‹ Le Val-Perdu (volume 2)Chapitre 20 sur 70 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

et bonne comme vous Tavez toujours été! N*essayez pas de mentir; votre bouche et votre cœur s'y refuseraient également... Oh! je n'osais même concevoir une telle espérance!... Mais pourtant, vous ai-je bien entendue? Ne me suis-je pas trompé? Galatée, répondez de grâce : est-il possible que vous m'aimiez ?

Elle se tut un moment.

— £h bien ! Armand, reprit-elle enfin sans se découvrir le visage, si par malheur vous aviez deviné juste, vous et moi que pourrions-nous attendre de ce fatal amour?

Et les larmes de la bergère recommencèrent à couler à travers ses doigts effilés.

— Ce que nous pouvons en attendre?

répéta le militaire avec feu; mais le bonheur, Galatée! un bonheur pur et sans bornes... Ah! Galatée, si vous m'aimiez comme je vous aime, vous ne demanderiez pas ce que nous avons à attendre de cet amour !

— Ne parlez pas ainsi, Armand, dit tris-

lâd LE VAL-FBRIHJ.

tement la bejgère ; il est trop tard maintenant paar vous cacher la vérité. Du premier moment où je vous ai vu, j'ai cvu avoir trouvé en vous ce type de grandeur, de noblesse el de courage , dont les beaux livres de Philémon m'avaient dajoné l'idée; je me suis sentie irrésistiblement entraînée vers vous... J'ai tort, sans doute, d'avouer cela ; mais comment faire, puisque c'est vrai?... Cependant, pour l'un et pour l'autre, il eut mieux valu refouler ces aveux au fond de nos cœurs, car bientôt, demain peut-être, nous devrons nous quitter pour ne plus nous revoir. Je ne puis jamais être à vous ; je suis déjà la fiancée d'un autre.

— Qu'importent les obstacles! s'écria le jeune homme chaleureusement; aimez-moi, chère Galatée, et viennent les difficultés, nous les renverserons. Je vous dis que rien n'est impossible à ceux qui s'aiment... Écoutez : pour rester près de vous, je serais capable de renoncer au monde, aux honneur

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à la gloire ; je ia*ëtaji>Urais dans ce désert, vous me tiendriez lieu de tout le reste... Si Ton voulait nous séparer, je deviendrais comme un lion ; je vous s^rracberais d'ici par ruse ou par force, je vous emporterais loin de ceux qui osent s'arroger des droits sur votre volonté*. , Oh! ne doutez plus; Galatée, confiance ! L*amour vrai triomphe des hommes et de la destinée !

Il la força doucement de se rasseoir sur rherbe , et il prit place auprès d'elle.

Alors ce fut sous Upmbrage mouvant de ce saule un murmure de tendres propos, de doux serments, de promesses sans fin, comme en échangent deux amants dans toute la candeur de la jeunesse et la fraîcheur de rame; ce fut comme un roucoulement de ramiers sous la fouillée; et une fauvette, qui se mit à gazouiller gaiement du haut d'un chêne voisin, mêla ses chants à leur babillage amoureux.

Quelques minutes s'étaient passées ainsi,

quand il se fit un léger bruit sur le lac dont la surface paisible se brisa en mille lames brillantes ; on eût dit deux avirons frappant Teau à intervalles réguliers. La fauvette se tut ; les amoureux écoutèrent :

— Armand, dit enfin Galatée , c*est Philénion... Fuyez; il m*a défendu de me trouver seule avec vous.

— Que nous font les ordres de ce vieillard grondeur? Ne pouvons-nous causer en liberté sous ces frais ombrages sans exciter sa tyrannique défiance?

— Philémon est mon second père , dit la bergère timide; son mécontentement m*attriste, et ses reproches m'épouvantent. . • D^aiU leurs, songez-y, Armand, il nous séparerait !

— Je m'éloigne donc ; mais promettez-moi 'du moins que nous nous reverrons bientôt...

ce soir !

— Ce soir... Armand?

— Pourquoi non, puisque tout le jour, à toute heure, nous sommes exposés i

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