‹ Le tzar Nicolas et la sainte RussieChapitre 23 sur 42 · DEUX GÉNÉRATIONS D'ALIÉNÉS · texte numérisé non relu

DEUX GÉNÉRATIONS D'ALIÉNÉS

Nicolas passe une grande partie de la belle saison h l^éteriioff,cbaruiaûte maison de campagne, dont Pierre 1^' commença la vogue el t|ui baigne ses masses de verdure

dans leb flots bleus de la Baltique On le rencontre fré-

* Pélerboiï.eAl situé à vingt-six verstes de Saint-Péterabouig, sur une hauteur qui regarde le frolfe, et d'où Pierre I** pouvait embrasser* d^uneoop d'An!, sa flotte moaiUée dani la baie deCronitadt.

qaemnkent dans les avenues de oè patc magnifique, —

conduisant lui-même sa briska, en compagnie de l'Iicritier» du grand-duc Constantin ou du comte Orloff . — Un promeneur, un Russe, ^ officier de marine distingué, — a le malheur d'être croisé par le tzar. Nicolas arrête ses chevaux et lui fait signe d'approcher :

— Qui êtes vous?

— Sire» lecapitaine du navire le. . . '

— Où se trouve votre bâtiment? •

— ACronstadt. - Qpe faites vous ici ? •

^ Sire, dit le capitaine profondément ému, je prolite d*un moment loisir pour visiter Péterhoff . -

— Vous avez tQrt, monsieur : le capitaine doit être où est le navire; vandes^-iVi^ lHix anôts.

Le malheureux officier Mit inc|rcérq^épjpédé de son commandet|p>j||ti^ir^^^ retour.

«t La princesse iSanpfKly^ dit H. Hichelet, était venue prier pour son jeune mari qui partait pour la Sibérie ; Temp^eur se fit apporter la sentence, et, de sa main, ajouta : — d pfai. •

Il y a des milliers de faits du même genre; les pierres les crient sur son passage ; on en ferait des volumes.

Lors des fêtes du couronnement, à Moscou, en 1820, la princesse Wolkonski^ fille du feld-marécbal Eeimine, fut contrainte de paraître au bal de \% cour, malgré son grand àge^ au moment même où son fils bien-aimé, le prince Serge Grégoriévitcfi, condamné au supplice du

désert, s a^hemiBait vers h Sibérie, les fers aux mains,

si>us la garde d'un peloton de Cosaques.

A la fin de itô7, le.paiais impérial disparut, dévoré par rincendie.'Le tzar dut se retirer à Péterhoff. Le ministre de sa maisou, le prince Pierre Wolkonsky, reçut Pordrè de faire eoustroire un nouveau palais, de tous points semblable à celui dont les débris iumaient eacore.

Une année était assignée, pour terme, a cette œuvre colossale.

. Le prince Pierre fit observer respectueusement qu un tel délai était insuffisant.

— Rien n'est impossible, monsioui*, reprit sécliement le tzar, avec du zèle, des bras, de Targent. ie le veux!

Je le veux 1 — Ce mot, dont nous avons déjà signalé la toute-puissance, eut encore ici so» plein effet.

Dix mille hommes travaillèrent sans relâche à «cette coustructiou. Les malheureux ouvriers périrent en foule, victimes d'une précipitation funeste ;, mais Tordre du maître lut rempli.

La terreur ! voila ce que peisonnifie le tzar, ou plutôt le principe dont il émane. C'est la pierre angulaire de Tédifice. Ivaû le Terrible Ta inaugurée, en faisant bouillir tottt viVants, dans des chaudières, dont il attisait le feu lui-même, ceux de ses courtisans qui avaient le malheur de luidéplaire *; — Pierre. leGrand., — Pierrele Cruel, —

* il II les lait ccorclicr vifs en sa présence; puis il tait lacérer par parties leurs cliairs mises « nu et palpitantes... Quelguci'ois il les achève de sa main à coups de poignard, mais le plus souvent il nié-

