‹ Le Val-Perdu (volume 2)Chapitre 26 sur 70 · CHAPITRE y · texte numérisé non relu

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longtemps. Tu ne peux pas songer à me quitter, tandis qu*un autre... Silence encore une fois!... Néanmoins je te dois des remerciments. Je sommeillais, ignorant la grandeur da danger, tu m*as éveillé... J'agirai, et bientôt...

Lysandre n'osa rien ajouter, et les deux interlocuteurs continuèrent leur chemin eu silence.

— Vous avez entendu , Galatée? murmura Verneuil avec un mélange dlnsou* ciance et de regret : il me repousse... Nous devons prendre un autre parti.

— Que faire donc, mon cher Armand?

— Lysandre compte fuir cette nuit même... Qu*il y consente ou non, vous nous accompagnerez.

— Armand, de grâce, n'exigez pas...

— Si pénible que soit ce sacrifice, il faut TOUS y décider, Galatée , ou nous serions à jamais perdus l'un pour l'autre... Vous le voyez, Philémon se propose d'agir sans

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ret»rd; il faut le prévenir. Trouves- vous donc à minuit sous le grand oranger, comme à Tordinaîre, et soyez prête.

— J'y serai , répliqua la bergère d*une voix étouffée par les larmes*

Verneuil allait lui adresser quelques consolations quand Lysandre et Philémon atteignirent un endroit découvert où Ds étaient éclairés en plein par les rayons de la lune. Le patriardhe se retourna d*«n air de défiance. Aussitôt Galatée s*élança légèrement, et se retrouva à ses côtés, comme si la discrétion seule l'eût forcée de rester un moment en arrière pendant cette conversation confidentielle du père et du fils.

On arriva au chalet. La soirée si joyeusement commencée se terminait dans les plus tristes préoccupations. Pliilémon était livré à une sombre méditation ; Galatée , Lysandre et Armand gardaient le silence. Il n'était pas jusqu'à Estelle et Némorin dont cettp. tristesse n'eût glacé la gaieté; ils regarda*

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avec étonnement les visages consternés, sans comprendre la cause de ce changement imprévu.

Au moment où Ton traversait le vestibule obscur, Lysandre arrêta Verneuil par le bras.

— Vous savez que nous avons échoué? lui ditil à roreiUe.

-- Je le sais...

— Ce sera donc pour cette nuit, comme nous en étions convenus. A* minuit vous me trouverez à l'entrée de l'avenue de tilleuls.

— J'irai vous y joindre.

— Oui, mais seul, répliqua Lysandre avec intention.

Verneuil feignit de n'avoir pas entendu cette observation, et ils entrèrent dans la salle. A la lueur d'une lampe, ils virent PhiléqpLÔn qui s'était jeté dans un fauteuil d'un air accablé. Il était très-pâle, Tœil fixe, les bras pendants.

Les jeunes gens, pleins de respect pour sa douleur, n'osaient l'interroger. Après avoir

attendu vainement qu*il leur adressât la parole, chacun d'eux prit le bougeoir que la petite muelte leur présentait, et ils vinrent suecessivementembrasserlevieillard, suivant Fusage établi. Philémon reçut leurs caresses avec le calme et Timmobilité d'une statue.

Cependant ce soir-là les baisers de Lysandre et de Galatée furent plus tendres et plus affectueux que d'ordinaire. Le jeune homme était fort ému quand il murmura d'une voix étouffée :

— Adieu, mon père.

Galatée avait les yeux humides quand elle vint dire à son tour :

— Adieu, Philémon.

Puis chacun se retira le cœur navré, laissant le patriarche du Val -Perdu dans le même état de torpeur et d'insensibilité.

Retiré dans sa chambre, Armand lui-même était très-agité. Il ne se le dissimulait pas, avant son arrivée au Val-Perdu, il ex?"*-*"* bien des germes de dissolution dans la f

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colonie, mais c'éUit sa présance qoi y tYiil apporté le trouble et la réYolle. n se reprochait d'avoir manqué à son serment ; il s*aecusait d'îngratitade en songeant de qndle manière il ayait reconnu le service qn'on lui avait rendu en le sauvant de la captivité et peut-être de la mort. Néanmoins, la pensée de Galatée qu'il aimait, de Galatée qui, dans quelques heures, allait lui appartenir sans partage, étouffa bientôt toutes les autres. Cet amour excusait ses fautes, justifiait ses sophismes, apaisait ses remords. Que ne devait-on pas faire, pas souffrir, pas sacrifier pour mériter Tamour de Galatée? Peu à peu il en vint à considérer Philémon comme un tyran farouche, qui avait causé le malheur de son fils et de sa pupille ; et il finit par se persuader que c'était justice de les soustraire l'un et l'autre à celte insupportable claustration.

