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C'est pourquoi les dynasties grecques trouvent

leur dernière expression dans la royauté de Minos, Eaque

et Rhadamante, dont le jugement est infaillible et

l'arithmétique rigoureuse. Mais la dynastie du roi

Gothique est fondée sur l'équité et la compassion et son

arithmétique est généreuse.

« Whose most joy was, 1 wis.

When that she gave and said : Hâve this. (c) »

Pour m'exprimer de la manière la plus concise la loi Grecque est de la « Stase », la loi Gothique de Y « Exstase » (d). Aucune limite n'est imposée à la main ou au

(a) Après sa victoire près de Calais (i349). ^e combat n'est qu'un épisode de la guerre de Cent Ans.

(6) Jugement et amour.

(c) « Dont la joie la plus grande était, je le sais, quand elle pouvait donner et dire : Tiens ». Ckaucers, Romaunt of tke Rose, v. 1142.

(d) Stasy . Ex-stasy.

cœur Gothique et, plus les enfants cherchent à se conformer aux préceptes de leur Père, plus ils se plongent dans la gloire et dans les délices de la liberté.

200. — Les deux lignes que je viens de citer, et dont vous vous souvenez, sans doute, sont empruntées à la traduction que Ghaucer nous donne du Roman de la Rose, dont je vous ai déjà cité la description de la vertu : Débonnaireté. C'est cette même Débonnaireté, telle qu'elle figure dans la Salle Peinte [a) de Westminster, qui est employée, par les sculpteurs et par les peintres français, pour représenter la franchise, le franc-parler, la qualité française (b) ; mais, dans la Salle Peinte, la Débonnaireté, noble de naissance, ce issue de la bonté ou gentillesse » (c), est censée traduire dans l'anglais d'un roi anglais, la franchise normande.

Voici donc notre propre royauté — appelons la « Englishness », la grâce de nos rois — et voici la royauté française, la grâce des rois de France, la « Frenchness », dont M. Didron nous fournit une copie grossière, mais pourtant suggestive, d'après le porche de Chartres. Elle porte une couronne de fleurs de lis et le bouclier de Guillaume le Conquérant.

201. — Cette noble qualité, cette grâce de sa Très Gracieuse Majesté, porte, à Chartres, son nom écrit, à côté d'elle, en latin. Si c'eût été en grec, c'eût été s).eu8epia. Etant en latin, que pensez-vous que ce puisse être ? Libertas, naturellement.

(a) Painted Chamber. C'est la salle du Chapitre (i25o) dont les murs portent les traces d'une ancienne fresque représentant le Christ et les Vertus chrétiennes.

(b) Franchise, frankness ou Frenchness.

(c) Autre citation de Chaucer : out of goodnestedness, ou gentleness — gentillesse dans son sens étymologique.

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M. Didron est certainement le meilleur critique d'art que je connaisse — plein de discernement et d'intelligence, ■ — mais, comme tout bon français moderne — comme appartenant à une nation à laquelle les idées latine et gothique de libertas sont devenues totalement étrangères — il ne peut prévoir le piège qui lui est tendu. Il examine, à travers ses lunettes, ce mot libertas sans parvenir à comprendre, étant un excellent critique (i), comment on peut autoriser la représentation d'une telle vertu, d'un tel privilège au xne siècle ; il frotte les verres de ses lunettes, frotte l'inscription afin de discerner clairement chacune de ses lettres, en prend l'empreinte pour éviter toute erreur, et acquiert enfin la conviction, qui ne laisse pas de lui bouleverser l'esprit, qu'il a devant lui une statue de la « Liberté », sculptée au xne siècle. « C'est bien la Liberté ! On lit parfaitement libertas » (a).

202. — Non pas, mon bon M. Didron! Nous avons à faire ici à un tout autre personnage (auquel nous reviendrons plus tard), quoique les lettres de son nom forment manifestement le mot « libertas et non liberalitas », ce dernier terme exprimant la largesse, non la franchise.

Telle est donc l'opposition existant entre les dynasties Grecque et Gothique, dans ce que leur nature a de passionné et d'instinctif, dans ce qu'elles ont d'animal, d'inné : L'une est classique, l'autre romantique ; l'une <* statique », l'autre « ex-statique ». Mais quelle est l'oppo-

(1) Au point de vue historique, non au point de vue artistique. Il a complètement gâté sa description du Palais Ducal de Venise par son ignorance des caractères techniques de la sculpture.

