LA GARINTHIE ET LA STYRIE
vivement, sans que nous perdissions pour cela la moindre parcelle de l'enthousiasme de la nature que nous emportions de notre merveilleuxvoyage, et voilà pourquoi nous saluâmes avec une certaine émotion cette prosaïque ville de Villach .
De Villach à Klagenfurt, capitale delà Carinthie, la route est adorablement jolie. A partir de la station de Velden, la deuxième après Villach, le beau lac de Wœrthersée scintille à travers la verdure, à notre droite, tandis que la Drave, disparaissant tantôt derrière le rocher, tantôt reparaissant à côté de la voie, coule à notre gauche. Le lac n'est pas très-large, mais sa longueur est respectable, car il s'étend jusqu'aux environs de Klagenfurt.
C'est ime ville moderne que la capitale de la Carinthie ; elle n'a pas plus de quinze mille habitants. Les rues sont larges, droites et ennuyeuses, et l'on ferait tout aussi bien de se contenter d'une simple vue prise en passant de la gare, d'où la cité, avecles coupoles argentées de ses églises, offre xm coup d'œil agréable. Nous ne nous étions arrêtés à Klagenfurt que pour nous promener sur le beau lac de Wœrthersée jusqu'au pèlerinage fameux de Maria-Wœrth. Le bateau à vapeur nous y transporta par le canal de Klagenfurt ; c'était le dernier lac que nous trouvions sur notre route, et cette promenade sur l'eau devait nous reposer des fatigues du chemin de fer.
Nous n'étions pas plus de douze passagers à bord et le petit steamer glissait doucement sur les eaux bleues; le marin d'eau douce qui commandait le bateau à vapeur était un homme charmant, qui, laissant faire le pilote, s'était créé à bord ime enviable sinécure.
362 LE fYROL ET LA CARINTHIB
Comme nous longions les bords du lac, la machine donna tout à coup le signal d'alarme ; elle siffla douze fois à de courts intervalles comme une locomotive len détresse. Nous nous précipitâmes tous vers, le capitaine qui, debout sur le pont, semblait interroger Thorizon.
— Qu'y a-t-il, mon capitaine? demandâmes-nous.
— Il n'y a rien.
— Mais ces douze coups de sifflet?
— Ne sommes-nous pas douze passagers ?
— Eh bien ?
— Eh bien ! ces douze coups de sifflet sont un signal. ^,.
— Quel signal ?
— Un signal pour l'aubergiste du village où nous allons aborder, et qui va nous apporter douze verres d'excellente bière, un verre par coup de sifflet.
En effet, quand, cinq minutes après, nous nous arrêtâmes devant le village, l'aubergiste était sur la berge avec ses douze verres de bière, pas un de plus, pas un de moins. Au retour, même signal, même quantité de chopes, et, en cette chaude journée, la fameuse bière de Vienne, la meilleure du monde, nous parut délicieuse. Quelques heures après, nous remontâmes dans le train qui, à travers un paysage délicieux, nous conduisit à Marbourg sur la frontière, entre la Carinthie et la Styrie.
Cette ville n'offre aucun intérêt pour le touriste. Nous nous y étions arrêtés pour visiter l'un des grands ateliers du chemin de fer du Sud de l'Autriche où le directeur général de la compagnie, M. Bontoux, a essayé de résoudre la grande question ouvrière à sa façon. Le