LE FELD-MARÉCHAL PRINCE PASKÉWIT&H
Un souvenir, à peine un drapoau, — tel est le prince de Varsovie. — Le principe de sa disgrâce réside dans ce fait : n'étant plus utile, il devint incommode, puis mal- * heureux, et fut brisé.
Le p»'n^ (Je Paskihvilcli naciuit à Pultawa. Il s»' maria à la fille d'un bourgois de liohilew, nommé Karabardj . La sœur de sa femme avait épou$;é^ Yanschine, valet de
chambre du prince Plaiow Zouboiï» dernier favori de Ca*
' iherine lï. - •
Lors du décès de la Uariae, Zouboff s'empara d*un coussifi' quelle lui avait recoùimandé. la veille même de sa mort. 11 lo confia à Yanschme, qui sut en lirer bofi parti. On le voit bientôt après grand seigneur, avec le |M're de Paskt'witcli pour liommti d'affairos. En 1806, relui-.ct était conseiller titulaire, chevalier de ^nt-Wla« ilimir, et, plus tard, propriétaire de sept cents âmes dans 1<^ rayon de Hohilew» Lorsque Paské^itch devint célèbre, famille russifia son nom polonais, en y changeant Hu«'h|uc\s lettres Elle se fit appeler, PiisLéwilch, au lieu de Pascbkiéwicz. •
Le maréchal s*allia à une Griboiédoff, qui lui apporta en dot de grands biens, dans les gouvernements de Wologda. Vers Paskéwitch les échangea, en y joignant un app4>int de plusieurs niillions, contre le magnifique domaine deUomel, situé danâ la Russie-Bhindie, et qui, au temps iW la n'puhliqut' de Pologne, était une starostie, terre appartenant à la nation, panis bene mermUum, — « le pain de ceux qui avaient bien -mérité de la patrie. » Lors du premier partage de la Pologne (1775), Catherine il avait fait prësént de cette propriété au chancelier lîoumanzioff.
Paskéwitch commença sa carrièredans Parmée deKosciussko, «[ le dernier des chevaliers et le premier des citoyens dan$ Torient de TEurope. )> Après la chute du héros à Macéjovice, il entra au service russe, et prit part
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aux luttes de TEmpire. Son non^: est .resté attaché aux succès militaires de Wiasma, de Krasnoï et de Culm.
En i826y il détruisit à Élisabeth'>Pol l'armée persane ; Tannée suivante, il prH Érivan d'assaut..
Sa campagne de 1829 contre les Turcs amena le tr^ilé d'Andrinople, point de départ de là sUfNrématie russQ eîi Orient. - - ' .
En 1831, il succéda au comte Diébitsch-Zabalkanski dans le commandement de Farmée rusée» qu'il mena sans coup férir jusqu a Varsovie.
On récompensa ces services éctaïalits par les titres de comte d'Érivan, de prince de Varsovie et de vice-roi de Pologne.
Le maréchal Paskéwîtch est un vieillard de formes rudes, vert encore^ malgré ses soixante-douze ans, nulle* ment brillant, mais doué d'un bon sens exquis, qui empreint d une autorité singulière ses remarques toujours brèves. Du reste, nature instinctivement simple et droite. Le inan'chal Paskéwilch, quoiqucvainqueur, quoique dominateur, quoique représentant d'un pouvoir exécré, est aimé des Polonais alitant que des Russes. On lésait radicalement opposé aux mesures d oppression. En mai 1852^ lors de la promulgation de Toukase qui obligeait tous les Polonais âgés de dix-huit ans à servir dans Tarmée russe, Paskéwitch osa faire des représenUitions, et eut lé bonfaeur d'être écouté; l'oukase fut rapporté. Ce n'était pas fia première preuve d'indépendance. Peu d'années avant lavénement de Nicolas, il lui avait adressé publiquement .
