‹ Le typhus exanthématiqueChapitre 46 sur 73 · ème Jour · texte numérisé non relu

ème Jour

On voit que le nombre des hématies ne diminue pas, qu’il n'y a pas de destruction des globules rouges par le traitement à l’eau physiologique chlorée.

Nous craignions aussi les poumons quand nous avons commencé nos essais thérapeutiques. On sait, en effet, combien sont fréquentes les complications pulmonaires dans le typhus. Nous avions peur de l'œdème pulmonaire, lésion si caracteristique de l’intoxication par les gas asphyxiants. Nous étions d'autant plus prévenus à cet égard que nous avons constaté dans un cas non traité un œdème suraigu des poumons à la fin de l'infection qui se termina rapidement par la mort. Nous pouvons affirmer d’une manière certaine que nous n'avons jamais constaté d'accidents pulmonaires chez les malades traités par notre

méthode, Nous avons injecté du chlore à des exanthématiques qui présentaient des foyers de congestion pulmonaire, ou à des anciens emphysémateux et bronchitiques et nous n'avons jamais eu d'accidents.

Le chlore qui est si irritant pour la muqueuse respiratoire, ne provoque aucun phénomène pulmonaire en injec tion intra-veineuse. il faut d’ailleurs savoir que le chlore injecté dans le sang ne reste pas tel quel, mais se combine immédiatement, très probablement avec les albumines du plasma. Ce fait concorde avec les expériences de Schäffer qui démontra le peu de toxicité du chlore injecté dans les veines, en comparaison avec son action nocive très puissante lorsqu’il est introduit dans les voies aériennes.

Nous pouvons affirrmer aussi, après une série de recherches faites sur le rythme cardiaque et sur la pression artérielle pendant l'injection et les jours suivants, que ce traitement n’a aucune action nuisible sur l’appareil cardio-vasculaire. Une insuffisance myocardique grave ne constitue donc pas une contre-indication à l'injection d'eau chlorée (Voire les observations à la fin de volume, celle sde M.M. Vignal et Theodoresco, Alexandresco, Cociu) Au contraire, le rythme très accéléré se ralentit pendant l’injection, passant quelquefois de 140 à 132 ou 128 et la pression artérielle augmente à la fin de linjection d’un demi-centimètre à un centimètre et demi. La pression artérielle augmente petit à petit les jours suivants à mesure que l’état du malade s'améliore, ce qui, disons-le tout de suite, est d’un pronostic toujours favorable.

Les observations suivantes démontrent l’action Le l'injection sur le rythme et la tension artérielle.

Nous avons étudié la tension artérielle en plaçant le brassard du Pachon sur le bras et en le maintenant pendant toute la durée de l'expérience, La tension artérielle maxima a été prise à l’aide du Pachon, mais par la methode de Riva-Rocci, en palpant le pouls à l’humérale, au-dessous du point comprimé. Pour la minima nous avons employé la méthode oscillométrique.

Obs. A. —D, M.

Tmx Tmn. Rythme 3 h. 55 Avant l'injection 105/, \ 8 120 3 h. 57 Début de l'injection. | CT M ci 4 h. 014 it}, 81/, 120 4 h. 13 | 11: 8:/, 120 4 he 19 PE, 81/, 120 4 h. 35 Fin de l'injection. ns 1e Pis 4 h. 37 12. 81}, #40 5 4h; 46 12 9 | 114 GA 12 81), 124

L’injection provoque une augmentation de la tension artérielle maxima (Riva-Rocci) et minima, et ralentit très légèrement le rythme.

Obs. B. — T. G

Tux. Tmn. Rythme

5 h. 50 Avant l'injection 11 HET 148

5 h. 53 Début de linjection — — — own: —- — 140 6 h. 25 — 130

6 h. 28 Fin de linjection. — — — 6h. 30 12 8 128

Le 0432 2 8 128 mL h. 10 12 7 1532

neue ralentit le rythme en même temps qu ‘elle fait légèrement mionter la fension maxima et minima,

Nous constatons Simplement les faits: ralentisement du rythme pendant et après l'injection, augmentation de la tension artérielle, deux phénomènes qui n’existent pas toujours ensemble et qui peuvent manquer complètement dans d’autres cas (1). Nous laisserons de côté pour le moment le mécanisme de production du phénomène ; nous pouvons seulement exclure l’influence de Ta forte quantité du liquide injecté dans les veines, Car un volume égal d’eau salée injectée chez des exanthématiques témoins n’a pas produit les mêmes. résultats.

