‹ Le val d'ArnoChapitre 12 sur 26 · En conséquence, l'année suivante, les paci · texte numérisé non relu

En conséquence, l'année suivante, les paci

(a) 2. Samuel, I, 24.

(b) Mathieu, vi, 29.

(c) Le signe de la croix, tracé par les premiers martyrs chrétiens dans leur sang, fut porté par les croisés (voir Gibbon, chap. xvm) [note de la Library Edition].

fiques Florentins ravagèrent d'abord le territoire de Pistoie; ils attaquèrent ensuite les Pisans à Pontadera — où ils firent 3.ooo prisonniers, — et terminèrent leurs exploits en traversant le pays de Sienne, en y dévorant tout ce qu'il était possible d'y dévorer, et en battant les Siennois sous les murs du château de Montalcino. Pour célébrer ces opérations bénévoles, et le souvenir de leur triomphe, ils résolurent, à leur retour, de frapper une nouvelle pièce de monnaie : le Florin d'or !

117. — J'ai placé cette pièce dans votre salle d'études ; c'est le premier échantillon d'une collection de monnaies que j'espère réunir pour vous; je ne les classerai pas par ordre chronologique, mais suivant le degré d'intérêt qu'elles présentent pour vous, dans l'ensemble de vos études artistiques ou historiques.

« Le Florin de Florence, dit Sismondi (a), est toujours resté le même au milieu des révolutions monétaires de tous les pays voisins, et tandis que la mauvaise foi des gouvernements altérait le numéraire d'une extrémité à l'autre de l'Europe. Il est actuellement » — je ne sais pas la date exacte à laquelle il écrivit ceci, mais cela n'a pas d'importance — « du même poids, du même titre, il porte la même empreinte que celui qui fut frappé en 1 252 . »

C'était de l'or au titre le plus pur (24 carats), pesant un huitième d'once, et portant, comme vous le voyez, d'un côté l'image de saint Jean Baptiste, de l'autre, la Fleur-de-lis. Chaucer choisit cette pièce comme type de la plus belle monnaie dans le conte du Pardonneur (b) ; c'est, selon lui, le plus beau masque que Ton puisse donner

(a) Tome II, p. 102.

(b) Canterbury Taies. Lignes 770 et suivantes.

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à la mort. Ce que Villani raconte de l'effet moral et commercial qu'elle produisit à Tunis, renfermant, je n'en doute pas, un fond de vérité, mérite d'être traduit (a). ii 8. — « Ces nouveaux florins commençant à se répandre par le monde, un certain nombre d'entre eux parvinrent à Tunis, en Barbarie. Le roi de Tunis, seigneur valeureux et sage, les admira beaucoup et les fit évaluer. Comme ils étaient d'or pur, il les en apprécia davantage et se fit expliquer leur légende : à savoir, sur une face, « Saint Jean-Baptiste » et, sur l'autre, « Florentia ». Voyant donc que cette monnaie venait d'un pays chrétien, il envoya chercher les marchands Pisans qui jouissaient d'un grand crédit auprès de lui et de la liberté de pénétrer dans le port (si bien que les Florentins trafiquaient avec Tunis par l'intermédiaired'agents pisans (i)) — etleur demanda quelle était la ville chrétienne qui frappait ces florins. Les Pisans, mus par le dépit et l'envie, répondirent : « Ce sont les Arabes de chez nous. » Mais le roi leur répondit, avec sagesse : « Cela ne me semble pas de la monnaie d'Arabe ; quelle monnaie avez-vous donc à Pise ? » Et ils restèrent confondus et ne surent que répondre. Alors il demanda s'il se trouvait quelque Florentin parmi eux. Il y avait un marchand de l'autre rive de l'Arno (è), du nom de Peter Balducci, discret et avisé. Le roi lui demanda quelle était la constitution et la situation de ces Florentins, que les Pisans traitaient d'Arabes. Et il lui répondit en lui décrivant la puissance et la richesse de la ville, dont Pise ne possédait pas même la

(a) Liv. VI, chap. lui.

(i) Voyez comme ces remuants petits Pisans occupaient partout le premier rang.

(b) La rive gauche.

moitié soit en terre, soit en hommes ; et il lui dit que For qui avait servi à frapper ces florins avait été gagné par les Florentins au cours de nombreuses victoires remportées sur les Pisans qui, eux, ne possédaient pas de monnaie. Et les Pisans furent ainsi couverts de honte et le roi, à la suite des paroles de notre sage concitoyen, accorda aux Florentins franchise de port, leur assigna des magasins et une église, et leur octroya tous les privilèges dont jouissaient les Pisans. Et nous avons appris ceci de la bouche de ce même Pierre, alors que nous nous trouvions avec lui dans la même maison de commerce. »

119. — Il m'est impossible de vous indiquer la valeur qu'avait le florin à cette époque. La phrase par laquelle Sismondi termine les renseignements qu'il donne, à ce sujet, ne présente d'autre intérêt que de montrer l'ignorance absolue des lois du change où se trouvent, de nos jours, les personnes même les plus instruites.

