C. Statistique personnelle Résultats
Le 24 novembre 1913, les docteurs Nicolle et Blaizot donnalent, à l’Académie de médecine, communication officielle de leur vaccin en ces termes :
« Vivants, les virus et les cultures microbiennes constituent les vaccins les plus actifs. S'il était possible de les conserver dans l’état même où on les obtient dans les laboratoires, le problème de la préparation des vaccins se trouverait singulièrement simplifié ; or, un tel état est essentiellement temporaire. Dans l'eau physiologique qui leur sert de véhicule, certains microbes continuent à se multiplier. Tôt ou tard, tous meurent, dégénèrent et s’autolysent ; un vaccin vivant n'est donc pas un vaccin stable.
D'autre part, les procédés employés jusqu’à présent, pour supprimer la vitalité des microbes (chaleur, éther, etc.) coagulent brutalement ceux-ci, et ne met pas leurs cadavres à l'abri d'une autolyse ultérieure.
Supprimer la vitalité des microbes, en réduisant au minimum leurs altérations, obtenir leur conservation, sous leur forme originelle, telles sont les conditions qui nous ont paru nécessaires à la préparation d'un vaccin. ;
Nous pensons qu'elles se trouvent remplies par l'emploi des solutions fluorurées.Emulsionnées dans une solution de fluorure de sodium à 7 p. 1000, les microbes meurent après ds temps variables, suivant la température et l'espèce. Leur altération est faible (Effront, puis Arthus et Huber ont montré que les fluorures ne coagulent pas l'albumine) : d'autre part, le fluorure s'opposant à l’autolyse, les cadavres microbiens se conservent longtemps avec leurs formes el leurs réactions tinctoriales.
La toxicité des vaccins constitue l’'écueil principal à leur
ed RER =
emploi. Elle est particulièrement marquée en ce qui concerne le gonocoque. Vivant (qu'il ait été ou non sensibilisé) tué par l'éther ou la chaleur, ce microbe détermine une réaction violente. On peut l’atlénuer dans une certaine mesure, en habituant le gonocoque à vivre sur des milieux privés de peptone et de plus en plus pauvres en sérum ; le séjour du microbe dans notre milieu conservateur amène encore une baisse de cette toxicité. Toutelois, la solution du problème fût demeurée en nos mains incomplète, si une aide inattendue ne nous était pas venue d’une autre part.
L'action inconstante des vaccins gonococciques ordinaires sur l'écoulement uréthral, nous avait conduit à rechercher si, dans le pus blennorragique il n'existait pas, à côté du gonocoque des bactéries associées jouant un rôle dans l'infection, el vis-à-vis desquelles il serait également utile de préparer un vaccin. Une de ces bactéries est particulièrement répan- due,c'est un coccus très analogue au gonocoque, poussant de même façon sur la gélose du sang, mais s'en distinguant par son développement abondant sur les milieux sans sérum, par un pigment orangé et surtout parce qu'il se colore par la méthode de Gram.
Inoculé à l’homme, ce microbe ne provoque aucune réaclon, et fait imprévu, il montre, vis-à-vis de la blennorragie la même action curative que les vaccins gonococciques. Ce qu'est ce microbe, nous l'ignorons, mais il semble bien, malgré ses réactions tinctoriales différentes, que sa spécifité d'action le rapproche du gonocoque.
Notre vaccin antignonoccique a bénéficié de ces différentes constatations. L'emploi du fluorure a permis d'obtenir un produit très analogue aux cultures vivantes et stables, le microbe associé que nous nommons synocoque, de réaliser un vaccin atoxique.
La technique de préparation est la suivante : sur le milieu bouillon de viande, 100 ; urée, 0,40 ; glucose, 2 ; phosphate :
ati d'ammoniaque, 0,05; sel marin, 1 : agar, 1,5 ; auquel on ajoute par tubes, pour 5 em° du milieu un demi-centimètre cube de sérum de lapin ; on ensemence un gonocoque légitime, entrainé à vivre sur des milieux de plus en plus pauvres en sérum.