(1) Ce ralentissement du rythme n’est pas suffisant pour qu’on puisse se passer du traitement cardiotonique dans les cas où le myocarde est insuffisant, car on s’exposérait à ce que le malade meure par le

r, avant que le traitement antitoxique ait fait ses effets.

is

Nous devons parler encore d'un phénomène, qui se produit d’ailleurs aussi après l'injection. d’eau salée dans la veine: le frisson, W dure habituellement quelques minutes: il est souvent violent et accompagné surtout chez les malades encore fébriles, d’une forte ascension thermique. Il est quelquefois suivi d’une transpiration profuse et d’une certaine baisse de la température. Inutile d'ajouter qce ce frisson ne présente aucun inconvenient,

Tous ces résultats démontrent d’une manière péremptoire l’innocuité complète de notre méthode de traitement. Pourtant, malgré que la dose que nous injectons maintenant représente moins que la moitié de la dose maxima par kilogramme de poids, nous avons procedé avec prudence au début de nos recherches, en augmentant petit à petit la quantité de chlore que nous injections, ce qui est actuellement parfaitement inutile. C’est d’ailleurs cette hésitation que nous mettions au commencement de nos recherches qui nous a fait perdre plusieurs malades.

D'un autre coté, au commencement de nos recherches nous ne faisions les injections que dans certains cas. Cela provenait premièrement du fait que nous ne possédions pas un nombre suffisant d'appareils pour faire le traitement en série dans toutes les formes graves que nous avions dans le service; en second lieu nous n’étions pas encore arrivés à établir la dose définitive, Nous avons eu de cette manière dans les premiers mois de l’epidémie toute une série de malades très graves que nous avons étudiés à plusieurs points de vue, chez lesquels nous n'avons pas fait le traitement 'chloré et dont la plus grande partie ont succombé; ceux-ci nous servent maintenant de témoins pour faire le statistique comparative des malades traités et non traités par notre méthode.

Depuis que nous avons établi le traitement d’une manière

Dans les cas de ce genre nous faisons aussi des injections de gratus-strophantine cristallisée Merck, à petites doses souvent repetées (:/, mgr. à la fois, */, mgr. au maximum en 24 heures).

. Voyez pour plus de détails le chapitre précédent.

définitive, nous le faisons couramment dans tous les cas graves et nos résultats sont des plus démonstratifs, comme nous allons le voir dans Ja statistique que nous donnerons à la fin de ce travail.

Nous devons ajouter dès le commencement que, pour éviter toute cause d’erreur dans notre interprétation, nous avons injecté chez des témoins, des formes hypertoxiques de typhus, la même quantité d'eau salée, ne contenant pas de chlore. Nous n'avons jamais obtenu la moindre amélioration, la moindre baisse de la leucocytose sanguine, et les malades sont tous morts. | ; | # : *

Parmi les exanthématiques qui meurent, la plus grande partie succombent à la fin de la période fébrile ou plus souvent pendant l’apyrexie, à l’intoxicttion profonde de l'organisme. Une petite partie d’entre eux meurent de complications : pneumonie, parotidite aigüe (complication très grave), streptococcie généralisée. La tuberculose pulmonaire évolue aussi d’une manière très rapide après le typhus exanthématique. Mais là mort par complications est beaucoup plus rare que celle par linfection exanthématique elle même. Des 47 exanthématiques qui sont morts au mois de Février et Mars 1917, c’est à dire en pleine épidémie et qui n'ont pas été traités par le chlore, 80°/, ont succombé avec des phénomènes d'intoxication grave, 20°, seulement sont morts de complications.

