CHANTRE VU
Gulatée remplissait sa pensée. Il se demandait s*il n'y avait ancun moyen de pénétrer secrètement dans le Val-Perdu , d*enlever la Lergère et de la soustraire au pouvoir de son opiniâtre tuleur. Plus il réfléchissait à ce projet ,*pius il lui semblait praticable* Il se proposait de découvrir le chemin tracé par Lysandre, chose facile, vu les renseignements qu'il tenait du fils de Philénion luiméine, et alors...
— Qui vive? réf)éta pour la troisième fois le factionnaire.
Aussitôt Texplosion d*un fusil de munition ébranla le village endormi, et retentit jusqu'aux montagnes voisines.
Bien en prit au rêveur que la sentinelle n'eût pas la main très-assurée ; il n'était plus alors qu'à djx pas du posta , et la balle sifflant à ses oreilles emporta une aile de son grand chapeau genevois.
Sans s'émouvoir, Verneuil s'avança , le sourire sur les lèvres, vers le factionnaire;
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celoi-ci , après avoir fait feu , s'était mis en garde pour se défendre à la baïonnette et appelait le poste aux armes.
— Eh bien ! eb bieii! mon vieux £afiIoche, dit J'officier gaiement, tu tires sur ton ancien capitaine ? Si tu emploies ainsi tes cartouches, au diable celui qui garnira ta giberne !
Le soldat l'examina tout effaré , et de saisissement laissa tomber l'arme par terre.
— Vous! capitaine yerneuil?balbutia*Ml.
Que rarc-en*ciel me serve de cravate si je n'ai pas la berlue ! Ce ne peut pas être le véritable capitaine Verneuil qui tombe ainsi sur nous en temps de guerre sans répondre au qui-vive.
— C'est pourtant bien moi , répliqua Armand un peu confus ; je ne sais vraiment où j'avais la tête... Mais qui commande ici? Où
est le lieutenant Ravaud?
Lafiloche n'eut pas le temps de répondre. Tout était en rumeur dans le bâtiment occupé parles Français. Les soldats accouraier**
CHAPinUB TU. SOI
Jenrs fusils et se rangeaient précipitamment en bataille devant la porte. La même ^igitatlon régnait dans le village, où le coup de /eu et les cris de la sentinelle avaient donné Talarme. On entendait les fenétreç s'ouvrir et se refermer à grand bruit ; des hommes, des femmes et des enfants se montraient sur les balcons de bois» oubliant le désordre de leurs toilettes , et s'informaient de l'ëvénement qui avait troublé leur sommeil.
Mais à peine les soldats eurent-ils reconnu Armand, que, sans s'Inquiéter de l'alerte donnée par Lafiloche, ils manifestèrent la joie la plus franche; ils quittèrent leurs rangs et entourèrent bruyamment l'officier.
— C'est tout à fait le capitaine Verneuil ! s'écriait un loustic. Bonjour, capitaine Verneuil... C'est donc pas vrai que vous vous étiez engagé dans les Kaiserlicks? Je disais bien , moi , que s'il n'avait pas les membres décollés , notre brave capitaine ne tarderait pasàrejoindce...
Wi LE YAL-PERDU.
— Ses membres ?
— Non, son corps.
Des éclats de rire tempérés par le respect accueillirent ces plaisanteries qu'autorisait alors régalité républicaine en dépit de la discipline militaire. Armand, de son côté, semblait revoir avec un extrême plaisir ses anciens camarades, et il les interpellait familièrement par leurs noms.
Au milieu de ce brouhaha , qui étonnait fort les paisibles habitants du village, une grosse voix retentit dans Tlntérieur de la maison et demanda avec impatience d'où venait cet infernal vacarme.
. — C'est le capitaine qui vient d'arriver, et cet imbécile de Lafiloche Ta canardé comme un lapin, répondit-on.
— Le capitaine qui? le capitaine quoi?
demanda la grosse voix; qui donc a été canardé par Lafiloche ?
— Eh pardieu ! le capitaine Verneuil.
