‹ Le Val-Perdu (volume 2)Chapitre 17 sur 70 · CHAPITRE Ul · texte numérisé non relu

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fut rentré en chantant au chalet, le jeune militaire convint avec lui-même que bien peu de personnes avaient pu en compter une pareille dans toute leur existence.

Il n'entre pas dans le cadre de cette histoire de relater ce qui se passa heure par heure au Val-Perdu pendant une semaine environ. Nous dirons seulement que plus Armand vivait au milieu des jeunes solitaires, plus la singularité de leurs mœurs et de leur genre de vie renversait toutes ses idées. Leur simplicité et leur innocence, entretenues par risolement, étaient inconcevables. Malgré la galanterie superficielle et la douce liberté qui régnaient dans leurs relations, rien n'égalait la réserve des jeunes gens, la pudeur modeste des jeunes filles . Ils n'avaient du monde qu'une idée vague, souvent monstrueuse, peu capable d'exciter leurs désirs. lis n'avaient non plus aucune notion de géographie, d'histoire, et à plus forte raison des événements contemporains. Chose

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étrange ! aucun d'eux ne savait lire, et Pbi* lémoii paraissait prendre grand soin de lénf dérober cette science vulgaire. En revanche, chaque soir, au retour des champs, le viell-^ lard lisait à haute voix des extraits choisis de Florian, deGessner,tle Fontenelle et des autres auteurs anciens ou modernes qui avaient vanté ces douceurs de la vie pastorale à laquelle il avait voulu façonner ees enfants et ses pupilles. Hais le capitaine Verneuil, qui assistait à ces leetures, observa que ces passages étaient souvent tronqués ; certaines peintures étaient modifiées, certaines expressions adoucies de manière à ne pas exciter trop vivement des imaginations ardentes. Philémon s'arrêtait de préférence aux descriptions de scènes champêtres, aux morceaux où Ton célébrait les charmes d'une bonne conscience dans la solitude; souvent aussi il intercalait dans ses lectures des préceptes fort étrangers aux auteurs auxqiiek il les attribuait, mais qui sans doute ^'■"^^

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une portée spéciale pour ses jeunes aiiditeufs.

Ce Pbiléiiion liri-raéme eût été un objet d'études nérieuses pour un observateur moins superficiel que rinsoueiant militaire. Ëvidéminait il avait longtemps vécu dans la société, et il avait dû y occuper une place dîslingiiée. C*étaU à lui que remontaient la eoBception et rexécution du Val-Perdu. Son action puissante s'était manifestée sur le sol comme sur les intelligences; à l'aide de ressottpoes secrètes et de ses agents extérieurs, dont il avait avoué Texistence à Amand, il s'occupait incessamment de la cottservation et de rembellissement de la petite Aroadte. Tour à tour architecte, sculpteur, jardittler, agriculteur, il s'ingéniait sans relâche à orner la cage où i) retenait captifs die si charmants oiseaux. On le voyait du mâiin au soir une serpe ou une bêche à kl main, nu-téte au soleil et à la pluie, travaillant avec une ardeur que l'âge ne pou-

vail affaiblir. Cependant cette activité dévorante ne nuisait en rien à l'inquiète surveillance qu'il exerçait sur ses pupilles, surtout depuis l'arrivée de l'étranger. Quand on le croyait occupé à l'autre extrémité du vallon, on le rencontrait tout h coup au détour d'une allée, dans un bocage solitaire , derrière an rocher, toujours grave, sévère, et semblant dire par sa contenance défiante : k Prenez garde, je suis là ! »

Quels motifs avaient pu déterminer un homme de tant d'énergie et d'intelligence à se séquestrer ainsi avec sa famille? Tel était le problème qu'il était plus facile de poser que de résoudre. Dans les premiers jours, Armand, trompé par l'air de bonhomie que le vieillard affectait à certains moments^avait cru possible de lui arracher son secret ; mais il n'avait pas tardé a reconnaître que celte bonhomie était toute superficielle. La simplicité et la bonté, si naturelles, si naïves chez les jeunes gens, semblaient chez lu

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facultés factices et de convention, daes seulement i rétude et à une vigilance persévérante sur lui-même. Il éludait avec adresse lesquestionsde Verneuil, ou bien il répondait d'une manière si obscure que sa réponse

était encore une énigme.

Pendant la semaine qui venait de s'écouler, la blessure du jeune militaire s*étatt k peu près guérie ; mais, au rapport de Guillaume, qui s*informait exactement des nouvelles du dehors, les Autrichiens, postés dans le voisinage, continuaient à fermer tous les passages. Armand prenait fort en patience les obstacles qui s'opposaient à son départ. Chaque jour amenait une nouvelle fêle. Une douce familiarité s'était établie rapidement entre lui et les jeunes gens. Estelle et Némorin le traitaient comme un frère. Lysandre et Galatée, plus âgés et plus réservés dans leurs épanchements, s'efforçaient incessamment de lui rendre la vie douce et facile. Depuis que le jeune officier habitait le Val-

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Per^u, uo graa4 changement s*éUil opéré dans l6 caractère et les habitudes du beiger et de la bergère. Le $ls aîné de PbilémoQ na manifestait plus cette timidité tri9t0, ce goùl absolu d'autrefois pp^r la soMtudq* Uireob^rr chait la compagnie d'Armaqd, sfi plaisait avec lui ^t, sans le questionner emcore, il sembla^it prendre plaisir à l'écouter. De même Galatée avait perdu sa vjague ei^pression de mélancolie. £lie était devenue ga^e, vive, causeuse comme sa sœur ; le cpo^tentement éclatait sur son beau visage, et Apmand n'eût pu reconnaître çn ellp la l^y^gji^urense ber^ gère dont il avait sujrpi^is les confidences si peu de jours aup^rayant. Ces otoerva^oaa n'avaient pas échappé. à l'œil jalpux de PUlémon, et sans doute elles avaient, une signification particulière, pour le pi^triarclie, car ellçs pai^urent Iç frapper vivement.

llni^atin, à l'issue du d/^'/^nnier, au nkOr ment où bergers et bergères se piréparaient à conduire les troupeaux aux pitur^p

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