(a) En français dans le texte. Cit. empruntée à V Iconographie.

sition existant entre leur nature, dans ce qu'elle a de divin ? Nous connaissons bien la différence qui sépare les guerriers Thésée et Edouard III. Mais entre les théologiens Thésée et Edouard III, considérés comme des êtres rêvant et pensant, comme des rois didactiques (a) — gravant des lettres à la pointe de l'épée, au lieu d'en transpercer des hommes — abandonnant la masse d'arme pour la férule, se posant en maîtres d'école aussi bien qu'en rois — quelle est donc l'opposition qui existe ?

J'ai dit : Théologiens. J'aurais mieux fait de dire : Philologues ; amants du Logos, du Verbe, par lequel furent créés le ciel et la terre. Quel logos, touchant ce Logos, ont-ils appris ou peuvent-ils enseigner ?

2o3. — Dans ma première leçon, je vous ai représenté le lion grec byzantin, comme descendant en droite ligne du lion grec Néméen. Avec cette différence qu'Héraclès tue la bête et se taille un heaume et un manteau dans sa peau, tandis que le grec saint Marc convertit la bête et en fait un évangéliste (6).

Pensez-vous que cette différence ne caractérise rien de plus qu'une décadence ?

Cette « maniera goffa e sproporzionata » (c) , dont parle Vasari, n'indique pas seulement le dépérissement de la vigueur léonine, se figeant dans la rigidité efflanquée de la mort. Une autre transformation s'opère simultanément — peut-être est-ce celle du corps se soumettant à l'esprit?

(a) Didactic Kings .

(b) Voir § 17. Saint Marc, suivant l'interprétation que lui donne l'artiste grec. Le lion est le symbole qui fut donné à cet évangéliste d'après l'Apocalypse (IV, 7).

(c) Voir | 9.

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Je ne veux pas vous fatiguer par plus de questions. Les faits parlent d'eux-mêmes. Thésée et Héraclès ont leur religion ; elle est sincère, elle leur suffit ; une religion de tueurs de lions, de tueurs de Minotaures, étrange et fruste. Il s'y mêle des mystères Eleusiniens qui sont devenus indéchiffrables pour nous, qui Font, en partie toujours été, même pour eux.

20/4. — Dans la suite des temps, la nation grecque perd sa virilité, elle devient graecula (a), au lieu de grecque. Mais, quoique faible et efféminée vis-à-vis de l'antiquité, elle hérite de toute la subtilité de son art, de toute la science de ses mystères ; et elle se convertit à une religion plus spirituelle. Elle n'est pas réellement amoindrie par la diminution de son énergie physique. Certains phénomènes spirituels accessibles aux faibles, restent fermés aux forts ; il se peut même que le moine possède — en tant que moine — une force refusée au guerrier. Croyezvous que ce ne soit que par suite d'une aberration d'esprit, d'un déséquilibre entre le corps et l'âme, que Thésée devint saint Athanase ? Pourtant c'est bien là le changement qui s'opéra depuis l'époque du grand roi d'Athènes jusqu'à celle du grand évêque d'Alexandrie, dans la pensée et la théologie, en un mot, dans l'esprit du Grec.

Nous avons appris la différence qui sépare le chevalier Gothique du chevalier Grec (b) ; mais quelle sera celle qui sépare le saint Gothique du saint Grec ?

Franchise du corps contre constance du corps.

Ce sera donc : Franchise de la pensée contre constance de la pensée.

(«) Voir § 8, Graeculi escurientes.

[b) Voir % t et iqq.

Cathédrale d'Orvicto.

Fragment des sculptures de la façade.

(École de Giovanni Pisano.)

Page 117.

(Photo Alinari.)

Détail de la chaire de Niccola Pisano à Sienne.

(Adoration des Mages.) Page 128.

(Photo Alinari.)

UNIVERSiTY OF ILLINOIS

Edouard III contre Thésée.

Et le Franc d'Assise (a) contre saint Athanase.

2o5. — Une franchise (b) absolue, une douceur absolue dans la pensée théologique. Au lieu de : « Voici la foi ; rien ne peut sauver celui qui n'y croit pas fidèlement » « Voici l'amour ; si, ne fût-ce qu'un oiseau, un insecte, y participe fidèlement, il sera sauvé ».

Messieurs, nous sommes arrivés aujourd'hui, dans l'étude des sciences naturelles, à rejeter à la fois la théologie du Byzantin et l'amour du Franc et à considérer un oiseau comme volant « sous le règne de la loi » (c) et un grillon comme chantant sous la contrainte de la chaleur.