LE TZAR NICOLAS. Mi

l'a consacrée m éj^orgoant de sa main, par simple passetempSy les stréliu, et, par amour de ses œuvres, son propre fils Aleûs ; — ^-"Paul I*' a continué la tradition, en jetant à la prison ou à la Sibérie tous cdix qui, dans les rues de Pétersbourg, ne s'agenouillaient .pas dorant lui, ou qni, contrairement à ses oukases, se permettaient de porter des chapeaux ronds et des pantalons l — Nicolas l'a exagérée,.8'il était possible, en imaginant- de nouvelles perst'cuiious et de nouveaux martyres, en se faisant systématiquement tortionnaire^ eh déportant, non plus dc^ familles, mais des populations, — en tuant non plus des individus, mais des nations, -r- les juifs, — les Polonais. — Il l'a entrée non-seulement dans les faits, mais eneôro dans le geste, dans le regard^ dans la parole, dans le style. Il a violenté une nature déjà rude et sévère pour la rendre plus rude et plus sévère encore, car ceux^iui tremblent ne pensent pas, ceux qoi ne pensent pas ne conspirent pas, et ceux qui ne conspirent pas laissent au despotisme la liberté d'action nécessaire pour maintenir lës peuples dans leur néant. * La Pologne n'oubliera jamais quen 1859, sous les

nagt' aussi loii<;teinp.s que |>ossible le cœur cl la lèlc pour l'aire durcM* le supplice ; il ordoonc (]a'on dépèce les nieiujjrcs^ mais avec arl cl sans attaquer le tronc, puis il l'ait jeter un à un ces tronçons vivants ■ des bêtes af&unées et avides de cette misérable chair, dont elles a'arrachent les alfreoi lambeaai, en présence des victimes i demi haehées. « Karamzine, d*oîi ceci est extrait, cite les sources, rt

[\mt la Ruw en 1830, par M. de Gustine.)

murs de Prague, l'armée russe exécuta le ttmulacrd de

la dernière guerre, où Taroiée polonaise avait été détruite; ea préséBCe d'une population morne, désolée» aeeusatrice dans son silence, et que, tandis qu'on piétinait sur son cadavre héroïque, le tzar Nicolas défilait comme colonel, à la tète d*un régiment, devant le prince de Varsovie.'

Cette fureur de despotisme, cette rage dç persécution, ce besoin d'avilissement universel, si haïssables qu'ils soienten eux-mêmes, laissent pourtant^ philosophiquement envisa<<«'s, l'homme jusqu'à un certain point irresponsable. Ici la liberté morale est compromise. L insanité intellecttteUe est frappante. C'est 4e triste héritage laissé par Pierre III à Paul 1", et | ni Paul 1" à trois de ses fils. D'un iba sost issues deux générations d aliénés: rien de plus ordinaire dans la science et dans la vie.

Mon. frère fiéuédkt, — - auquel son séjour en Russie et ses travaux spéciaux datts le journalisme ont permia d'apprécier, eu pleine connaissance de cause, les institutions et les hommes de ce pays, — a jeté dans un beau livre, dont la publication se prépare, de vives lumières sur ce dernier point.

« Pour peu, dit-il, qu'on ait habité fétersbourg, ^t connu quelques familiers des résid^ees impériales, on ne saurait ignorer que l'empereur est périodiquement saisi, au renouvellement des saisons, d'accès d'humour noire, de crises hypocondriaqueâu^ui changent en rigueur cruelle son ordinaire sévérité; pendant I9 durée desquels

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il menace toutes les positions et les existences, destituant ses fonctionnaires et. ses gënëFaux, montrant un front . d'airain à ses intimes, frappant, à légal d'uù crime, la plus légère faute, vx marquant, pour les balles circassiennes ou les solitudes de la Sibérie, une foule de malheureux, tombés acciilen tellement dans sa défaveur. C'est pendant ces éclipses mentales, dans ce$ jours de raison obscurcie et de libre arbitre altère, (jne le tzar a dicté ces siuistres oukases, non amnistiés par riiistoire^ et dont il aura tant de peine de se- laver devant Dieu. C'est surtout alors qu'il s'est décidé à faire de la Pologne, non une esdave, mais une morte, enterrant, dans le suaire de sa nalionalilc, sa religion, sa langue, ses mœurs, ses costumes et jusqu'à son nom. C'est à ces heures vacillantes qu'il est juste de reporter les décrets d*un autre . âge, autorisant la fustigation et la bastounade comme moyen d'instruction pendant le cours des procédures; qu'une jeune Polonaise de dix-huit ans, mademoiselle Kavecka^ fut, en 1835, condamnée à mort et fusillée, * pour avoir favorisé rtnsurrection ; qu'il fut permis aux autorités russes de faire main baisse, en Pologne, sur tous les eafans -mâles vagabonds^.orphelins mt pauvres, afin . de les incorporer dans les bataillons des militaires cantonistes, — ordre atroce, puisquer, les dix-oeuf vingtièmes