« Sa valeur », ne cesse-t-il de répéter, « correspond à onze francs quarante centimes, monnaie de France (a). »

Mais tout ce que l'on peut dire scientifiquement de toute pièce de monnaie, c'est qu'elle contient un certain poids d'un certain métal. Sa valeur en un autre numéraire, en d'autres métaux ou en d'autres produits quelconques, varie, non seulement de jour en jour, mais même d'heure en heure.

120. — Le sequin Vénitien mériterait d'être mis sur le même rang que cette pièce de monnaie Florentine (1) ; mais je ne puis vous en parler ici, car il faut, avant tout,

(à) T. II, p. io3.

(1) Rapprochez de cette insulte des Pisans, traitant les Florentins d'Arabes, ce fait que le vénitien « Zecca » (hôtel des monnaies), dérive de l'arabe « sehk », le coin en acier dont on se sert pour le monnayage.

que je vous dise à quel usage, suivant mes sources, les Florentins ont employé, pour la première fois, leur nouvelle monnaie (a).

Ils continuèrent, durant les année 1253 et 1254, à promulguer énergiquement la paix, à leur manière. Ils ravagèrent si souvent les terres de Pistoie que les Pistoïens finirent par faire leur soumission, et furent obligés de laisser rentrer dans leurs murs leurs exilés Guelfes et de recevoir une garnison florentine. Puis ils attaquèrent Monte Reggione — forteresse des Marches siennoises — avec une telle vigueur que Sienne se vit également contrainte de faire la paix et de rompre son alliance avec les Gibelins. Ensuite ils ravagèrent le territoire de Volterra. Les habitants, se fiant à la résistance de leur forteresse de rochers, firent une sortie pour offrir la bataille ; les Florentins les vainquirent et, gravissant la colline à la poursuite des fugitifs, franchirent les portes de la ville en même temps qu'eux.

121. ■ — En note de cette phrase, je trouve, au bord de la page, dans mon volume de Sismondi, une croix fleurie tracée jadis, lors dune première lecture, avec la date de 1254; elle me rappelle que cette année marque le début des guerres chrétiennes. Car, malgré les doutes que vous pouvez avoir à ce sujet, et aussi grotesque que puisse vous paraître la contradiction existant entre la mission pacifique des Florentins et cette dévastation des territoires voisins, ils n'en combattaient pas moins avec une bonne foi absolue. Quoique trompés, dans une certaine mesure, par leur ambition, et entraînés par leur nature ardente qu'exaltait encore l'animation de la lutte,

(a) Voir § ia5.

ils n'ont eu, pourtant, dans cette « année de victoires » — comme ils l'ont toujours appelée depuis, — aucune intention occulte ou maligne. S'il y eut quelque traîtrise ou quelque méchanceté, elle fut, en tout cas, inconsciente. Ce n'est plus mus par une jalousie cruelle, mais par une jalousie bienveillante et un désir sincère de leur faire connaître et apprécier les privilèges de leur nouveau gouvernement démocratique, que les Métiers de Florence prennent les armes contre les cités rivales. Ils sont à bon droit fiers d'eux-mêmes, persuadés avec raison de la sagesse du changement opéré, fidèles les uns aux autres, dans le présent, et confiants dans l'avenir. Aucune armée n'a jamais combattu pour une meilleure cause, ni d'un cœur plus uni. Elle ne rencontra aucun obstacle et ne connut aucune erreur ; d'un château-fort à l'autre, d'une porte de ville à l'autre, elle poursuivit sa marche, de jour en jour plus glorieuse et plus triomphante, sans rien perdre de sa discipline, de sa parfaite unité. Après avoir pénétré dans Volterra à la suite des fuyards, après un combat acharné, elle ne versa pas une goutte de sang, elle ne pilla aucune maison, et la seule condition de paix imposée fut l'exil des nobles Gibelins. Vous pouvez retenir également, pour marquer la part qui revient au Christianisme dans un tel résultat, que l'évêque de Volterra vint en procession, avec tout son clergé, à la rencontre des conquérants, au moment où ils commençaient à se répandre dans les rues de la ville (i), et obtint d'eux cette grâce; sans son intervention, les vieilles habitudes de pillage auraient, sans doute, prévalu.

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