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— Et s'il lui demandait sa femme , que lui répondrait -il?
Quinze autres jours se passèrent, et Aminé fut conduite encore une fois dans la salle de jugement. On lui demanda de nouveau si elle voulait avouer ses crimes , et comme elle s'y refusa , on lui lut les accusations portées contre elle. Le père Matliias l'accusait d'avoir pratiqué l'art magique , et on lui fit lecture des dépositions du jeune Pedro et des autres témoins. Dans son zèle , le père Mathias avait aussi ajouté qu'il l'avait vue se livrer aux mêmes pratiques à Terneuse , et que pendant une violente tempête , et quand les meilleurs marins s'attendaient à périr, elle était restée calme et tranquille , et avait dit au capitaine qu'ils ne périraient point , esprit de prophétie qu'elle ne pouvait devoir qu'au malin esprit. Aminé sourit avec mépris en entendant cette dernière accusation , et quand on lui demanda si elle avait quelque chose à dire pour sa défense , elle répondit :
— Comment se défendre contre de pareilles accusations , contre la dernière, par
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exemple? — Parce que je n'ai pas été aussi lâche que les chrétiens, on m'accuse de sorcellerie ! — Le vieux radoteur ! — Mais je le ferai connaître. — Dites-moi, si qiielqu'iin sait qu'on a employé des mo3'ens surnaturels, qu'il ne s'y soit pas opposé, qu'il l'ait permis , n'en devient-il pas complice ? n'estil pas également coupable ?
— Oui , sans doute , répondit le grand inquisiteur, attendant avecimpatiencece qu'elle allait dire.
— En ce cas, je vous dénonce Et elle
allait déclarer que la mission de Philippe était connue des pères JMathias et Seysen , qui ne s y étaient pas opposés, quand elle songea que son mari se trouverait impliqué dans cette dénonciation, et elle se tut.
— Qui dénoncez-vous ? demanda l'inquisiteur.
— Personne , répondit Aminé croisant les bras et baissant la tète.
— Parlez, femme!
Aminé garda ie silence.
— La torture \ ous fera parler.
— Non, — jamais. Faites-moi périr dans
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les tortures, si vous Je voulez; je préfère cette mort à une exécution publique.
L'inquisiteur et le secrétaire se consultèrent un instant. Convaincus que la fermeté d'Aminé ne se démentirait pas , et voulant la réserver pour Vauto-da-fé, ils renoncèrent à l'idée de l'appliquer à la torture.
— Avouez- vous vos crimes ? lui demanda l'inquisite\ir.
— Je n'en ai commis aucun.
— Qu'on l'emmène !
Dans la soirée qui précéda V auto-da-fé , le père Mathias se rendit encore dans la prison d'Aminé ; mais tous ses efforts pour la convertir furent inutiles.
— Tout sera fini demain, mon père, lui répondit-elle; laissez-moi, — je désire être seule.
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