Depuis que nous faisons le traitement chloré d’une manière méthodique dans tous les cas graves, la mortalité dans le typhus exanthématique est tombée dans notre service, ne comptant pas les morts par complications, à 0,5 pour cent. Quand aux complications ultérieures, elles sont beaucoup plus rares chez les malades traités, mais leur apparition n’est pas exclue Nos rares malades traités par le chlore qui ‘sont morts ont presque tous succombé à des complications ultérieures, — et.

non pas à l'infection exanthématique elle-même. 10

Nous passons maintenant à l'exposition très succinte de

nos résultats. Nous n'appliquons notre traitement que dans les formes graves. Les formes légères de typhus exanthématique guérissent toutes seules et n’ont besoin d'aucun traitement. Le traitement au chlore n’aurait rien prouvé si nous l’avions fait aussi dans ces dernières formes, tandis que son efficacité est, comme nous le verrons plus bas, incontestable dans les cas que nous avons choisis.

Les cas présentant en effet ces signes, et qui n’ont pas été traités par l’eau chlorée, ou qui ont été injectés comme témoins à Peau salée sans chlore, se sont presque toujours terminés par la mort, Parmi les signes très graves presentés par nos malades nous signalons :

1° [L’existence de phénomènes nerveux très intenses, de carphologie, de soubresauts tendineux, de tremblements des extremités ; un état d’inconscience souvent complète ou le délire violent; le hoquet, la respiration fréquente.

2° Une langue caractéristique, très sèche, comme fixée au plancher buccal.

3° Un exanthème prenant vers la fin de la seconde semaine ou dans l’apyrexie un aspect franchement zémorragique. Des suffusions Conjonctivales, des hémorragies sous-cutanées.

4 Un état de vasodilatation de la tête très accentuée.

5° Le syrdrôme des extrémités arrivé au stade de cyanose froide — (cyanose intense et refroidisement des extremités).

6* Une leucocytose id 20. 1eû et la HR du temps 30.000.

7° Un liquide céphalo- her très jaune, quelquefois coagulant, éontenant de nombreuses hématies et leucocytes polynucléaires, à côté des mononucléaires.

8° Une fension artériellé basse autour de 9, 8 et même 7.

Une courbe d'hypotension AE Eee ne se ei pas après la défervescence.

9° Un manque complet de réaction à l'adrénaline, non seulement à 1 mgr. :/}, mais même à 2, 3 et 4 mgr. (1).

(1) Voyez pour le détail de tous ces symptômes et signes les chapitres antérieurs.

Nous insisterons plus sur les 5 derniers points.

A. La cyanose des extremités est un des signes les plus graves du typhus exanthématique. Le syndrôme des extrémités passe par trois phases : vasodilatation sans cyanose, cyanose chaude et cyanose froide. Quelquefois la seconde phase n’existe pas, au moins pour les extrémités inférieures. Quand le malade est arrivé à la phase de cyanose froide le pronostic est toujours très grave. La mortalité fût de 92°/, chez les exanthématiques présentant ce dernier stade du syndrôme des extremités et qui n’ont pas été traités par le chlore.

B. À la suite d’une longue série de recherches nous sommes arrivés à trouver des signes importants au point du vue du pronostic. Nous ne nous étendrons pas longtemps sur ces recherches car elles ont été exposées en détails dans des chapitres antérieurs; nous ne donnerons ici que très succintement les résultats absolument indispensables à la compréhension de notre méthode de traitement. Tous nos malades traités par le chlore présentaient plus ou moins au complet les phénomènes cliniques que nous avons exposés en détail antérieurement et qui caractérisent la forme hypertoxique du typhus.

Les malades présentaient en outre toute une série de signes plus précis, qui à notre connaissarce n’ont pas encore été décrits, et qui sont tirés de l’état du sang, du liquide céphalorachidien et des modifications de la pression artérielle (1).

Le nombre des Zeucocytes par milimètre cube dans le sang nous fournit l’indication la plus précise. Nous ne dirons que quelques mots sur les différences qui existent à ce point de vue entre la forme légère, la forme moyenne et la forme hypertoxique. Dans la forme légère le nombre de leucocytes par m. m.c. augmente à la fin de la première semaine ou au commencement de la seconde, atteint son maximum vers le 10 ème ou 12-ème jour et tombe à la normale, ou même au dessous de la normale les premiers jours de l’apyrexie. (Fig. 61).

ame tm mn |

(1) Var pour plus de ne ces questions dans les chapitres antérieurs.

