls, pas acceléré mais de petite tension, prescrivent la digitale. C'est une erreur grossière car elle ne concorde nullement, ni avec les données expérimentales, ni avec les résultats thérapeutiques. Les recherches de Gottlieb et Magnus, de Kasztan, de Fahrenkamp, de Loewi et Ionesco, de Joseph ont démontré que, si les doses toxiques de digitale et de strophantine augmentent la tension artérielle en provoquant une vasoconstriction généralisée, la vasoconstriction n’est que partielle avec les petites quantités qui correspondent aux doses thérapeutiques et la tension n’augmente pas avec ces doses (1). Nous avons démontré dans des recherches antérieures que dans certains états pathologiques la tension artérielle diminue même après la digitale et les médicaments de son groupe. Chez les hypertendus la digitaline à dose thérapeutique a une action hypotensive manifeste (2),

Dès nos premières recherches sur l’action de la strophantine dans l’insuffiisance du myocarde chez les exanthématiques, nous avons soutenu le manque de toute action de ce médicament sur la tension artérielle (3). Nous l’avons prouvé par des recherches sphygmomanométriques, faites en collaboration avec M. le dr. Simici. La strophantine cristallisée à la dose de 2 à 3 dixièmes de milligramme, n’a aucune action immédiate sur la tension maxima et minima chez les exanthématiques. De même l’action tardive de plusieurs doses répétées est discutable.

(1) Voyez le résumé de ces recherches dans le chapitre de la tension artérielle.

(2) Daniélopolu. La digitale chez les hypertendus. Archives des ma-

ladies du cœur, Mai 1917.

(3) Daniélopolu. Traitement du typhus exanthématique à l’hôpital Brancovan, Soc. du front russo-roumain, 1917

On voit, il est vrai, la courbe de la tension se relever après plusieurs jours de traitement à la strophantine, mais cette évoution de la courbe n’est nullement différente de celle que suita la tension dans tout cas de typhus léger. Par contre, nous n'avons jamais rencontré pareille courbe dans les formes moyennes ou hypertoxiques, malgré le traitement intensif et prolongé à la strophantine.

Nous ne nions pas qu’en dehors de l’action cardiotonique la strophantine puisse agir aussi sur les vaisseaux péripheriques, mais à la dose où nous l'employons la vasoconstriction ne doit être que partielle et le médicament n’élève pas la tension artérielle, Ce fait concorde d’ailleurs avec les dounées expérimentales, qui démontrent qu'avec les petites doses on n’obtient qu’une vasocontraction intestinale accompagnée de vasodilatation dans d’autres téritoires vasculaires, notamment une vasodilation rénale.

Nous avons expérimenté de même l’action de la digitale sous la forme de digitaline de Nativelle et de digalène sur la tension artérielle. Nous n'avons jamais constaté la moindre action hypertensive de ces médicaments dans le typhus exan thématique. Le camphre à haute dose (10 à 30 cc. 201/,) s’est montré de même sans aucun effet sur la tension artérielle.

Les recherches que nous avons entreprises avec l’adrénaline présentent plus d’intêret. Nous avons démontré dans un chapitre antérieur l’action hypertensive très nette de l’adrénaline en solution au millième chez le sujet normal. Une injection d'un milligramme et demi à deux milligrammes, c’est à dire d’un c.c. à un c.c. et demi de la solution au millième, provoquent une hypertension notable, surtout maxima. Mais cette action est nulle ou insignifiant pendante Ia période fébrile du typhus exanthématique, et cela surtout dans les formes graves. La réaction à l’adrénaline revient à la normale dans les formes qui guérissent après un laps de temps plus ou moins long d’après le degré de toxicité de l’infection.