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(le sévères paroles. Louis Xii oublia les injures du duc d'Orléans, mais Tempereur se souvint au fond du cœur de roiïensç faite au grand-duc. Toutefois, sortant à peine des pendaisons qui suivirent l'insurreetion.. de i825, — ilavait besoin d'un mot etd'-un acte à effet. « Teisouvienstu, dit-il à.Paskéwitch, comme tu ni'as traité Maintenant que je suis le maître, atlends-toi syp représailles, i — 11 le ftigçnéral en chef. '^' j^ir ^ ' ■
On sait que Paskéwitch mit fin^j^d^W opérations savantes, dont k lenteur n'a pourtant pas été exemple de critique, à la dernière guerre deLHoDgrie. Le v ieux maréchal a rapporté de cette campagne un sentiment amer de rancune contre l Autriche. 11 ne peut pardonner à. ce gouvernement le meurtre des généraux hongrois, auxquels il avait garant i la vie sauve. En apprenant cette exécution, contraire au droit des gens^ qui compromettait sa parole et Thonneur du nom russe, il fut tenté de retourner sur ses pas,, pour châtier C€ux qu'il venait de défendre. Rien n'a pu effacer ce souvenir de Tesprit de Paskéwitch . et, dejHiis lors, on ne Ta pas entendu une seule fois prononcer le nom de Uaynau, — ce bourreau qui fouettait les femmes hongroises, et que les brasseurs de Londres llagelléreut à son tour, — sans y accoler Tépithète d'assassin.
En Russie, une probité complète serait un anachronisme.. La conscience slave a ses conditions propres. Le maréchal Paskéwitch n'a pu se soutraire à cette loi fatale. Un grave pèse sur loyauté de soldat. Uu
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orientaliste, M. deNeymann, en a rendu compte, et le
Poi'Uhfolio a public les pièces juslificali vos. Nous le donnons de notre côté, d*après des informations directes, dont rexactitude n'est pas douteuse. - • ' *
C'était à répoipie des victoires remportées sur les Perses ; 1» Russie agrandissait son territoire aux dépens de^vaincus. Elle veuait de pousser ses frontières jus* qu'aux pifté%|9lïivan ; mais cette conquête ne lui avait livré que de Tespace; elle avait besoin de matière luimaine pour peupler le désert. Les Arméniens, disséminés sur le sol persan, lui semblèrent propres à remplir ce but. Par la communauté de religion et leurs sympatiiies pour la Russie, ces derniers pouvaient former une excellente avant-garde contre les Perses. Il y avait alors auprès' du prince Érivansky un bomme appai tenant à une famille en honneur parmi la race arménienne, H. de Lazareff ^ 11 avait commandé, un instant, la capitale de TiOis et dirigeait le quartier général de Tarmée russe. On savait que les Arméniens répondraient à son appel.
Paskéiwiteh iui parla au nom du tsar, flatta son patriotisme, l'assurant que rémigralion trouverait dans les nouvelles possessions russes des babitaiionSf des vivres, des privilèges et la faveur impériale.
^ La famille Laureff, puissante par ses richesses et remploi înlelligem de sa foriuney est oriffinaire de rAnnénie. On la regnrde en Russie, sa patrie adoptive, chef de la race arménienne. Elle
a fondé, à Pétersbourg et h Moscou, de nembrevi établissements philanthropiques en faveur de ses compatriotes.
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Sar cette garantie, cent miUe familles se mirent en
iiwrclie \rrs la lorre promise. La première colonne atteignit Karabok ; elle n'y trouva ni abri, ni nourriture. hi maréchal avait otMié de lionner les ordres nécessaires. Plusieurs-milliers d'émigrants [lérirent de froid et de faim. Les ootonnes snivantes, informées du désastre, lelournérent sur leurs pas, préférant le joug turc à la protection moscovite.
M. Lazareff voulut réclamer. On étouffa sa voîx; il fut écarté de toute participation aux affaires. Cet homme ne s'est jamais relevé doucette cbule, et il en porte aujourd liui le témoiguage dans une santé ruinée et dans une existence flétrie.
Au moment où rémigralion arménienne s'accomplis* sait, M. Gribojodoff, ambassadeur du tzar et cousin du maréchal Paskéwileh, dans une dépêche au* comte de Nesselrode, disait qu'elle rapporterait plus à la Russie que les trente-deux millions obtenus du^hah de Pme, comme indemnité de guerre. Toulelois, celle déplorable aventure eut son dénoùment. Le même M. Gribc^edoff fut massacré dans les rues de Téhéran par la populace exaspérée.