Cependant il n'était pas sans inquiétude au sujet de l'enlèvement de Galatée. Comme

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on Ta déjà tu, Lysandre s'était prononcé net* tement sur cette question, et tout à l'heure encore il avait recommandé à Verneuil de venir seul au rendez-vous. Or le fils aine de Philémon se montrait inflexible dans ses résolutions quand il s'agissait de l'accomplissement d'un devoir de conscience. Il était donc à craindre que l'honnête Lysandre ne s'opposât au départ de la bergère, d'autant plus que l'objection tirée de l'impossibilité, pour une jeune fille délicate, de gravir d'âpres rochers, au milieu de la nuit, pouvait être réelle. Armand comptait voir ces dii^Scultes disparaître au moment décisif. Mais qu'arriverait-il si le sentier était vraiment impraticable pour Galatée, ou si le fils de Philémon, avec cette opiniâtreté calme ejt patiente dont il avait déjà donné tant de preuves, s'obstinait à ne pas associer sa jeune compagne à leurs projets de fuite?

Ces réflexions et d'autres pareilles occupèrent l'officier pendant plus d'une hf

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Enfin, il se décida à faire ses préparatifs à tout événement. Il forma un petit paquet de ses effets, sans oublier Técharpe bleue , présent de Galatée. Il posa sur la table une pièce d*or pour le domestique muet, générosité inutile, car à quoi pouvait servir For dans ce désert? Ces dispositions prises, il alla et vint un moment dans la chambre comme pour faire croire qu'il se couchait; puis, après avoir éteint sa lumière, il s^assit prés de la fenêtre entrouverte, et attendit en silence Theure convenue.

Le calme le plus profond régnait au dehors, et dans la maison tout paraissait dormir d'un paisible sommeil. Seulement, un rayon lumineux, s'échappant à travers les vitres de la salle basse, se jouait encore sur les premiers arbres du jardin.

Philémon n'était donc pas couché : à quelle cause attribuer cette veille prolongée si contraire à ses habitudes? Se doutait-il de ce qui se tramait pour la nuit même? Mais Ver-

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neuil se rassura en se souvenant dans quel état de prostration se trouvait son hôte au moment où la famille s'était retirée. Sans doute Philémon, parvenant enfin à dominer Fâgifatlon causée par la résistance de Lysandre à ses volontés, allait bientôt regagner sa chambre et laisser les jeunes gens libres d'exécuter leur plan.

Cependant minuit approchait, et la lumière ne s'éteignait pas à la fenêtre de la salle basse. Armand commençait à s'alarmer sérieusement pour ses amis et pour lui de cet incident imprévu, quand une autre cîrcon* stance vint encore augmenter ses angoisses.

Il entendit tout à coup plusieurs personnes monter l'escalier avec précaution. La porte s'ouvrit, et Philémon entra dans la chambre suivi de Guillaume et de Victorien qui portaient des flambeaux.

La fin d'un beau rêve.

Une pareille visite au miliea de la nuit, et dans un moment aussi critique, était bien de nature à donner à penser.

Philémon avait maintenant un air de fermeté et de résolution bien différent de la sombre douleur dont il était accablé au commencement de la soirée. Quand Guillaume et

Victorien eurent posé leurs flambeaux sur la

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table, il leur fit signe de se tenir près de la porte de la chambre, et, se tournant vers Armand qui attendait, tout effaré, Lexplication de cette intrusion bizarre :

— Encore éveillé, mon hôte? demandat-il d'un ton de gaieté forcée. En vérité, je n'espérais pas vous trouver sur pied à cette heure!

— La chaleur est accablante, balbutia Tofficier, et je prenais Fair à cette fenêtre. Permettez-moi de vous faire observer , cher Philémon, continua-t-il en s'enhardissant , que mon insomnie est moins extraordinaire que votre .visite.

— Je Tavoue, Armand, répliqua le patriarche avec bonhomie : mais vous m'excuserez aisément lorsque vous connaîtrez certaines nouvelles que je vous apporte.

— Ces nouvelles n'eussent-elies donc pu attendre jusqu'à demain matin ?

— Peut-être... Vous allez en juger.

Il prit un siège, etinvita Vemeuil à Vi

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