Je ne sais si vous sentez déjà que la position de votre canot, sur la rivière, dépend aussi uniquement du règne de la loi, ou si, pour vous mettre à la hauteur des orgues mus par la vapeur dont s'enorgueillissent vos églises et vos salles de concert (d), vous apprenez déjà à chanter à l'aide d'un moteur à gaz. Je ne sais si vous vous attendez à voir le Dies Iras entonné par une trompette à vapeur. Mais ce dont je puis vous assurer c'est que, dans l'humble domaine de mon art imitatif, ni toutes les forces mécaniques ou gazeuses de la terre, ni toutes les lois de l'univers ne vous permettront de voir une couleur ou de dessiner une ligne sans l'aide de cette puissance particulière qu'on appelait jadis Tàme, qu'il fut donné au Grec de

(à) The Frank ofAssisi. Le nom même de saint François sert à la démonstration.

(b) Dans le sens déterminé plus haut : liberté résultant non seulement de l'affranchissement des passions intérieures, mais d'une vivante piété à l'égard delà nature extérieure.

(c) Voir § 194.

(d) Allusion à l'application des moteurs au soufflet des orgues.

plier à la discipline, chez les serviteurs de Dieu, et au Goth d'exalter vers la liberté, chez Ses enfants.

206. — A un certain égard, je voudrais pourtant vous voir plus conscients de l'existence d'une loi que vous ne semblez l'être. Cette différence que je viens de vous signaler, entre ces deux grandes nations, existe également entre deux ordres d'intelligence qui se partagent l'esprit humain : nous appelons généralement l'un classique et l'autre romantique (a). Sans entrer dans aucune subtilité, au sujet des caractères qui distinguent ces deux sectes, nous pouvons considérer ceux-ci comme constants : Les écrivains et les peintres de l'école classique n'affirment rien qui ne soit reconnu comme vrai ; ils l'affirment, à leur manière, de la façon la plus parfaite, et ils deviennent dès lors, des autorités dont le jugement est sans appel. Les écrivains et les peintres romantiques, au contraire, s'expriment sous l'impulsion de passions qui peuvent les conduire à la découverte de nouvelles vérités, ou à un plus gracieux arrangement, à une plus heureuse combinaison d'éléments déjà connus. Mais, quel que soit le charme ou l'éclat de leur œuvre, elle reste imparfaite et sans autorité.

Il est naturellement impossible de séparer, d'une manière absolue, ces deux classes d'artistes : un écrivain classique peut parfois, malgré tous ses soins, commettre une erreur, et un romantique peut atteindre la perfection à force d'enthousiasme. Mais, en pratique, et pour le plus grand bien de vos études et de votre éducation,

(a) Ceci n'est évidemment qu'un rapprochement d'idées. Comme la suite le montrera, R. abandonne ici une distinction particulière pour aborder un ordre d'idées beaucoup plus général.

FRANCHISE i47

vous pouvez les distinguer. Notre devoir à nous, vos professeurs, pendant votre jeunesse, est de concentrer votre travail scolaire uniquement sur la lecture des classiques, et de veiller à ce que votre esprit s'assimile les faits indiscutables qu'ils renferment et s'habitue à s'exprimer avec la précision infaillible dont ils vous offrent l'exemple.

207. — Quoique les paroles de saint Jean : « Le monde lui-même ne pourrait contenir tous les livres qu'il faudrait écrire... » (a) puissent encore être considérées comme une hyperbole, je suppose — je n'ai pas le temps de faire le calcul — que la littérature quotidienne dont nous sommes alimentés est si vaste que le monde pourrait littéralement être enveloppé dans « les livres qu'on y écrit ». Les feuilles de papier imprimées traitant de n'importe quel sujet passionnant l'esprit moderne (disons les chances du demandeur) (b) publiées, sous forme de journaux, en Angleterre, durant une année seulement, devrait suffire pour emballer le monde.

208. — Je vais vous lire maintenant cinquante-deux lignes d'un auteur classique. Bien lues et bien comprises, elles contiennent, à elles seules, plus de vérités que ne vous en a enseigné, pendant toute cette année, cette littérature qui embrasse, de son étendue, le monde entier.

Parmi ces cinquante-deux lignes, vous en trouverez quelques-unes banales, quelques-unes médiocres, mais il est impossible de traduire en meilleur anglais les

(a) Jean, XXI, a5.

