QUATRIEME CONFERENCE
PARTI PAR PAL (a)
90. — La carte de l'Italie intellectuelle et politique que j'ai tenté de reconstituer, dans ces trois dernières conférences, vous aura donné, je l'espère, une idée nette de la situation dépendante, et pourtant en partie antagoniste, de l'artiste ou du marchand — que je réunirai ici dans une seule et même classe — , vis-à-vis du noble et du prêtre. En tant qu'honnête travailleur, il était hostile à la violence du pillage et à la folie de l'orgueil ; en tant qu'honnête penseur, il était à même de relever toute invraisemblance cachée dans les histoires qu'il avait à représenter aussi fidèlement que possible, et il n'en était pas moins fort ému par la véritable signification des événements qu'il essayait de rendre matériellement visibles. Le peintre s'épouvantait lui-même à la vue de ses propres diables, et se réprimandait ou se consolait par les lèvres de ses propres saints, beaucoup plus efficacement qu'il ne l'eût été par la parole d'aucun prédicateur. Ainsi, soit par son métier, soit par son invention, il se trouvait tout naturellement porté à Pavant-garde des défenseurs des lois de la cité et de ses plus actifs réformateurs.
(a) Terme de blason : partagé par un pieu, par une barre verticale.
91. — La lutte de l'artiste contre le soldat pillard est caractérisée par la guerre de la Ligue Lombarde contre Frédéric II ; et celle de l'artisan contre le prêtre hypocrite, par la guerre des Pisans contre Grégoire IX (1241). Mais, je voudrais seulement, au cours de cette conférence, concentrer votre attention sur les révolutions de Florence. Elles traduisirent, en effet, de bonne heure, l'ascendant croissant des forces morales qui devaient mettre fin aux exactions de l'insolent soldat-pillard, et, tout au moins, contraindre les nations à affirmer, sinon la cessation de la guerre elle-même, — comme cela peut être possible dans un lointain avenir — en tout cas quelque principe qui la réglemente.
La plus importante de ces révolutions fut virtuellement celle dont je vous ai déjà parlé (a) ; elle éclata vers la moitié du xme siècle, en i25o; c'est une date mémorable dans la vie de la Chrétienté, fixant l'époque même de la crise que la transformation profonde de ses principes d'économie et de ses conceptions d'art lui fit traverser.
92. — Remarquez, tout d'abord, les rapports exacts qui existent, à cette époque, entre la chevalerie chrétienne et la chevalerie profane (b).
Pendant l'hiver de 1248-49, saint Louis se trouvait confiné, avec ses croisés, dans l'île de Chypre. Il avait confié à la Providence le soin de le ravitailler; et son armée mourait de faim. Le profane empereur d'Allemagne, Frédéric II, était en guerre avec Venise, mais il donna un sauf-conduit aux vaisseaux vénitiens, qui leur permit de transporter des vivres à Chypre et de sauver saint Louis
(a) Au clébut de la première conférence. {b) En anglais : profane, non-chrétienne.
et ses Croisés. Frédéric avait été excommunié pendant la moitié de sa vie, et le Pape (Innocent IV) lui faisait une guerre à outrance, à la fois spirituelle et temporelle ; spirituelle, parce que Frédéric avait introduit des Sarrasins en Apulie ; temporelle, parce que le Pape voulait l'Apulie pour lui-même. Saint Louis et sa mère écrivirent tous deux à Innocent, pour le prier de se réconcilier avec ce bon hérétique qui avait sauvé l'armée entière des Croisés. Mais le Pape, implacable, continua à lancer ses foudres contre son ennemi, et Frédéric, de guerre las, se retira tranquillement, pendant un an, dans un de ses châteaux d'Apulie. Le repos de l'impie est rarement joyeux, à moins qu'il ne soit criminel. Frédéric avait beaucoup de sujets de repentir, beaucoup à regretter, rien à espérer, et rien à faire. A la fin de son année de repos, il fut attaqué par la dysenterie, et fit ainsi sa paix ultime avec le Pape et avec le Ciel à l'âge de cinquante-six ans.