Nous avons étudié Paction de l’adrénaline en solution au

millième et en solution plus diluée et nous avons constaté le fait suivant. Si on injecte sous la peau d’un convalescent un mer 1}, à 2 mgr. d’adrénaline au millième, telle qu'elle se trouve dans le commerce, c’est à dire 1 c.c.1/, à 2 c.c. de la solution au millième. le malade réagit par une hypertension marquée. Si on fait le lendemanin chez le même malade une injection sous-cutanée de la même dose diluée cette fois-ci dans 250 cc. de sérum physiologique, on ne constate plus aucune action hypertensive (recherches sphygmomanométrique). Ce phénomène, plusieurs fois constaté dans nos recherches, est dû au fait que la résorption de la solution est plus lente et plus prolongée et qu’il n'arrive pas à la fois dans la circulation une assez forte quantité d’adrénaline pour provoquer une hypertension manifeste. L’adrénaline administrée par la voie buccale même à grande dose, ne change pas non plus la tension artérielle, ce qui concorde avec les résultats expérimentaux qui prouvent la destruction de la plus grande partie de cette subtstance dans l’estomac et le foie.

Le fait que les exanthématiques ne réagissent pas à ladrénaline dans la période infectieuse ou toxique et que ladrénaline diluée n'élève pas la tension artérielle, ne doivent pas nous conduire à considérer l’adrénaline comme inutile dans e traitement des phénomènes d’hypotension dans le typhus.

Le tonus vasculaire, si diminué dans le typhus, par le fait de la vasodilatation et de l'insuffisance surrénale, est entretenu à l’état normal par les produits de sécrétion de la surrénale. Il faut combattre cette hypotonie vasculaire et l’état d’hypoadrénalinémie qu’on rencontre dans le typhus grave par l'administration de l’adrénaline à dose assez élevée.

Nous administrons 2 à 3 injections par jour d’un millioramme d’adrénaline, diluée dans 15 à 20 cm. c. d’eau physiologique stérilisée. Si les malades ne présentent pas de réaction notable, on peut injecter jusqu’à 4 fois par jour 1 mgr. d’adrénaline sous la peau. Nous n'avons jamais eu d'accidents à enregistrer. Nous devons seulement attirer l’attention sur le ait que nous avons d'ailleurs dévelopé dans un chapitre an-

térieur, que plus la forme est grave, plus l'organisme est insensible à l’adrénaline,

Dans ies formes légères les doses doivent être petites à la fois, dans les fromes graves au contraire on peut injecter 1 mgr. à la fois jusqu’à 4 fois par jour. C’est cette technique

que nous avons employée dans notre service. Les résultats

sont certainement difficiles à aprrécier. Il nous a semblé néanmoins remarquer avec l’adrénaline une certaine amélioration de l’état de collapsus et surtout de l’asthénie.

Nous avons entrepris des recherches sphygmomanométriques sur l’action de l’eau physiologique chlorée en injection intre-veineuse. De toutes les médications employées jusqu’à présent, c’est la seule qui ait une action notable, immédiate et tardive sur la tension. Dans le courant mêmes de l'injection on constate une éléva on de la tension, qui se continue d’ailleurs les jours Suivants et qui augmente à mesure qu'on répète les injections. Nous expliquons l'effet immédiat par l'action directe de l’eau chlorée sur la pression sanguine, l'effet tardif par son action antitoxique.

Nous reviendrons sur cette fe dans le chapitre du traitement antitoxique.

Il découle de ce qui précède que de toutes les médications symptomatiques du typhus, c'est le traitement cardiotonique à la strophantine qui donne les résultats les plus évidents et

qui par cela est le plus utile, Mais ce traitement ne peut

exercer son influence que sur les accidents myocardiques. Or, il est certain que la plupart des exanthématiques ne meurent pas par le cœur. Ce sont les iésions du système nerveux cen-

tral qui sont les plus graves et qui provoquent la plupart du

temps la mort.

Nous avons insisté plusieurs fois dans les chapitres anté-

rieurs sur l’importance du facteur toxique dans le production du ces lésions: la plupart des exanthématiques meurent in: toxiqués. C’est contre l’intoxication qu'il faut agir, c’est con+

tre ce facteur qu'est dirigé notre méthode à l’eau physiologique chlorée, que nous avons appelée méthode antitoxique, et que nous décrirons dans le paragraphe suivant. C'est la méthode antitoxique qui représente Île traitement fondamental dans le typhus grave. Mais, comme nous le verrons dans le paraoraphe qui suit, nous avons besoin souvent du traitement symptomatique comme adjuvant. 5

2° Traitement antitoxique

L<s belles recherche: de Dakin et de Carrel ont demontré le pouvoir antiseptique très intense de l'hypo :hlorite de soude Cette action s'explique dans les plaies par un pouvoir oxydant énergique du chlore apres desintégration complète des albumines du pus. Les résultats de ces auteurs nous ont conduit à entreprendre une série de recherches sur l’antisepsie intrasanguine.

