‹ Le vaisseau fantome (volume 2)Chapitre 21 sur 41 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Il faut maintenant que nous retournions près de Philippe et de Rrantz, qui avaient eu une longue conversation sur l'étrange réapparition de Schriften. Le résultat en fut qu'ils le surveilleraient de près , et qu'ils se sépareraient de lui le plus tôt possible. Rrantz lui avait demandé des détails sur la manière dont il avait échappé à la mort, et Schriften lui avait répondu avec ce ton de ricanement qui lui était ordinaire qu'un des avirons du radeau étant tombé daus la mer pendant qu'il luttait contre Philippe , il s'en était servi pour se soutenir sur l'eau ; qu'il avait gagné ainsi une petite île où il était resté quelque temps; qu'ayant aperçu la pirogue, il s'était jeté à la mer, et que les habitants de Ternate l'ayant vu, l'avaient reçu

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sur leur bord. Comme il n'y avait rien d'impossible dans ce récit, quoiqu'il ne parût pas très vraisemblable , Krantz ne lui fit pas d'autres questions. Le lendemain matin , le vent s'étant modéré, la pirogue mit à la voile et se dirigea vers File de ïernate.

Quatre jours se passèrent avant qu'ils y arrivassent, car ils descendaient à terre tous les soirs, et tiraient leur petit bâtiment sur le sable. Philippe, sachant qu'Aminé était en sûreté, se sentait le cœur soulagé, et l'espérance de la revoir l'aurait rendu heureux, si la présence de Schriften n'eût été pour lui un tourment continuel.

Il était bien étrange, bien contraire â la nature humaine, que cet homme, qui paraissait avoir quelque chose de diabolique dans son caractère, ne fit jamais aucune allusion à la tentative de Philippe pour lui ôter la vie. S'il s'en était plaint, s'il avait accusé Philippe d'^ meurtre, s'il l'eût menacé de se venger en demandant justice aux autorités quand ils seraient de retour dans leur pays, cela muMit paru tout simple : mais non ; il était là , faisant à chaque instant des

observations caustiques et impertinentes que personne ne lui demandait, et ricanant éternellement, comme s'il n'eût pas eu le moindre motif de colère et de ressentiment.

Dès qu'ils furent entrés dans le port de ïernate, on les conduisit dans une grande cabane construite en bambou et couverte de feuilles de palmier, et on les pria de ne pas en sortir jusqu'à ce qu'on eût annoncé leur arrivée au roi. Philippe et Krantz continuaient à remarquer la même politesse et les mêmes attentions dans ces insulaires, dont la religion et le costume semblaient tenir également des Musulmans et des Malais.

Au bout de quelques heures, on vint les chercher pour les conduire en présence du roi, qui leur donna audience en plein air. Il était assis sous un grand portique, accompagné d'un cortège nombreux de prêtres et de soldats , mais sans aucune espèce de splendeur. Tous ceux qui composaient la suite du roi portaient une robe blanche et un turban de même couleur, et il n'était

distingué des autres par aucun ornement. Ce qui frappa surtout Philippe et Rrantz quand ils arrivèrent dans cette assemblée, ce fut la propreté exquise qui y régnait. On ne pouvait apercevoir une seule tache sur aucune robe , et elles étaient aussi blanches que la neige nouvellement tombée.

Ayant suivi l'exemple de ceux qui les avaient amenés , en saluant le roi à la manière des mahométans , ils furent invités à s'asseoir. On fit venir des interprètes portugais , car les relations que ces insulaires avaient eues avec les Portugais , qu'ils avaient chassés de leur île, faisaient que plusieurs d'entre eux savaient cette langue, I.e roi fit alors quelques questions aux étrangers, leur dit qu'ils étaient les bienvenus , et leur demanda comment ils avaient fait naufrage.

Philippe entra dans quelques détails, lui dit que sa femme avait été séparée de lui; qu'il avait lieu de croire qu'elle était alors à la factorerie portugaise à Tidore , et lui demanda s'il ne pouvait l'aidera obtenir qu'elle lui fût rendue , ou à aller la joindre.

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— C'est bien parlé, dit le roi. Qu'on serve (les rafraîchissements aux étrangers. L'audience est terminée.

