‹ Le Tzar Nicolas et la sainte RussiaChapitre 14 sur 53 · LES SATIRES DE LA COMTESSE ROSTOPCHINE · texte numérisé non relu

LES SATIRES DE LA COMTESSE ROSTOPCHINE

On vient de voir l’idée flagellée en Pouchkine, exilée en Lermontoff, muselée en Polevoï, jetée à l'hôpital des fous avec Tchedaëff, terrorisée et suppliciée de toutes manières. On va lavoir se relever sons les plumes de la comtesse Rostopehine et de Gogol, avec plus de hardiesse, non moins d’éclat, et cette puissance d’expansion que la persécution prête aux choses de l’esprit comme aux individualités elles-mêmes. Opprimer, c’est fortifier; mar-

LA SAINTE RUSSIE

tvriser, c’est grandir; le temps rend toujours en vitalité à la pensée ce que l’oppression lui ôte en indépendance.

La comtesse Rostopchine a fait, avec un succès presque égal, de la poésie et du roman. Toutefois la réelle ha se de sa célébrité consiste surtout dans ses satires, que distinguent l'élévation des sentiments, la richesse soutenue de la forme, et une audace d’expressions qu’on ne retrouve pas sans surprise sous ces latitudes pétrifiées.

Exilée à Moscou pour crime de poésie, madame Rostopchine reçut la visite du gouverneur général de cette ville, le comte Zakrewski. Tout en rendant hommage à ses talents, le gouverneur se permit quelques observations sur ses tendances et ses mœurs, ajoutant que l’exemple devait venir des classes élevées.

— C’est singulier, comte, répondit madame Rostopchine, mais il y a trente ans, dans cette môme salle, mon père, qui était a lors gouverneur de Moscou, comme vous l’êtes aujourd’hui, adressait à votre femme la même recommandation.

La comtesse Rostopchine, née Souchkoff, est belle-fille du fameux comte Théodore Rostopchine, dont le nom, sur la page d’histoire qu’il occupe, se colore des lueurs de l’incendie qu’il alluma contre nous. Le comte Rostopchine se démit de ses fonctions en 1814. Il habita longtemps Paris, publia en 182ô un ouvrage intitulé la

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Vérité sur l'incendie de Moscou, et mourut en 1 826. Il n’avait pas moins d’esprit que de patriotisme. Sous ce titre : « Mes Mémoires, » — livre qui n’a qu’un seul feuillet, et qui fut écrit en dix minutes, - — il a laissé un morceau littéraire plein d’originalité et de verve. Le comte y résume sa vie en une seule phrase : « Ma vie a été un mélodrame à grand spectacle. J’ai joué, dit-il. les héros, les tyrans, les amoureux, les pères nobles, — les valets jamais! »

Les pièces qu’on va lire sont inédites ; ce sont moins des traductions littérales que des imitations fidèles, dues à la plume élégante d'un de nos amis. Toutes deux sont dirigées contre le comte Zakrew ski, que la comtesse Rostopchine n'a cessé de poursuivre de ses sarcasmes, et auquel elle a donné l’immortalité du ridicule.

Le comte Zakrewski a été ministre de l’intérieur après M. Lanskoï et avant M . Bloudoff. Il perdit, dit-on, ces fonctions, pour cause d’incapacité. Sa disgrâce fut longue, mais le besoin d’une probité à donner en exemple le ramena sur la scène. Le comte Zakrewski, parfaitement nul comme personnage politique, est un honnête homme. Il s’est maintenu pur dans un milieu où la moralité est inconnue. On sait que les Russes appellent l’honneur une chimère française.

LA SA INTE R USSIE.

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