CHAPITRE VI
parition singulière après le combat de TAlbis a été interprétée d*une manière fAcheuse. Malgré les distinctions dont vous avez été Tobjet dans le premier moment, les bruits les plus honteux circulent déjà sur votre conipte.,.
— Quels sont ces bruits ? demanda impétueusement le militaire,
— Vous allez le savoir; mais, avant tout, il faut que je vous rende compte de quelle manière ils sont venus à notre connaissance* Ces jours derniers, les Autrichiens ont été débusqués de Rosenthal, et un détachement de votre demi-brigade s'est cantonné dans ce village. Les officiers qui le commandent ont pris les informations les plus minutieuses sur votre personne ; Tun d'eux même a poussé jusqu'à la maison de Guillaume, qu'on lui avait indiquée comme lieu de votre dernière retraite, et il a accablé mon pauvre serviteur de questions ponr savoir le lieu de votre résidence actuelle.
178 LE YAL-PERDU.
— C'est Charles Ravaud, interrompit Verneuil ; c'est certainement moii excellent camarade, le lieutenant Ravaud, à qui j'ai donné de mes nouvelles le premier jour de mon arrivée au Val-Perdu.
Guillaume, de l'autre extrémité de la chambre, fit un signe d'assentiment.
— Le lieutenant Ravaud donc , continua Philémon, ne s'est pas contenté de la fable que Guillaume lui a contée comme aux autres, à savoir qu'après vous avoir donné asile pendant une nuit dans un lien secret connu de lui seul, vous aviez dû rejoindre les avant-postes français lé lendemain matin. Il a soutenu avec force jurons et blasphèmes que la chose était impossible, que Guillaume avait un intérêt quelconque & vous cacher, et il a fini par le menacer de lui casser la tète d'un coup de pistolet, s'il ne lui révélait pas sur-le-champ ce qu'il savait de vous.
— Je reconnais Ravaud à cet acte de ' lence, dit Verneuil avec un demi-souii
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et alors, sans doute, Guillaume a cédé?
— Toute Tarmée de Hasséna réunie ne saurait arracher à Guillaume les secrets de son maître, de son ami, répondit Pbilémon avec fierté. Croyez-vous donc, vous autres militaires, avoir seuls le privilège du cou« rage et du mépris de la vie? Guillaume, le pistolet sur la gorge, a répété tranquillement les mêmes explications.
— Ravaud, malgré sa vivacité, eût été incapable d'assassiner ainsi un homme sans défense... Mais, après une pareille épreuve, il n*a pu conserver de doutes sur la sincérité de Guillaume.
— Malheureusement non ; il a reçu des indications d'une jeune fille du voisinage , que votre disparition occupe au dernier point. Cette jeune fille vous croit victime de quelque machination , et on suppose qu'elle aura communiqué ses craintes ridicules à votre ami ; vous savez sans doute de qui je veux parler?
180 LE TAL-PEEDO.
Armand se souvint alors de Claudine , la fille du pasteur de Rosenthal.
— Quoi qu'il en soit, continua le vieillard, le lieutenant Ravaud ne s*est pas tenu pour battu. Passant de la menace à la prière , il a supplié mon fidèle serviteur de vous faire remettre une lettre ouverte, en aflSrmant
^ qu'il y allait de votre honneur, de votre avenir. Guillaume était honteux de tous ses mensonges ; d'ailleurs, il voyait dans l'officier tant d'intérêt véritable et d'affection pour vous, qu'il en a éf é touché ; sans rien promettre, sans donner aucune explication, il a pris la lettre que voici : elle vous apprendra mieux que personne ce que vous désirez savoir.
— Voyons-la , donnez vite , dit Armand avec impatience.
La lettre était ainsi conçue :
<( Si le commandantVerneuil lit ces li je le supplie instamment au nom de i &
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aeur, et quelles que soient les causes qui le déterminent à se cacher , de se rendre sans retard au quartier général. 11 est en butte à d'indignes soupçons. On ose prétendre qu'ayant été pris, à la suite de l'affaire de l'Albis, par un détachement de l'année de Condé qui assistait à ce combat , il a fait cause commune avec les émigrés français, et s'est décidé à changer de drapeau. Il est bien malheureux que sa qualité de ci-devant noble, les ménagements qu'il a toujours eus pour les émigrés, chaque fois que le sort en a fait tomber çuelques-uns entre ses mains, et enfin le secret ^i bien gardé de sa retraite actuelle, aient donné une apparence de fondement à cette accusation. La présence seule du brave Verneuil suffira pour la détruire , mais il n'y a pas un instant à perdre. En attendant il peut compter, pour protester contre ces odieux mensonges, sur le dévouement à toute épreuve de son ami
« Ravaud, lieutenant à la 62*". »
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182 LE YAL-PBK»D.
