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SEPTIEME CONFERENCE

MARBRE RAMPANT (a)

î6i. — J'ai terminé ma dernière conférence en vous posant la question suivante, relativement à la maçonnerie de Niccola : Il se peut que ses moulures soient hâtivement exécutées, mais croyez-vous que ses joints puissent l'être?

Je dois vous rappeler une expression employée (6) relativement à la construction du palais communal — « pierres apprêtées » (i) — par opposition à celles de la tour des Agonisants, où l'usage du ciment se montra si efficace.

Vous trouverez, en général, que les écoles d'architecture où la construction occupe la première place se servent de ciment pour souder leurs matériaux les uns

(a) En français dans le texte. En terme d'héraldique, dressé, opposé à couchant, voir § 296.

(b) Par Villani, voir plus haut, § 106.

(1) « Piètre Conce ». La portion d'un bas-relief d'Orvieto reproduit sur la pi. X, montre l'importance des joints. Remarquez la manière dont la pierre portant les trois personnages principaux entre en queue d'aronde dans la bande supérieure; et aussi, au-dessus du joint de la pierre voisine, la manière dont les ailes se prolongent au delà de la fissure. J'ai choisi à dessein cet exemple parce que la perte du fragment brisé — sans doute violemment — et la seule dégradation que ces sculptures ont reçue, contribuent à mettre en relief la perfection de la partie préservée, si on la compare aux sculptures septentrionales de la même époque.

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aux autres ; dans ce cas, évidemment la question prédominante et inévitable devient l'équilibre du poids. Mais les écoles d'architecture sculpturale rattachent leurs pierres sans faire usage du ciment ; chez elles, la question prédominante et inévitable devient le rejointoiement et Rajustement, tandis que la question de poids passe complètement à l'arrière-plan.

162. — Vous pouvez considérer les pierres de la Tour des Agonisants comme étant soudées les unes aux autres, à l'instar des briques d'un mur romain.

Mais le travail de pierre apprêtée du xme siècle est le couronnement d'un art héréditaire, qui se manifeste déjà dans la pose des blocs de marbre du Parthénon et dans celle des blocs de tuf des murs de Romulus, que l'on vous a montrés tout récemment. Et ce système de pierres « couchées » est destiné à être décoré par la grâce des mosaïques et des sculptures.

i63. — M. Parker vous a également fait remarquer qu'il y a deux formes d'architecture cyclopéenne ; l'une, se servant de blocs quadrilatéraux, l'autre, de blocs polygonaux, — datant de la même période, mais se développant dans des régions distinctes, possédant des pierres de qualité différente.

J'ai placé, dans ce cadre, des exemples de l'un et de l'autre style, au xme siècle. Et, comme Hubert de Lucques était, à cette époque, le maître de Florence et de ses nouveaux édifices, j'ai choisi un échantillon de cyclopéen horizontal de sa propre ville de Lucques ; et, comme Nicolas et Jean mirent en pratique leur nouveau style gothique à Orvieto, j'ai choisi un exemple de cyclopéen polygonal de leur ville adoptive d'Orvieto.

Ces deux morceaux d'architecture datent du xme siècle,

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du début du nouveau style chrétien, auxquels Jean et Nicolas restèrent d'ailleurs complètement étrangers. Ce sont des fragments de l'art national qui se développait autour d'eux.

164. — Cet exemplaire lucquois est d'ailleurs de la plus grande importance. Il est emprunté à la porte Est de la ville qui est surmontée d'une croix, comme devrait l'être la porte de toute cité chrétienne. Une telle cité est, ou devrait être, un lieu de paix, tout autant qu'un monastère quelconque.

Cet usage de placer une croix au-dessus de la porte des villes nous vient des chrétiens de Byzance. Voici des exemples semblables du même sujet, à Assise. Sur une arche de Vérone, d'un travail plus complexe, on rencontre l'agneau et la croix.

i65. — Il y a plus. La mosaïque de cette croix est si parfaitement enchâssée dans la pierre, qu'elle n'a, jusqu'à présent, souffert en rien des injures du vent et du temps. Et les pierres « apprêtées » quadrilatérales ont été posées avec tant de soin qu'aucune arête n'en a encore bougé. A la fois pour fixer votre attention sur leur bel ajustement, et pour suppléer à l'absence de ciment, l'architecte a taillé son bloc supérieur en queue d'aronde, de manière à pénétrer dans l'assise inférieure.