(b) Claimant. Principalement dans les procès de succession. — Allusion au Tichbourne Case, procès de succession qui fit grand tapage.

notions qu'elles renferment ni d'en retrancher une seule

syllabe (a).

209. — Même ceux, et il peut s'en trouver quelques-uns ici, qui contesteront l'idée exprimée dans ce passage, reconnaîtront son exquise précision et sa noble construction. Si je me trompe, cela tient uniquement à ce que mon éducation moderne ne m'a pas appris à bien reconnaître un auteur classique. Mais, quelles que soient mes erreurs ou les vôtres, il existe certaines vérités, connues depuis longtemps de tout homme sensé, et incontestables. Vous pouvez y ajouter quelque chose, vous ne pouvez rien y retrancher. Et la tâche d'une Université est précisément de déterminer quels sont les ouvrages qui les expriment le mieux et de développer l'étude de ceux-ci.

210. — Les arts classique et romantique soumis, pour l'instant, à notre examen consistent donc, le premier, à représenter, sous quelque symbole que ce soit, certaines vérités concernant l'histoire de l'humanité, le second, à susciter notre intérêt par une impulsion ou un incident engendré par la passion. Cette distinction est vraie pour tous les temps, mais celle qui sépare la franchise de l'art du Nord de la constance de Fart byzantin dépend, en partie, chez l'un, du libre jeu de l'émotion, chez l'autre, de la succession régulière de faits connus et de doctrines établies.

Vous trouverez, au début du livre de M. Didron (&), déjà cité, une analyse admirable de ce qu'on pourrait

[a] R. omet ici la citation empruntée au Deserted Village de Goldsmith (lignes 25i-3oa); nous ne croyons pas nécessaire de la rétablir. Le lecteur évoquera une page quelconque de la Belle Héloïse ou de Manon Lescaut.

(b) Dans l'Introduction à Ylcon. chrétienne, pp. 13-19.

appeler le développement classique de la théologie chrétienne, telle qu'elle est écrite dans les sculptures de la cathédrale de Chartres. Vous trouverez, au contraire, dans la façade d'Orvieto, les premiers indices du sentiment romantique. La première œuvre correspond au style d'un grave sermon, la deuxième à celui d'un délicieux roman ; la première fait penser, il suffit de sentir la deuxième ; la première est toujours une parabole masquant une signification profonde, la deuxième est un récit provoquant une émotion.

211. — J'en arrive ici à une conclusion, concernant l'art grec, d'une portée très étendue. Il est tout symbole, tandis que Fart gothique, en ce qui le distingue (a), est littéral. Cette remarque est si vraie qu'elle se vérifie jusque dans notre école de paysagistes modernes.

Je vous ai toujours dit, vous vous en souvenez, que Turner appartenait à l'école grecque. De même que le fleuve de sang sortant de dessous du trône, dans le jugement dernier de la cathédrale de Torcello (&), symbolise la damnation, de même Turner l'emploie comme un symbole de mort (c). Et de même que, sur une tombe égyptienne, le génie de la mort fait se coucher le soleil sous l'horizon, de même, dans Céphale et Procris (d), les derniers rayons du soleil abandonnent la forêt au moment où la nymphe expire.

(a) Notez « en ce qui le distingue ». Chartres, qui vient d'être opposé à Orvieto, n'en est pas moins gothique, mais un gothique imbu de classicisme, en un sens, d'esprit grec.

(b) Aux environs de Venise, mosaïque byzantine.

(c) Notamment dans son Fighting Téméraire (National Gallery).

(d) « Voyez ces derniers rayons s'éteignant au loin, entre les troncs de la orêt, avec la vie même de la nymphe. » (Modem Painters, vol. III). Céphale

et Procris appartient à la série des dessins du Liber Studiorum .

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Remarquez cependant que l'enseignement se dégageant de l'art classique et de Fart romantique peut être aussi fécond, aussi sérieux ; la forme seule diffère. Mais, si vous ne comprenez pas une œuvre classique, vous n'en tirerez rien, tandis que vous pourrez jouir d'une œuvre romantique, même sans la comprendre.

212. — Je ne puis vous faire saisir plus complètement cette différence qu'en comparant le type que Walter Scott donne à sa « libertas », à la Franchise de Chartres, ou à la Débonnaireté de la salle du chapitre.