Dans les formes plus toxiques (forme moyenne) dans lesquelles les malades continuent à présenter certains phénomènes d’intoxication même après la défervescence, mais qui se terminent par la*guérison, la courbe de la leucocytose se maintient encore élevée quelques jours pendant l’apyrexie et ne tombe à la normale que plus tard, lorsque les autres phénomènes to-

xiques ont disparu. (Fig. 62).

LÉTIQ 0 dDAGHTAN

CUEAISEN

Dans une forme comme dans l'autre le nombre des leucocytes n’est jamais trop augnienté, 1l est presque toujours audessous de 20.000 par m. m. c. On voit plus rarement guérir un cas de typhus présentant uue leucocytose dépassant ce dernier chiffre.

En résumé, dans les formes qui guérissent, leucocytose légère ou moyenne, en général au-dessous de 20.000.

Les choses ne se passent pas ainsi dans les cas qui doivent se terminer par la mort. Il existe des formes mortelles qui évoluent avec leucopénie, ou avec une leucocytose au-dessous

ie

de 20.000, mais ces cas sont rares. La plus grande partie des malades de ce genre présentent une leucocytose qui dépasse ce dernier chiffre. Le nombre des leucocytes augmente en général plus rapidement que dans les formes légères, arrive et dépasse 20.000 vers le milien de la seconde semaine et continue à augmenter jusqu’à là défervescence. Mais ce qui est intéréssant dans ces cas hypertoxiques et ce qui démontre le rôle de l’intoxication de l'organisme dans l'augmentation

Fig. 62.

du nombre de leucocytes, est le fait que, malgré que la défervescence s’est produite, le nombre des leucocytes continue a augmenter progressivement jusqu'à la mort, arrivant à 30.000, 40.000. 60.000 et dépassant même dans de très rares cas le chiffre de 100.000 leucocytes par m.m. cube. (Fig. 63). La leucocytose la plus forte que nous anons rencontrée à été celle de 128.000 (un jour avant la mort du malade). Mais dans

Si

la plupart des cas les malades meurent en pleine ee avec une leucocytose de 30.000 à 60.000.

C’est d’après la leucocytose, quand elle à dépassé 20.000 qu’on peut poser le pronostic le plus précis. Mais, si une forte leucocytose dépassant ce chiffre indique nn pronostic presque tonjours mortel, il ne faut pas croire qu’il n'existe pas des cas mortels avec une leucocytose au-dessous de 20.000 ou même avec leucopénie. Ces derhiers. cas. sont seule-

ROC SEEEEESEEEX ee ! |

Fig 03.

ment beaucoup plus rares. [ls se rencontrent surtout chez les gens âgés, chez lesquels la réaction hématopoiétique est plus faible que chez les jeunes. Dans ces cas il ne faut pas attendre que la leucocytose dépasse 20.000 pour commencer le traitement, car il y a d’autres signes de très grande gravité qui précèdent le phénomènes de la leucocytose : c’est entre autres la cyanose de extrémités, symptôme très précoce et très important chez les exanthématiques âgés. : |

Pour montrer limportance pronostique de la leucocytose élevée il suffit de dire que de 38 malades qui ont présenté une leucocytose de plus de 20.000, entre ce chiffre et 128.000, et qui n'ont subi aucun traitement spécial, 35 sont morts, soit 920/,. Les trois malades qui ont guéri avaient 20.000, 24.000 et 26.000 leucocytes par mm. cube, c'est à dire des chiffres pas très exagérés. Nous n'avons par contre jamais vu une leucocytose de plus de 30.000 dans un cas non traité par le chlore qui ne se termine pas par la mort.

Il est inutile d’ajouter que la leucocytose élevée accompagne toujours un état clinique très grave.