93. — Dans l'entretemps, saint Louis était allé en Egypte, avait vu son armée vaincue, son frère tué, et s'était trouvé, lui-même, réduit en captivité. Il pourra être intéressant, pour vous de voir cette page de son psautier — que j'ai posée sur la table — où la mort de ce frère se trouve relatée en lettres d'or, parmi les lettres ordinaires, bleu d'outremer, à la date du 8 février.
94. — Telles sont les dispositions que prit la Providence, défiée par Frédéric et à laquelle saint Louis s'était confié, à l'égard de l'un et de l'autre ; la Providence ne s'inquiétait aucunement des opinions des deux souverains, mais elle s'inquiétait beaucoup de ce fait, que l'un n'avait rien à faire en Egypte, ni l'autre en Apulie.
Il n'est pas, dans l'histoire du monde, deux rois qui eussent pu être plus heureux ou plus utiles, s'ils avaient
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eu seulement le bon sens de rester dans leurs capitales respectives et de s'occuper de leurs propres affaires. Mais ils semblent n'être nés que pour démontrer à quels affligeants résultats peuvent aboutir la foi d'un chrétien et la raison d'un philosophe, quand une imagination inquiète les domine (i).
o,5. — La mort de Frédéric II mit virtuellement fin à la domination militaire régnant à Florence; dès lors, les marchands s'emparèrent du pouvoir qu'ils conservèrent, jusqu'au jour où, sous les Médicis, ils finirent par ruiner la ville.
Nous allons maintenant suivre le cours et décrire les effets des trois révolutions qui ont mis fin au règne de la Guerre et instauré le pouvoir de la Paix.
96. — Je vous ai dit que, dans l'année 1248, tandis que saint Louis était à Chypre, Frédéric était en guerre avec Venise. Celle-ci était, en effet, sinon l'instigatrice, du moins la plus importante alliée de la grande Ligue Lombarde, opposée par les marchands à la puissance militaire allemande.
Cette ligue était essentiellement formée par Venise, Milan, Bologne et Gênes, alliées au Pape; les villes impériales, ou Gibelines, étaient Padoue, Vérone, sous Ezzelin, — Mantoue, Pise et Sienne. Je ne mentionne pas les villes moins importantes de l'Italie du Nord qui s'asso-
(1) Il ne faut pas penser que ceci soit dit sans avoir égard à la noblesse de ces deux glorieux souverains. Un des nombreux projets qui me tenait le plus à cœur, durant ces dernières années, était d'écrire la vie de Frédéric II. Mais j'espère que cette vie ainsi que celle de Henri II d'Angleterre, seront bientôt écrites par un homme qui les aime autant que moi et qui les connaît beaucoup mieux (a).
(a) On retrouve dans les manuscrits de R. des traces de ce projet. L'historien auquel il est fait allusion est M. Robert Laing, un collègue d'Oxford auquel R. conseillait d'accomplir ce travail. Ce voeu ne fut pas réalisé (Note de la Library Edition).
cièrent à l'un ou l'autre parti ; pénétrez-vous seulement bien l'esprit des noms des localités principales participant à l'action. La lutte se trouvait concentrée dans le conflit acharné divisant Gênes et Pise ; Gênes, combattant vraiment très pieusement pour le Pape, ainsi que pour elle-même ; Pise, combattant pour son propre compte, et pour l'Empereur dans la mesure où cela pouvait lui convenir. Ce furieux petit faucon marin (a) ne pouvait jamais apercevoir le vol d'un autre oiseau de mer sans fondre sur lui ; comme allié de l'Empereur, par ses seules forces, il neutralisait l'action de Venise et de Gênes. Il advint ainsi que la victoire du parti Guelfe ou du parti Gibelin dépendit, en dernier ressort, de l'intervention de Florence.