du total des habitants étant pauvr^^, c'était en -réalité faire disparaître la grande majorité de la population' naissante ; — ordre atrootf, dans la pensée et l'exécution,

car les commissaires de police invitèrent toutes les fa-

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milles n(HL>^iieuse< à venir s'inscrire au commissariat, et trompèrent» par ee perfide appel, des parent» infortunés, qui livrèrent ainsi par surprise leur chair et feor saiig ; — atroce enfin, car ces razias d'enfants amené-, rent des' émeutes de mères et d'inconsolables désespoirs.

« Dans ces faits, dans cefit autres, Taliéniste, sinon l'historien, saura faire la part de la folie. *

f Pierre 111 commença cette funeste série (fesprits troublt's. La vie de ce prince compose une fatale histoire. Appelé au trAâe de Russie par le vœu d^Élisabetb,' il épouse, alors brillant et jeune, l'une de ses proches parentes, Catherine d'Anhalt*Zerbst, qui devait iliu^f le nom de Catherine II. La politique les rapproche; Tamour les unit. Voulant inaugurer son règne par un grand acte, Pieire rappelle de l'exil toifs les condamnés politiques, et abolit, par un deuxième oukase, Todieux tribunal dit Chancellerie privée^ qui avait peuplé les déserts d'Irkoust d'un millier de proscrits, arrêtés sur les plus laibles indices, et jugés s%ns être entendus.

« Maïs la petite vérole vient subitement frapper ce prince. Elle dévaste ses traits, dépouille son front, déforme son corps, si élégant aulrèfois. Catherine était alors à Moscou. Elle se hâte, terrifiée, de revenir à Pétersbourg, traversé, en iM>urant, les salons du palais d'hiver, s^élance au-devant de son mari, le regarde sans parler, chancelle, fait un geste d'invincible horreur, et s'évanouit. Son amour est pour jamais éteint rH sera remplacé dans sou cœur par le dégoût, la haine, l'ambition.

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mille passiens terribles. Quant à Pierre, quelque chose»

aussi, s'est brisé en lui. Ce regard de Catherine a tué rbomme iutelligeai et moral. S'il se rappelle vaguemeat encore qu'il' a été beau et aimé; c'est poor s'efforcer Ae cliusser cet acre souvenir au sein de plaisirs honteux. Il affiche hautement son mépris des Russes et ses sympathies all(*mand<'s. Fervent admirateur du roi do Prusse, il veut imposer à sa nouvelle patrie le code Frédéric ; mais la* noblesse, le clergti, le peuple, ne voient dans cette tentative qu une insulte à leurs usages» bien qu'au fond il y eût peut-être une lueur de bon sens à tenter d'imposer une législation inoin^ confuse et moins barbare à un pays qui comptait trente-six mille oukases sans une loi régulière, et Chez lequel, dans les procès criminels, il était admis de battre l accusé jusqu'à qu'il eût avoué son crime, ou, s*il persistait à nièr, de battre l'accusateur jusqu'à ce qu'il eût r»'traeté son témoignage.

