AE
Traitement antitoxique (méthode Daniélopolu) des formes graves du typhus exanthématique.
Ê par Dr. ViGxaL médecin chef de l’hôpital temporaire 416 — fassy | et “ M. THÉoDoREsco
Ayant eu au cours de l’année 1918 une série de formes graves du typhus exanthématique, et devant l'absence de tout traitement sérothérapique ou bactériothérapique de cette infection, nous avons cru devoir essayer le traitement antitoxique de Daniélopolu, qui consiste à administrer par voie intra-veineuse de l’eau physiologique chlorée.
Le typhus exanthématique, tel que nous avons pu l’observer en Roumanie pendant l’épidémie de 1917:—1918, s’est Le senté. sous trois grandes formes cliniques 5
La forme légère, qui est caractérisée par pion de phenomènes toxiques et par une courte convalescence.
La forme moyenne, qui présente, tant pendant la période fébrile que pendant la convalescence, des phénomènes de légère intoxication, phénomènes qui, d’ailleurs, ne tardent pas à disparaître au bout de quelques semaines après la defervescence.
La forme hypertoxique, qui est principalement caractérisée par Papparition dans le courant du second septénaire de phé-
nomènes toxiques’ graves avec retentissement bulbaire. Nous insisterons tout- particulièrement sur cette forme, seule justitiable du traitement antitoxique. Parmi les signes de gravité que l’on rencontre dans cet aspect clinique de l'infection, il faut citer en première ligne le tuphos qui est complet, alors que dans les formes lépères-et moyennes il n’y a q'un peu d’obnübilation, le malade répondant avec-un léger retard aux questions qu’on lui pose, Ici, au contraire, l’inconscience est complète, le patient est tantôt prostré dans son lit, sais mouvement, les lèvres agitées d’un perpétuel tremblement, le visage congestionné, couvert de sueurs visqueuses, continuellement soulevé par des trémulations fibrillaires, tantôt atteint de carphologie et le délire de parole et d'action. Les phénomènes bulbaires qui acquièrent parfois une grande importance, sont très caractéristiques dans cette forme; la dyspnée, constante dès le début, arrive à son apogée au courant du second ‘septénaire ;: l’accompagnant Re le pas n apparaît géné ralement que plus tard. - | inf d vasodilatation, constante dans toutes les : formes F1 typhus, mai presque exclusivement limitée aux conjonctivès et à la face est, dans la forme qui nous intéresse, généralisée, $ ‘accompagnant souvent de cyanose avec refroidissement des extrémités, Cette: cyanose siège le plus souvent aux: extrémités inférieures, plus rarement aux mains, parfois elle est généralisée, L'importance de ce signe, en cé qui concerne :lé pronostic, ‘est extrême. Le pouls radial est Res be is iutrouvable. ANS he.
“'L’exanthème léger, parfois fugace, inesisist able pour le médecin dans les formes légères, est at contraire, dés ‘le début très marqué dans les forme graves et prend un caractère Lo rappelant un peu Îés’ éruptions purpuriques. | Cette ‘éruption se détache en plus foncé sur ‘un forid üniformémerit rouge, duë à la vaso-dilatation. Ta langue blanche et chargée, dès le: début, qüi dans és formes légères reste ‘humide ‘et facilement mobilisable, .ne”tarde pas, dès le:second’ septéz “aire, à se dessécher, à se recouvrir de fuliginosités, épaisses
brunâtres, à se racornir et à prendre un aspect fendillé; elle perd aussi toute mobilité ; concomitamment les lèvres se dessèchent et se fendillent; elles sont parfois le siège de petites hémorragies.
Si l’on recherche la leucocytose sanguine dans les différentes formes du typhus exanthématique, on est frappé de la grande différence qui existe entre les courbes leucocytaires des formes. légères et moyennes d’une part et de la forme hypertoxique d’autre part. L’étude de la leucocytose a été poursuivie systématiquement par l’un de nous dans 30 cas, dont 19 de formes hypertoxiques et 11 de formes légères ou moyennes : daris ces dernières, jamais de taux leucocytaire n’a dépassé 20.000 et dans Ja majorité des cas, il ne dépasse que de quelques milliers le chiffre normal. Il est asez intéréssant de constater que les deux courbes leucocytaire et thermique, suivent une évolution sensiblement parallèle; en effet, dès que la defervescence s’est accomplie ou peu après, le nombre des leucocytes revient à la normale.