Au bout de quelques minutes , il ne resta sous le portique avec le roi que deux ou trois de ses amis, ou de ses conseillers, et Fou servit à Philippe et Krantz du poisson et divers mets, la plupart assaisonnés de curry. Lorsque le repas fut fini, le roi dit à Philippe : — Les Portugais sont des chiens et nos ennemis , voulez-vous nous aider à les combattre?Nous avons des canons, mais nous ne savons pas nous en servir comme vous. J'enverrai une flotte contre les Portugais à Tidore, si vous voulez nous aider. Ce sera le moyen de recouvrer votre femme.

— Je vous répondrai demain, dit Philippe ; il faut que je me consulte avec mon ami, qui était premier lieutenant du bâtiment dont j'étais capitaine. Schriften , que Philippe avait représenté comme un simple matelot, n'avait pas été amené en présence du roi.

— Fort bien , répondit le roi ; nous attendrons demain votre réponse.

Philippe et Krantz se retirèrent, et, en rentrant clans leur cabane, ils virent que le roi leur avait envoyé deux costumes complets de mahométans , et deux turbans. Ce présent venait fort à propos, car leurs vêtements avaient cruellement souffert de leurs aventures, et leurs chapeaux étant un foyer qui réunissait les rayons ardents du soleil, ils les échangèrent bien volontiers contre des turbans blancs. Avant caché leur ars^ent dans les ceintures qui faisaient partie des vêtements qui leur avaient été envoyés, ils prirent la mise des naturels du pays, et trouvèrent qu'elle était très commode. Après une longue conversation, il fut décidé qu'ils accepteraient la proposition du roi , car c'était le seul moyen que Philippe pût imaginer pour se remettre en possession d'Amme. Le lendemain, ils annoncèrent au roi leur consentement, et l'on commença sur-le-champ les préparatifs d.e l'expédition.

Ce fut une scène de tumulte et d'activité. Des centaines de pirogues se rassemblèrent dans la baie le long (hi rivage, si près les unes des autres, qu'elles semblaient ne for-

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mer qu'un radeau d'un demi-mille de longueur. Des charpentiers travaillaient à réparer les bâtiments qui étaient avariés; des matelots préparaient les voiles ; des soldats aiguisaient leurs sabres , et apprêtaient des sucs vénéneux et mortels pour empoisonner les lames de leurs crics. Le rivage offrait une scène de confusion. Des jarres pleines d'eau , des sacs de riz, des légumes, du poisson salé, des cages avec des poulets, étaient épars sur le sable au milieu de soldats qui exécutaient les ordres de leurs chefs, et ceux-ci se promenaient, vêtus de leur plus beau costume , portant des armes brillantes, parés de divers ornements , et surveillaient tous les travaux. Le roi avait six canons de quatre livres de balles , présent que lui avait fait un capitaine européen. Philippe et Krantz les firent placer sur les plus grandes pirogues avec la quantité nécessaire de munitions , et apprirent à quelques naturels à les servir. Le roi, qui ne doutait nullement qu'il ne s'emparât du fort portugais , déclara d'abord qu'il commanderait lui-même l'expédition; mais il en fut détourné par ses

principaux conseillers , auxquels Philippe se joignit, et qui lui firent sentir qu'il ne devait pas exposer ainsi une vie si précieuse à son royaume. Au bout de dix jours, tout fut prêt , cl la flotte, portant sept mille hommes, mit à la voile pour l'île de Tidore.

C'était un beau spectacle que de voir la mer couverte d'environ six cents de ces bâtiments pittoresques, tous ayant leur voile déployée, fendant l'eau connue des dauphins, et montés par des hommes dont les vêtements blancs faisaient contraste avec l'azur foncé de l'Océan. Les grandes pirogues, sur lesquelles étaient Philippe, Krantz, et les principaux commandants, étaient décorées de banderoles de toutes couleurs, qui flottaient au gré du vent. On aurait cru qu'il s'agissait d'une excursion de plaisir, plutôt que d'une expédition ayant pour but le carnage et la destruction.

Dans la soirée du second jour, ils aperçurent l'île de Tidore, et ils s'approchèrent jusqu'à quelques milles de la factorerie et du fort des Portugais. Les naturels du pays, qui n'aimaient pas les Portugais, mais qui les

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craignaient, avaient abandonné les huttes voisines du rivage, et s'étaient retirés dans les bois. La flotte jeta donc l'ancre près de la côte pendant la nuit, sans aucun obstacle; et le lendemain matin , Philippe et Krantz firent une reconnaissance.