« Le mé<k>ntentement n'^n fut pas moins général. Passionné jusqu'au détire pour la discipline prussienne, Pierre 111 s adonne, avec une ardeur fébrile, aux plus puériles occupations militaires, et commence ainsi 4a tradition d'un genre de manie, devenu également héréditaire dans sa famille. On n'ignore pas, en effet, que iNieoias l", comme son grand-père Pierre llï, comme son père Paul, comme son frère le grand-duc Michel, ne voit rien au delà de la tenue réglementaire d'un bataillon, et l'on se rappelle que, visitant à Odessa le jardin botanique de H. Nordmann, il s'arrêta, frappé d'admiration

m • LE TZAB NICOLAS.

df'vanl une plantation d'acacias, et s'écria dans une stupeur enUiousiaste : f Quels beaui arbres ! ils sont alignés c comme des soldais. »

d Pierre lli, je l'ai dil« perdit insensiblement sur ie trdne les qualités brillantes qui aviiient distingué le grandduc : il devient extravagant, bizarre, ombrageux, libertin, irréligieux» brutal jusqu'à la <^ruauté. Catherine, au contraire, affecte des mœurs élégantes et les dehors d'une dévotion profon4e; elle fréquente assidûment les églises, dote des monifôtéres, s'agenouille dévant les popes, sème l'or dans les isba, et adopte, pour ne le plus quitter, le costume sationah Le peuple, larmée, les prêtres, van-

tent à Tenvi sa beauté, sa grâce, sa piété, sa jeunesse, et le jour où, coniiaute dans sa popularité et sa force, elle se lève pour déposséder Pièrre lU, )a Russie entière est sa complice. Le malbeureux Pierre, bagard, ahuri, sans force de cœur, car son esprit est sans clarté^ se voit contraint de signer son abdication. On ne lui épargne aucun genre d'outrages ; il est laissé à demi nu sur un escalier de Péterboff, où îLavait régné en maître. Les saint Pierre accourent pour le renier, les Judas pour le vendre, et l'un d*eux, auquel il reproche de Pavoir délaissé pendant sa fuite à Cronsladl. lui répond avec une basse ironie: ft Le vent soufflait du nord, et j'avais oublié mon H manteau. »

u Keuiernié à liobscbak, à vingt-deux versles de Pétershourg, son unique consolation, la seule lueur daifê

Si» nuit, est d'entendre par intervalles une voix bien

eoiiBHe cluiiiler mystérieusement, sovs ses eroisëes, me

romance âpre et triste, particulière au génie rêveur et mélançolique de la Russie. Cette voix est celle d'une tille d^honneur de Timpératrice, la charmante et fidèle maî-^ tresse de Pierre 111, g^tée naguère par la fortune, m^ûs devenue dans le malheur un ange de bonté, de dévouement et de repentir. • -

« Tout finit: le drame eut son dénoûment. Le 6 juillet 1762, quatre officiers entrèrent à la tombée de la nuit dans Je petit palais de Robschak. G» qu'ils ^ firent, on le devine : l'histoire l'a On raya un empereur de la liste des maisons régnantes, un homme de la vie. Le lendemain, Vmre 111 fut transporté à Pétersbourg : on Texposa publiquement sur un lit de parade. Nul n approcha trop près du corps. La curiosité du peuple et des courtisans fut discrète. Mademoiselle de Woronzoff osa seule prier aux pieds du cadavre, et la Ga%ette delacour apprit à la Russie et nu monde que Tépoiix de Catheiine était mou, dans la nuit du t> juillet, d'une colique hé-

MOaROÏDALfe. '

« Voilà pour le père ; voyons le lils.

a U y eut trace providentielle d'hérédité dans les préludes, dans la vie, dans la- mort même. Grand-duc, Paul PétroNvich avait vécu (étranger à la politique et à l'ambition, dans la pratique de la bienfaisance, le culte des arts, la société des gens d*esprit, des imaginations studieuses et dos cœurs purs, laissant espérer h la Russie, si Tordre naturel des choses l'appelait à succéder à sa

m lE TZAR NICOLAS.

mère Gatberine II, un prâiee tolérantr gén^eux, ausière

(le niœurs et de sentiments. Empereur, son premier acte, quoique d'une singularité puissante et d'une terrible énergie, ne dëmenlU pas ces prévisions.

