LERMONTOFF
Un poëte aussi, un penseur sombre, qui n'accepta la société ni dans le fait, ni pour la forme, comme l’avait fait le chantre d’Onéguine, qui ne sacrifia aucune conviction au désir de la paix, resta lui-même jusqu’au bout, dur, atrabilaire, inflexible, et dont la courte vie fut une bataille perdue, l’auteur du Héros de nos jours, Lermontoff, plongé dans le marasme du dégoût, fut réveillé en sursaut par cette mort. Il osa parler d’expia-
LA SAINTE RUSSIE
tion, demander que justice fût faite des dénonciateurs, les vrais meurtriers de Pouchkine. « Vengeance , empereur ! » s’écria-t-il. Au mot vengeance, le gadusar (grand juge), le batiouschka (petit père), répondit par le mot exil. Lerinontoff fut déporté au Caucase. Il y mourut en 1841, frappé en duel, comme Pouchkine l’avait été. Triste refuge de ces têtes pensantes! Ils se jettent devant une balle pour en finir; ils donnent leur vie pour rien, parce qu’ils n’y attachent aucun prix et qu’en réalité elle ne vaut rien pour eux.
On creusa la fosse de Lermontoff dans la même terre qui venait de dévorer un autre proscrit, un condamné du 14 décembre, le prince Odoieffsky, terre qui en a dévoré et qui en dévorera bien d’autres : le Caucase ! succursale de la Sibérie, — deux ossuaires!...