Après 24 heures, nous retirons nos cultures de l’étuve; elles sont émulsionnées dans une solution de fluorure de sodium À 7 p. 1.000, soumises séparément à des centrifugations et des lavages successifs, de façon à obtenir des microbes parfaitement isolés ; puis, mélangé dans les proportions de quatre parties de synocoques pour une partie de gonocoques, et le
mélange titré à 500 millions de microbes par centimètre cube.
Un séjour de 48 heures à la glacière suffit pour détruire la vitalité du microbe.
La dose vaccinale est d'un demi-centimètre cube. En raison de la causticité légère ‘de la solution fluorurée, nous conseillons de diluer le vaccin, au moment de son emploi, dans un centimètre cube d’eau salée physiologique, et de pratiquer l'inoculation intramusculaire plutôt que sous-cutanée. A doses infiniment plus élevées (plusieurs milliards de microbes) le synocoque seul ne serait pas toxique. »
Cette communication, qui résume, dans sa concision sobre, deux années de recherches et plus, indique, d'une facon nette, le problème que s'étaient posé les auteurs et la facon dont i était résolu par eux. Il ne restait plus qu'à appliquer le vaccin sur une grande échelle, dans les cas les plus disparates, afin d'avoir une statistique assez considérable pour juger de ses effets. |
La statistique que nous présentons ici comporte les observations que nous avons recueillies nous-même à l’Institut Pasteur, consultation gratuite, et à l'Hôpital Français, dans les services du docteur JLemanski et du professeur Braquehaye, nos chefs de service. Nous rapporterons ici tous les cas, favorables ou non, dans lesquels le traitement a été
assez suivi pour qu'on puisse en Urer une conclusion. Le do@ teur Nicolle a bien voulu, d'autre part, nous communiquer les observations qui lui étaient adressées de tous côtés, par les médecins qui avaient pu appliquer son sérum. Nous n'utiliserons pas ces observations pour notre statistique, car elles n'indiquent pas la proportion de réussites et d'échecs rencontrés par leurs auteurs. Nous avons divisé nos observations suivant la nature de l'affection : uréthrites non compliquées, cyslites, orchites, rhumatismes, ophtalmies, affections gynécologiques, et, enfin, complications rares.
La consultation de l'Institut Pasteur nous a fourni surtout des uréthrites, et les complications que nous avons eu l'occasion de traiter se trouvent en minorité: nous avons eu surtout orchites, rhumatismes, quelques métrites et une pyélonéphrile. Quoi qu'il en soit, nous avons procédé de la façon suivante : le traitement a été fait trois fois par semaine, ce qui représente environ une injection tous les deux jours.
Chaque fois que le malade nous paraissait en état de faire dans des conditions suffisamment propres, de grands lavages, nous les avons conseillés, suivant la vieille méthode, solution de permanganate à 0 gr. 25 pour un litre, à la température de 38 à 40 degrés, c'est-à-dire aussi chauds que le malade pouvait les supporter, trois fois par jour.
Malheureusement, ce traitemnt n'a pu toujours être inslitué, l'absence de toute notion, même élémentaire, nous ne dirons pas d’asepsie, mais de propreté parmi les Israélites et les Italiens, qui ont composé la majeure partie de notre clientèle nous a fait conseiller l'abstention, car les lavages auraient élé une cause d'infection surajoutée. Nous avons vu un malade qui se servait de l’eau amené sur le chantier pour se faire des instillations à l'aide d'une petite poire en caoutchouc.
Dans certains cas, le malade ayant commencé un traitement par des inslillations d'argyrol à 1/100°, et craignant de
d'El tai
20e ne pas savoir faire les grands lavages, nous avons continué ce même traitement.
