‹ Le Val-Perdu (volume 2)Chapitre 34 sur 70 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

pour la défense du détachement toutes les mesures nécessaires. Tâchons donc d'attein-* dre cet enragé; ce serait un déshonneur pour moi de revenir sans lui.

Il cria donc à Armand de l'attendre ; mais Armand faisait la sourde oreille. Le lieutenant, qui avançait avec beaucoup plus de prudence, était encore très-loin en arrière, que Verneuil atteignait déjà le sommet du rocher.

Bientôt cependant Ravaud s'arrêta de nouveau pour examiner les progrès de l'ennemi. Le corps d'armée venait de se diviser en deux parts. L'une, la plus considérable, composée d'infanterie et de cavalerie, continuait sa marche en droite ligne vers le village; l'autre, formée d'un demi-bataillon d'Infanterie légère, filait rapidement derrière les bois qui avoîsinaient la demeure de Guillaume, comme pour tourner le Val-Perdu.

Le lieutenant lès suivît de l'œil.

— Oui, oui, se dit-il à lui-même en i. Si

hochant la tôte, je comprends parfaileiseiit cette manœuvre ; ils veulent nous prendre à revers tandis que le gros de h troupe nous attaquera de front; on nous mettrait ainsi en4re deax feux, et on nous couperait la retraite en cas de déroute. •• Pas mal, mes bons amis les mangeurs de choucroute. Malheureusement pour vous, la mèche est évieslée; on vous a vus, mes farceurs, et la ruse ne vous réussira pas... J'aperçois là-bas un petit poste dans les rochers d'où, avee une trentaine de lurons, je me fais fort d*avaler votre demi-bataillon d'une bouchée... Lais* sez-moi seulement amadouer tant soit peu ce pauvre Verneuii, et si une bonne fois H se met de la partie, nous vous donnerons du fil à retordre tou la peste me crève!... Mais que diable fait-il là-haut, Verneuii, à lever les bras et à remuer la tète comme un pantin d'un sou? continua-t-il en regardant la cime du pic. Le voilà qui appelle et qui parle comme s'il y avait quelqu'un pour lui ré

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dre... Voyons, finissons-en, car toutes ces foMes pourraient amener de vilaines choses.

En ce moment, en e£fet, Verneuil éprouvait de poignantes aii^oisses au tiaut du rocher blanc.

Parvenu an terme de sa périlleuse ascension, il avait revu enfin cette campagne charmante où il avait passé récemment de si heureux jours. Le Val-Perdu étalait au dessous de lai ses jardins fleuris, ses charmilles fraîches, son chalet en broderies de bois, ses belvédères aériens, ses fontaines, ses statues, son lac aux détours capricieux, tous ces détails gracieux qui, au milieu d'un désert sauvage, en faisaient comme une habitation de fées. Mais soit que son esprit fût frappé de sombres pressentiments , soit que Tabsence du soleil lui présentât les objets sous un aspect nouveau, ces lieux, autrefois si riants, lui paraissaient avoir maintenant un air de désolation. Rien ne s'agitait autour de la maison, dans les boulingrins,

SOUS les bosquets ; les moutons $i blancs des jolies bergères, les vaches bariolées des bergers n'erraient plus dans \et pâturages. Aucun des habitants de la vallée ne se montrait pour lui donner du mouvement et de la vie ; ni Estelle ni Galatée folâtrant dans les saules au bord de l'eau, ni Némorin jouant de la flûte appuyé contre un chêne, ni Lysandre rêveur, assis à l'écart sur une pierre moussue, ni même le vieux Philémon traversant à pas lents, avec sa barbe blanche et son grand bâton de patriarche, quelque pont rustique jeté sur le torrent. Ces figures poétiques avaient disparu comme un rêve, et le regard les cherchait vainement à leur place accoutumée. La colonie, si joyeuse la veille encore, semblait avoir été frappée de mort dans la nuit qui venait de s'écouler. La nature elle-même avait pris le deuil; aucun souffle d'air frais ne caressait la verdure et le feuillage; le lac, immobile dans ses rives de joncs et de roseaux, reflétait

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