L'état du liquide céphalo-rachidien nous fournit aussi des indications pronostiques très précises. Nous devons dire dès le commencement que les ponctions lombaires répétées ne présentent aucun inconvénient, elles ne peuvent avoir au contraire qu’une influence favorable sur les phénomènes nerveux.

Nous avons exposé en détail dans un chapitre antérieur nos recherches sur le liquide céphalo-rachidien dans le typhus exanthématique. Nous nous contentons de dire ici qu’un liquide céphalo-rachidien contenant un grand nombre d’hématies, beaucoup de polynucléaires, à côté des mononucléaires qui représentent la réaction habituelle dans le typhus, une forte quantité d’albumine totale, dénote toujours un pronostic très grave. Mais deux autres éléments sont encore plus importants à ce point de vue: la coagulation du liquide et la xanthochromasie. La xanthochromasie du liquide est presque toujours d’un pronostic très grave.

Si on voit des cas avec un liquide légèrement jaune qui guérissent, les exanthématiques qui ont présenté un liquide d’une couleur jaune foncée et qui n’ont pas été traités par l’eau physiologique chlorée, sont presque tous morts.

La xanthochromasie n’a de valeur pronostique que quand elle est positive, car nous avons vu quelques rares cas mortels avec liquide incolore pendant toute l’évolution de la maladie.

Les modifications de la fension artérielle et les phénomènes cliniques qui l’accompagnent, nous furnissent enfin un

autre signe important au point de vue du pronostic. Des recherches que nous avons faites à ce sujet en collaboration avec le Dr. Simici, et que nous avons exposées en detail dans un chapitre antérieur, il résulte que la pression arterielle est basse dans le typhus exanthématique. Elle oscill: autour du chiffre 9 pour la maxima mais, diminue quelquefois à 8 et à 7. Une hypotension très intense est toujours d’un mauvais pronostic.

Il existe de’l’hypotension artérielle dans les formes légères comme dans les formes graves, mais la courbe de la pression sanguine est différente dans l’un et l’autre cas.

Dans les formes légères la pression artérielle baisse sensiblement pendant le premier septénaire, se maintient basse dans le courant de la seconde semaine, mais commence à se relever dès que la température descend au-dessous de 370, Dans les formes moyenues, qui présentent, comme nous lPavons dit plus haut, dans les premiers jours de lapyrexie, des phénomènes d'intoxication, on n'observe aucune hausse de la tension au moment de la défervescence : ;l’hypotension se maintient assez forte pendant une à plusieurs semaines après la chute de la température. Dans les formes hypertoxiques enfin, l’hypotens.on est encore plus intense et malgré la défervescence, elle ne fait que s’accentuer pendant l’apyrexie et jusqu’à la mort.

Il y a, comme nous le voyons, un parallélisme très net entre la courbe de la leucocytose et celle de la tension artérielle, les deux dépendant dans les formes hypertoxiques, non pas de la courbe thermique, mais du degré d’intoxication de l’organisme. Une courbe leucocytaire qui va en montant et qui coïncide avec une courbe de tension descendante pendant l’apyrexie est d’un pronostic presque toujours mortel.

Nous avons constaté en outre que, tant que l’hypotension est assez accusée dans le typhus, le malade ne présente presque aucune réaction à une injection sous-cutanée d’une certaine dose d'adrénaline. Le sujet normal réagit toujours d’une manière manifeste après une injection sous-cutanée d’un mgr. !/, à 2 mgr. d’adrénaline; c’est ce que nous avons appelé la

réaction à l’adrénaline. Elle consiste en une augmentation nette de la pression maxima, des modifications du rythme et certains symptômes subjectifs, phénomènes qui surviennent quelques minutes après l'injection.

