CHAPITRE Yl
Le jeune homme, rassuré par la tranquillité de ce début, ne put retenir un geste d'impatience.
— Voyons donc ces nouvelles qui tombent ainsi des nues â l'heure où Ton devrait dormir, rëpliqua-t-il en tambourinant une marche avec ses doigts sur la table.
— Je ne vous croyais pas si grand dormeur ! reprit Philémon d*un air sarcastique ; mais vous allez changer de ton tout à l'heure. Or donc, Guillaume a eu ce soir des renseignements importants sur ce qui se passe à l'armée. J'ai voulu vous en faire part tout de suite, quoique ces derniers jours, Armand, vous ayez paru vous occuper fort peu de vos compatriotes et de leurs mouvements militaires.
— Que se passe-t-il donc? demanda l'officier avec plus d'attention.
— D'abord, un certain capitaine de grenadiers, appartenant à la 63* demi*brigade , a été mis à l'ordre du jour de l'armée des Alpes, pour sa brillante défense des défilés
176 LE YAL-PERDU.
de l'Albis, et il a été nommé chef de bataillon par le général en chef Masséna.
— Serait-ce de moi que vous parlez?
demanda Armand dont les yeux brillèrent d'orgueil et de joie; je n*ose espérer ... je ne puis croire...
— Lisez, répliqua Philémon en lui présentant un bulletin imprimé ; Guillaume s*était défié de votre modestie, et il vous a apporté des preuves.
Armand parcourut rapidement la proclamation, puis il la rendit au vieillard en lui disant avec émotion :
— Vous avez raison, mon père ; ce sont là, en effet, de bonnes et grandes nouvelles, et je vous remercie de...
— Attendez, interrompit Philémon; ne vous hâtez pas de vous réjouir et de vous féliciter ; il y a un revers à la médaille, et ce qui me reste à dire sera probablement beaucoup moins de votre goût... Pour couner court, jeune homme, il parait que votp