<[ Un archimandrite savait l endroit où les restes de Pierre lU avaient été déposés après le meurtre, sans inscription et sans monument : <*'était dans une chapelle souterraine- du monastère de Saint-Aleiandre Mewski, dont OR voit poindre, à Textrémité de la perspective, les dômes d azur, ëtoil(*s d'or, et les élégants clochers tarlares; Faul en fit retirer le corps de son père, et, rn ppelant ih's gouvernements de l'intorieur ceux des assassins de Pierre UI qui n'avaient pas prudemmrat quitté l'empire, il contraignit ces meurtriers, courbés sous les infirmilés et blancbis par Tage, à suivre iôtc nue, jusqu'à la cathédrale de Kasan, et à. porter sur leurs épaules, dans Tenceinte de 1 église, le cercueil, qui, en présence. d'une foule frémissante, rendait témoignage contre leur passé, — comme CCS ciucilix du moyen âge qui saignaient à l'anniversaire de la Passion.

c ^aul fit plus ^il ordonna de plaear dims un même tombeau oe que les ans avaient laissé de Catherine et de Pierre III> avec cette inscription : « Dismis dans la vie. «( unis dans la mort, » Inexprimable vengeance, qui aceouplaît en quelque sorte sous le linceul les conjoints que, vivants, le crime avait séparés *.

* Ces détails complèleiU ceux (|ue nous avons tiennes nous-nnême à l'urlide Orloff,

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LB TZAÀ RIGOLAIS, m

u Mais à ces heures d'expiation grandioeeet juste sue*

ci'da, degré à degré, une défiance maladive, résultat d'une prédisposition organique et d'une jeunesse opprimée. Cette défiance s*aecnit jusqu'à la peur; la crainte devint de Toppression, la tyrannie du délire. Les mémoires du temps sont tout pleins des excentricités sau* vages de ce prince, a fragile et calamiteuse créature, » comme dit Montaigne, et, si les murs pariaient, la ' citadelle Saint-Pierre et Saint-Paul prêterait à l'iristoire bien des grotesque^ cruautés et d iiomicides révélations, f Cette longue orgie de despotisme se termina ai 1^1,

\M\v la strangulation du fuu couronné.

t Fidèle à son système d'interprétation, la Ganetie offieielle annonça cette fois que Paul avait succombé à une attaque dupoplexie. Telle est d'ailleurs Tindifférence aveclaqueUe-oli accueille en Russie de tels événements, qu'un haut fonctionnaire, apprenant que Paul venait d'être étranglé dans la nuit du 11 au 12 iuars, avec Técharpe d'un officier, répondit sans s'émouvoir et en se replaçant sur ses oreillers pour se rendormir : « Jant « mieux, nous n'aurons pas de parade demain. >

« De trois de ses fils, Taîné, Alexandre, tomba, à ses derniers jours, dans les rêveries de Tillummisme. Une Livonienne, madame de Krudener, lui communiqua ses tendances mystiques; elle l'attira à son ascendant par. les charmes de son éclatante beauté et ses prédications en* thousiastes. Elle ne put rien pourtant contre la décomposition morale qui rongeait le cmur inquiet des iiis de

m . T^Âll yiGOLiS.

Paul. Imilm ces jeunesse^ cbevatef^ués -aboutissaient

fatalement à des maluritôs tlégradées. Cette femme, à bon droit eétébre par l'éblouiâsaai prestige de $011 imaginiAion, ^ femme, miment Jemme, qui fil de la charité un doyoir, — mieux qu'un devoir, une ]oie;.qui ' fonda dep^aisona.de refuge fKMir lee eriminéis et les ^ pénitents, qui sema autour d'elle les douces paroles et lôs espoirs spiritualités^ et mourut à Kara-«ou-Baza^ |p6fl|p jour qu'Alexandre à Taganroff , fat ImpuissÉile à eotil^ battre Tins^ct morbide d'insensibilité sou|noi|^ qui s'était empm d'un caniflière d abdH ouverta toutes les^ tendresses. Alexandre promena partout, dans cette Russie où les rayons du soleil sont comptés, au sein de solitudes placées comme son àme, son incurable. mâancolie. C'est afin d'échapper à lui-même qu'il partit pour Taganroff. Un jour, à cheval, il fut pris d'-étranges coliques, et s'alita. Les médecins avaient dit : u Ce n'est rien, » Alexandre dit : .€ C'est fini. »^ L'agonie lui coupa la parole et il expira. Poison du corps ou de l'àme, il était mort à la raison avant de l'être à la vie.