97. — Dans l'entretemps, Florence se battait contre elle-même, pour le plaisir de se battre. Elle était, nominalement, à la tête de la Ligue Guelfe en Toscane, mais cela signifiait seulement qu'elle haïssait Sienne et Pise, ses voisines du midi et de l'ouest. Elle ne s'était jamais déclarée ouvertement contre l'Empereur. Au contraire, elle avait toujours reconnu son autorité, tout au moins à un point de vue idéal, comme représentant celle des Césars. Elle dépensait surtout son énergie dans des combats de rue. La mort de Buondelmonti, en 121 5, avait été, en effet, parmi ses nobles, l'origine d'une série de dissentiments qui revêtirent peu à peu la forme de querelles d'honneur, sorte de tournois improvisés, livrés à mort, parce que, sans cela, ils n'eussent pas présenté suffisamment d'intérêt et inspiré assez de considération. Ce genre de vie finit par entrer dans les mœurs ; Shakespeare
(a) This mad Utile sea falcon: Pise.
vous le dépeint et vous fait voir ses résultats inévitables. Samson mord son pouce au nez d'Abraham, et immédiatement les rues sont rendues impraticables et la bataille est déchaînée (a). Le combat, dans la Canongate, entre les Leslie et les Seyton, dans l'Abbé de Scott (&), présente le même caractère; il montre aussi, ce que Shakespeare n'a pas fait aussi nettement, parce que cela aurait rompu le cadre domestique de son drame, les rapports rattachant ces querelles privées aux divisions politiques qui paralysaient le corps entier de l'Etat.
Ces schismes politiques n'atteignirent pourtant jamais, en Italie, à cette époque reculée, la violence des discordes écossaises (1) ; ils n'eurent jamais le même caractère de sincérité. En Ecosse, protestants et catholiques étaient chacun parfaitement convaincus que leurs antagonistes étaient les suppôts du diable ; à Florence, au contraire, Guelfes et Gibelins respectaient chacun, chez leurs adversaires, soit la fidélité à l'Empereur, soit la piété envers le Pape, dont ils jugeaient à propos de se dispenser eux-mêmes, pour le moment. Les combats de rue y étaient, par conséquent, plus fréquents, plus chevaleresques, et l'on s'y battait de meilleure humeur. Une parole blessante mettait toute la noblesse de la ville en feu ; chacun ralliait son poste ; le combat commençait simultanément dans une demi-douzaine d'endroits reconnus comme propices, mais il se terminait le soir; et, le lendemain, les chefs concluaient une trêve pour décider quel parti s'était le
(a) Bornéo et Juliette, Acte I, scène I.
(b) Chapitre xvn.
(1) Distinguez toujours la querelle personnelle de la querelle religieuse ; en Italie, la querelle personnelle est toujours plus perfide et plus violente qu'en Ecosse, mais non pas la querelle politique ou religieuse, à moins qu'elle ne soit compliquée de grands intérêts matériels.
mieux comporté, faisaient enterrer triomphalement leurs morts, et renforçaient les points faibles de leurs palais, éprouvés par les événements de la veille. Les bagarres florentines se concentraient volontiers autour de la Porte Saint-Pierre (i), de la tour de la cathédrale, ou du palais fortifié des Uberti (la famille de Belincion Berti et de Farinata de Dante) qui occupait remplacement actuel du Palazzo Vecchio. Mais les rues de Sienne semblent s'être mieux prêtées à usage de barricades. Elles sont aussi escarpées qu'étroites — extrêmement — et les pierres saillantes des façades de leurs palais qu'on a laissésubsis ter en bâtissant, en vue de soutenir, à l'occasion, au travers des rues, les poutres des barricades, constituent, aujourd'hui encore, l'un des traits les plus caractéristiques de leur architecture.
98. — Tel était l'état des affaires à Florence, en cette année 1248, quand Frédéric écrivit aux Uberti, qui étaient à la tête des Gibelins, pour les engager à faire un effort sérieux afin de rallier nettement la ville au parti Impérial. Retenu par le siège de Parme, il envoya son fils naturel, Frédéric, roi d'Antioche, avec seize cents chevaliers allemands, afin d'assurer la prépondérance aux Gibelins dans le prochain conflit.
Les Uberti prirent les armes avant leur arrivée, rassemblèrent tous leurs amis Gibelins, en un seul corps, et attaquèrent et remportèrent d'assaut, l'une après l'autre, les barricades des Guelfes, jusqu'à ce que leurs antagonistes, repoussés par une série de défaites locales, se trouvassent réunis, en un groupe aussi compact que le leur, près de la porte Saint-Pierre « Sche-
(1) Sismondi, vol. II. chap. vi ; G. Villani, vi, 33.
raggio ». En cet instant critique, le jeune Frédéric arriva avec ses reîtres allemands, les Gibelins lui ayant ouvert les portes. Les Guelfes défendirent néanmoins, pendant quatre jours encore, leur dernière barricade ; mais enfin, fatigués, ils quittèrent tous ensemble la ville, dans la nuit de la Chandeleur 1248, laissant les Gibelins et leurs amis allemands agir à leur guise. Ceux-ci se mirent immédiatement à abattre les palais guelfes; ils en détruisirent complètement trente-six, y compris les tours, aidés puissamment en ceci par Niccola Pisano ; — ce fut, en effet, à cette occasion, que celui-ci déploya son talent d'ingénieur (a).