On entendit un juron effroyable, car
C8APITRK VII, 908
de faire crouler la maison; puis la porte s'ouvrit impétueusement, et un grand gaillard maigre , aux longues jambes, aux che« veux crépus, avec une épaisse moustache en croc comme un ancien sergent recruteur du quai de la Ferraille, vêtu seulement d'un pantalon et d'une botte à retroussis, s'élança vers Armand, bousculant tout sur son pas* sage. Avant même quje Verneuil l'eût vu venir, il sentit les épaisses moustaches lui brosser vigoureusement les joues, et la grosse voix hii. corna aux oreilles :
— Sacré mille tonnerres! capitaine; six cent mille diables! commandant. Gredin de Lafiloche!^.. Ah! Verneuil, mon ami, mon cher ami !
Armand se dégagea à demi étouffé par les embrassades de son ancien lieutenant; car on a deviné que le nouveau venu était Ravaud, le commandant du détachement qui occupait le village.
— Mais d'où venez-vous? où avez-vous
passé ces quinze mortels derniers jours? reprit Ravaud avec volubilité. Ouelle duchesse émigrée vous avait enlevé . quel enchanteur vous avait mis en mue pour couver des œufs? Où étiez-vous? que faisiez-vous? où vous cachiez-vous?
Et comme Armand lui pressait cordialement la main sans écouter ce flux de questions:
— Sacrebleu! que je suis béte! s'interrompit le lieutenant ; comme si vous pouviez parler devant ce tas de flandrins... Venez avec moi là-haut dans ma chambre ; nous causerons entre un fromage et un jambon... Et vous, braillards, demi- tour à gauche ; à vos postes, marche!... Mais un moment, qu'est-ce que cette sotte histoire d'un coup de fusil tiré par Lafiloche ? Où est le sergent Labrune pour me faire son rapport?
Le sergent Labrune raconta en peu de mots la méprise qui avait causé l'alarme.
— Huit jours de garde du camp à La^
OHinTKB Vil. S0$
dit le IteuteDant indigné , et il mériteniit de passer à un conseil de guerre pour avoir tiré sur son officier.
— Mais si Toffider a bravé la consigne, dit Armand en sonriant, Lafiloche n^est plus coupable... Lieutenant Ravaud, je vous prie de ne pas punir ce pauvre diable de mes torts.
Et il expliqua comment sa distraction avait déterminé la méprise du vieux soldat. Mais Ravaud manifesta énerglquement ses doutes.
— Ce ne peut pas être ça, dit-il eq secouant la tête; vous, capitaine, vous, si ponctuel, si ferré sur la discipline, ne pas répondre au qui-vive d'un factionnaire? Vous avez répondu.
— Mais je vous assure...
— Vous avez répondu, vous dis-je, ou vous seriez^un véritable conscrit.
Et il cria pour conclusion d'une voix de tonnerre :
— Quinze jours à Lafiloche pour avoir osé* 1. is
906 us YàhrPfUMs.
insinuer que le capitaine Ye^rneuil était conscrit.
£t il entraîna Armand d^ans la maison, pendant que Lafiloche reprenait piteusement sa feetion au milieu des rires goguenards de se^: camarades.
Armand et Ravaud traversèrent le .corps de garde où les hommes de service 3e livraient aux diqliiees de la paille^ des cartes et de la pipe, et ils eairirentdaus une. petite pièce où se trouvait un grabat foulé comune jin champ de bataille. Sur une petite table boiteuse brûlait une .mauvaise obandeUe , dont la flamme tremblotante luttait avec le jour naissant. Un sabre , un shako , miUe petits objets d'équipement traînaient par terre ou sur les meubles. Le lieutenant eut quelque peine à trouver un siège pour sou ami. Après avoir ordonpé â un soldat d'ap- .porter quelques provisionst, il resta ^seMl avec Armand, et vint s'asseoir en face d^lui.
— £b bien ! demanda-t-il d'un fo»
térieux , yods avez dotic reçn ma lettre ?
— Oui, répliqua Verneuîl laconiquement.
-^ Ab! ah ! je me doutait bien que ce gros
sournois qui s'est cantonné là-bas dans les rochers comme une marmotte en savait plus lùùg qu'il n'en avait Tair... Cependant, je n'aurais jamiaîs songé à me défier dé lui, malgré sa mine hypocrite , si une personne qui s'oeeupr beaucoup de vous ne m'eût donné h consigne... Ah! Verneuil; vous avez là une fifre amie!
Et le lieutenant poussa un si gros soupir qu'il en éteignit la chandeNe. Armand ne parut pas s'apercevoir de cet accident et de rémotion de Ravaud .
