‹ Le vaisseau fantomeChapitre 18 sur 22 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Environ trois mois après celle conversalion, Aniine et Philippe étaient assis sm" le banc lie vertUn^e tlont nous avons déjà parlé, et qui était devenu i'endroil iavori où iis aimaient à se reposer après avoir fait une promenade. Le père ^Matiiias avait contracté une grande intimité avec le père Seyseo, et ils étaient ensemble aussi souvent qu'Aminé et Philippe. Comme il avait été décidé que Philippe attendrait quelque signe bien clair avant de reprt;ndi"e sa tâche étrange et terrible, et qu U ne manquait rien à leur bonheur quand ils étaient ensemble, il était très rare que leiu's entretiens louLissent siu' ce sujet. A son retour, Philippe avait exprimé aux tiirecteurs tle la Conqjagnie des indes son désir d'être employé de nouveau,

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et d'avoir, s'il élait possible, 1? commandement d'un navire; mais depuis ce temps il n'avait fait aucune démarche aiiprèsd'eiix, et il n'avait reçu aucune nouvelle d'Amsterdam. — J'aime cet endroit, Philippe, dit Aminé; il me semble que j'ai contracté une intimité avec ce banc de verdure. Vous devez vous rappeler que ce fut ici que nous discutâmes s'il était permis de chercher à se procurer des songes, et que ce fut encore ici que vous me racontâtes celui que vous aviez fait , et que je vous l'expliquai.

— Je m'en souviens, Aminé; mais si vous soumettiez cette question au père Seysen , vous verriez qu'il se prononcerait fortement contre vous , et qu'il appellerait cette tentative hérétique et damnable.

— Comme il lui plaira. Je ne refuse pas de lui en parler.

— N'en faites rien , Aminé , je vous eu prie. Que ce secret reste entre nous.

— Croyez-vous que le père Mathias me blâmerait ?

— Je le crois très certainement.

— Eh bien ! je ne le crois pas. H y a en ce

i.E VAissFAii ^v\To^rl:. .')0f)

vieillard un sentiment de bonté et de libéralité que j'admire. J'aimerais à discuter cette question avec lui.

Pendant qu'Aminé parlait ainsi , Pbilippe se sentit toucher l'épaule, et un frisson glacial se répandit dans tout son corps. Il se rappela sur-le-champ la cause qui avait souvent produit le même effet sur lui , et tournant la tête, il vit, à sa grande surprise, Schriften , le pilote borgne du Ter Schilling j qu'il croyait noyé, debout derrière lui, une lettre à la main.

— Ciel miséricordieux! est-il possible?

s'écria-t-il à l'apparition subite de cet être malveillant.

Aminé , en entendant l'exclamation de Philippe, tourna aussi la tête, et fondant en larmes, se couvrit le visage. Ce n'était pas la crainte qui lui causait une émotion peu ordinaire en elle; c'était la conviction que ce n'était que dans la tombe que son mari ti'O'.îvcrait le repos.

— Philippe Vanderdecken, dit Schriften, j'ai une lettre pour vous. — Ili, hi , hi! — C'est de la part de la Compagnie.

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Philippe prit la lettre; mais avant de l'ouvrir, il fixa les yeux sur Schriften. — Je croyais , dit-il , que vous aviez été noyé quand le Ter Schilling fit naufrage dans la baie de False. Comment avez -vous échappé à la mort?

— Comment j'y ai échappé ? Permettezmoi de vous demander comment vous y avez échappé vous-même.

— Les vagues m'ont jeté sur la terre ; mais....

— Mais les vagues ne devaient pas m'y jeter. Hi , hi, hi ! N'est-ce pas?

— Pourquoi non ? Je n'ai pas dit cela,

— Non, mais je présume que vous le désiriez. Eh bien ! le contraire est arrivé. Comme vous, j'ai échappé à la mort ; comme vous , j'ai été jeté sur la terre par les vagues. Hi, hi, hi ! — Mais je n'ai plus besoin ici ; je me suis acquitté de ma mission.

— Un instant. Répondez à une question.

— Faites -vous voile sur le même bâtiment que moi , cette fois-ci ?

— Je vous prie de m'en dispenser, myn-

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heer VanJcrdecken. Je ne cherche pas le Vaisseau Fantôme. Hi , hi , hi !

Et après cette réphqiie, le petit homme tourna sur ses talons , et s'éloigna d'un pas rapide.

— Eh hien, Aminé, dit Philippe après quelques instants de silence, tenant en main la lettre, qu'il n'avait pas encore décachetée, nous attendions wxi signe; ceci n'en est-il pas un ?

• — Je ne le nierai pas, mon cher Philippe; c'en est sûrement un. Cet odieux messager semble être sorti de la tombe pour vous apporter cette lettre. Pardonnez l'effet que la surprise a causé en moi ; je ne vous montrerai plus la faiblesse d'une femme.

— Hélas, ma pauvre Aminé 1 dit Philippe douloureusement, pourquoi n'ai-je pas fait seul le pèlerinage de la vie ? Il y avait de l'égoisme à enchaîner votre sort à celui d'un malheureux comme moi, et à vous faire supporter un fardeau de craintes et d'inquiétudes éternelles.

— Et qui doit le soutenir avec vous , cher

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Philippe, si ce n'est la femme que vous avez choisie? Vous connaissez peu mon cœur, si vous croyez qu'il se révolte contre ce qui est son devoir. Non , Philippe; je trouve du plaisir même dans les peines les plus cruelles qu'il m'en coûte pour l'accomplir. Je réfléchis qu'en partageant avec vous vos chagrins , je les soulage du moins en partie, et je suis fière d'être la femme d'un homme qui a été choisi pour être mis à une épreuve si terrible. Mais n'en parlons plus ; il faut que vous lisiez cette lettre.

Philippe ouvrit la lettre sans lui répondre, et vit qu'elle lui annonçait qu'il était nommé premier lieutenant de la Fro<v Katerina ( i ), navire qui devait mettre à la voile avec la flotte prête à partir, et qu'elle le requérait de se rendre à bord le plus tôt possible, attendu qu'il serait bientôt prêt à recevoir sa cargaison. La lettre, qui était écrite par le secrétaire de l'administration, l'informait en outre qu'après ce voyage , il pouvait être certain d'avoir le commandement d'un bâti-

(i rro^v , on h.)l!;u!j;i;s , veut dire femme, et se prononce Fraari.

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