TESTAMENT DE PIERRE I
Le testament de Pierre l' r , dont on s’est tant occupé, et qu’on a considéré comme la formule écrite et immuable de la politique russe au dehors, est, de l’avis de tous ceux qui, en Russie, connaissent le fond des choses, un document apocryphe. Les raisons qu’on en donne sont les suivantes :
1° il est constant que Pierre I er n’a pas eu le temps de préparer de testament ; comptant sur sa bonne constitution, il ne prévoyait pas sa mort, et fut surpris par elle.
2° Si ce testament eût existé, Voltaire, qui écrivit son Histoire de Russie sur des matériaux officiels, transmis par l’impératrice Catherine elie-môme. eût fait certainement mention d'une pièce aussi importante.
?>°Ce testament n’est ni dans la manière, ni dans le style de Pierre, — qui résumait tout, comme Napoléon, en quelques mots.
Enfin les rapports qui existent entre ce document et les événements ultérieurs indiquent assez qu’il a été fait après coup, dans un but déterminé.
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LE MOSCOVITISME.
Les Moscovites, — Slavisnophiles et autres, — sont convaincus que l’œuvre de Pierre I er a été fausse, — que ce tzar, — en appelant les étrangers à gouverner intellectuellement, administrativement, diplomatiquement et militairement la Russie, — a fait violence à l’esprit national, paralysé le développement normal de cet esprit, et, — loin de créer une civ ilisation, — comme c’était son ambition et son but, — n’a réussi qu’à établir, — par le manque d’homogénéité entre les hautes classes et les couclics inférieures de la population, — deux États dans un seul. — Ils prétendent reprendre le mouvement, au point même où il fut arrêté par le réformateur, et rejeter radicalement, et pour toujours, le vernis occiden-
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tal, dont il recouvrit l’ignorance et la barbarie russes.
Ces hommes sont les Staroviertzi (vieux croyants) la politique.
Quoi qu'il lui en coûtât de se séparer de prédilections que la nature et l’éducation ont formées , le tzar a dû céder à cette tendance, en répudiant partout la matière allemande, et en lui substituant la matière russe, — pure d’alliage.
Peu d'hommes publics, appartenant à la race proscrite, se sont trouvés assez forts pour résister à ce courant hostile d’opinion. Ils ont dû s’effacer devant le moscovitisme grandissant, — et si quelques-uns de leurs noms se rencontrent encore au milieu des prestiges de la faveur impériale, ils le doivent, — ou à des précédents, constituant de véritables droits de nationalité, môme aux yeux de? plus intolérants, — comme M. de Nesselrode *, — ou à une russification complète, comme le baron Osten- Sacken, ou enfin à des services intimes, comme le général Kleinmichel s .
1 M. de Nesselrode, né sur un navire anglais, dans le port de Lisbonne, est issu d une famille noble de Westphalie, en possession du titre de comte du saint-empire. Son père avait pris du service en Russie. On a dit, à ce propos, qu’il était le produit d’une quadruple alliance.
1 Le père de M. Kleinmichel était un berger courlandais. Il avait sept pieds de haut. — L’empereur Paul le remarqua :du pâtre, "il lit un soldat. — Le soldat devint officier. — Dans les parades, c’est lui qui sortait des rangs pour indiquer le maniement des armes. Ses ca-
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mandes, — par antithèse, — l'appelaient petit Michel (Kleinmichel). Quand il mounit, on lui fit cette épitaphe :
ZDIES' HE ROÏ T.EZIT',
CZEST’ IEHÜ I SLAVA ;
OH W GROOBIE TZCHERWUH SRITCHIT',
DincsTZu ha pruvo.
Ci-gît le héros.
Honneur et gloire à lui.
Aux vers, dans son tombeau, il crie :
« Direction à droite ! >
Son fils, — le général actuel, — s’attacha au comte Araktchciefi, qu’il suivit, comme aide de camp, dans les colonies militaires. A sa mort, il se posa comme l’héritier de ses vues. Nous avons dit par quelles circonstances sa fortune se consolida. M. Kleinmichel dirige aujourd’hui le ministère, en sous ordre, des voies de communication. Sa roture se cache sous un titre de comte, et un blason, où le tzar a permis d'inscrire cette devise :
Oucerdle wsio protomayttei' .
!,a persévérance triomphe de tout.
Le comte Kleinmichel est l’une des trois influences intimes de la cour de Pétersbourg.
La première est celle du comte OrlotT, — la seconde celle du docteur Mandt, — la troisième la sienne.
On définit, ainsi, l’action relative de ces influences :
Le comte Orloff refuse, — le général Kleinmichel promet. — le docteur Mandt agit; — l’humeur du tzar décide.
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iPage 109.)