— Ainsi donc, reprit-il distraitement, les bmîts tes plus injurl^^Kx pour mon honneur commençaient à se répandre dans l'armée?
— Oui, Armand ; vous savez qu'il ne manque pas de jaloux ; votre conduite, à la dernière afbire, l'avancement qui en a éjé le prix, (fnt aiguisé contre voua les mauvaises
208 LE VAL-FBKDU.
langues. D*abord , certaines épaulettes de notre connaissance ont commencé à chuchoter, et puis, nos hommes se sont mis de la partie ; les coquins, quoique bons diables au fond , ne sont pas fâchés de trouver à mordre sur un de leurs chefs, et ce maudit titre de ci-devant noble leur donne beau jeu... Aussi, pour tout dire, il ne^ serait pas impossible que ce vieux jacobin de Lafiloche vous eût reconnu, et qu'il eût tiré sciemment sur vous ; voilà pourquoi je l'ai tancé d'im» portance... Vous voyez donc bien qu'il était temps de rejoindre. Enfin, vous voici, et tout va marcher comme sur des roulettes. Il s'agit de vous présenter le plus tôt possible au quartier général pour vous faire reconnaître dans votre nouveau grade, et à la première affaire, j'«n réponds, vos calomniateurs auront un pied de nez.
Armand fit un geste d'assentiment silen* cieuiL ; il était retombé dans les réflAxîAnfl dont les événements qui avaient marq
CBAPITRE VU. S09
arrivée à Rosenthal n'avaient pu le distraire qu'an moment. Le lieutenant Ravaud l'observait avec surprise.
— 11 me semble, Verneuil , reprit-il, que vous n'avez plus avec votre vieux camarade cette confiance et ce laisser-aller d'autrefois. Vous ne m'avez même pas dit encore où vous vous étiez tenu si bien caché ces derniers temps?
— J'étais dans un coin inconnu de ces montagnes, occupé à guérir une blessure légère.
— Oûiche ! et pendant que les bavards clabaudaient à plaisir sur votre compte , pendant que l'on se battait à quelques lieues de vous, vous restiez confit dans la plume comme un poulet? Non, non, je ne croirai jamais cela. Je connais mon capitaine Verneuil comme si je lui avais donné la becquée par-dessus l'épaule de sa mère*; l'odeur de la poudre ou le moindre propos sur son honneur l'eussent fait accourir de plusieurs
Menés sur ses moignons, si le major Itri eût scié les deux jambes!... Il y a antre cbose, de par la tignasse du diable! il y a autre chose!
— £h bien! oui , Ravaud , f 1 y a autre chose, dit Armand d'un ton amical, et j*aurai peut-être besoin de votre secours dans unie affaire qui touche à mes sentiments les plus chers.
— Une affaire... d'amour? demanda Ravaud avec une grimace.
— D'amour, oui.
— Je m'en doutais... hein! ce sera dur à passer.
Le lieutenant poussa un nouveau soupir, et avala un verre d'eau-dc-vie.
— Enfin, les amis sont des amis^ reprit-il piteusement : de qui étes-vous amoureux , capitaine?... Ce que je vous demande là, c'est pour la frime , car je ne le sais que trop, voyez-vous... Pour qui doiic en tenez-v""* " fort, capitaine Vernèuîl?
auriTAE m. SI!
— J'aime la plus belle, la plus gracieuse, la plu« adorable bergère de des monta»
gnes...
— A!e! a!e ! je suis touché, grommela Ra- Taud ; c'est justement Paflaire , quoique je n'aie jamais entendu dire que la petite ait gardé les moutons... Ah çà! et vous, Armand, vous êtes aimé à votre tour... aimé chaude* ment?
— €*e$t tendrement que vous^voulez dire; oh I oui, mon ami, bien tendrement.
— Allons! c'^t fini, dit le lieutenant d'un air tragique, il faut se résigner... Ma foi, capitaine Verneuil, je ne peox m'empécher de contenir que vous êtes diablement heu« reux; je connais votre infante, et j'avoue...
— Vous la connaissez? demanda Armand en tressaillant.