— C'est un mensonge ! s*ëcria Armand en froissant la lettre qu'il ven?-» '^'^ '«re; j'ai eu pour ces malheureux émi^»^^ ..ndulgence qui était due à leur déplorable position entre leur patrie et la conscience d'un devoir sacré ; mais l'humanité n'est pas de la trahison... Je ne me laisserai pas déshonorer aux yeux de mes camarades, aux yeux de toute l'armée; je veux sans retard imposer silence à mes ennemis... Je vais partir, je vais me rendre à Zurich, et malheur à celui qui oserait répéter en ma présence. . . !
— Bien, bien, dit PhiIémoi\avec une vive satisfaction ; j'étais sûr qu'après la lecture de cette lettre vous ne voudriez pas retarder d'une heure, d'une minute, à vous laver de ces dangereuses accusations ; aussi aî-je pris mes mesures &ï conséquence. Guillaume et Victorien vont vous accompagner avec moi hors de la vallée , et cette nuit même vous pourrez être à Rosenthal au milieu '*'* • — camarades.
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Gel empressement extraordinaire éveilla la défiance deVerneuil, et le fit aussitôt rentrer en lui-même. Il examina avec plus d*attention le papier qu'il tenait encore à la main.
--^ C'est, en effet, l'écriture et la signature de Ravaud, pensait-il; il ne peut y avoir là de supercberie, d'autant plus que la jalousie de certains jacobins dé la 6S* explique aisément les bruits répandus sur mon compte... Cependant Pbilémon parait désirer bien ardemment mon départ immédiat: se douterait-il de la vérité?
Puis,s'adressant au vieillard d*un ton calme :
— Je vous remercie de votre intérêt pour moi, dit-il, mais je serais désolé de troubler votre paisible maison en partant ainsi brusquement au milieu de la nuit. Quelques heures de plus n'aggraveront pas la situation. Renvoyez vos serviteurs à leurs lits ; je ne partirai que demain . *
— Ce sang-froid m'étonne, reprit Pbilémon
184 LE TAL-PCftDO.
sèchement, et je vous aurais cru plus chatouilleux sur votre honneur de soldat...
Auriez-vous donc un motif secret de prolonger votre séjour ici ?
— Eh ! quel motif aurais-je, répondit Pofficier en affectant un air d'insouciance, sinon peut-être le désir de prendre congé amicalement d*une aimable famille qui m'a' comblé de soins et de prévenances?
— Celui de renouveler vos intrigues , de glisser encore une fois à de malheureux jeunes gens sans expérience les venimeuses paroles qui les égarent ! répliqua Philémon en éclatant; Armand de Verneuil, je né suis plus votre dupe; vous m'avez trompé indignement, vous avez manqué à vos promesses en suggérant à mon fils aine des idées d'orgueil «et de révolte.
— Philémon , je vous jure que Lysandre n'avait pas besoin...
— N'essayez pas de vous justifier. Oui donc, si ce n'est vous, aurait appris ^
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fils que notre genre de vie est efféminé , égoïste, indigne d'un homme de cœur? Comment aurait-il su qu'il est un âge ou Ton peut heurter la volonté d'un père, traiter de chimériques ses projets et ses espérances? Mais ce n'est rien encore ; votre tort le plus grand, Armand de Verneuil, a été d'inspirer par caprice et par désœuvrement à une enfant innocente un amour que vous ne partagiez pas*....
— Qui a dit cela ? s'écria l'officier ; qui ose avancer que je n'aime pas Galatée de toute la force de mon ème ?
Ce mouvement chaleureux produisit quelque impression sur Philéinon.
— S'il en est ainsi , reprit-il , comment donc tout à l'heure étiez-vous si empressé de nous quitter pour aller défendre votre réputation attaquée ?
Verneuil baissa la tète.
— Non , continua le patriarche du Val- Perdu , vous n'aimez pas Galatée , et je vais
186 LE VAL-PEaDD.
VOUS en donner la preuve. Supposez que je n*aîe pas repoussé définitivement la proposition présentée aujourd'hui par Lysandre , sans doute en votre nom ; supposez que maintenant je vous dise ceci : « Armand, je vous reçois au nombre de mes enfants. Renoncez au monde, bravez ses jugements, laissez croire que vous éles mort ou transfuge; établissez-vous pour toujours dans cette paisible vallée; changez ce costume guerrier pour une veste légère , ce grand sabre pour une houlette de berger; ^résignez- vous à vivre parmi nous sans regrets du passé, sans crainte de l'avenir ; et la main de ma pupille est à ce prix! » Si je vous disais cela, jeune homme, que répondriez-vous?... Ne me trompez pas , n'usez ni de subterfuges ni de mensonges; que répondriez-vous?