On avait construit le fort et la factorerie de Tidore d'après les principes suivis dans presque tous les établissements portugais de ces mers. Un fossé profond défendu par une forte palissade, entourait la factorerie et toutes les maisons qui en faisaient partie. Les portes en étaient ouvertes toute la journée, mais on les fermait pendant la nuit. Dans cet enclos, du côté de la mer, était ce qu'on pouvait appeler le fort, qui était solidement construit en maçonnerie , garni de parapets , et entouré d'un second fossé. On ne pouvait y entrer que par un pont-levis , défendu par deux batteries de canons placées de chaque côté. Cependant on ne pouvait bien juger de la véritable force de cette citadelle , attendu la hauteur de la palissade qui entourait tout l'établissement. Après avoir fait sa reconnaissance, l'avis de Phi-

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lippe fui que les graiules pirogues qui portaient les pièces de canon fissent une attaque contre le fort du côté de la mer, tandis que les soldats montés sur les autres descendraient à terre , armés d'arcs et de fusils à mèche, et profiteraient de tous les abris qu'ils pourraient trouver pour harceler l'ennemi. Ce plan ayant été approuvé, cent cinquante pirogues mirent à la voile , les autres furent tirées sur le sable, et les hommes qu'elles contenaient firent route pour le fort. Mais les Portugais les avaient vus s'approcher, et ils s'étaient préparés aies recevoir. Les batteries dirigées vers la mer étaient composées de pièces degrosse ar tillerie,et elles étaient bien servies. Les pirogues au contraire n'avaient que de petits canons, et quoique Philippe en tirât tout le parti possible, il était impossible qu'ils pratiquassent une brèche dans les murs debrique très épais du fort portugais. Après lui engagement de quatre heures , pendant lequel les habitants de Ternate perdirent beaucoup de monde, les grandes pirogues , d'après l'avis de Philij)pe et de Krantz, retournèrent à l'endroit où était le reste de la

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flotte, pour tenir un nouveau conseil de guerre. Cependant, ou laissa la troupe qui attaquait le fort par terre , attendu qu elle empêchait qu'il n'y entrât des secours et des provisions, et qu'on tuait quelques Portugais quand ils s'exposaient , ce que Philippe regardait comme n'étant pas sans importance, puisque le fort ne pouvait avoir une garnison nombreuse.

Il était évident que ieiu's canons ne pouvaient les aider à prendre le fort; il était imprenable pour eux du côté de la mer : il fallait donc qu'ils l'attaquassent par terre. Quand les chefs eurent parlé, Krantz proposa le plan d'attaque qui suit. Tous ceux de leurs hommes qui n'avaient pas de mousquets entreraient dans le bois, feraient des fagots de tout le bois mort qu'ils pourraient trouver, et quand la nuit serait venue, et (lue la brise counneiicerait à soiiffler, ils les empileraient contre la palissade sous le vent, et v mettraient le feu. Ils poîirraient alors entrer sans diflicullé dans l'enceinte de la factorerie, et voir de qu.elle nianière ils devaient s'v prendre pour attaquer le fort.

Ce conseil était trop judicieux pour ne pas être suivi. Les insulaires de Ternate allèrent préparer des fagots dans le bois, et quand la nuit fut venue et que la brise fut levée, quittant leurs vêtements blancs , et ne gardant que leurs ceintures, leurs cimeterres et leurs crics, ils en firent une pyramide appuyée sur la palissade, et y mirent le feu en plusieurs endroits en poussant de grands cris. Les flammes s'élevèrent à l'instant, l'artillerie du fort tonna, et la mitraille tua plusieurs insulaires. Mais les Portugais , étouffés par la fumée que lèvent chassait de leiir côté, furent obligés de quitter les remparts pour ne pas être suffoqués. La palissade était embrasée, les flammes s'élevaient plus haut que le fort , et le feu ne tarda pas à se communiquer aux bâtiments de la factorerie et aux maisons qui se trouvaient dans cette enceinte. Cependant les Portugais ne cherchaient ni à l'éteindre ni à opposer aucune résistance à lein-s ennemis. Les habitants de Ternate arrachèrent alors les débris encore brûlants de la palissade, pénétrèrent dans l'enceinte, et, tenant d'une main leur cime-

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terre, et de l'autre leur cric, ils mirent à mort tous ceux qui avaient été assez malheureux pour y cherclicr un refuire. C'étaient jDOur la plupart des naturels de ïidore employés au service des Portugais, et ceux-ci paraissaient attacher peu de prix à leur vie, car ils furent sourds aux cris que poussaient ces infortunés pour demander cju'on baissât le pont-levis , et qu'on les reçût dans le fort.