Nous avons décrit en détail la réaction à l’adrénaline dans un chapitre antérieur. La réaction à l’adrénaline est diminuée dans les formes légères de typhus pendant la période fébrile, mais reparaît très vite après la défervescence, Dans les formes moyennes la réaction est encore plus faible pendant la période fébrile, et ne revient à la normale que très tard après la défervescence. Dans la forme hypertoxique enfin, la réaction à l’adrénaline devient souvent nulle pendant Ia seconde semaine, et le malade arrive à ne plus réagir du tout plus tard, non seulement à la dose de 1 mgr. 1/,—2 mgr., mais aussi à celle de 3:et 4 mor. |

L'hypotension dans le typhus ne tient qu’en très petite partie à l’insuffisance myocardique, car nombreux sont les cas où la tension est très basse et le rythme est normal. Tant J’hypotension, que le manque de réaction à l’adrénaline, sont dues en partie à l’action vasodilatatrice de la toxine exanthématique, en partie à l'insuffisance surrénale. Nombreux ont été, en effet, les cas où nous avons trouvé la substance médullaire de la capsule complètement détruite, à l’autopsie faite immédiatement après la mort. N'importe quel serait son mécanisme intime de production, tout comme les modifications du liquide céphalo-rachidien et celles de la ieucocytose sanœuine, l’hypotension est fonction d’intoxication. Elle continue et s’accentue, en effet, dans les formes graves, même pendant Papyrexie.

Ces trois séries de signes, dont la courbe leucocytaire est peut-être la plus précise, nous donnent des indications pronostiques de la plus grande valeur. [ls nous ont permis de poser un pronostic sombre dans des cas qui semblaient à première vue légers et un pronostic favorable dans des cas en apparence graves. Nous devons répéter que tous ces signes s’accentuent. dans les cas mortels après la défervescence et

qu’il ne faut pas croire qu'un exanthématique qui a fait sa défervescence est toujours sauvé. Malgré la chutte de la température, tant la leucocytose que les modifications de la pression et du liquide céphalo-rachidien, ne font qu'augmenter dans les formes hypertoxiques pendant l’apyrexie et jusqu’à la mort,

Ce fait nous démontre qu’une fois la période infectieuse passée, l’organisme reste profondèment intoxiqué dans ces cas et que toutes ces modifications sont Île résultat d’une intoxication générale.

Nos malades traités par le chlore présentaient plus ou moins au complet l'aspect clinique et les ditférents signes décrits plus haut; mais l’intoxication de l’organisme portant bien entendu plus sur un organe que sur l’autre, certains de ces signes étaient plus manifestes et attiraient plus l’attention.

If nous serait impossible d'exposer ici chaque observation en détail, malgré que chacune d’elle présente un point intéréssant à signaler. Chaque cas fût étudié quotidiennement au point de vue clinique, en notant tous les jours l’état nerveux du malade, le rythme, la cyanose des extremités, la marche de l'exanthème, les phénomènes de vasodilatation. Les malades ont été controlées aussi au point de vue de l’élimination rénale, de l'état du poumon. Nous avons étudié chaque jour la leucocytose et la formule leucocytaire avant en pendant tout le traitement. Chez quelques-uns d’entre eux nous avons pris la tension artérielle maxima et minima en Ja suivant pendant tout le courant du traitement.

Nous exposerons très resumée à titre d’exemplé une de nos observations. Le lecteur trouvera à la fin de cet ouvrage “un plus grand nombre d'observations de forme hypertoxique gœuéries par l’eau chlorée, ainsi que les résultats obtenus par cette méthode dans d’autres hôpitaux ou en ville (MM. Alexandresco, Vigul et Théodoresco, Cociu, Stoënesco).

Le malade G. T. de 48 ans, présente une forme des plus graves de typhus exanthématique : phénomènes nerveux très intenses, vasodilatation excéssive, extrémités cyanosées et froides, pouls petit, filant à

132, tension artérielle maxima de 8 cm. L'état de prostration est extrême, la Jangue est déséchée, le malade à de la carphologie. Le liquide céphalo-rachidien est fortement xanthochromasique, il coagule ; l’albumine totale y est accrue, Le réaction cellulaire est très intense: le liquide contient 212 leucocytes par mm. c. La réaction est surtout mononucléaire, mais il existe aussi des polynucléaires en assez grand nombre et beaucoup de globules rouges,

Le nombre de leucocytes était à 69.000 le 16-ème jour de la maladie, c’est à dire en pleine apyréxie et le malade présentait au complet les signes décrits plus haut. Quand nous avons commencé Île traitement le malade était le 16-ème jour de son typhus dans l’inconscience complète depuis trois Jours.