Le prince de Varsovie a parCiOuru une carrière trop brillante pour avoir désiré la guerre an déclin de ses forces, de son activité et de sa vie. 11 sentait trop bien qu'il n'avait rien à gagner à des victoires, et qu'il pouvait tout perdre à d<'s dc'failes. Aussi n'est-ce qu'au dernier moment, avec r^et, à son corps défendanti et par pure obéissance, qu'il a accepté la directionr d'une guerro dont
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son jugmoit et sûr ne liU permeitait de se dissi- -
• mwler ni les difficultés, ni les périls. Radetzky, l'émule de Paskéwitcli, a été heureux dans ses vieux jours, mais c*est là une.exoeptioB, due sans doute aux condiUong propres de Tannée piémontaise, autant qu aux talents du général autricbien. Badelzky luttait contre un roi chevaleresque et brave, mais qui n'était pas général el n avait pas de généraux autour de lui, tandis que Pftskéwitoh allait se trouver en feee dUin (Capitaine jeune, liabiie et sage, dont les succès inespérés veoaient de relever le prestige abattu des armes ottomanes, et au secours duquel accouraient les meilleures troupes de TEurope» commandées par .des offieiers pleins d'ardeur et de mérite. 1/ëcbec de Silistrteest venu justiOer les tristes pressentiments du marécbal ; sa renommée s'est brisde contre ces murailles imprenables, et Thomme qui, comme Marlborough, u avait pas assiégé de ville qu'il n'e&t prise, ni livré en personne de bataille qu.*il n'e(rt gagnée, dès sa première apparition sur l'ancien l(»naiii de ses triomphes, a été réduit à s exposer comme un simpléWrikt, cberebant la mY>rt qui Ta fui, pour ne pas survivre à la réputation d'invincibilité que vingt ans do succès liii avaient faite, ét qu'un seul jour lui a ravie.
î/empereur avait ordonne» à Paskéwilch de prendre Siiistrie è tout prix, et Silistrie â résisté malgré les efforts désespérés du génénîî et des officiers commnnilant sous ses ordres. Cette désobéissance, si involontaire (|u'elle fût, a été outrageusement punie. Sans égard pour TAge
du prince de Varsovie, pour sa vieillesse, pour sa gloire, 1e tzar lui a reprocht^ avec amertume une défaite «qu'il n aurait du justement ioiputer qu à lui seul, puisque, seul, \i avait décidé^ commandé, dirigé, opéré sur le
Danubo, ne laiss»nnt à sos lieutenants que ie soin de se battre, et te droit illimité de se faire tuer. Paskéwitch, abreuvé de dégoût, a dû résigner le commandemènt et solliciter sa retraite, On ne la lui a accordée un instant que pour l'en foire sortir ; car, en Russie, tous ceux qui traînent le boulet du service ne peuvent s'en séparer qu'à la mort, sauf le cas où la Sibérie vient à se mêler «le la question. Il esta croire, toutefois, que la contusion qu'il, a reçue pendant le siège et la disgrâce dont elle a été suivie, — deux blessurès, — donneront avant peu, et pour toujours, au vieui^ maréchal, le repos qu'il a ipntilement demandé à son maitre.
' Suallord, marchant à l'échafaud, s'écriait: « NoUte canfidet^e principUm ; non est sdlus in Ulh * . »
* « vous iiei pas aux prioces; le salut n'est pas en eux. »
LE COWTE MIÉCISUS POTOCKI. - LE COMTE WORONTZOFF.
Bien d'autres individualités pourraient se faire des paroles de Slrafford une application aussi directe et aussi fondée.
Un homme d'un rare mérite, M. deKozuchowsky, nous a confié, à cet égard, des particularités curieuses.
J'ai cit^ M. de Kozuchowsky. Un mot d'abord de son caractère et de ses talents.
C'était un Turgot polonais, avec l'audace de Law ; —
m . . W TZAB NICOLAS.
bon et simpte, petit enfanl dans le» détails usuels de la
vio, mais doué du génie le plus entreprenant et d'un ôourage invincible dans l>ppliqition. 11 s'attira d'odieuses aoimosit^. Il fut baî; des hommes du gouvernement ' ^on ne doit jamais confondre cette Russie avec l'autre ; «lie lui ressemble emme un masque à un visage et une grimace à un sourire )\ il fut haï, dis-jo, de ces Uemmes, en pr^mier lieti, parce qu'il leur était supérieur, ensuite parce qu ï\ était Polonais, et enfin parce qu'il n'avait pas de rang dans le tcbine. J'ai entendu, en 1848, un penseur de distinction^ un compatriote de jugement trèssain, très-sûr, très-froid, exprimer cette opinion: — • Si fêtais présidmï de la République^ je nommerais M, Koi^ucfiowsky mon ministre des finances. » Son éducation économique s'était faite à une excellente école , celle du prince Drucki-Lubecki, son émule, son ami; son modèle, son adoration. (Voir la note H.j C'était une de .ces natures que le gigantesque attire, que l'impossible n'effraye pas et qu'une incessante contention intellectuelle consuma rapidement. Il mourut en 1853, dans les propriétés sibériennes de H. BénridofT, dont il était le fondé de potivoirs. La liberté et le temps seuls lui manquèrent pour accomplir des miracles administratifs et liuAnciers. Mais c'est u[i de ces noms qu'il ne faut pas laisser périr. , .