Les examens de pus ont été pratiqués aussi souvent que nous avons eu la possibilité de le faire ; malheureusement, la grande quantité de malades se présentant avec un écoulement intermittent, ou seulement une goutte matinale, ne sachant pas la recueillir fait que, dans bien des cas, l'examen n'a pu être fait systématiquement. (
Nous n'avons considéré comme guéris que les malades qui, après l'ingestion de bière et d'alcool, dans de notables proportions, ne présentaient aucune récidive ; malheureusement peu d’entre eux sont revenus nous donner de leurs nouvelles, beaucoup sont partis et ce n'est que par des collègues attirés par la guérison de ces derniers que nous avons pu savoir l'heureux résultat.
Nous avons réservé un certain nombre de cas, dans lesquels le traitement a été suivi pendant trop peu de temps (une injection ou deux seulement).
Notre statistique commence au mois d'août 1913, elle s’arrête au 1” janvier 1914. Une quarantaine de malades sont encore en traitement à l'heure actuelle.
19 URÉTHRITES
OBSERVATION PREMIÈRE (Personnelle)
Mohammed ben A... 28 ans, tirailleur
Uréthrite subaiguë datant du 29 juin écoulement abondant, nombreux gonocoques ; 6 injections; disparition de l'écoulement. On commence les injections de vaccin le 1% août, et on prescrit en même temps de continuer les grands lavages. Pas de réaction fébrile ; le 5 août, après trois injections, l'écou-
lement a disparu pendant la journée; il persiste une goutte blanchâtre aseptique le matin. Après 6 injections, le malade cesse tout traitement, sans avoir fait l'épreuve de 1: sière. Il persiste une goutte claire au réveil.
OgservarioN 2 (Personnelle)
Boubaker ben M..., 39 ans
Uréthrite chronique, écoulement permanent mucopurulent, nombreux gonocoques ; 7 injections; pas de résultat.
On commence ce traitement le 1* août, en y adjoignani les grands lavages au permanganate, pas de réaction.
Après 7 injections, échec complet, aucune modification. Le malade cesse le traitement.
OBsERvATION 3 (Personnelle)
K. I.., 20 ans, tiralleur
Uréthrite aiguë, écoulement verdâtre, épais, nombreux gonocoques ; 8 injections; pas de résultat.
On commence le traitement le 10 août, aidé par les grands lavages, pas de réaction appréciable.
Le 26 août, après 5 injections, aucun résultat n'a été obtenu. Cessation du traitement.
OBSERvATION 4 (Personnelle) Abdallah ben A... 25 ans, tirailleur
Uréthrite aiguë, écoulement abondant, nombreux gonocoques; 6 injections ; pas de résultat.
On commence le traitement le 26 août, avec adjonction de grands lavages au permanganate : l'écoulement diminue
De Das d'abondance, mais le 8 septembre on retrouve encore des
gonocoques. Cessation du traitement, le malade n’est pas revenu.
OBSERVATION 5 (Personnelle) Naceur ben H..., 25 ans, tirailleur
Uréthrite subaiguë, écoulement permanent, nombreux gonocoques ; 6 injections.
disparition de l’écoulement.
On commence le traitement le 1* août avec adjonction de grands lavages au permanganate. Réaction nulle. Le 7 août, amélioration sensible ; il ne reste qu'une goutte au réveil, goutte blanche et filante au dire du malade. Le 14 août, disparition complète de la goutte, au dire du malade ; le canal exprimé ne montre aucune humidité anormale, aucun suintement. Le malade n'a pas fait l'épreuve de la bière.
OgsErvarioN 9 (Personnelle) Amor ben M... 30 ans, türailleur
Uréthrite subaiguë, écoulement permanent, nombreux gonocoques ; 8 injections ;
amélioration sensible.
On commence le traitement le 1* août, avec adjonction de grands lavages au permanganate. À la quatrième injection, il ne subsiste plus qu'une goutte blanchâtre au réveil. Le 10 août, légère recrudescence de l'écoulement, qui réapparaît pendant la journée. Le 16 août, après la huitième injection, il subsiste encore une goutte filante au réveil. Le malade n'est pas revu.