Dans la forme hypertoxique, le taux leucocytaire atteint dès. le début du deuxième septénaire des chiffres dépassant 20 et 30.000. La courbe monte et reste stationnaire, alors même que la température baisse. Plus les phénomènes toxiques sont graves, c’est-à-dire plus la vasodilatation et la cyanose ainsi que le typhos et les phénomènes bulbaires sont accentués, plus il est élevé. Dans ces cas, il y a donc parallélisäre entre les phénomènes toxiques et la réaction leucocytaire de défense. Toutefois, cette réaction de défense qui, dans la très grande majorité des cas, existe, peut faire défaut chez les. gens à vitalité diminuée.
De l’ensemble de cette symptomatologie que nous venons. de rapidement décrire, il résuite que la différence qui existe entre les formes légère et moyenne d’une part, et la forme hypertoxique d’autre part, est due à l’intoxication plus grande de l'organisme; et faute de pouvoir nous adresser à l'agent causal de l'infection, nous avons essayé le traitement de Da-
niélopolu, qui est dirigé contre les toxines sécrétées par un microbe encore inconnu.
Ce traitement consiste à administrer, par voie intraveineuse, de l’eau physiologique chlorée contenant 6 grammes, 50 de Na CI et 40 à 50 centigrammes de chlore par litre. L'injection se fait à l’aide d’une ampoule de 500 centimètres cubes à petite ouverture, afin d'éviter l’action décomposante de l'air sur le CL L’ampoule est accrochée à 1 mètre 50 au-dessus du plan du lit et le liquide s'écoule dans un temps qui varie de 20 à 50 minutes. Il est important d’observer les détails techniques suivants : n’employer que des aiguilles en platine et des tubes de caoutchouc de toute première qualité, ne jamais faire 2 injections de suite dans la même veine et éviter autant que faire se peut, de lancer l’injection dans une veine de petit calibre. |
Le traitement doit être poursuivi jusqu’à la disparition des phénornènes toxiques et de l’hyperleucocytose.
On se rendra facilement compte du mode d’action de cette thérapeutique en lisant les observations qui suivent.
Obs. I. — D. I., 25 ans, entre dans le service le 9-ème jour de sa maladie. Vasodilatation très intense. Langue très sèche. Cyanose très prononcée et refroidissement marqué des extrémités. Exanthème hémorragique. Tuphos accusé. Pouls 118 et très petit. Liquide céphalo- -rachidien fortement xanthochromasique. Leucocytose sanguine: 32.000. Deux injections d’eau physiologique chlorée (matin et soir) de 500 cmc. chacune à 0,05°/, de chlore.
Le 10-ème jour : langue très sèche ; pouls 96, assez bien frappé. Leucocytose sanguine 22.000. Deux injections de chlore.
Le 11-ème jour : la cyanose et le refroidissement des extrémités persistent; langue encore sèche; leucocytose 25.000. Le 12-ème jour : tuphos moins accusé. Cyanose très diminuée. Leucocytose 222.000.
Le 13-ème jour : amélioration de l’état génèral. Cyanose en voie de disparition. Pouls 96, bien frappé. Leucocytose 13.000 ; une injection de chlore.
Le 14-ème jour : langue plus humide. L'amélioration de l’éta général persiste. Leucocytose 10.400; une injection de chlore
“Le. 15- -me jour: -bon état général ; disparition.de la'gyanose ;, extrémités ue langue Hünide : : pouls 68, bien frappé. Leucocytose. 8. 600, :
: Conclusions. Porte hypertoxique du diese caintidlence d’une : hyperleucocytose avec cyanose et refroidissement des: extrémités, vasodilatation très intense et exanthème hémorragique. Amélioration rapide. de tous ces: jee, Pate coïncidant avec la baisse . Ne AN Eee
Fa
Horn ONE ET Pat Obs. . L R 18. ARS CU 2 Entre dans le service: É . -ème jour . sa. ae Injection des conjonctives,. exanthème, Jangue sèché ; pouls 110. ‘Le 8“mé jour, Vaso-dilatation’ très intense. /Exanthème “hé-' morragidué. Cyanose généralisée et refroidissement des extré-: mités. Langue sèche. Agitation intense ; délire violent; Pouls: très faible. Leucocytose 27.600. Une injection de chlore. us .Le 9-me jour, même. état. L.. 18. 400 ; deuxième injection de chlore. ; Le 10-me jour, bon état général. Extrémités chaudes. Disparition-de la cyañose. Vasodilatation diminuée. Langue humide. Une. injection de. chlore... : : ©1152 Le 11-me | jour, leucocytose 16. 000. Une injection de A Le 12 me jour | et,jours. suivants, L. 12.000 ; puis tombe à 9.600 10 15°me. Disparition des phénomènes d'intoxication. Lé malade est considéré comme guéri. Pendant la convales-cence céphalées fréquentes cédant chaque fois à LR ponction, lombaire. Fe Le
Dar
| Conclusions. Forme hypertoxique du yphus malgré le” jeune âge du sujet, caractérisée par cyanose très intense avec. refroidissement" des extrémités iuférieures. Vaso-dilatation très prononcée et exanthème hémorragique. Tuphos intense. et dé-: lire violent. Eure 27. 600. Disparition: rapide, après : 742 njections de chlore, de ces phé nomènes d'intoxication. géné rale et baisse concomitante de la leucocytose. Traitement bien. SHRPOR. Sa
Obs. LL. U. D V. 43 : ans. ais HE a PEN D Æntre dans le service lé 6-me jour “ sa. malade Mauvais. état général; exanthème peu marqué ; injection des: cohjonc-:
tives; langue humide, mais chargée; cicatrices sur le corps, suite de gale.