A Chartres comme à Westminster, la noble naissance est indiquée par la couronne ; la vie abondante et joyeuse, par la chevelure flottante; la force par le bouclier du vainqueur ; et la vérité par l'expression franche et ouverte du visage.

Elle n'était ni brune, ni terne de couleur

Mais blanche comme la neige fraîchement tombée [a).

Tout cela n'est que symboles ; si vous ne savez les lire, la figure restera pour vous raide et sans intérêt. Mais la Franchise de Sir Walter, Diana Vernon (6), nous attire immédiatement par son aspect et son caractère personnels. Elle n'est pas un symbole mais, si vous apprenez à bien la connaître, vous la trouverez d'une loyauté parfaite et d'un sang-froid admirable; sa sincérité absolue affinée par la tendresse, son fougueux enthousiasme tempéré de dignité, sa courageuse indépendance inca-

(«) « She was not brown, nor dull of hue

But white as snowe, fallen newe. » (Chaucer. Traduction du Roman de la Rose) .

(b) Héroïne de Bob Roy.

FRANCHISE i5i

pable d'une mauvaise action, se combinent pour vous faire voir et sentir ce que les Grecs ne pouvaient suggérer que par des signes.

2i3. — J'ai déjà noté — quoique je ne sois pas certain que vous reconnaissiez le bien fondé de cette remarque — la signification des noms que Sir Walter — tout comme Shakespeare — donne à ses héros. Diana « Vernon semper viret » (a) vous suggère la pureté et la force juvénile du printemps et implique un état sublime de « libertas ».

La corruption de cette idée de pureté vous fournit les héroïnes modernes de la littérature du London Journal ; peut-être ferions -nous mieux de l'appeler « Cockneydaily » (b). Vous en trouverez un parfait exemple, notamment, dans ce Griffith Gaunt » de M. Charles Reade : « souple et vigoureuse, ne faisant qu'un avec son grand hongre blanc », capable de changer complètement de conception au sujet des destinées de sa vie après un quart d'heure de conversation avec un jeune homme d'un physique particulièrement avantageux. Quant au héros il regarde les gens qu'il n'aime pas avec des yeux « comme en ont les chiens dans l'obscurité ». Le héros et l'héroïne ont d'ailleurs l'un et l'autre une intelligence correspondante à celle que peut posséder « un chien dans l'obscurité », ce qui rend bien l'état d'esprit de l'homme pratique, en Angleterre, aujourd'hui. Bien heureux s'ils restent à ce niveau ; Circé ne se contente pas en effet, d'ordinaire, de changer les hommes en chiens. Car la

(a) Devise de la famille Vernon (Cf. Rob. Roy, chap. x).

(b) Cockney étant le terme de dérision pour londonien. Cette boutade s'adresse aux héroïnes des romans feuilletons des quotidiens et des magazines.

i5a LE VAL D'ARNO

Diana Vernon grecque est Artemis Laphria qui aime les

chiens, mais déteste les cochons (a).

Remarquez, en passant, comme Sir Walter développe son image en plaçant Diana dans la border country [b). « Cette colline bleue, là-bas, est en Ecosse » dit-elle à son cousin qu'elle ne méprise pas un instant pour avoir pris part, comme tout semble l'indiquer, à l'une des incursions de Rob Roy. Et vous voyez ainsi l'idée de la franchise normande transférée graduellement sur la personne du reître et du flibustier. De ce côté aussi, elle peut se dégrader, mais elle ne le peut, d'aucune manière, dans le sens « porcique », fourrageant, à la manière du public anglais moderne, uniquement avec le groin.

214. — Dans la forme la plus douce et la plus domestique de cette vertu, vous avez enfin l'idéal de Wordsworth.

« La vie légère et libre de son foyer Et les pas de sa virginale liberté ».

La distinction qui sépare ces types septentrionaux de vertu féminine des types d'Alceste, d'Antigone et d'Iphigénie gît dans l'esprit même de l'art des deux régions et se reflète jusque dans ses moindres détails. Nous découvrirons à la fois, dans l'art central de Florence, la rêverie de la Grèce et la joie de l'Angleterre, unies à une conception de sévérité monastique qui lui est particulière.

Et Diana Vernon est à la ballerine française, dansant le cancan, ce que la « Libertas » de Chartres et de Westminster est à la « liberté » de MM. Victor Hugo et Stuart Mill.

(a) Voir § 19.

{b) Se dit de la région frontière entre l'Angleterre et l'Ecosse.

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