J'ai employé à dessein l'expression « en queue d'aronde ». Ceci est un morceau de charpenterie en pierre, pour lequel le charpentier a méprisé l'usage de la colle. Je ne dis pas qu'il n'en usera jamais, et de la meilleure, mais il sent que c'est une chose déplaisante et qu'elle gâterait son bois ou son marbre. Il est, tout au moins, décidé à n'en rien faire paraître à l'extérieur, et la pose et le rejointoiement de ses pierres sera si

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solide que, même si on enlève tout ciment, le mur n'en tiendra pas moins debout.

Stonehenge (a), le Parthénon, les murs des Rois, cette porte de Lucques, cette fenêtre d'Orvieto (&), cette tombe à Vérone (c), autant de manifestations du principe de construction cyclopéen. Ils tiendront sans ciment et aucun ciment n'apparaîtra à l'extérieur. Nous avons, M Btirgess et moi, fait l'expérience sur cette tombe. M. Burgess en a modelé chaque pierre dans de l'argile, il les a assemblées, et la tombe n'en a pas moins tenu.

166. — Il est deux traits remarquables dans cette architecture cyclopéenne que je vous prie de considérer attentivement.

Tout d'abord : La pose des pierres acquérant une telle importance, leurs joints deviennent un sujet d'admiration et l'ornementation architecturale résidera, pour une grande part, dans la beauté de leurs lignes, tracées aussi délicatement que possible. Les lignes séparant ces briques, à Sienne, les pierres de cette porte, à Lucques, de cette voûte, à Vérone, de cette fenêtre, à Orvieto et du réfectoire récemment édifié à l'abbaye de Furness (d), offrent la principale source du plaisir que vous trouverez devant ces constructions. Ce ne sont pas seulement des lignes de graveur mais, dans les œuvres les plus parfaites, des lignes mathématiques — longueur sans largeur. Je tiens en main un fragment de mosaïque florentine, exécuté de nos jours; les lignes séparant les pierres

(à) Cirque de pierres dressées, d'origine druidique ou saxonne, que l'on fait remonter au me siècle avant l'ère chrétienne (plaine de Salisbury).

(b) Du Teatro Vecchio [Note de la Library Edition].

(c) La tombe de Castelbarco [Note de la Library Edition].

(d) Abbaye cistercienne du xne siècle, dans le district des Lacs.

ont ce môme caractère mathématique. Les deux côtés du porche de Saint-Anastase, à Vérone, ont été construits de la même manière — avec tant de délicatesse que, pendant un certain temps, mon attention n'ayant pas été attirée sur ce point, j'ai cru qu'ils étaient peints !

167. — Tel est le premier caractère du style cyclopéen de Florence. Mais il en est un deuxième. La finesse des joints et la stabilité de l'édifice — qui ne doit, par la suite, subir aucun mouvement, aucun tassement — permettent au sculpteur de confier son travail à deux pierres sur le même rang ou superposées ; s'il le préfère, il peut poursuivre son travail sur toute leur surface, sans s'inquiéter des joints.

Vous pourrez juger, d'après ce croquis grossier, du degré de précision avec lequel Nicolas de Pise et son fils rejointoyaient leurs pierres. C'est un fragment de Sainte-Marie de l'Epine [a) représentant une série de panneaux, à l'intérieur desquels se trouvent des têtes très délicatement sculptées ; on supposerait naturellement que les panneaux sont faits de plusieurs pièces, les têtes sculptées y étant insérées séparément. Mais les Pisans ne se seraient pas liés à une telle maçonnerie ; les têtes pouvaient tomber ou être enlevées par la suite. Jean de Pise fut, il est vrai, contraint de l'employer dans sa fontaine (6), dont on a en effet enlevé plusieurs bas-reliefs. Mais ici, deux panneaux sont sculptés dans un grand bloc de marbre, la tête et les moulures étant sculptées dans le bloc, le joint passant derrière le cou.

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