CHAPITRE V
qa'Anuand était obligé de s*impo8er| trouvait-il toujours un grand charme à ce genre de vie, et il ne pouvait sans effroi en prévoir le terme prochain.
Dn soir la petite colonie, sous la conduite de son patriarche, était allée souper au pa-
Villon de Diane, à l'extrémité du vallon. Le pavillon de Diane était un kiosque de clématites et de jasmin, situé au sommet d'un monticule factice, d'où l'on découvrait tout le Val-Perdu. On y arrivait par un sentier tournant bordé d'aubépine et de chèvrefeuille. A l'extrémité de ce sentier s'élevait une statue de Diane, d'un travail peu remarquable, mais d'un effet pittoresque ; elle donnait son nom à ce charmant belvédère^. Les jeunes gens, après avoir gaiement soupe sous la verdure avec les fruits et le laitage apportés par les domestiques muets, après* avoir admiré le lever de la lune derrière les grands rochers noirs qui bornaient l'horizon, les traînées lumineuses et scintillantes que pro-
jetait l'astre des nuits sur la grande cascade, le tremblotement des étoiles dans le lac légèrement agité, entendirent non sans regret Philémon donner le signal de la re^ traite, et Ton se mit en devoir de retourner au chalet.
C'était une de ces nuits italiennes, tièdes et parfumées , où l'air, d'une transparence merveilleuse, permettrait presque de compter ces myriades de pointes de diamants qui par^ sèment le velours bleu du cid; aussi les montagnes, les sommets des arbres étaient^ ils éclairés d'une lumière douce et nacrée, comparable à celle du jour. Mais dans les creux de la vallée, sous les bosquets touffus, régnait une obscurité profonde; et c'était cette circonstance peut-être qui avait décidé lé prudent vieillard à rentrer de si bonne heure : il s'avançait le premier entre Lysandre et Galatée , à qui il expliquait certains phénomènes de la marche des astres, e^ ne l'écoutaient pas. Armand venait er
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avec Estelle et Némorin ; les deux fiancés, se tenant par la main, chantaient avec toute la gaieté expansîve de l'amour heureux une romance de Florian, sans s'Inquiéter de leur compagnon rêveur et silencieux. Le muet et la muette fermaient la marche, portant dans de grands paniers les débris du souper. On s'était enfoncé dans le bois, et c'était à peine si l'œil pouvait reconnaître à sa cou* leur plus p&le le chemin qui conduisait à la maison. Çà et là seulement la lune lançait comme un trait d'argent à travers les branchages moins serres des hautes futaies, ou inondait de lumière une statue blanche immobile au milieu d'un boulingrin. La vie néanmoins ne s'était pas arrêtée sous ces voûtes sombres de feuillage^ Par moments, on voyait briller dans l'herbe la petite flamme verdàtre, flambeau d'iamour qu'allume lever luisant par les belles soirées: d'été. L'air parfumé de senteurs balsamiques était sillonné dans tous les sens par l'aile soyeuse des pha-
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lènes et des sphinx. Des grillons sifflotaient dans le gazon et se taisaient à l'approche des promeneurs pour reprendre bientôt leur chant monotone, tandis que, dans le lointain, les grenouilles du lac célébraient par de rauques concerts les charmes de cette délicieuse nuit.
Estelle, intimidée par l'obscurité, garda le silence et se pressa contre Némorin, qui lie s'en plaignit pas. De son côté, Vemeuil songeait à profiter de ces ténèbres épaisses pour se rapprocher de Galatée. Une conversation animée s'était établie entre Lysandre et son père, et, à la faveur de cette discussion, il espérait que la jeune fille pourrait s'échapper une minute sans être observée. Ses suppositions se trouvèrent justes ; à peine eut-il fait quelques pas en avant avec de grandes précautions, qu'une ombre svelte se dessina sur son passage; il étendit les bras, sa main effleura une épaule nue douce comme du satin.