La veille encore, Armand, fasciné par son amour, eut accepté avec enthousiasme une pareille proposition. Mais les souver*monde extérieur, de sa gloire, de seb
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venaient d'être brusquement ravivés. D'un autre c6té,le vieillard avait employé, à dessein peut-être , ces expressions de transfuge , de berger, qui réveillaient en lui des idées ridicules ou odieuses. Trop loyal pour faire une réponse contraire à sa pensée, il se tut.
— Vous voyez bien ! dit Philémon avec amertume.
Et il se mit à se promener lentement dans la chambre.
— Monsieur , reprit Tofficier après une pause, il me serait facile d'expliquer ma conduite ; mais je devrais pour cela récriminer contre vous-même, vous démontrer le vice et l'injustice de la condition que vous avez faite à vos fils et à vos pupilles ; je pré^ fére m'abstenir de toute discussion sur ce sujet délicat. F^e temps vous prouvera que mes torts , si j'en ai , sont moins graves que vous ne le pensez... Quoi qu'il en soit, demain vous serez délivré de ma présence.
— Pourquoi pas tout de suite ? demanda le
vieillard ; pourquoi tant d'insistance à rester ici cette nuit , quand un devoir impérieux vous appelle à Rosenthal , quand le maître de cette maison vous traite avec une dureté voisine de Taffront? Cette résignation a lieu d'étonner de la part du capitaine Verneuil. Il jeta un regard investigateur autour de
lui.
— Le costume complet à pareule heure , ce paquet, cette pièce d'or sur la table. •• Oh ! il se tramait ici quelque chose pour cette nuit même... Capitaine Verneuil , continuat-il d'un ton ferme, puisque aussi bien vos préparatifs de départ sont achevés, mes serviteurs et moi nous sommes à vos ordres pour vous conduire où vous désirez aller.
Comme on le voit ^ Philémon , sans se rendre compte netiement de ce qu'il avait à craindre, voulait couper court à des machinations dont la trace était visible. Armand sentit dans quel mortel embarras son départ pr-^' allait jeter Galatée et Lysandre.
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— Voilà , dit^ii d'an air de fierté blessée , une singulière façon de pratiquer l'hospitalité... J'avais toujours cru que M. Philémon, avant de s'établir au Val-Perdu, avait été un homme du monde; mais je m'étais trompé sans doute, ou la rusticité de ses habitudes actuelles aura déteint sur son caractère..• Eh bien, s'il ne me plaisait pas à moi de céder à un insultant caprice? Croit-on qu'un officier de la république française, un capitaine delà 62", se laissera ainsi mettre à la porte au milieu de la nuit comme un laquais fripon? Non, de par tous les diables ! je ne bougerai pas d'ici.
Il s'assit superbement, et croisa les bras sur sa poitrine.
— Fort bien, dit Philémon avec un sourire ironique.
n fit signe à Guillaume et à Victorien ; sans hésiter, ils se jetèrent sur Armand avant qu'il eût pu prévoir leur intention. Le vieillard lui-même vint en aide à ses gens,
190 LE ViL-PBRDD,
et nous savons qu*il était encore vigoureux . En un instant le jeune homme fut saisi et garrotté.
— Lâches coquins ! s'écrla-t-ii en se dé* battant, je vous romprai les os... je vous apprendrai...
Il n'en put dire davantage. Philémon, craignant que ses cris ne répandissent Talarme dans la maison, lui avait posé un mouchoir sur la bouche ; puis il donna à voix basse un ordre aux deux frères.
' Aussitôt Armand fut enlevé dans leurs bras et transporté hors de la maison. Sans s'arrêter, on traversa la cour, et on se dirigea vers l'avenue de tilleuls conduisant au passage souterrain.
Verneuil, convaincu de l'inutilité de toute résistance , s'abandonnait à son sort. Néanmoins, au moment où ses porteurs traversaient la cour, il souleva péniblement la tète et jeta autour-de lui un regard d'angoisse. A l'extrémité du parterre, Sous un oi
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qui dominait tons les antres, il entrevit, à la clarté de la lune, une personne appuyée d*une manière mélancolique au tronc de l'arbre. C'était Galatée ; sans doute, inquiète et tremblante, elle attendait, ignorant ou ne comprenant pas ce qui se passait. . . A cette vue, Armand s'agita de nouveau convulsivement; il voulait courir à Galatée , lui donner un avertissement, lui dire un mot d'adieu ; mais des liens solides retenaient ses membres, un bâillon étouffait sa voix. Épuisé, haletant, il demeura enfin immobile, et une larme s'échappa de ses yeux.
Bientôt on le remit sur pied et on Tobligea de marcher. Mais la surveillance de ses gardiens ne se relâchait pas. Ils l'entouraient, prêts à réprimer toute tentative d'évasion. On arriva ainsi à la galerie creusée dans le rocher. Philémon précéda la troupe afin d'ouvrir les portes secrètes. Au bout de quelques minutes on se trouva sur la plateforme extérieure qui dominait le chalet de
lui LK TAL-PIBDU.