— N'est-ce pas la fille du pasteur protes* tant qui demeure au bout du village? Je m'étais douté tout d'abord de la chose en Tentendant parler son joli petit charabia où
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revenait sans cesse votre nom. Sacredîé ! quel bon goût vous avez, capîtain'^! C'est ça une femme, et non pas vos poupée» françaises ou italiennes, que Ton casse seulement à vouloir les toucher! Quel beau brin de fille avec ses bonnes grosses joues roses, son large corsage et ses tresses blondes qui descendent jusqu'à terre! Aussi, tenez, que Tenfer me consume! je Faurais disputée à n'importe qui , jusqu'à ce que l'on m'eût haché en trente-six mille morceaux... Oui, pour cette jolie créature-là j'aurais consenti à planter des choux et à ne boire que du petit-lait pendant le reste de mes jours; j'aurais fait des bassesses, et ferraillé avec quarante de mes meilleurs amis, excepté vous... Ah! mais... fichtre! mille tonnerres! triple mule du pape!...
Le pauvre lieutenant, étranglé par ses jurons, se mit à tousser d'une manière formidable.
— Ah çà ! Ravaud , à qui en avez-vous donc? demanda Verneuilj je ne vont ' "
CHiPiTBB vn. 213
parlé de la fille du pasteur, je ne crois pas avoir prononcé le nom de Claudine.
— Comment! ce ne serait pas elle qui... que...
— Ce n*est pas elle que j*aime.
Ravaud renversa la table avec les bouteilles et les verre&dont elle était cbargée^et s^élançant au cou d'Armand , il le serra 4 l'étoufFer.
— Ah! mon ami, mon bon Verneuil, s'écria-Ml hors de lui , vous êtes mon bienfaiteur , mon sauveur! Je me ferai tuer pour vous quand vous voudrez... mais renoncezvous pour tout de bon à la petite Suissesse? Me la cédez-vous sans arrière-pensée? Car enfin si vous ne Taimez pas, elle, vous aime, elle ; et je vous connais , vous ne seriez pas homme à la laisser mourir de langueur.
— Ravauda vous vous serez trompé; cette jeune fille ne m'a vu qu'un instant; vous avez pris pour de l'amour un intérêt vulgaire.
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Quant à moi , je it'aimerâi jamaiiâ d'autre femme que ma chère Galatée.
— Galatée ! répéta le lieutenant, voilà un nom de roman qui 'me rappelle un lias de sensibleries hétéi*ogénes. Mais , où' âe cache cette étonnante personne qui a ptirchàng^er ainsi mon joyeux ami le capitaine Verneuil ? é — Non loin d'ici , dans un endroit délicieux , où la nature a prodigué toutes ses beautés et tous ses trésors, dit Armand arec enthbusia^sme , en se laissant entraîner a« charme de ses souvenirs : c^est à la fois une campagne ravissante et an jardin enchanté ; les eaux y sont plus pures, le ciel plus beau, les fleurs plus suaves que dans le reste du monde; le printemps y semble étemel. Là, j'ai pas$é quelques jotirs dans un ineffable enivrenvent : c'étaient des fêtes continuelles avec ée beaux jeunes gens et de charmantes bergères , de longues rêveries sur le gazon, au murmure des jets d*eâfu, des baisers furlifs surpris à ma Galatée sous l'onr
CBAVITM VIL MK
charmilles, de tendres entretiens la nuit au clair de la lune, sous les orangers en fleur,.. Taurais dû passer ma vie dans ce ps^i^sdis terrestre;. mais, comme autrefois Adam, j*en ai été chassé brusquement, et, moins heureux qu'Ad^ni, je n'ai pu emmener mon Eve avec moi !
Pends^nt qu'Armand s'al^ndopnait à .ces doléances quasi poétiques, Je lieutenant Ravaud le regardait avec de grands yeux e£Earés.
— Capitaine Verneuil, demanda4-il timidement, là-bas, à l'affaire de l'Albis, n'auriezvous pas reçu par hasard quelque coup de sabre &ur la tète ?
— Non pas que je sache, répliqua Armand .avec distraction.
— Vraiment! Ma foi, j^aurais cru... Diable!...
Et le bQU Jieutenant se gratta Toreille en r^ardant toujours Verneuil d'u^e façon sin*guliëre. Il reprit après un moment de silence :
— Vous aviez parlé, capitaine, d'un service que je pourrais vous rendre; de quoi s'agît-il?
— Oui , oui , dit Armand avec vivacité, j'avais oublié qu'il n'y a pas un moment à perdre... Vous commandez seul ici, n'esf-ce pas, Ravaud?