99. — C'est la première intervention des Allemands dans les affaires florentines qui appartient au cycle réel de l'histoire moderne. Six cents ans plus tard, une troupe de cavaliers allemands entra de nouveau à Florence pour rétablir son grand-duc (b). Notre tendre et enthousiaste poétesse anglaise (c), regardant passer les susdits Allemands des fenêtres de la Casa Guidi, leur adresse maintes dures paroles; elle pense que ses chers Florentins sont entièrement innocents dans l'affaire. Mais si elle avait u des yeux clairvoyants (yeux de « lin » (1), comme les qualifie le Roman de la Rose), elle aurait remarqué que ces cavaliers aux tuniques blanches, avec leurs lourds canons, n'étaient autre chose que l'arrière-garde du jeune Frédéric d'Antioche, et que c'étaient les Gibelins de Florence qui leur avaient ouvert ses
(a) Voir § 45.
(b) Au cours de la répression par les Autrichiens de l'insurrection italienne (1849).
(c) Elizabeth Browning (Casa Guidi Windows). (1) Lynx.
portes. La destinée se soucie peu de la valeur du temps, elle exerce, aussi aisément, aussi strictement, sa justice à cette distance télescopique qu'à portée de la main.
ioo. — « Frédéric à'Antioche ». Notez la coïncidence des titres. C'est à Antioche que les disciples furent appelés, pour la première fois, Chrétiens ; et voici que notre lieutenant de l'Antéchrist emprunte aussi son nom à cette ville.
Les Anti-chrétiens Allemands entrèrent à Florence le dimanche matin ; les Guelfes combattirent jusqu'au mercredi, jour de la Chandeleur; — la Tour des Agonisants fut abattue le lendemain. Elle était ainsi nommée parce qu'elle se trouvait sur la place Saint-Jean, et que tous les Florentins, à l'heure de l'agonie, en invoquant l'aide de saint Jean, dirigeaient, autant que possible, leurs regards vers le sommet de cette tour, haute et forte entre toutes. Les méchants Anti-chrétiens, avec l'aide de Nicolas de Pise, y pratiquèrent une brèche, ce de telle manière que la tour tombât sur le Baptistère. Mais, grâce à Dieu et par respect pour le bienheureux saint Jean, la tour, haute de 108 pieds, évita, en tombant, la sainte église, s'en détourna, et tomba au travers de la place ; ce devant quoi tous les Florentins (pies et impies) s'émerveillèrent et ce qui réjouit beaucoup le peuple (anti-gibelin) » (a).
101. — Je ne doute pas que cette histoire soit apocryphe, non seulement en ce qu'elle attribue ces scrupules religieux à la tour, au moment de sa chute, mais aussi en ce qu'elle accuse les Gibelins d'avoir résolu formellement la destruction du Baptistère. Seuls les réformateurs modernes éprouvent le besoin impérieux de
{a) Voir Vasari, vol. I, p. 67.
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fortifier leurs convictions religieuses par des procédés aussi élémentaires. L'idée d'un tel sacrilège eût révolté Farinata ; à plus forte raison, ce groupe de Florentins dont Dante caractérise les tendances. Leur « Bel San Giovanni » (a) leur était cher à tous, sinon pour sa sainteté, du moins pour sa beauté. Et Niccola lui-même était un trop bon artisan pour devenir l'instrument de destruction d'une œuvre aussi noble; sans compter qu'il est plus que probable qu'il était aussi trop bon ingénieur pour que son projet, une fois arrêté, fût déjoué par les scrupules de conscience de la tour. Cette tradition s'est probablement formée après que la fureur des Gibelins exilés eût consenti à demi, pour des raisons politiques, à la destruction de Florence elle-même ; mais la forme qu'elle a revêtue est des plus importantes, au point de vue historique, car elle décèle tout au moins le soupçon que, dès cette époque, les nobles Florentins eussent pu être animés de passions semblables à celles qui guidèrent plus tard les soldats de Gromwell ou de Garibaldi ; elle confère également au parti gibelin un caractère, non seulement anti-papal, mais aussi profane.