Guillaume. Là Philémon ordonna de délier le prisonnier.
— Maintenant, dit-il avec ironie, notre cher hôte est libre de faire toutes les extravagances qu'il jugera convenables... seulement il est averti qu'il y a au'Kiessous de lui un abime de quarante pieds de profondeur où un faux pas peut le précipiter.
Armand, tout à fait dompté, restait impassible et. taciturne, pendant que l'on faisait jouer le mécanisme au moyen duquel l'échelle qui servait de communication avec la plaine sortait de sa rainure et venait s'appliquer contre le rocher.
Alors Philémon se retourna vers le jeune officier et lui dit d'un ton sombre :
— Nous devons nous séparer ici , Armand de Verneuil; mon fidèle Guillaume, qui a mes instructions, est chargé de vous conduire en sûreté auprès de vos amis... ITaccusez que vous-même de l'acte de violence a"'*"**^ vous m'avez réduit : peut-être, pour *
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heur de la petite colonie dont je suis le patriarche , ai-je trop tardé à prendre cette mesure décisive... Adieu donc... Au milieu des agitations de la guerre et de Tambition vous oublierez bien vite, sans doute, le Val* Perdu et ses habitants. Pour le repos de voire conscience, souhaitez qu'on vous y oublie de même!
Sans attendre de réponse, il rentra précipitamment dans le passage avec Victorien, et une porte solide, masquée par des arbustes, se referma sur eux.
Guillaume , resté seul avec le militaire , l'invita doucement à le suivre ; Verneuil, immobile et rêveur, ne paraissait pas l'entendre. — Philémon a raison , murmurait-il avec tristesse. Il s'est décidé trop tard à cette mesure énergique. . • J'ai été bien coupable ! . . . Pauvre Lysandre, chère Galatée, qu'allezvous devenir?
Enfin il céda aux sollicitations de Guillaume , et il descendit machinalement l'é-
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chelle, qui disparut derrière eux dès qu'ils eurent posé le pied sur la terre ferme.
On se mit en marche aussitôt pour se rendre k Rosenthal. Chemin faisant, Ver* neuil voulut s'assurer si le guide serait dis* posé à le servir dans quelqu'un des projets qu'il roulait déjà dans sa tète. Mais aux pre-> miers mots qu'il prononça , Guillaume l'in*terrompit^
— Monsieur le chevalier, dit-il avec fermeté, j*ai reçu ordre de ne répondre à aucune de vos questions et de ne me charger d'aucun de vos messages. Depuis quarante ans le maître du Yal-Perdu est mon bienfaiteur et celui de ma famille ; vous avez pu déjà vous assurer jusqu'où va mon dévouement à sa personne. N'essayez donc pas d'ébranler ma fidélité dans une circonstance qui touche à ses plus chers intérêts, je me suis déjà cruellement repenti d'avoir trop écouté ma pitié en vous introduisant au Val-Perdu sans son aveu; cette faute
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)ç déplore, je ne Faggraverai pas en trahissant de nouveau sa confiance. Ainsi donc, épargnez-vous des instances inutiles.
Armand vit bien qiie ni prières ni menaces n'obtiendraient rien du confident de Philémon, et il garda le silence pendant le resie du voyage.
Arrivé en vue de Rosenthal, Guillaume prit congé de lui avec politesse, lui remit le sabre et les effets dont il avait eu soin de se charger, et revint rapidement sur ses pas.
L*aT«nt-poft«.
A cette heure matinale, une demi-obscurité régnait encore dans Tunique rue de Rosenthal, et la plupart des habitants étaient endormis. Mais on apercevait au loin le cordon de vedettes qui gardaient les abords du village, et une sentinelle, qui se promenait
en long et en large devant un bâtiment de
bonne apparence, jndiqaait le poste principal occupé par les Français.
Armand s'avança sans hésiter dans cette , direction. Telle était sa préoccupation qu'il passa insoucieux devant cette maison du pasteur où il avait reçu un accueil si empressé; il n'eut même pas une pensée pour cette jolie Claudine qui , depuis sa disparition , paraissait prendre un vif intérêt à son sort, et, quand on cria : Qui vive? il ne répondit pas.
Un vieux soldat était alors en faction ; la tête alourdie par la fatigue et l'insomnie , il observait avec attention le personnage qui le bravait avec tant d'imprudence. Mais le grand chapeau et le manteau d'Armand empêchaient de le reconnaître. La sentinelle répéta d'une voix forte :
— Halte-là!... Qui vive?
Par instinct de profession , Verneuil parut vouloir s'arrêter ; ses lèvres remuèrent pour répondre. Peut-être en effet crut-il s'être arrêté et avoir répondu ; mais le souve'