Nous nous sommes demandé si on ne pouvait pas obtenir une préparation chlorée qui puisse être injectée dans le sang, non pas sous la forme de l’hypochlorite de soude qui a, comme nous le verrons plus bas, une action hémolytique intense, mais sous une autre forme qui n’altère pas les éléments du sang. Nous avons commencé ces recherches il y a près de deux ans a l’hôpital Brancovan de Bucarest, au commencement de la campagne roumaine (1. Nous avions en ce moment dans notre hôpital plusieurs cas de streptococcies généralisées, suite de plaies de guerre, et nous voulions essayer un traitement antiseptique intra-veineux dans cette infection.

Nous avons pensé en première ligne à lhypochlorite de soude. Nous passons sur les détails de nos premières recherches sur cette substance, car avec l’hypochlorite de soude nous. ne sommes arrivés à aucun résultat pratique. L’hypochlorite est, en effet, ininjectable dans le sang à cause de son pouvoir

(1) Nous avons été aidé au commencement de nos Fecherchies à Bu carest par M. Alin Popesco, chimiste de l’hôpital Brancovan.

hémolytique très intense. Nous savons que cette substance produit une desintégration complète de l’albumine et dès le commencement nous avons dû l’abandonner.

Continuant nos recherches sur l’antisepsie intra-sanguine à li section mobile de l'hôpital Brancovan à Jassy, nous avons pensé à l’eau chlorée. Nous avons étudié en première ligne l’action du chlore dissous dans l’eau physiologique sur les albumines du sérum sanguin et nous avons constaté que, tandis que l’hypochlorite de soude détruit l’albumine, l’eau chlorée a une action coagulante sur cette substance. Mais cette action coagulante ne s'exerce que si le chlore est dans une certaine concentration dans l’eau physiologique. Nous ne donnerons pas tous les détails de nos recherches sur ce point; nous dirons seulement qu'un melange en parties égales de sérum sanguin et d’eau physiologique chlorée contenant 6 gr. 50 de chlorure de sodium et 0,40 centigrammes de chlore par litre d’eau ne montre qu’un très petit caillot albumineux à la surface du liquide. Si on fait le mélange au tiers, c’est à dire si à 2 cm. de sérum on ajoute 1 cm. c. d’eau physiologique chlorée il ne se produit plus aucune coagulation dans le liquide. Ainsi donc, entre de certaines limites, l’eau chlorée n’a pas d’action coagulante, du moins visible à l'œil nu, sur les albumines du sérum.

Nous avons étudié ensuite lPaction de l’eau physiologique chlorée sur les hématies, Si on ajoute à une émulsion d’hématies d'homme une quantité égale d’eau physiologique chlorée à 0,40 ctgr. pour mille, il se produit une agglutination des globules rouges qui disparaît en partie en agitant le mélange. Mais examinées au microscope, les hématies conservent parfaitement leur intégrité; elles conservent leur forme, ne de-

viennent pas crénelées et ne se détruisent pas. Les leucocytes

ne subissent non plus aucune altération dans l’eau physiologique chlorée.

Les résultats in vitro concordent, comme nous Île verrons plus bas, avec ceux que nous avons constaté in vivo, chez les animaux et chez Phomme.

Nous avons recherché ensuite le degré de toxicité de l’eau physiologique chlorée en injection intraveineuse chez le lapin.