— En eflfet, car le capitaine Durand a été mandé au quartier général pour une mission secrète... Mais où voulez-vous en venir?
— Voici : vous allez réunir tous les hommes qui ne sont pas absolument nécessaires à la garde du poste et les mettre en sentinelle dans tous les chemins et les sentiers voisins du lieu appelé le Val-Perdu. Ils surveilleront soigneusement les passages, et, s'ils aperçoivent les personnes dont je leur fournirai le signalement , ils les conduiront avec beaucoup d'égards dans une des maisons les plus décentes du village pour y attendre notre retour.
— Et quelles sont ces personnes?
ClUnTHB YB* 117
— Une jeune fille et un jeune homme , peut*ètre ensemble, peutrôlre séparément... Le jeune homme a un habit brun, une culotte de soie noire, un large- chapeau et des cheveux poudrés ; la jeune fille porte le costume des bergères peintes sur les trumeaux du temps de Louis XV, corsage et jupe de satin, petit chapeau de paille, bracelets et boucles d'oreilles en perles et en corail ; mais ce qui la fera reconnaître surtout, c*est sa beauté sans pareille dans TEurope entière.
Ravaud, en ce moment, eût pu poser ppur une statue de TÉtonnement.
— Eh bient dit-il enfin, pendant que les braves de la 62* exécuteront cette belle consigne, vous et moi où irons-nous?
— Vous et moi, Ravaud, nous chercherons un sentier inconnu qui existe au milieu du VaUPerdu, et, si nous avons le bonheur de le découvrir, nous pénétrerons dans les lieux délicieux qu'habite Galatée. Peut-être n'at*elle pu s'échapper la nuit dernière avec
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218 IM YAL^rCAMT.
Lysandre;nous la décideronsà nous suivre... A cette heure Philémon et ses domestiques sont occupés au travail des champs; NémoriA ne pourrait tenter aucune résistance^ et d'ailleurs la bonne Estelle saurait biem l'en eœ* p6eher«.. Oui, oui, c'est cela; mon fkm doit réussir, il réussira.
Le lieutenant gardait toujours le sttence.
— Philémon, Estelle et Némorin ! pensait-il tristement; allons, plus de doute, les romans lui auront troublé la cervelle... Pauvre garçou ! ce n'est pas un coup de sabre ^u'il a sur la tête , mais un coup de marteau. Qudie perte pour l'armée l Mon cher âmi, mon brave camarade, reprlMl tout haut avec un accent affectueux, je vous suis dévoué jusqu'à la mort; mais réfléchissez, de grice ! Vous êtes oiilîtaire comme moi^ voud êtes même mon supérieur, et, vous le savez, il nous est défendu de sacrifier la consigne a des intérêts privés. J'ai reçu Tavîs du quartier géF»^««l que le général en chef songeait à reprr &
CHâmin yn. il 9
rofemive ; d'une minute à l'autre le capitaine Dorand peut revenir; des ordres de marcher peuTenl arriver... Jugez si, en pareille cir^ constance, il m'est permis de disséminer mes hmames dans les landes et lés halliers du voisinage, d'abandonner moi-'méme le poste qui m'est confié pour aller avec vous à la recherche de bergers et de bergères». • que nous ne trouverons pas!^ Armand se leva.
— C'est juste ^ lieutenant Ravaud , dit-ii sèchement; restes à votre poste«.. Mais moi je n'ai pas eneore repris mon service, je puis agir à ma guise, et j'agirai seul, puisque je ne dois plus compter sur un ami*
— Ne me pariez pas ainsi,Verneuil ! s'écria Fofficier hors de lui pendant qu'une larme btillait dans ses yeux; ne me parlez pas ainsi, ou, le diable m'emporte si , fussiez-vous dix fois timbré, je ne faisais pas tout ce que vous voudriez, dussé-je être souffleté ensuite avec mes épaulettes et fusillé comme un <»pon ,
220 LE VAL^^BftDU.
pour n'avoir pas rempli mon devoir, ie n'ai pas oublié comment, il y a trois mois , vous êtes venu me dégager avec une domaine d'hommes, au milieu d'un régiment entier de pandours, et comment vous avez paré certain coup de lance qui allait m*envoyer dans le royaume des taupes... Non, Ravaud n'est pas un coquin d'ingrat, et il n'a jamais manqué à un camarade dans un cas pressant». « Aussi, tenez, continna-t-il d'un ton résolu, au diable les scrupules! En s'y prenant un peu adroitement, nous pourrons peut-être vous satisfaire; et pourvu que nous ne soyons pas longtemps absents, pourvu que nous ne nous éloignions pas trop d'ici...
