CHAPITRE IV
insupportable espionnage?... Galatée , la chambre que vous partagez avec Estelle donne dans la serre, dont la porte est toujours ouverte. Il vous sera facile de sortir par là quand votre sœur sera endormie. Moi, de mon côté, je franchirai aisément ma fenêtre, peu élevée au-dessus du sol, et j'irai vous attendre sous le grand oranger. Vous viendrez, n'est-ce pas? Promettez*moi de venir.
— Armand, murmura la jeune fille d'un air irrésolu, ce que vous demandez est mal, bien mal, j'en suis sûre!
— Galatée, que pourriez-vous craindre?
— Je ne sais... Eh bien! je verrai, je réfléchirai... Mais, partez, partez; Philémon approche.
— Vous viendrez?
— Peut-être.
— Adieu donc , ma Galatée , adieu ! à ce soir!
Il appuya sa bouche contre les lèvres de la
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bergère, et 3'enfoit, la laissant toute rouge et palpitante.
Il était temps ; au moment où il disparais* sait dans le taillis, la proue docée dn bateau écartait les touffes d'iris et de nénu&rs qui couvraient le rivage du lac, et Philémon, se penchant sur les rames, jetait un regard soupçonneux dans le pré des Anémones.
Armand , non moins ému que Galatée elle-même, courait à travers les plantations sans s'inquiéter où il allait* Son Ame était encore dans toute sa sève et dans toute sa fleur. Il avait mené une vie trop active et trop agitée jusqu'à ce jour pour avoir pu se blaser dans les vulgaires amours de garnison. Il aimait donc sincèrement pour la première fois, et ce sentiment se manifestait avec l'énergie d'un cœur jeune et vierge. Il n'avait rien prévu, rien préparé de ce qui venait de se passer. Il avait cédé à l'inspiration du moment sans calculer où pouvait le conduire une passion que tant de moiih euf '
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dû rengager à coftibattre. Sa confiance n'était pas feinte; il n'avait pas réfléchi auK obstacles qui le séparaient de Galatée , et il croyait de bonne foi les surmonter aisément quand il voudrait le tenter. Mais, dans ce moment d'exaltation suprême, il n'y songeait même pas; une seule pensée l'occupait, c'était la certitude d'être aimé, il errait d'un pas inégal dans, cels riantes campagnes, fier, jayenx-, triomi^nt. Parfois il s'arrêtait pour se dire : « Je suis aimé de Galatée ! »' Puis il reprenait sa coctr se vagabonde, souriant à toutes choses; les arbres lui semblaient plus verts, le ciel plus pur, les^ eaux plus hnspides, les fleurs plus parfumées qu'auparatant. Celte splendide nat«ire qu'il admirait célé*brait la fête de son bonheur; c'était son amour que murmuraient les ruisseaux , que chantaient les oiseaux dans les buissons, que bruîssaît la brise tiède du milieu du jour dans les acacias en fleur.
Ainsi rêvant, le jeune officier élait arrivé
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à rextrémité du vallon. Là le passage prenait un caractère d*àpreté et de grandeur. Les bosquets soigneusement taillés, les plantations symétriques, les sentiers sablés et savamment conduits à travers les pittoresques inégalités du terrain, cessakent tout à coup. De grands rochers, entassés comme par la main d*un "géant, se dressaient vers le ciel. Cependant , ces rochers avaient on aspect plutôt majestueux que sombl*e. Le soleil formait un brillant arc-en-ciel au-dessus du torrent qui descendait le long de leurs flancs en cascades de neige. Des plantes odorantes tapissaient leurs crevasses, et leur pied se perdait dans de riches pâturages, où des vaches magnifiques ruminaient paisiblement à l'ombre.
Verneuil s'était arrêté devant cette imposante barrière^ et il la contemplait machinalement, absorbé qu'il était par ses pensées amoureuses. Pendant qu'il restait ainsî î"». mobile, on marcha près de lui, et Lysr
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se montrant tout à coup, lui prit amicalement la main.
— Je savais bien que vous viendriez, ditil avec reconnaissance, et je vous en remercie.
Le jeune militaire avait complètement oublié le rendez-vous convenu le matin avec le fiLs de Philémon, et le hasard seul l'avait conduit de ce côté. Quand les paroles du berger lui eurent remis cette promesse en mémoire, il n'en éprouva pas moins quelque embarras de se trouver en présence de l'honnête et bon jeune homme à qui il venait de ravir l'amour de sa fiancée. II retira sa main, et regarda derrière lui. Lysandre se méprit sur ses intentions.
— Ami, ne craignez rien, reprit-il en souriant ; Philémon est occupé sur le lac à relever les filets, il ne peut venir de sitôt nous surprendre, et nous aurons le temps de causer.. • Suivez-moi.
II conduisit Armand vers une espèce de I. fi
grotte peu profonde, tapissée de monsse et de capillaires, où régnait, par cette température tropicale, une agréable frafcheur. Il s'asdt suf un banc dé pierre et invita soik compagnon à prendre place près de lui.
— Vous voyeB mbn cabinet d'étude, dit le berger ; c*eBt ici ipte j'ai passé de bien longues et bien tiiates joutoées, seul avec ma pensée et avec Dieu... C'est ici aussi que j^aurai la consolation, pour la première Iris de ma vie, de parler de mes chagrina se^étsetde me montrer enfin tel que je suis.
En ce moment Lysandre n'avait plus rien de cette simplicité un peu farouche, de cette contrainte mélai^colique d'autrefois. Sa parole était nette, son geste hardi, sa contenance grave et noble ; on eût dif une transformation complète. Verneuil était fort surpris ; néanmoins il ne se relâchait pas de sa réserve embarrassée avec ce jisntie ho" qui lui montrait tant de confiance et d'
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UoA. dysa^dre seaiUa devioer le motif .de cette froideur.
— 'Avant toute chose, Armaady reprit-li, nous devons nous expliquer franchemeat sur un sujet délicat..» vous aiiaez celle que mon père m'avait choisie pour foncée; vous aimez Galatée?
Le capitaine 0t un mouvement.
— Comment «avez-vous...? Qmî a pu vous aire...?
— Je )'ai vu, mon cher Armand, et plaise au ciel que j'aie été s.eul à m'en apercevoir, car Philémon est difficile à tromper!... Ami, que cette apparente rivalité ne soit pas un motif de di'^corde entre nous. Méritez l'amour de Galatée e serai le premier à prier mon père de comj^ler tous vos vobux. Je ne me ferai même pas un mérite de ce sacrifice auprès de vous , car je n'ai pour Galatée qu'une amitié fraternelle, et de son cAté, je le sais, elle voit avec chagrin les projets de Philémon.
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Armand fut désarmé : il serra à son tour la main de Lysandre*
— Vous êtes un loyal et généreux garçon, lui dit-il avec cordialité ; aussi vous avouerai-je sans détour que vous ne vous êtes pas trompé : j'aime Galatée , et j*ai l'espoir d*étre aimé d'elle. En me donnant la certitude que je puis me livrer sans remords à un sentiment irrésistible, vous me soulagez d'un grand poids, et je voudrais vous témoigner ma reconnaissance d'une conduite si droite et si digne, fûUce au risque de ma vie!
— Je né demande pas tant , répliqua Lysandre avec un sourire; je vous supplie seulement de m'écouter un instant avec patience; puis j'implorerai vos conseils et peut-être votre appui.
— • Mes conseils ! Gomment le sage et judicieux Lysandre pourrait-il en avoir besoin ? Je serais bien aveugle, si je n'avais déjà marqué en lui cet esprit juste, cette matui