Les flammes dévoraient alors la factorerie et les autres maisons, et la lueur de l'incendie se répandait à plusieurs milles dedistance» La fumée s'était dissipée , et le vif éclat des flammes permettait de voir le fort du haut en bas.

— Si nous avions des échelles de siège , dit Philippe, le fort serait à nous, car il n'y a pas une âme sur les remparts.

— Vous avez raison, répondit Rrantz; mais les murs de la factorerie sont en pierres, et ce sera un poste avantageux quand tout le bois sera consumé. En nous y établissant, nous pouvons empêcher les ennemis d'arriver à leurs batteries , jusqu'à ce qu'on ait fa-

briqué des échelles. Elles peuvent être prêtes demain soir, et après avoir enfumé le fort une seconde fois avec quelques fagots, nous monterons sur les remparts , et nous emporterons la place.

— Excellent, dit Philippe. Et il alla trouver les chefs qui étaient réunis hors de l'enceinte. Il leur fit part de ce nouveau projet , et à peine y avaient-ils donné leur approbation , que Schriften qui était j^arti avec l'expédition sans que Philippe le sût, se montra à son coté.

— Cela ne réussira pas , s'écria-t-il ; hi , hi , hi! Vous ne prendrez jamais ce fort, Philippe Vanderdecken.

A peine avait-il prononcé ces paroles , qu'une détonation terrible se fit entendre ; l'air fut rempli de grosses pierres, et retombant de tous côtés , elles tuèrent ou blessèrent quelques centaines des assaillants : c'était la factorerie qui venait de sauter. H' se trouvait dans les caves une grande quantité de poudre à canon, et le feu s'y était communiqué.

— Ainsi finit votre projet, mynheer Van- II. .^^. ^^ i5

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clerdeckeii. Je vous dis que vous ne prendrez jamais ce fort; hi ! hi' lii!

La confusion causée par cet événement inattendu fut suivie d'une terreur panique. Les habitants de Ternate , qui ne connaissaient pas encore les effets terribles de l'explosion d'une grande quantité de poudres , crurent qu'il y avait quelque chose de surnaturel dans cet accident, coururent à toutes jambes vers le rivage , mirent leurs pirogues à la mer, et ceux qui purent y trouver place mirent à la voile à l'instant même , laissant leurs compagnons sur le bord de la mer.

— Vous ne prendrez jamais ce fort , répéta encore la voix aigre de Schriften.

Philippe leva son sabre pour lui fendre la tête ; mais il le laissa retomber sur-le-champ. — Je crains que ce qu'il me dit ne soit une vérité désagréable , pensa-t-il ; ce n'est pas une raison pour lui ôter la vie.

Quelques uns des chefs de Ternate n'avaient pas encore perdu courage, mais la plupart étaient aussi alarmés que leurs soldats. Il fut pourtant convenu que l'armée resterait où elle était jusqu'au jour, et

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qu'alors on déciderait ce qu'il y aurait à faire.

Au lever du soleil , on vit que le fort portugais , qui n'était plus caché par les autres bâtiments , était plus formidable qu'on ne l'avait d'abord supposé. Les remparts étaient couverts d'hommes, et l'on y disposait de grosses pièces d'artillerie pour les pointer contre les forces de Ternate. Philippe et Krantz, après une courte consultation, reconnurent qu'au milieu de la frayeur générale il était impossible de rien entreprendre de plus, et tous les chefs de Ternate étant du même avis , il fut décidé qu'on retournerait dans cette île. D'ailleurs, les chefs étaient satisfaits du succès qu'ils avaient obtenu. Ils avaient détruit la factorerie, la palissade qui la protégeait, et les maisons qui étaient dans cette enceinte; il ne restait qu'un fort construit en pierre et inattaquable , et ils savaient que d'après le rapport qu'ils feraient au roi, l'affaire serait considérée comme luie grande victoire. Ils donnèrent donc l'ordre du départ, et deux heures après toute la flotte, après une perle de j)rès de sept cenfs