Personne n'était plus profondément initié aux mystères de la Russie officielle.
« Vous me parlez, me disait^il, des choses qu'on n'ose-
LE TZAR NiGOUS. - i65
rait |)aâ faire contre certam.s noms, certaines positions,, certaines fortune». Savez vous oe ijpii est arrivé au comie Miëcislas-Putocki? — un exemple entre mitte. Écoutez. Potûcki est l'un des plus ricties propriétaiies fonciei^ dr^^ la Pologne . Il • épousa , eiî^premîér^ noces, *uiie pèrsonne * . fort distinguée, madeaioiseU.e Delphine Komar, sœur de la princesse de Beauveau» se'hrouUla avec èlle, ilemanda le divorce, Toblint malgré l'opposition de celle-ci et se remaria avee une demoiselle ScIt^yko^sLi» dont il avait fait la eonnaissatice & Kiew. Cette seconde union n^ fut pas plus heureuse que la première. Incompatibilité d humeorà; — excès de violence d'une part, absence de rc* signatioû de l'aulre. — L-a santé d'un enfant, né do ce mariage, s étant altérée, Potocki^ grand ptrtisan de In médecine Leroy, voulut l'administrer au petit malade. Sa femme s'y opposa, et eut recours à lempereur pour vaincre les résistances dè son mari. Dife àceusaftbn* d'empoisonnementfut formulée.— accusation absurde, monstrueuse I . '
« Le tzar n aimait pas Potocki, à bon droit peut-être. Potocki, à tort ou à raison, est un des hommes les plus décriés de Tempire S mais ce motif ne pouvait jus-
* Le comte Ifiéeîslas Polocki t*est bit remarquer par les plus ivlsien excentricités. Il avait la nionomanie des querelles. Vn honinic r» coiiiroandable, M. Rulkowski, se chat ({c, à sn prirre, «le liquider sa position, embarrassée par vingt actions judiciaires,^ à la condition d'agu* d'aprie son libre arbitre et de recevoir deta cent niiiie ttorina en eaa do sueoès. 0e pleins pontoin Arent rédigés on ce sens, H
m LE TZAA NICOLAS.
tifier les mesures d'excessive rigueur qa on adopta coatre lui. Il D*y eut ni enquètô, ni interrogatoire. — Il fut arrêté et relègue dans la forteresse de Schlusselbour^, où^ sur ses immenses revenus, il ne lu a été permis de reoevoir mensuelleinenf que quelques centaines de roubles. 11 y a dix ans de cela, et le supplice na pas cessé. Depuis dix ans, la victime se consume dans cette forteresse, et ni ses prières, ni les supplications tardives de sa femme, ni les instances de ses amis, n*ont pu fléchir le tzar. Vo*is verrez plutôt un torrent remonter son cours que Nicolas abdiquer ses haines, justes ou injustes. Potocki, innocent du crime qu'il expie, mourra en prison. Personnellement, j ai fait, en vain, mille démarches pour obtenir Tunique faveur de lui faire passer, chaque mois, quelques roubles de- plus.
M. Rutkowski se mit à l'œuvre. En six mois il parvinl à terminer Il plupart des questions; il touchait au but. Le comte s'efVraye; il treolble de toir tous ses procès loi échapper en même temps ; U soa- • doie, sous main, des agents pour contrecarrer U.' Rutkowsld. Celui-ci' voit surgir des obstacles là où il s'attendait le moins à en rencontrer. Il s'étonne, s'inlorme, et apprend que cet ennemi acharné, dont il ne s'explique pas l'existence, n'est autre que son client lui-même. •
Poiocki embrassa la religion grecque schismatîque, dans la pensée qne cette ap<^asie calmerait la colère du tiar. ]!ïicolu, à celle noofolle, se contenta de prononcer ce mot : « Miférabh! i — INnir se venjrer do sa femme et déshériter son (ils, Poiocki a libéré les paysans de ses tloniaincs en leur distribuant ses terres Ce malheureux n'est plus ù Sclilusselbourg; il végète aujourd'hui en Sibérie.
Iniquité du juge, ahaissemont de hi victUne, telle est l'histoire de Potocki.