€ Son frère, Constantin,^ c*est presque une banalité de le rappeler, — se montra constamment sombre, bizarre, aimant ou haïssant sans raison, brutàl dans ses amitiés, irrésistible dans ses colères, capricieux comme un enfant, opposé à toutes les régularités normales de l'existrace ; n'ayant eu peuV-Atre, dans le cour? d'une carrière voilée par le demi-jour et clandestinement terminée, qu'une lueur de clairvoyante philosophie, le jour où il

.LB TZâM l^iU)LAS. ' 181

pri'féra j^'ai^clcr danî> ^ii»s •bras^ comtne <î|»ous(', «ne Polonaise, la belie pfinccb^ de Luwicz, que de eeiadre à Pétmbcfurg la lMir<fe couronne que hii assignaii Tordre

«Commeot, dès iors, s' talonner,. lorsqu'on sondç* ces

♦îxisleuces incohérentes, que Nicolas l'aulo\^ich n'ait pas HiMii|»pé plas quf ses frèreç à oette loi â'herédilé qui fait «i sôuv^t sortir* remfM^nte 4e la Mie de la transinisliion du sang paternel *?

« Mais, în, ce n'est plus la folie mélancolique ou furieuse, c'est la folie orgueilleuse, la grande folie. Nicolas ost beau commapeu d'hommes. le sont, sa constitution est lierculéenne, ses traits classiques. 11 (»sl tzar. Petite et grande Russie, ^Livonie et Finlande, provinces baltiques et Pologne, — que sals-je? tant de nations dans sa main, — de cadavres à ses pieds: V sang et le pouvoir lui sont montés à la téte. Il estd'élu, le prédestiné. C'est le fou de Bicètre qui, la chevelure partagée sur le front et Trisée à la mode juive, dit à ses compagnons de dortoir : « Je suis le Christ! j»

a Aussi les esprits exercés ne s^ sont pas trompés un instant. Ils ont vu le fou sous l'empereur, et tiré, d<> l'examen de ce cerveau uiahn le, riioroscopede sa destinée. C'est en -étudiant son caractère mème^ qui, dés renfnicc, trahit l'adoration de soi par une laciturnit(î liautaine et de silencieux dédains , sous le soupçon do cette insanité oppressive, des lassitudes qu'elle cause, des haines qu'elle accumule et du péril presque inévitable qu'elle fait naître,

. la

182 LB TZÂft I^iCOLAS.

«ju'un (li|>l(>niate franrais écrivail en 18'25: (( J ai assislé « tfu couronnement. C*ôtait superbe. L'eHijpereiir avait « devant lui les assassins de son père, a oôté de lut eeux « de son frèrcy cl derrière lui les siens. »

« Nieolas Paulowich est monomane. Paul l*' étail dëluent; Constantin tou furieux; Alexandre lypëmaniaque. Tout lewrdescleDtifique de Taliénation entre ces quatre lètes couronnées!

c Voilà le pouvoir des tzars, des maîtres. »

• Conslanitai, dans ce passage, a été cité comme se rallachanl, par d'étroits liens, à la loi commune de la famille. Mille faits de sa vie{>iibliqiie ou privée viendraient à I Jt|)pui (le celle doctrine. Un fou n'est pas constamment fou *. Il peut avoir des intervalles lucides. Nais un signe quelconque, une bizarrerie, une boutade, un mot étrange et inattendu trahit toujours Tinsanité fon^ damentalé.

* Nous uuus servons ici de l'accepliui) usilée par lus '^cus dit inonde. La science mentale a fiiil. sous niispiratioo de Fincl, de M. Fcri'us

' et fTaytrea initbteun eii renom, des pi-ogrèsasiex rapides pour qu*an sache géBénlemelit, aujourdluiî, que là foiù n'étt qu'une variétc* de TaKémiUin mentale, et «|uo le mutoliéi^, seul, comporte un sons gu^ nérîque. , . »

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