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hommes, étaiten routepourTernate. Philippe et Rraiitz étaient sur la même pirogue , afin de pouvoir s'entretenir ensemble. Au bout de trois heures, il survint un calme , et vers le soir tout annonçait im mauvais temps. Quand la brise se leva , elle leur était contraire ; mais comme ces pirogues naviguaient bien au plus près du vent , on y fit peu d'attention. Cependant , vers minuit, le >'ent avait considérablement augmenté , et avant qu'ils eussent doublé le cap nord-est de Tidore , il se changea en ouragan. La force du vent fit tomber àla mer un grand nombre d'hommes, et ceux qui ne savaient pas nager se noyèrent. On amena les voiles, et les pirogues restèrent à la merci des vents et des flots , chaque lame les couvrant. La flottille dérivait rapidement vers la cote , et avant que le jour parût, la pirogue sur laquelle étaient Philippe et Krantz échoua sur le sable à l'extrémité septentrionale de l'île. Au bout de quelques minutes , elle fut brisée en pièces , et chacun de ceux qui s'y trouvaient eut à pourvoir à sa sûreté. Philippe et Krantz saisirent un fragment de la pirogue , à l'aide

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duquel ils gagnèrent aisément le rivage. Ils y trouvèrent une trentaine de leurs compagnons qui avaient subi le même sort. Quand le jour parut , ils virent que la plus grande partie de la flottille avait doublé le cap , et que les pirogues qui étaient encore en-'deçà réussiraient probablement à la doubler aussi» le vent ayant diminué de force.

Les habitants de Ternate , étant bien armés, proposèrent de mettre à l'eau quelques pirogues de Tidore dès que le temps le permettrait , et de suivre la flottille. Philippe , qui s'était consulté avec Krantz , eut l'air d'y consentir, mais cet incident lui paraissait une trop bonne occasion de s'assurer du sort d'Aminé , pour ne pas en profiter. Comme les Portugais n'avaient aucun moyen de prouver le contraire, ils pouvaient nier qu'ils eussent été du nombre des assaillants , ou du moins soutenir qu'ils avaient été contraints par la force à se joindre à eux dans cette expédition. A tout risque j Philippe était déterminé à rester , et Krantz voulut partager son destin. Tandis que les habitants de Ternate s'occupaient à s'emparer de quelques

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pirogues de Tidore, et à les mettre à l'eau , ils s'enfoncèrent dans le bois , et les laissèrent partir sans eux. Cependant les Portugais avaient vu le naufrage de quelques pirogues» et le commandant , courroucé de la perte qu'il avait soufferte , avait ordonné aux habitants de Tidore de faire prisonniers et de lui amener tous les ennemis qui avaient été jetés sur la côte de cette île. Les Portugais étant alors maîtres absolus , les habitants obéirent ; et quelques uns d'entre eux trouvèrent bientôt Philippe et Rrantz , qui s'étaient assis sous l'ombre d'un grand arbre , attendant tranquillement l'événement. On les conduisit au fort , où ils arrivèrent à la chute du jour.Le commandant , en présence duquel ils se trouvèrent bientôt , était le petit homme que nous avons vu si éperdument épris d'Aminé , et comme ils portaient le costume mahométan , il allait donner ordre qu'on les pendit , quand Philippe lui dit qu'ils étaient Portugais , qu'ils avaient fait naufrage , et que le roi de Ternate les avait forcés à partir avec son expédition , et qu'ils n'y avaient consenti que dans l'espoir

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de trouver l'occasion de s'échapper. Il ajouta que ce fait était évident, puisque les habitants de ïernate, qui avaient été jetés comme eux sur la côte , s'étaient enfuis sur des pirogues de Tidore , dont ils s'étaient emparés , tandis qu'ils s'étaient cachés dans le Lois pour ne pas être obligés de les suivre. Le petit commandant prit un air important frappa la terre du bout de son sabre, et ordonna qu'ils fussent conduits en prison jusqu'à ce qu'ils fussent plus amplement interrosés.

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