‹ Le Val-Perdu (volume 2)Chapitre 19 sur 70 · CHAPITRE m. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. i

voix de Philémon qui se fit entendre au dehors lui rappela la nécessité de la prudence. Au même instant on le toucha légèrement, et Lysandre lui dit à l'oreille :

— Armand, mon ami, mon frère, j'attends de vous un signalé service... Venez me joindre dans la journée au pied du rocher blanc où je dois conduire mes troupeaux; j'aurai des choses importantes à vous apprendre... Surtout, gardez qu'on ne vous suive et qu'on ne vous voie avec moi !

Le capitaine promit ; Lysandre lui serra la main et disparut.

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parmi les charmants paysages environnants celui qo^il devait esquisser ce jour-là ; mais, en réalité, il cherchait à s'assurer de Tendroit précis où se trouvait Philémon. Il l'aperçut bientôt occupé à ouvrir les châssis vitrés des serres, pour y faire pénétrer un air vivifiant. Sûr que le vieillard, dont les serres étaient le principal souci, serait longtemps retenu de ce côté, il parut se décider tout à coup, et marcha en sifflotant vers l'avenue de tilleuls. Mais, au bout de cent pas, il changea brusquement de direction, et s'enfonça dans les bosquets* et les plantations dont les détours lui étaient déjà familiers.

On était presque au milieu du jour. Un soleil sans nuages versait à plomb la lumière et la chaleur dans le Vàl^Perdu, ou ses

rayons, se concentrant comme en un vaste miroir concave, entretenaient la température méridionale à laquelle le sol dei^it sa w^^veilleusé fécondité. L'atmosphère sen*'

GHÀPITBB IT. lit

embrasée ; c'était à peine si un souffle d'air moins brûlant se glissait parfois sous les cbarmilles ombreuses. Armand s'avançait avec des précautions infinies dans le plus épais du bocage, prenant grand soin de ne pas fouler les hautes herbes qui eussent gardé l'empreinte de ses pas. Quand il arrivait à ces clairières, à ces salles de verdure^ qui de distance en distance coupaient la monotonie de ces lieux solitaires, et au centre desquelles s'élevaient tantôt un petit temple de marbre, tantôt une fontaine en rocailles, tantôt une statue de Pomone ou de Gérés, i) s'arrêtait, scrutant de l'oreille et des yeux les profondeurs des bois. Puis il soupirait et se perdait de nouveau, semblable à une ombre silencieuse ,> dans les massifs du feuillage.

Comme il approchait du lac, dont il apercevait les eaux limpides miroitant à travers les arbres, ses recherches furent enfin couronnées de succès.

m LE rAL-t^BR0n.

Entre les taillis où Armand se tenait encore abrité et la rive paisible du lac, s*étendait une belle prairie, émaillée en tous temps de pâquerettes, de boutons d*or et de mille autres fleurs sauvages ; on f appelait le pré des Anémones. Sûr ce moelleux tapis bondissaient quelques agneaux turbulents dont les mères dormaient dans le gazon. Galatée était assise, rêveuse et morne, à Tombre d'un saule dont le feuillage argenté retombait presque jusqu'à terre. Les couleurs vives de ses vêtements de soie la trahissaient seules, à travers les vergettes pendantes de l'arbre, car elle ne faisait aucun mouvement. Une de ses mains soutenait son visage baigné de pleurs ; l'autre était posée sur la tète de son chien paisiblement endormi à son côté. Son petit pied, chaussé d'une mule de maroquin, s'échappait furtivement des pirs onduleux de sa tunique.

Armand était si près d'elle qu'il pou^**'* voir jusqu'aux larmes qui roulaient en p

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liquides sur les joi^es de la bergère. Mais il D*osait avancer d'un pas de plus, saisi de respect pour cette douleur si profonde et si calme.

Tout à coup il lui sembla que les lèvres enfr'euvertes de la jeune fille venaient de laisser échapper un nom faiblement ariiciilé. Était-ce réalité? était-ce erreur d'une imagination fortement surexcitée ? Armand avait cru reconnaître le sien. Un frémissement parcourut ses membres, et son cœur battit avec violence. Le corps penché en avant, le cou tendu, U prêta l'oreille.

— Arm.axiid ! répéta Galatëe.

Et cette fois d'une voix claire et distincte.

C'était donc vrai ! C'était lui qui occupait la longue rêverie de la bçUe Galatée, c'était lui qu'elle appelait au milieu de ses souffrances secrètjçs. Il se fit dans son être comme une explosion de joie ; la tête Itr! tourna, il devint fou. Il s'élança d'un bond vers la bergère, et» t(Onjd)ant à, ses genoux, il s*écria

avec lin accent dont rien ne saurait rendre Tenlrainante énergie :

— Me voici, Galatée, disposez de mol... Mon âme, ma vie, tout vous appartient, car je vous aime.

La jeune fille, effrayée par cette subite et impétueuse apparition, s*était levée treniblanle.

— Armand, demanda-t-elle, vous étiez là?

Vous m*avez entendue?... De grâce, retirezvous, on pourrait nous surprendre !

— Je braverais Funivers entier!... Ohl laissez-moi à cette place et, je vous en conjure par tout ce que vous avez de plus cher, dites -moi comment je dois interpréter ce nom prononcé tout à Theure dans le silence de vos méditations !...

-> Je n*ai rien dit, balbutia la jeune fille en détournant son visage qu'elle couvrit de ses deux mains, je... je ne vous comprends pas...

— Enfant, s*écria Verneuil, soyez frai

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