CHAPITRE Vin
Tapercevoir da haut de ces rochers, me montrer, lui faire signe que je ne Fai pas abandonnée , que je l'aime toujours, que je m'occupe de sa délivrance!... C'est Fheure où elle conduit son troupeau au pré des Anémones. De cet endroit on distingue aisément le rocher blanc sur lequel nous sommes. Laissez-moi seulement arriver jusque là-haut, et je vous promettrai de ne pas pousser plus loin mes tentatives ; avant d'en avoir conféré avec Lysandre, que nous retrouverons sans doute à Rosenthal.
Depuis un instant, le lieutenant Ravaud paraissait très-occupé de ce qui se passait dans la plaine au-dessous d'eux. Tout à coup il saisit le bras d'Armand et le pressa avec force :
— Capitaine Verneuîl, dit-il d'une voix sourde, à votre tour pourriez-vous m'expliquer ce que j'aperçois là-bas dans ces arbres, au bord du lac de Zurich à une lieue environ deûous?
Les yeux de Verneuil prirent machinale-
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moit la direction indiquée. Il aperçut alors 4ine masse mobile qui s'allongeait, comme une caravane du désert, dans «es passages étroits, ou s'éparpillait à droite et à gauche 4]uand la route devenait plus large.
— Il n'y a pas à s'y tromper, répondil-il ^vec tranquillité, c'est un corps d'armée en mardbe.
— £t vous pouvez dire cela sans que tout Y<^re sang bouillonne dans vos veines ? s'écria impétueusement Ravaud. Tr^e corne du diable! il me semble... Voyons cependant... Sans doute, vous ignorez de quoi se compose ce corps d'armée, à quelle nation il appartient et quelle est sa destination probable?
— Mais, répliqua Armand avec le même ton d'insouciance, il vous est facile, comme à moi 9 de reconnaître d'ici les uniformes blancs des Autrichiens et les uniformes verts des Russes... La division se compose d'infanterie, de cavalerie et peut-étre d'artille* rie, si j'en juge par ces espèces de d«
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engagés dans les arbres ; quant à la direction qu'elle suit, évidemment elle se porte sur le village de Rosenthal.
— C'est bien celâ^ s'écria le lieutenant, on va nous attaquer, et ces précautions que j'avais jugé à propos de prendre sans motifs raisonnables étaient' une inspiration du bon Dieu... Allons, capitaine Verneuil, continuat-ilavec entrainement, il n'est plus temps de nous occuper de sorneltes et de folies amoureuses ; au diable les bergers et les bergères I retournons à Rosenthal. L'ennemi est nombreux, mais la 62" n'est pas composée de conscrits ; d'ailleurs, postés dans les maisons, nos tirailleurs en jetteront plus d'un par terre avant qu'on en vienne à la baïonnette... Voyons donc, Armand, redevenez vous-même! Vous êtes un brave soldat et non pas un soupirant langoureux : à l'ennemi, morbleu ! Votre présence va doubler l'ardeur de nos hommes ; nous frotterons la division austro-russe : que je sois grillé
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comme un boudin de Noël, si nous ne la frottons pas I
Le langage soldatesque, cette ardeur électrique du brave lieutenant eussent vivement impressionné Verneuil en toute autre circonstance, et malgré 'respèce de fascination à laquelle il obéissait, if hésita un momenl.
— Un quart d'heure, Ravaud, dit-il enfin d'un ton saccadé, je ne vous demande qu'un quart d'heure... Puis je serai tout à vous.
Et sans attendre de réponse, il se remit à grimper. Ravaud proféra d'horribles blasphèmes.
— Verneuil, criait^il, vous vous déshonorez, voiis méritez l'épithète de... Mais, par le ciel ! le malheureux va se tuer I Pas si vite, pas si vite donc, puisqu'il faut absolument que vous arriviez au sommet de cet effroyable casse-cou !... Si je l'abandonne en ce moment, continua-t-ii en lui-même, le pauvre diable se tuera. D'un autre côté, on ne se battra pas Kvant une heure d'ici, et le sergent a