— Deux heures suffiront, el nous ne nous éloignerons jamais assez pour ne pouvoir entendre un coup de fusil tiré à Rosen- Ihal.
— A la garde de Dieu, donc, et ne clampinons pas.
Le lieutenant éleva sa voix formidah'
CHânTBB vti. 3ii
manière à être entendu dans le corps de garde voisin.
— Sellent, cria^t-il, envoyez battre le rappel dans le village, et que nos hommes prennent les armes... Vivement!
Attssitdt il se fit un brouhaha et un cliquetis de fusils dans le poste; puis les tambours commencèrent un vacarme à réveiller tons les trépassés qui dormaient leur dernier sommeil dans le modeste cimetière de Rosenthal.
An bout de cinq minutes Ravaud fut complètement babillé et équipé, il plaça deux pistolets dans le ceinturon de son sabre , avala un dernier verre d'eau-de-vie, et se retournant vers son ami il dit simplement :
— Voilà !
Armand , toujours absorbé par ses rêves, ne songea même pas à le remercier ; il se contenta de lui serrer distraitement la main, et ils sortirent.
3S3 LK YAL-f^BAOU.
Les S€idat8 du poste étaient déjà rangés en bataille devant la maison , tandis que les hommes logés dans le vfHage aocooraient à rappel du tambour. Ils étaient environ deux cents, tous braves et aguerris, dignes eniia de ces immortdles armées de la république, qui vainquirent tant de fois PEurope ameutée contre la France.
' Le capitaine Vemeuil ne put se dispenser d'échanger quelques mots avec c^x de ses anciens compagnons d'armes qu'il n'avait pas encore vus. Pendant ce temps, Ravaud arait pris à part le s^^nt Labrune qui devait commander le détachement en son absence, et il lui donnait les instructions les plus minntieuses. Après lui avoir indiqué de la main les hauteurs où il convenait de placer de nouvelles vedettes, et avoir recommandé de retenir toute personne, homme ou femme, qui se présenterait pour traverser ie village, (manière assez adroite, disoas^le en passait, de dissimuler ce que les exigences de *
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neuil avaient d'extraordinaire), il ajouta d'an ton hni:
— Le capitaine Verneuil et moi , nous allons pousser une reconnaissance vers ce pâté de rochers là-bas où Tennemi aurait pu s'embusquer. Nous serons bientôt de retour. Si on vous attaquait en notre absence , tenez ferme , défendez- vous jusqu'à la mort. Les premiers coups de fusil que vous tirerez nous feront accourir aussi vite que des lévriers en chasse.
Le vétéran ré[)ondit respectueusement qu'il se conformerait aux ordres de son supérieur.
— Ah çà! mais, mon lieutenant, ajoutat-il plus bas , le capitaine Vemeuii vous a donc apporté des nouvelles de l'ennemi ? fi y a donc quelque chose?
— Il y a quelque chose, répliqua Ravaud d'un air froid et discret.
Labrune , sans en demander davantag<', allait faire demi-tour quand Ravaud aperçut
2i4 LE VAL-PERDU.
à quelque distance le pauvre Lafiloche, toul penaud et Toreille basse, appuyé sur son fusil.
— Un moment^ Labrupé, reprit le lieutenant, vous ne vous presserez pas trop d'envoyer Lafiloche à la garde du camp pour sa frasque de tout à l'heure, car il ne m'est pas encore bien prouvé que le capitaineVerneuil . . • Enfin, peut-être ce vieux jacobin n'est-il pas aussi coupable qu'il en a l'air. Suspendez donc la punition jusqu'à nouvel ordre ; vous m'entendez?
— Oui, mon lieutenant.
Et Labrune se mit en devoir d'exécuter la consigne avec ponctualité, pendant que Ravaud et Armand s'éloignaient d'un bon pas.
Au moment où ils allaient s'engager dans les rochers qui dominaient le village, Claudine se montra sur la galerie extérieure de sa maison ; elle les regardait de loin d'un air de surprise et de joie.