CH4PITRE V
— Galatée! murniara-Ml.
— Armand ! soupira une voix bien connue. Leurs lèvres se rencontrèrent; puis ils se
mirent à marcher côle à cdte, les mains jointes, serrés Tun contre Tautre. Ils ne se voyaient pas, ils ne se disaient rien , et cependant leurs âmes se confondaient dans une ineffable félicité.
Galatée eut le courage de rompre ce silence plein de charme.
— Armand, dit-elle, Lysandre parle confidentiellement à son père, et sans doute il plaide notre cause en même temps que la sienne; pnisse-t-il réussir! Nous séparer, mon Armand, ce serait notre mort à tous deux, n'est-ce pas?
— Oui, oui, chère Galatée, la mort en effet... Cependant nous ne devons pas compter sur l'intercession de Lysandre. Cet inflexible Philémon ne consentira jamais à combler nos vœux ; il faudra adopter enfin
le parti extrême dont je vous ai parlé... Gala-
tée , ètes-vous décidée à me confier sans réserve le soin de votre sort ? Étes-vous prête à me suivre?
— Je vous suivrai, Armand, répliqua la bergère ; hélas î mon sort, maintenant, n'esta il pas pour toujours uni au vôtre? Mais répondez-moi, étes-vous sûr que Lysandre, le sage Lysandre, consente à favoriser nos projets ? Vous ne lui avez pas dit, vous n'avez pas osé lui dire...
— Il sait que nous nous aimons, et il est généreux. . . Cependant, je Tavoue, mon ange, je redoute quelques difficultés de la part de Lysandre. Je lui ai parlé vaguement du cas où une autre personne, habitante du Val- Perdu, voudrait profiter du chemin qu'il a tracé en secret dans les montagnes, pour s'enfuir avec nous. Il m'a répondu avec son assurance tranquille que le sentier serait tout, à fait impraticable pour une femme ; que d'ailleurs il ne se résoudrait jamais à po-* — un coup mortel à Philémon en le privât]
CHAPITIB V. 165
la fois de son fiU et d'une de ses pupilles.
— Il faut donc renoncer a la fuile ?
-—Non, non, Galatée; Lysandre exagère
certainement les difBcultés; il veut sans doute vous forcer à rester pour consoler son père quand lui-même ne sera plus ici.
— Si cependant il refuse...
— Nous parviendrons à le convaincre au dernier moment. 11 nous verra si bien déterrainés à partir, nouis le presserons, nous le supplierons tant qu'il ne saura pas résister... D*ailleurs, avec votre consentement, je vous emmènerais d'ici malgré la terre entière.
— Et moi, Armand, je vous préférerais à tout... Cependant, mon cœur se brise à la pensée de ce départ. Abandonner ce pauvre irieillard, cette naïve et bonne Estelle, ces lieux où j'ai passé de si heureux jours!... Espérons plutôt encore que Philémon se laissera fléchir.
— Espérons, Galatée... Pourvu que je sois près d® toi, que m'importe le reste!
1*64 LE YAL-PEHDD.
En ce moment, le marmure régalier de la conversation qui avait lieu à quelques pas en avant changea de nature. Une voix chaleureuse et irritée fit tressaillir Les couples amoureux dans le bocage.
— Non, jamais! jamais! disait Philémon hors de lui ; nul ne remplacera mon fils aine, mon héritier, le chef futur de ce petit monde que je suis parvenu a créer avec tant d'efforts. Ne me parle plus de ce projet, Lysandre; ne m'en parle jamais, si tu ne veux faire périr avant le temps ton malheureux père... D'ailleurs, on t'a trompé; celui qui se propose pour prendre ta place dans ma famille et dans mon cœur ne saurait tenir longtemps un pareil engagement ; sa passion insensée l'aveugle ; il l'a abusé, te dis-je, ou il s'est abusé lui-même!
Lysandre prononça quelques mots qu'on n'entendit pas.
— Non, non, assez, mon fils! interron'-''^ le vieillard avec autorité ; je l'ai écouté ♦!