CHAPITRE VIII
ment le ciel de couleur plombée ; et au-dessus, des oiseaux noirs, présage funeste, tournoyaient en poussant par intervalles des glapissements sinistres.
Armand contempla avec un serrement de cœur ce tableau mélancolique. Il soupçonna qu'un malheur plus grand que celui qu'il connaissait avait pu frapper la famille de Philémon, et oubliant la promesse faite à son compagnon, il se mit à la recherche de cette portion du sentier qui devait le conduire dans Tenceinte même du Val-Perdu. Malheureusement ce côté du versant n'était pas lisse et découvert comme l'autre; d'ailleurs Lysandre, en traçant le chemin, avait dû redoubler de précautions pour le rendre invisible d'en bas . Aussi le jeune officier n'en découvrit-il d'abord aucun vestige, et son impatience même l'empêchait dé se reconnaître au milieu des broussailles dont cette partie de la montagne était hérissée.
Pendant qu'il s'agitait inutilement, il vit
Si.
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quelqu'un sortir précipitamment du chalet de Philémon et s'enfuir à travers la campagne. On eût dit d'une ombre glissant avec rapidité à la surface du sol, et dépassant les uns après les autres les tilleuls de l'avenue. Bientôt elle prit à gauche, comme pour se rapprocher du lac, et se montra tout à coup dans un espace découvert. Armand poussa un cri... il venait de ceconnallre Galatée.
La malheureuse enfant était pourtant bien différente d'elle-même. Elle n'avait plus son élégant chapeau de paille toujours si coquettement posé de côté ; ses cheveux sans pou* dre retombaient épars sur son sein ; la longue écharpe de soie, jetée sur ses épaules, flottait en arrière dans la rapidité de sa course. Sa contenance trahissait le désespoir et régarement; elle tournait fréquemment la tète vers la maison comme si elle eût craint d'être poursuivie.
A cette vue, Armand ne put se coii
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el, montant sur la pointe la plus élevée du pic, il s*écria avec force :
— Galatée! ma chère Galatée !
La jeune fille continuait sa course effrénée sans lever les yeux.
— Galatée ! répé(a-t-il en donnant à son organe toute la puissance dont il était suseeplibie et en agitant son mouchoir ; Galatée, je suis là... je ne vous ai pas abandonnée; je vous aime toujours !
Malgré le calme de Tair, la jeune fille ne paraissait pas entendre ces paroles, ou, si elles arrivaient jusqu'à elle, les sons en étaient trop faibles, trop indistincts, pour attirer son altention ; elle courait toujours, légère comme Atalante.
— Où va*t*elie ainsi ? mon Dieu ! où vat^elle? murmurait Armand pâle de terreur.
Et il redoubla ses cris, mais inutilement ; sa voix s'égarait dans l'espace, et lors même que Galatée eût levé la tète, elle n'eût pu l'apercevoir, perdu qu'il était sur une crête
de ce cirque immense, comme un point noir dans les nuages.
Une fois, cependant, il eut une lueur d'espoir ; la bergère venait de s'arrêter au pré des Anémones, à Tombre d'un de ces saules où, peu de jours auparavant, Verneuil lui avait fait Taveu de son amour. Peut-être à cette heure de désolation suprême, ces sou^ venîrs cruels et doux lui revenaient-ils à la mémoire; peut-êlre se demandait-elle comment celui qui avait glissé à ses oreilles de si tendres parole» avait pu l'abandonner... Elle se tourna successivement vers le buissons de roses où Armand s'était tenu caché, vers l'arbre bienheureux à l'ombre duquel ils s'étaient assis tous deux : immobile et rêveuse, elle semblait se complaire dans les idées de bonheur que l'aspect de ces lieux réveillait en elle.
Armand eut bientôt deviné tout cela, et oubliant la dislance qui les séparait, il di'^'^'* avec chaleur :