« Voici «neore un foit^ ajouta M. Koeuchowsky ; il date
d'hier, et tire surtout son importance de la haute position de cdtti contre lequel il est dirigé. Vous connaissez le comte Worontzoff, — de réputation du moins. C'est un des beaux caractères du pays, — un des iionneursdu temps, ce que les Anglais appellent un parfait gentleman. * — On l'a surnommé : — « Une main de fer dans un gant \ devehurs. » C*6^» de plus, l'ami particulier du tzar. — Or le comte avait acheté au comte Saniovlolï. sur les in- V stances de sa vieille mère, qui voulait y fonder un majorât, la magnifique terre d'Outhta, située aux environs de Moscou. Le payement avait eu lieu, la prise de possession était effectuée, les paysans avaient reconnu 4eur nouveau maître ; toutes les formalités coutumières et légales étaient remplies, lorsque le tzar, qui depuis longtemps avait des vues sur celte propriété , en apprit la cession. Il écrivit au ministre de sa maison, — le prince Pierre Wolkonsky :
a Si la vente n'est pas faite, qu'on ne la fasse pas; si i elle estiea cours d'exécution, qu'on la suspende ; si elle « est effectuée, qu'on l'aniiule. »
tt Le ministre fit observer respectueusement qu'il lui semblait difficile de revenir sur un acte consommé. * ,
« Nicolas traite ses ministres à la façon de Catherine, - 4|ui appelait les siens : « Mes bêtes. »
<( In second billet, tout à fait imp4Tial, pulvérisa les scrupules du prince Pierre.
« — 11 contenait ces trois mots : « Je le veux! »
m L8 T2AR NICOLAS.
« Je le -veux ! paroles magiques. Le comte Worontzoff
protesta publiquement ; sa vieille mère, femme yénérahle, adressa au tzar une lettre pleine de noblesse et dç fierté, où elle en appelait de l'empereur mal informé â Tompereur mieux informé. Tout fut inutile. LesWorontzoff ont dô résilier le marché et restituer la terre.
a Quel nom, — si les noms ici étaient quelque chose, — auïait dû être un bouclier plus sûr que cdui des Démidbff, (|ui ont écrit avec la chanté ThisU^ire de leur famille. 'Mieux que personne, cependant, vous savez ce * qu*on a fait du prinee Anatole. Ne dites donc pas : — On n*osera pas toucher à cet homme parce qu il est riche, parce qu*il a liû nom, parce qu'il compte un passé de
gloire ou de bonnes œuvres. On peut toucher à tous les hommes. Il n*est pas de t^tes si hautes que le tzar ne puisse abattre d'un seul geste, plus vite et plus aisément que je n'abats ces braaches. Depuis le paysan, soumis a VobivCy jusqu'au ministre, tout est esclave au même titre et aii même degré. — Nicolas, c'est soixante millions d hommes incaraés dans un seul. L opinion ne saurait, en nulle façon, servir de contre-poids à ce pouvoir terrible. Le gouvernement la craint au dehors, il est vra^ mais en Russie'il la domine et la dirige à son gré. Là, d'ailleurs, où il n'e.viste pasdeliborté, où aucun droit n'est reconnu, où il n'y a ni presse ni tribune, comment une opinion publique se pourrait-êlle manifester?
I î^a moindre inculpation de h'gèreté politique, une expression d'un sens douteux, — prononcée ou non^
Lfi TZAR NICOLAS. 167
mais 4)u'oii vous prête, — sufût pour motiver Tacte le plus inique. Un homme suspeeté de libéralisme (doukh) est uu homme perdu. Sous ce prétexte, on vous arréte,^ on vous emprisonne, on vous déshonpre, on vous déporte en Sibérie, un vous lue, — le tout proveiuivement 1 Vous aves le droit de. boire, de manger, de doïmir, mais de voir, d*entendre, de réfléchir, de disenter, de prouver, non I — Eu vain s'imaginerait-on trouver quelques ga ranties, contre cet arbitraire salas limites, dans les lois * établies par les autocrates eux-mêmes, et dout l'incohérent assemblage ne ^compose pas moins de cinquante volumes. — Enfantillage occidèntalî Les lois! mais comment se font les^iois?. — par des oukases. Par qui sont promulgués ces oukases? Par lès tears. Qui donc empêche le souverain de détruire par un oukase ce qu'un autre oukase a établi? Nicolas, par un simple décret qui n'occasionnera pas plus de bruit que cette birondollc rasant le gazon, peut demain renverser l'échafaudage des lois existantes ; et c'est judicieusement qu'un de vos écrivains * a dit : — « La loi en Russie se reconnaît elleff même inférieure aux autocrates, et cela est juste, puisc que Tempereur peut, en cinq minutes, paralyser ou dé- « iruire la loi par une autre loi qu'on appdie oukase-. »
' M. de GiMtine, la ttMtu m 1830.