CHAPITRE TU
Le brave lieutenant envoya un gros soupir vers les nuages.
-— Ah! Verneuil, dit-il avec sa franchise soldatesque, malgré tout je comprends qu'on peut perdre la tète pour une femme... et que le diable m'espingole si, pour cette belle fille qui est Jà-bas, je ne me sentirais pas prêt à faire tout seul les bêtises que je fais à tos sollicitations !
Sur la montagne.
Le jopr était déjà grand quand les deux: officiers de la €lâ« quittèrent Rosenthal ; mais d'épais nuages cachaient le ciel , et c'était à peine si une légère teinte* fauve marquait la place où te "^leil venait de se levesr. CepeiH •dant ces v.j^eurs se sovleiudent dans les hautes régions de Fatmosphéreet ne voilaient aucune partie du paysage. A mesure que les
Tojagenn monfadcnt , la peispedÎTe s*âu^ gissait jii8qu*aiix proportions de rjmmmftsité et do grandiose.
Ils gravissaient en ce moment les hantenrs qui servaient de contre-forts aux rochers da Yal-Perdn, mais dans la direction opposée à eeUe du chalet de Guillaume. De ce côté, la montée était âpre et rude; les pentes n^oifraient plus aux regards ces tapis de gaxon, ces bouquets de houx et de coudriers qui donnaient tant de charme à Fantre revers. Le sol était aride , encombré de graviers et déchiré par des ravins; de loin en loin seulement , des touflfes de fougères ou de polypodes payaient un peu cette triste stérilité. Les troupeaux manquaient, conune les pâturages. Aucune habitation n*animait cette solitude» Néanmoins quand , après un quart d'heure environ d'une marche rapide , les voyageurs s'arrêtèrent un moment pour respirer, ils purent jouir d'une per?»*-^»**^ étendue et délicieuse. A l'horizon, <
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lointain bleuâtre , ils apercevaient les montagnes centrales, de la Suisse projetant, à droite et à gauche , des ramifications nombreuses ; au-dessous d'eux, la belle vallée de Zurich et son lac d'azur encadré d'arbres verts, où se miraient une infinité de villages et de hameaux. Enfin, à leurs pieds et comme à portée de leur main, apparaissait Rosenthal avec ses élégants chalets et son clocher rustique, à demi perdu au milieu des peupliers. De cette élévation , on pouvait nettement distinguer jusqu'aux soldats qui allaient et Tenaient devant leur corps de garde, et les habitants du village qui paraissaient fort inquiets de ces mouvements belliqueux. Mais aucun des bruits résultant de cette agglomération d'hommes ne s'étendait au delà d'une certaine limite: soldats et villageois semblaient s'agiter dans le silence.
Ce fut celle partie du tableau qui attira principalement l'attention du lieutenant Ravaud. ,
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-—Je crois vraiment, dit-il en souriant, que j'ai mis la puce à roreille de cet honnête sergent Labrune ; les armes sont en faisceaux, les hommes ont le sac au dos ; tout est prêt conme si l'on s'attendait à voir paraître l'ennemi... Pauvres gens! s'ils savaieni que^ d'après les rapports, les Autrichiens sont à plusieurs lieues de nous , et que ce remueménage a lieu pour nous permettre de chercher dans ces abominables déserts une bergère d'une beauté divine, couverte de dentelles et de satin... Hum!
Pendant ce temps, Verneuil observait avee grand soin les pics décharnés qui se dres^ saient devant lui.
— Oui, oui , murmurait-il, ce doit être là le rocher blanc ; je le reconnais à cette pointe rugueuse qui le domine; c'est ici que doit exister le sentier tracé par Lysandre; mais comment le découvrir au milieu de ce chaos?
Il se remit à monter avec ardeur, c