102. — Cependant les Gibelins, poussés soit par l'orgueil, soit par la crainte, montrèrent si peu de miséricorde envers les châteaux et les personnes de leurs ennemis, qu'ils s'aliénèrent, dans ces jours de triomphe, les sympathies de tous les citoyens raisonnables aussi bien que de tous les citoyens religieux. Ils méprisèrent beaucoup trop la force croissante du pouvoir populaire, fondée sur l'économie, la sobriété, et le bon sens ; et, par leur impertinence et leurs exactions, ils accrurent Tirri-
(a) Enfer, chant XIX.
tation de l'élément civil ; jusqu'au jour où, comme nous l'avons déjà dit (le 20 octobre i25o), tous les riches bourgeois de Florence prirent enfin les armes.
Ils se réunirent sur la place de Santa Croce, « où, dit Sismondi, la république des morts est assemblée encore aujourd'hui » (a) ; traversèrent la ville jusqu'au palais du Podesta Gibelin, le forcèrent à résigner sa charge ; nommèrent à sa place, Uberto de Lucca, avec le titre de Capitaine du Peuple ; se partagèrent, selon les quartiers qu'ils habitaient, en vingt compagnies, à chacune desquelles ils donnèrent un capitaine (1) et un étendard; et élirent un conseil de douze anciens, constituant une seigneurie, ou signoria, afin de délibérer sur les affaires publiques et de les diriger.
io3. — Quel superbe mouvement républicain! pense Sismondi (b) ; ne voyant, dans tout ceci, que l'énergie du grand nombre et ignorant complètement les facultés particulières de cette foule florentine, facultés engendrant deux vertus, trop oubliées par le républicanisme moderne, l'ordre et l'obéissance, unies à l'instinct inné qui la portait non seulement à apprécier la nécessité dans laquelle elle se trouvait de se donner des capitaines, mais encore à savoir où elle pouvait les trouver.
104. — Hubert de Lucca. — Gomment en vinrent-ils à le choisir, pensez-vous, lui, originaire d'une ville étrangère, d'une ville plus pauvre que la leur? N'y avait-il donc aucun Florentin, parmi toute cette foule riche et ardente, qui fût capable de gouverner Florence ?
(a) On sait que l'église de Santa Croce est une sorte de Panthéon florentin.
(1) Littéralement ; corporale.
{b) Vol. II, p. 10.
Je ne puis trouver aucun renseignement sur cet Hubert — esprit éclairé — de Lucca ; Villani dit simplement de lui : « Fu il primo capitano di Firenze » (a).
Ils suspendirent pour lui une cloche sur le Campanile du Lion, lui donnèrent à porter l'étendard de Florence; avant la fin de ce jour, 20 octobre, Hubert avait donné son drapeau à chacune des vingt compagnies de la ville. Voici les armoiries des susdits gonfalons (b).
106. — • Ce ne fut naturellement pas Hubert de Lucques qui fixa ces armoiries, mais il les prit comme il les trouva, et les choisit comme étendards (1) ; il fit de même pour toutes les paroisses rurales et ordonna à leurs membres d'entrer dans la ville en cas de besoin.
107. — « Et comme le peuple s'était emparé du pouvoir et de la Seigneurie, il ordonna, pour assurer sa puissance, que toutes les tours de Florence — et il en était beaucoup dépassant 180 pieds de haut (2) — fussent démolies jusqu'à une hauteur maximum de 75 pieds. Ainsi fut fait, et, avec ces pierres, on fortifia Fenceinte de la ville sur l'autre rive de l'Arno. »
108. — Cette dernière phrase est significative. Mieux que toute autre elle traduit le vrai caractère du bourgeois ou du citadin : le maintien résolu de la paix fortifiée. Ce sont ces mêmes murs que démolit le républicanisme moderne afin de tracer des boulevards sur leurs ruines.