Nous avons étudié la toxicité de la solution chlorée en variant entre de larges limites la concentration du chlore et du chlorure de sodium, mais nous ne parlerons ici que de la toxicité de l'eau physiologique chlorée à 0,40 pour mille contenant 6 gr. 50 de sel, c’est à dire la solution que nous employons maintenant chez l'homme. Nos résultats ont demontré qu’on peut injecter dans la veine du lapin jusqu'à 20 cm. c. de cette solution par kilogramme d’animal sans constater le moindre effet toxique. Si on dépasse cette dose, le lapin présente de la dyspnée et, si la dose est encore plus forte, Panimal a des convulsions et meurt {1}. Si nous rapportons ce dosage au poids moyen de l’homme adulte nous voyons qu'on peut injecter à la fois à un homme jusqu’à 1300 cm. €. dans la veine. Or, la dose à laquelle nous nous sommes arrêtés après. une longue période de tâtonements à été celle de 500 cm.c d’une solution de chlore à 0,40 pour mille dans l'eau physiologique à 6 gr. 50 Na CI pour mille, Au cours de nos premières recherches nous sommes arrivés à injecter des doses plus fortes à la fois sans observer le moindre accident, mais nous avons à la fin établi la dose sus-indiquée, considérant qu'il est inutile d’injecter plus. Cette quantité est loin de la dose maxima qu’on peut injecter à la fois chez un individu de 60 a 70 kgrs. Nous devons dire que dans certaines formes très graves de typhus exanthématique, nous faisons deux injections par jour de 500 cm. c. sans aucun inconvénient (2).

(1) Au moment de la publication de notre premier travail sur la question à la Société du front russo-roumain, Juin, 1917, nous ne connaissions pas les recherches de Schaeffer, entreprises sur le chien, le chat et le lapin démontrant que le chlore (solution de Ringer saturée de chloreh est beaucoup mieux supporté dans les veines que par la voie resptràtoire. Par cette dernière voie le chlore produit l’oedème pulmonaire et la mort de l’animal.

(2) Depuis quelque temps nous avons augmenté {a concentration

de l’eau chlorée autour de 0,05°/, Cl. à

Voici maintenant Îles raisons pour lesquelles nous avons essayé l'eau chlorée dans le traitement du typhus exanthématique. Le fait que nous ne pouvions pas employer l’hypochlorite de soude à cause de son action hémolytique et que nous nous sommes adressés à l’eau chlorée, qui dans de certaines proportions coagule les albumines, nous a fait douter dès le commencement de l’action antiseptique de cette substance. En effet, toute substance qui dans un milieu aibumineux comme le sang provoque un phénomène de coagulation des albumines ne peut pas avoir une action antiseptique certaine. Si l'hypochlorite de soude possède cette proprièté désinfectante énergique dans les plaies, c’est en partie grâce à son action destructive sur les albumines du pus: les microbes sont de cette manière mis à nu et sont détruits par le pouvoir oxydant du chlore.

Mais en dehors de son action antiseptique, l’eau chlorée possède aussi un pouvoir antitoxique très intense, qu’on a démontré in vitro sur la toxine tétanique, et qui s'explique aussi par l'action oxydante énergique du chlore. Les récentes expériences de Lumière viennent encore à l’appui de l’action antitoxique du chlore Cet auteur a traité du pus contenant des microbes variés, streptocoques. staphylocoques, perfrigens, par lhypochlorite de soude. Le filtrat de ce pus fût injecté à des animaux : il ne présentait aucune toxicité. Le même pus filtré (stérile) mais non traité préalablement par l’hypochlorite de soude provoquait chez l’animal des phénomènes toxiques. Ces expériences démontrent l’action antitoxique de l’iypochlorite.

Dès les premiers cas de typhus exanthématique nous avons été frappés du rôle important que joue l’intoxication de l’organisme dans cette infection. Les phénomènes d’intoxication débutent en général vers lé commencement de la seconde semaine et consistent en phénomènes nerveux intenses, cyanose “des extrémités, aspect:caractéristique de la langue, hypotension, tendance hémorragique de exanthème, etc. (1). Ces phénomènes

(1) Voyez pour plus de détails les chapitres antérieurs.

se continuent en s’aggravant dans les formes hypertoxiques vers la défervescence et dans l’apyrexie, Tandis, en effet, que dans les formes légères on observe une amélioration nette déjà le lendemain de la défervescence, cette dernière n’amène aucune amélioration des phénomènes dans les formes hypertoxiques. Ils s’aggravent au contraire pendant l’apyrexie et jusqu’à la mort. Les malades succombent la plupart du temps en pleine apyrexie, quelques jours ou plus d’une semaine après la chute de la température. Cette continuation des phénomènes toxiques pendant l’apyrexie démontre d’une manière péremptoire le rôle important que joue le facteur toxique dans le typhus. Inutile d’ajouter que nous ne nions pas le rôle du facteur infectieux, mais il nous semble évident que les lésions des organes qui donnent les caractères de la forme hypertoxique et qui provoquent la mort sont produites par la toxine du microbe inconnu de cette infection. Les exanthématiques meurent la plupart du temps (80°/,) par lintoxication de l’organisme, à la fin de la période fébrile ou plus souvent dans l’apyrexie. La proportion des morts dans le typhus par complications est plus petite (20°/,) (1).