Le ?-me jour, langue sèche. Cyanose très intense. Refroidissement des extrémités; exanthème hémorragique ; leucocytose 18.400; deux injections de chlore.
Le 8-me jour, cyanose peu diminuée. Le refroidissement des extrémités persiste. Langue plus humide. Leucocytose #7. 200 deux injections de chlore.
"ice 0. -me jour, même état. ee 26.400 ; deux injection de chlore. |
Le 10-me jour, même état. Lite ee 92. 600; une injections de chlore. |
Le 11-me jour, légère amélioration. Leucocytose 31. 600; une injection de chlore.
Le 12-me jour, même état. Leucocytose 27. 800 ; deux 1m jections de chlore.
Le. 13-me jour, légère amélioration. Leucocytose. 26. 400; | une injection de chlore.
Le 14-me jour, extrémités chaudes: Langue humide. péulS faible. Prostration moins intense. A one 18. 2005 une injection de chlore. | es
Le 15-me jour et jours lanéloration s’accentue de, jour en jour; la cyanose disparaît complètement, les extrémités se réchauffent. Le pouls s'améliore de plus en plus, en même temps que la leucocytose se maintiént au taux de: 10.000. Mais des eschares que le malade avait commencées quelques: jours auparavant s'étendent de plus en plus et prennent un aspect gangrénaux, ce qui explique une légère hausse de la leucocytose, qui arrive après quelques jours à 12.400. Malgré les eschares, l’état général du’ malade, ne fait que s'améliorer; celles-ci, sous l'influence du traitement local, ont guéri.
A ion ne hybertoxique, du typhus chez un sujet ayant dépassé, la quarantaine. Phénomènes de profonde intoxication coïncidant avec une leucocytose dépassant 30.000. Effet net du traitement sur , les phénomènes d’ intoxication qui, étant précoces, ont par suite nécessité, un traitement précoce et prolongé. On peut remarquer un parallélisme parfait entre la gravité de l'intoxication générale et le taux leucocytaire. Une baisse marquée de la leucocytose correspond
à une amélioration notable. Il est intéressant de constater que le patient reçut 14 injections, soit 7 litres d’eau physiologique chlorée, en 9 jours, sans qu’il en résultât pour lui le moindre inconvenient.
Obs. VI. M. B. S. 47 ans.
Entre dans le service au début du deuxième septénaire, présentant un état général très grave, caractérisé par: Tuphos intense, carphologie, dyspnée prononcée, cyanose très accusée des membres inférieurs remontant jusqu'aux genoux, des membres supérieurs jusqu'aux coudes; refroidissement des extrémités supérieurs et inférieures. Langue très sèche, rôtie. Exanthème hémorragique et vasodilatation très intense ; pouls faible. Notons encore deux signes d’une grande gravité: le hoquet continuel et un ictère manifeste. Leucocytose 38.600; deux injections de chlore.
9-me jour, cyanose diminuée de beaucoup; pouls meilleur ; leucocytose 37.200; deux injections de chlore.
10-me jour, amélioration sensible: disparition de la cyanose, langue moins sèche, tuphos moins prononcé. Leucocytose 20. 400 : une injection de chlore.