Vingt-quatre heures seulement après la première injection de 500 cm. c. d’eau physiologique chlorée à 0,40 pour mille nous trouvons le maiade beaucoup plus réveillé; il répond à nos questions. Les extrémités sont chaudes, l’état général est beaucoup meilleur. La leucocytose, enfin, est tombé en 24 heures de 69.000 à 28.000. Nous continuons les injections pendant 4 jours à la file, en étudiant quotidiennement les phénomènes cliniques et le leucocytose. Le malade se réveille de plus en plus et est complètement remis après la troisième injection; la tension artérielle monte de 8 à 14. La leucocytose diminue de 69.000 à 10.000 après trois jours. Le liquide céphalo-rachidien se décolore les jours suivants, il est complètement incolore après 8 jours, mais il donne encore la réaction de Noguchi après trois semaines et ne perd la réaction cellulaire que beaucoup plus tard. Le malade guérit.

Dans toutes les autres observations on remarque la même action rapide. Dans beaucoup des cas nous avons commencé le traitement assez tard, à un moment où le malade etait dans un état desespéré. Les changements d’un jour à l’autre après le premières injections, sont des plus évidents et tous les médecins qui ont vu ses effets sont restés surpris de la rapidité d'action de notre traitement.

Les phénomènes nerveux s’améliorent très vite. Nous avons constaté souvent une action calmante très pronnoncée dès premières injections; le délire devient moins violent ou disparait complètement, souvent dans l’espace de quelques heures, du matin jusqu’au soir. Les phénomènes d’agitation diminuent et ensuite disparaissent les jours suivants, la carphologie et les soubresauts tendineux deviennent moins intenses. Ce sont les tremblements des extrémités qui persistent le plus.

. Nous avons traité des malades qui étaient dans l’inconscience complète au début du traitement. On voit quelquefois cet état changer dans l’espace de 12 ou 24 heures: le sujet se réveille, répond aux questions, commence à reconnaître l'entourage. À l’action calmante sur les phénomènes d’agitation s'ajoute une amélioration notoire de l’état intellectuel.

Nous avons eu à traiter au commencement de nos recherches un médecin atteint d’une forme très grave de typhus. Il avait dejà fait sa défervescence, quand il entra dans un état d’inconscience complète, On pouvait constater chez ce malade l'effet rapide de l'injection. A cette époque, étant encore à tâtonner sur la dose maxima à employer, nous faisions de petites doses à la fois. L’injection calmait en quelques heures les phénomènes d’agitation, le malade se réveillait et reconnaissait sa femme qui le soignait. Mais la dose étant trop petite les phénomènes nerveux reparaissaient jusqu'au lendemain et cédaient de nouveau à une nouvelle injection. Les effets du traitement étaient si évidents qu'ils avaient surpris les autres médecins convalescents de typhus qui occupaient la même salle et que c'était la femme du malade qui nous demandait chaque jour à recommencer le traitement et à augmenter la dose,

Le Aoquet, si tenace dans les formes hyppertoxiques, persiste pendant plusieurs jours, mais devient de plus en plus rare et disparaît après quelque temps. La respiration fréquente se ralentit dejà après les premières injections. Les troubles de la déglutition disparaissent vite. Vignal et Théodoresco, Alexandresco, décrivent des cas analogues.

En même temps que les phénomènes nerveux s’amendent, les modifications du liquide céphalo-raehidieu s’attenuent. La xanthochomasie disparait la première, les globules rouges et les polynucléaires dimiuuent et ensuite disparaissent. La réaction albumineuse et la réaction mononucléaire diminuent et disparaissent plus lentement. (Fig. 64 et 65).

Un des phénomènes d’amélioration qui apparaissent en première ligne concerne l’éfat des extrémités. Presque tous

nos malades présentaient avant le traitement le syndrôme des extremités arrivé à la troisième phase, de cyanose froide. Nous avons eu des cas à traiter où les extremités, celles des membres inférieures surtout. étaient d’une couleur bleu-violacée, les ongles presque noires. On ne voyait pas les veines et on ne pouvait pas non plus les faire ressortir par une

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