C’est par conséquent l’intoxication de l'organisme qui est le facteur principal de la mort, c’est cette dernière qu’il faut combattre dans le typhus exanthématique. C’est pour cela que nous nous sommes démandés si le chlore, qui jouit de

(1) Sfatistique. Cette statistique est faite d’après les cas mortels que nous avons eus dans le service au mois de Février et de Mars,

époque à laquelle nous n’employions pas d’une manière méthodique notre traitement à l’eau chlorée.

HOLAICUES MONS AE SE PR RE 47 Mortsépar intoxication de l’organisme. sans com-

DHCAUDRS ASTRA TER RER EST ROUE Morts par comphcatonst., 0 an en 16 (34°/,)

Mais si nous tenons compte du fait que 7 d’entre ceux qui sont morts avec des complications avaient des phénomènes très graves d’intoxication Ce l’organisme, tenant au typhus et non pas à la complication

nous arrivons à 80°/, de mortalité par intoxication et 20°/, par complications.

propietés oxydantes très intenses, ne pouvait pas avoir une action antitoxique dans le typhus.

Nous devons avouer que nous n'avons employé au commencement le traitement par le chlore qu’à titre d’essai, mais étant certain qu’il ne peut pas être nuisible. Les résultats furent dès le debut des plus évidents.

Le premier exanthématique que nous avons traité par le chlore était un cas que nous considérions comme perdu.

Le malade arrivé au 15-ème jour de sa maladie était complètement inconscient depuis 2 joursi les extrémités froides et cyanosées, le pouls très acceléré et à peine sensible, la langue sèche; le sujet présentait de la carphologie et de temps en temps des convulsions. Le nombre des leucocytes par milimètre cube dans le sang était arrivé à 46.800. Tous ces faits nous conduisaient à poser un pronostic des plus sombres dans ce cas, à considérer le malade comme perdu. Nous lui avons injecté un soir 150 cm. c. d’eau clorée physiologique à 0,50 pour mille dans la veine. Nous avons trouvé le lendemain matin une amélioration manifeste dans son état, Le malade était plus réveillé, il répondait à nos questions, mais sont état de prostation était encore très intense. Les extrémités, cyanosées et froides la veille, étaient moins cyanosées et plus chaudes après l’injection. Nous avons continué notre traitement pendant 3 jours successifs en augmentant la dose d’eau physiologique chlorée que nous lui avons injectée chaque jour, à 250 CM. C., mais conservant la même concentration de chlore. Mais déjà 2 jours après le début du traitement le malade était complètement reveillé, tous les autres phénomènes nerveux avaient disparu, les extrémités n'étaient plus cyanosées et étaient chaudes, en même temps que le pouls était à 96, et que la tension était meilleure. Nous devons ajouter aussi que le nombre de ieucocytes, qui était à 46.800 avant le traitement, est tombé 24 heures après la première piqûre à 30.000 et trois autres jours après à 10.000. Nous verrons plus bas l’importance de ce phénomène. (Fig. 55).

Encouragé par ce premier résultat, nous avons administré le traitement à d’autres cas très graves et dès le commencement il fût suivi constamment des mêmes effets. Nous avons commencé ces essais thérapeutiques dans le typhus au mois de Février 1917, c’est-à-dire à un moment où l'épidémie chez les soldats battait son plein. Nous avons tâtonné pendant quelque temps pour établir exactement la dose qu’il fais

lait injecter. Mais depuis le mois de Février jusqu'au mois d'Avril nous avons eu une série nombreuse de cas graves que nous avons traités et guéris par notre méthode. Au mois d'Avril et de Mai l'épidémie chez les soldats diminuait et le cas devenaient moins graves. Mais le typhus exanthématique s'étendait beaucoup dans la population civile. Il est certain que l’épidémie civile de Jassy à été moins violente que l'épidémie militaire, ‘mais on trouvait pourtant encore dans

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